‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 91 sur 247 · RÈGLE VI · texte numérisé non relu

RÈGLE VI

Naturellement il considère comme nulle et non avenue l'interdiction du vers léonin édictée par Malherbe.

La chose est d'autant plus intéressante, qu'il viole cette règle en connaissance de cause : à ses débuts, elle lui est signifiée par Scudéry. Corneille avait d'abord mis dans le Cid :

Le Prince, pour essai de générosité, Gagnerait des combats, marchant à mon côté.

« Ce mot d'essai et celui de générosité, étant si près l'un de l'autre, dit Scudéry, font une fausse rime dans le vers, bien désagréable, et que l'on doit toujours éviter '. » L'Académie a beau rassurer Corneille, en blâmant l'observation de Scudéry comme erronée ', le poète trouve la critique de son ennemi si juste qu'il se corrige ainsi :

Le Prince à mes côtés ferait dans les combats

L'essai de son courage à l'ombre de mon bras. (III, 213, 204.)

Corneille corrige le passage attaqué, mais ne se corrige pas de ce défaut, car on pourrait relever d'innombrables cas analogues dans toute son œuvre, avant et après le Cid, dans le Cid même, le poète n'ayant guère songé de lui-même à supprimer un beau vers parce qu'il était léonin, et ayant très rarement modifié après coup le plus ordinaire de ses vers pour éviter cette faute.

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