‹ L'Évolution Économique de la PologneChapitre 10 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dès le moment où elle eut recouvré son indépendance et qu’elle se fut donné une constitution, la Pologne appliqua dans toute sa rigueur le régime parlementaire. Parfaitement apte à conduire les destinées d’un pays dans une période de calme absolu, ce régime semble perdre un peu de ses vertus au cours des temps troublés. La solution de continuité qu’il occasionne parfois dans la conduite du pouvoir peut être nuisible à la bonne marche de l'Etat, et il advient qu’alors on remarque une abdication toute momentanée d’ailleurs de ce régime au profit d’une autorité plus personnelle et plus stable.

Divers pays d'Europe et la France même nous en ont fourni depuis 1914 plusieurs exemples.

C'est ainsi qu’en Pologne dans les premières années de son existence nouvelle, l’émiettement des partis à la Diète empêchait la formation d’une majorité stable et donnait lieu à des crises ministérielles assez fréquentes.

Les gouvernements qui durèrent le plus longtemps et purent de ce fait faire œuvre utile, furent de formation extra-parlementaire, des cabinets « d’affaires » comme on les a appelés. Tel fut le cabinet de M. Ladislas Grabski.

Le gouvernement Skrzynski qui lui succéda le 20 novembre 1925 voulut s'assurer une majorité plus stable. Une coalition gouvernementale des principaux partis allant de la droite jusqu'aux socialistes polonais permit à M. Skrzynski de diriger le gouvernement pendant 6 mois environ, il put ainsi donner à la politique étrangère polonaise une direction qui soulignait nettement les tendances pacifiques de ia Pologne et le rôle de celle-ci dans l'édifice de l’Europe contemporaine.

Cependant, à la suite de divergences profondes entre le projet de M. Zdziechowski, Ministre des Finances, et le programme du parti socialiste au sujet des moyens de rétablir l'équilibre budgétaire, les ministres socialistes donnèrent leur démission le 20 avril 1926.

Le 6 mai M. Skrzynski se retirait sans être mis en minorité par la Chambre. Le premier ministre déclarait que le gouvernement était parti mais qu'il n’était pas tombé.

LE POINT DE VUE POLITIQUE b3

Après 5 jours de crise, au cours desquels différentes tentatives furent faites, le président de la République confia la présidence du Conseil à M, Witos président du parti paysan du centre. Or, M. Witos forma un gouvernement appuyé sur le centre droit de la Chambre. Les partis de gauche réclamèrent sa démission immédiate et le maréchal Pilsudski éleva une revendication analogue.

Ce dernier était fermement persuadé que ce gouvernement appuyé par une majorité très faible et même douteuse à la Diète (qui elle-même avait cessé de représenter Popinion du pays) ne ferait qu'envenimer les querelles des partis sans tenir compte des besoins impérieux du salut public. C’est pourquoi, il décida de procéder à une démonstration militaire pour forcer le gouvernement de M. Witos à démissionner, et pour créer des circonstances favorables à la formation d’un gouvernement soustrait aux influences des partis. Dans la soirée du 12 mai 1926, le Maréchal Pilsudski entra dans Varsovie à la tête de quelques régiments.

Mais le gouvernement, bien que surpris par les

événements, avait réussi à improviser une défense.

Une entrevue qui eut lieu sur le pont Poniatowski

et dans laquelle M. Wojciechowski demanda au

Maréchal Pilsudski de se retirer, ne permit malheu-

reusement pas. d'éviter l’effusion de sang. Les

troupes du Maréchal retardées dans leur progression

par celles du gouvernement, occupèrent successive-

ment tous les ministères, tandis que les ministres

du Cabinet Witos se réunissaient au Belvédère autour de M. Wojciechowski, président de la République. A la suite de combats de rues, le gouvernement se retirait à plusieurs kilomètres de Warsovie, au château de Willanow ; là, le Conseil des Ministres prit à l'unanimité la décision de démissionner.

De son côté, le Président de la République prenait la même résolution et chargeait le maréchal de la Diète, M. Rataj, de prendre en mains le gouvernement de la République.

La démission simultanée du Président et des Ministres créait un nouvel ordre de choses ; il ne restait plus qu’à appliquer les règles de la constitution à cette situation de fait.

Le 15 mai 1926, M. Rata], maréchal de la diète, signait un décret qui ordonnait la suspension des hostilités.

Depuis cette date, l’ordre qui d’ailleurs n'avait jamais été troublé en province n’a cessé de régner sur Varsovie etsur l’ensemble du territoire polonais.

L'assemblée nationale chargée d’élire le Président de la République se réunit à Varsovie le31 mai 1926.

Au premier tour de scrutin, le maréchal Pilsudski fut élu par 292 voix contre 193 à M. Brinski woiwode de Poznan, et 51 bulletins blanc.

Le maréchal déclara qu’il considérait le vote de l'assemblée nationale comme‘donnant une consécration légale aux événements du 12 mai 1926, mais que néanmoins il n'avait pas l'intention d’assumer les fonctions de Président de la République.

Laits do Éd …

Dès qu'il eut pris connaissance de la résolution définitive du maréchal, M. Rata] convoqua l’as-

- semblée nationale pour le lendemain 4er juin 1926.

Au second tour de scrutin, M. Ignace Moscicki fut élu ‘par 281 voix contre 200 à M. Brinski et 50 bulletins blancs.

Tels furent les événements de mai 19926, le maréchal Pilsudski sentant la nécessité d’une direction ferme pour sortir la Pologne de ses difficultés mettait à nouveau au service de son pays, d’une manière un peu vive peut-être mais à coup sûr efficace, les ressources de son expérience et de son talent. -

Mais la révolution qu'il accomplit se distingue nettement de toutes les autres, il donna à son acte les apparences et même la réalité d’un acte légal, Il voulut que son geste fut sanctionné par le gouvernement, le peuple, et par la constitution ellemême.

Sachant que comme président, il ne jouirait pas d'une liberté constitutionnelle assez grande pour faire aboutir les réformes qu'il désirait accomplir, il démissionna.

Il s’effaca donc en fait devant un homme d’une valeur intellectuelle et morale incontestable, mais qui, jusqu’à cette époque, n'avait été placé qu'au second plan. En réalité, il était et demeure encore l'animateur de la politique polonaise.

Le maréchal Pilsudski revenait d’ailleurs au pou-

voir à une heure très favorable comme nous l’avons

déjà dit, les difficultés financières et économiques commençaient à s’apaiser et celui qui au plus mauvais moment avait paru comme le symbole des espérances de sa patrie, apportait à cet ensemble de facteurs heureux ce qu'on pourrait appeler l'appoint des impondérables. La Pologne se reprit à considérer l’avenir avec confiance.

Vers ce moment aussi, autre raison d'espérer : le docteur Kemmerer étudiait de près les finances du pays en vue d’un emprunt éventuel que l’on se plut dès lors à considérer comme acquis, alors qu'il ne devait être conclu qu’un an plus tard.”

Bref, le mois de mai 1926 paraît à l'observateur impartial comme le point de départ de la Pologne vers un rétablissement que l’on a tout lieu cette fois de tenir pour définitif.

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