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CHAPITRE II

$ 1. — Vue générale sur le mouvement des devises étrangères et la circulation monétaire.

Entre l’époque des premières défaillances du zloty, et le temps de la seconde visite du D' Kemmerer à Varsovie, il s’est écoulé plus d’une année, au cours de laquelle le gouvernement n’a pas cessé de vouloir sauvegarder sa monnaie.

Il a tenté de réglementer de facon stricte les achats de devises étrangères pour besoins commerciaux, il a tenté aussi d’une déflation énergiqué qui fut malheureusement sans effet sur l'inflation toujours croissante des billets non gagés émis par le Trésor. Après s'être rendu compte de son erreur sur ce dernier point, l'Etat polonais, par la loi du 22 octobre 1996, s’est efforcé de limiter le nombre de ces billets.

Bien qu’une partie des pages qui vont suivre s'applique aussi bien à l’année 1925, il a paru plus logique de grouper dans cette seconde partie qui traite du redressement définitif de la Pologne, l’ex-

posé defaits ou de mesuresquiy sont intimement liés.

L'étude de la relation qui existe entre la situation monétaire et l’état des réserves de monnaies étrangères à la Banque demande tout d’abord un examen rapide du mode d'achat et de vente des monnaies par cet établissement.

En vertu des règlements en vigueur, la Banque alimente sa réserve de monnaies étrangères aux sources suivantes :

1o Achats effectués dans le commerce privé et à la bourse ;

90 Sommes en monnaies étrangères dues à l'Etat ;

30 Sommes dues pour les produits exportés se décomposant de la façon suivante :

a) Marchandises non réservées à la Banque de Pologne ;

b) Marchandises réservées à cette banque.

La Banque rachète obligatoirement à l’exportateur une partie des monnaies qu’il reçoit à raison des exportations afférentes aux marchandises réservées à la Banque.

L’exportateur a le droit de disposer du compte en monnaies étrangères en couverture seulement des paiements qu'il doit faire à l'étranger. Dansle cas où il voudrait prélever des monnaies étrangères pour les utiliser à l’intérieur du pays, la Banque lui en remet l'équivalent en zloty. Les chèques en monnaies étrangères sont remis aux entreprises particulières sur la preuve faite par elles que ces chèques leur sont nécessaires pour régler les transactions se jus-

tifiant du point de vue fiscal. L'acheteur du reste ne

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reçoit pas le chèque directement, mais il indique quel en est le destinataire à qui la banque i fait directement parvenir.

Pour constater si des progrès ont été réalisés sur la situation monétaire et dans quelle mesure, il y a lieu de comparer simplement les achats et les ventes de monnaies et de ‘devises étrangères avec la valeur

des importations et des exportations effectuées.

L'ensemble des sommes achetées et vendues dépend donc de la-valeur des importations et des exportations ; la comparaison de leur pourcentage renseigne sur leur opportunité.

En ce qui concerne les achats des monnaies étrangères, on constate un certain progrès. Tandis que pendant les années 1924 et 1925, le pourcentage du total des achats de la Banque de Pologne se maintient à 53%, en 1926, il s'élève à 57 %.

Relativement aux ventes de monnaies étrangères, on constate en 1926 la diminution du pourcentage par rapport à la valeur des importations, ce qui s’explique par la présence de réserves de monnaies étrangères chez les importateurs, réserves provenant d'achats antérieurs.

Dans tous les cas, on constatera une notable amélioration dans ce domaine au cours de la seconde moitié de 1926.

. La circulation monétaire en Pologne est en corrélation étroite avec le montant de la couverture des billets émis par la Banque de Pologne, et en même

temps avec le déficit budgétaire permanent des années 1924, 19925 et du début de 1926.

Par suite de la politique de déflation tentée en 1925 parla Bank Polski pour soutenir le zloty, la circulation des billets fut réduite de 503,2 millions de zloty au 30 juin à 381,4 millions de zloty au31 décembre 1925.

En même temps, le déficit budgétaire fut cause que la circulation des billets du Trésor s'accrut considérablement.C’est l’époque oùle dollar dépassa le cours de 10 zloty. Cette situation se prolongea jusqu’au redressement financier de mai 1926.

Mais à partir de cette date, la circulation des billets dépasse celle des coupures. La crise étant surmontée et l'équilibre du budget effectué, le gouvernement put régler cette question. Conformément à la loi du 23 avril 1924, la circulation des coupures ne pouvait excéder le montant de 12 zloty par habitant. En prenant pour base le chiffre de 30 millions d'habitants, nous obtenons un total de 360 millions de zloty. Or, la circulation des coupures dépassait le maximum légalement autorisé.

Cette anomalie disparut en vertu du décret du 22 octobre 1926 par lequel il était édicté que les coupures émises jusqu'à ce Jour devaient être converties en billets de banque.

Ce décret prévoit que le montant total des billets d'Etat et du billon ne devra pas excéder le montant total de la circulation à cette même date du 22 octobre 1926, soit 460 millions de zloty.

À partir du {er juillet 1927 le Trésor devra opérer

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le retrait des billets d'Etat à raison de 11 millions de zloty par an au minimum, en affectant à cette opération une partie des recouvrements de l'impôt indirect sur le sucre.

Dans le cas où, après le versement des tranches d'amortissement et des intérêts dus sur les obligations de l’emprunt américain 8 9, 4925, le reliquat des recettes de l'impôt indirect sur le sucre excéderait les sommes nécessaires au rachat des billets d’État, le Trésor public emploiera le reliquat à l'achat d'argent qu’il déposera à la Banque de Pologne en garantie des billets d'Etat restant en circulation.

Une partie de ces dispositions devint caduque après la mise en vigueur du plan de stabilisation, mais il est intéressant de voir comment la Pologne organisait déjà son assainissement un an avant la conclusion de lemprunt américain, On s’explique aisément ainsi l'impression favorable du P' Kemmerer qui, à ce moment même, enquêtait à Varsovie. D'autre part, il fallait bien connaître cette loi du 22 octobre 1926, puisque c’est sur elle que s’ap-

-puiera le plan de stabilisation en ce qui concerne

le rachat des billets d'Etat.

$ 2. — Séjours du D' Kemmerer à Varsovie.

Désormais la Pologne stabilisée, si l’on peut dire,

politiquement, pourvue d’une balance commerciale

favorable, paraissait en mesure de passer à la stabilisation financière. Les esprits y étaient d’ailleurs favorables et l'étranger, après avoir si longtemps considéré avec méfiance les finances et le crédit de la Pologne, semblait vouloir s’y intéresser.

Nous trouvons, dans les visites du professeur Kemmerer à Varsovie, les premières manifestations de ce nouvel état d'esprit.

L’éminent expert américain était déjà venu à Varsovie, à la fin de décembre 1925, pour un séjour de 2 semaines sur l'invitation du gouvernement polonais dont il fut l’hôte. Il remit, avant son départ, au ministère des Finances unesérie de recommandations publiées plus tard comme annexe à son grand rapport lors de son second séjour en Pologne. Il se prononçait, en particulier, à cette époque pour la stabilisation du zloty au pair, car la chute n’en était pas à ce moment encore très profonde.

Sa seconde visite, du 3 juillet au 17 septembre 1926, eut, au contraire, -un caractère beaucoup plus officiel. Venu en Pologne avec tout un cortège d'experts, il établit au ministère des Finances le siège de ses travaux, et remit, lors de son départ, un volumineux rapport sur la situation actuelle du pays et surles mesures qu'il convenait de prendre pour un assainissement définitif (1). La plupart de ses suggestions ont été suivies, et ce travail considé.

1. Reports submitted by the Commission of the American financial experts headed by Dr E.-W. Kemmerer (Ministry ot finance, Warsaw). <

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rable, auquel nous devons une grande part de notre documentation, demeure comme la charte de la réforme polonaise.

Au cours de cet été 1926, un rapide retour de confiance, se manifestait, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. S’étant pourvue de devises, la banque de Pologne pouvait stabiliser en fait le cours de zloty aux environs immédiats de 9 par dollar. L’affilux des devises permit mêmeà la banquel'achat de 10 millions de dollars or qui demeurèrent en dépôt à Londres.

Dans ces conditions, le professeur Kemmerer concluait :

10 À la stabilisation légale du zloty au niveau de 9 zloty au dollar, c’est-à dire, à sa dévaluation dans une proportion de 70 % ;

2 Au rachat des billets d'appoint émis par le Trésor qui devaient être remplacés en partie par des billets de banque, et en partie par de la monnaie d’argent;

3° A la reprise des paiements en or.

Ce revirement favorable attira l'attention de l'étranger. À la fin de 1926, le Bankers Trust, les Banques Chase et Blair firent des offres à M. Czechowiez, ministre des Finances, pour la conclusion d’un emprunt à l'étranger.

Ces offres, d’abord séparées, firent ensuite l’objet d’une entente commune entre les banques. En réponse à ces offres, le gouvernement polonais leur communiqua le plan de stabilisation arrêté. Il le communiqua également aux Directeurs du Federal Reserve Board de New-York.

Le gouvernement et. la Banque de Pologne voulaient en effet, après la stabilisation du zloty, se faire consentir un crédit de réescompte. Ce crédit

ne devait pas consister dans un versement en espèces,

mais dans la reconnaissance à leur bénéfice de la faculté, pour les banques d'émission étrangères de réescompter les effets libellés en zloty polonais.

De cette facon, dans le cas où ce crédit viendrait à Jouer, les traites libellées en zloty deviendraient une devise appréciée admise en couverture par les banques étrangères.

Une telle opération devait forcément affermir la confiance dans le change polonais. tant dans le pays qu'à l’étranger.

Les négociations entamées durèrent 10 mois. Pendant toute leur durée, laconfiance du pays dans leur issue heureuse ne se démentit pas un instant, et ce facteur psychologique fut, commesoutien du change, d’une importance qu’on ne saurait méconnaître.

Nous arrivons ainsi au mois d'octobre 1927 qui vit à la fois la promulgation au titre de loi du plan de stabilisation de Ja monnaie et la conclusion de l’emprunt étranger.

$ 3. — Le plan de stabilisation.

Le2

Au moment d'exposer le plan de stabilisation mis en œuvre par le gouvernement polonais, on ne peut manquer d’être frappé les différences qui séparent

la situation polonaise de celle des autres Etats, ses voisins, qui ont déjà fait appel pour restaurer leurs finances au crédit étranger.

La nécessité de sauvegarder dans le plan de stabilisation l'indépendance et la dignité de la Pologne apparaît tout d'abord dans le fait que — différant en cela de l’Autriche, de la Hongrie ou de l'Allemagne — elle n’avait aucune dette de réparation et que ses dettes politiques — d’ailleurs minimes— avaient, par avance, fait l’objet d’un accord avec ses créanciers.

On trouvera ci-dessous de l’état de ses dettes extérieures et l'indication des accords conclus à leur sujet. Tous sont antérieurs à la stabilisation :

19 Emprunts contractés par voie d'émission (1) :

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20 Emprunts contractés auprès de gouvernements

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