Sancti Antonii vitse dux, p
3. Additions du ms. de Lucerne, add. III, n" 8-11, dans les S. Antonii vitse duse, p. 126 et 127.
Que les habitants de Padoue aient attribué, de bonne heure et comme instinctivement, à leur saint de prédilection la victoire des troupes pontificales, qui leur rendait la liberté, il n'y a rien là d'étonnant. 11 est, d'autre part, intéressant de constater que Rolandino, qui nous raconte pourtant en détail le siège et la prise de Padoue par l'armée du légat ^, et cela cinq ou six ans à peine après les événements, ne dit absolument rien de cette prétendue communication miraculeuse, qu'aurait faite saint Antoine à l'un de ses frères et dont le peuple lui-même aurait eu connaissance^. En 1260 ou 1261, époque ou Rolandino rédigeait sa chronique, la légende en question n'était manifestement pas encore formée.
De même, Salimbene^ raconte la prise de Padoue, qui eut lieu, note-t-il, dans l'octave de la fête de saint Antoine. Il signale la part active que prirent aux opérations du siège deux Frères Mineurs, le frère Clàrellus, qui mena les soldats à l'assaut, et un autre frère, qui dirigea la construction des machines ; mais d'une intervention miraculeuse et d'une prophétie du « thaumaturge » franciscain il n'est pas non plus question dans son récit.
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La légende ne se contente pas de créer, parfois, le merveilleux en sur naturalisant des faits naturels ; là où elle le rencontre déjà existant dans une certaine
1. Rolandino, lib. VIII, cap. XIII et XIV, ap. Muratori, t. VIII, col. 295 et 296.
2. Qiio postmodum ad noUliam Padiianonim pervento. (Add. de Lucerne, loc. cit.).
3. Salimbene, Chron., an. 1250, éd. Parme, 1857, p. 202 et 203.
l'évolution du Merveilleux 237
mesure, elle Vacceiitue, elle Vaugmente, elle le développe, embellissant, surenchérissant, surajoutant sans cessé de nouveaux détails extraordinaires, de nouvelles circonstances prodigieuses. De là, au point de vue de la critique des textes, cette règle, fort importante, qu'entre deux légendes hagiographiques concernant les mêmes épisodes, celle-là est incontestablement la plus récente dans laquelle ces épisodes sont les plus chargés de merveilleux.
Il est particulièrement facile de constater dans les légendes antoniennes comment la dose du merveilleux va toujours ainsi crescendo, sous la plume des hagiographes, surtout des hagiographës du moyen âge. Nous allons le toucher du doigt.
La troisième partie de ItkLegenda prima, qu'a reproduite en partie le Dialogus de vilis saiictorum Fratriun'^, renferme le récit d'un miracle opéré, est-il dit, par le « thaumaturge » durant sa vie: c'est la guérison d'une jeune fdle nommée Paduana. La Legenda prima s'exprime ainsi :
Civis quidam Paduaniis, nomine Petrus, habehat flliam nomine Paduaham, quœ, quum quatuor esset annorum, omni prorsus offlcio pedum destituta, in modum reptilium, manibus repens incedebat. Dicebânt aatem quia, morbo epileptico laborans, cadere et volutari ssepe consueverat. Quam quum pater ejus, dum adhuc viveret sanctus Antonius, in brachiis bajulans, eidem, die quadam, iter facienti per civitatem obviasset, rogare cœpit ut filise suse signum crucis imprimeret. Cujus fidem pater sanctus attendens, benedixit eam ac dimisit. Pater vero puellœ, domum regressus, erectam filiam super pedes statuit ;
1 . Dialogus de vitis sanclorum Fratrum Minoram, édité par le P. Lemmens. Rome, imp. Sallusliana, 1902. — Cf. 5. Ant. vilœ dux, p. 239.
qiiœ mox, susfenfafa scaibe//o, hue et illiic ire cœpit. Sublato aulem demum scamno, pater ei baculum tradidit. Ipsa vero, semper proficiens, eunclo etredeuiido pér domicilium incessit. Ita den'ique, heatissimi Antonii meritis^ ad plénum convaluit ut iiullo penitus sustentaculo egeret^ nec, ah eo tempore quo sigiiatà est^ passionem vel miiiimam morbi caduci sustinuerW^.
D'après ce texte, au dire de certains, la jeune fille aurait été atteinte d'épilepsie. L'auteur de la relation primitive enregistre les on-dit vulgaires, sans rien affirmer toutefois. De plus, d'après lui, la guérison, loin d'avoir été instantanée^ a été lente^ progressive et, en quelque sorte, laborieuse. D'abord l'enfant, pour marcher, a dû s'aider d'un escabeau, puis d'un bâton.
Dans le Dialogus, écrit plus tard, vers 1245 2, le commencement du récit est presque textuellement le même ; le dicebant, notamment, s'y trouve toujours. La suite de l'histoire, pourtant, subit déjà quelques modifications dans un sens plus merveilleux ; le Dialogus insiste moins sur les étapes de la guérison, qui a été, dit-il, rapide :
Pater vero puellœ, domuni redieiis, curriculo sustentatam hue illucque per domum ambulare coegit ; quœ in brevi ita convaluit ut nullo penitus sustentaculo egeat, nec ab illo (tempore) quo sanctus eam signaveraty ullam morbi epileptici deinceps senserit passionem^.
Mais tout cela, un demi siècle ou trois quarts de siècle plus tard, ne peut plus convenir à l'auteur de la légende Benignitas. Alors que la Legenda prima et le