Cf. S. Ant. vitx dux, p
3. Dialogus de vilis sanclorum Fr. Min., éd. Lemmens, p. 19, n° 31.
l'évolution du merveilleux 239
Dialogus même ont simplement fait remarquer que, suivant les oii-dit du vulgaire, la jeune fille était peutêtre épileptique, lui affirme la chose sans hésiter.
La fin de l'épisode, tel que le rapportent les narrations précédentes, le choque surtout. Le saint par sa seule bénédiction ne pouvait-il donc guérir instantanément la malade ? N'est-il pas plus glorieux pour lui et plus édifiant pour les fidèles de supposer qu'il l'a fait ? Donc, disons que la guérison a été immédiate^ foudroyante... Et, bravement, le légendaire supprime tous les détails, si pittoresques et si suggestifs, qui le gênent. Tronquant, avec une naïve inconscience, l'épilogue de ce trait, il nous le raconte, comme il suit :
Puella qusedam, nomine Paduana, annorum quatuor, pedum gressu privata, sei^pentium more incedehat ac, morbo caduco laborans, volutabatur fréquenter spumans et ad terram se niiserabUiter collidebat. Quam quum pater ejus, nomine Petrus, semel gestaret in ulnis, ohvium habuit ex insperato beatum patrem Anionium a prsedicatione redeuntem. Cui idemPetrus dévote occurrens rogare éum cœpit obnixe ut signo nvificae crucis eam consignaret. Cujus ut sinceram fidem pins pater conspexit, a capite usque ad pedès eam cruce consignans, statim puella ab owni qua vexabatur passione exsiitit liberata K
Enfin, le Liber miraculorum., qui, dans le récit qu'il donne de cet épisode, a copié presque mot à mot la légende Benignitas, modifie, toutefois, lui aussi la dernière phrase, pour accentuer encore plus grossièrement V instantanéité prétendue de la guérison :
Beatus pater, dit-il, ipsam a capite usque adpedes.. consignaçit. Quo facto, adfuit illico miranda potentia Dei, quse gressum infirmée prœstitit, ita quod libère,
1. Lég. Benignitas, mirabilia, n" 14-17, ap. 5. Ant. vitse duoe,^. 226.
absque ullius adminiculo, poterat ambulare. A morbo etiam caduco protinus eam saiiam fecit K
Entre ce récit, ainsi de plus en plus surnaturalisé, et la version première, donnée par la Legeiida prima., la contradiction est maintenant formelle.
J'ai cru bon d'insister sur les divergences de ces quatre textes, l'un écrit vers 1232, le second vers 1245, le troisième vraisemblablement au commencenient du XIV^ siècle et le quatrième après 1367 ; elles caractérisent, en effet, admirablement et nous montrent j»/"W sur le fait., en quelque sorte, le travail de la légende.
Ce travail, pour être moins complexe, n'en est pas moins apparent dans d'autres récits de guérisons.
L'appendice ou troisième partie de la Legenda prima nous parle, par exemple, d'une femme paralysée, appelée Ricarda, crura gerens arida, monstruose contracta-. Elle se traîne au tombeau du saint et là un commencement de guérison s'opère :
Crura ejus .. extensa sunt et, laxata cute, carnes ad statum pristinum crescere cœperunt. Videnies autem custodes tumuli qum fiebant, extra ostium ecclesise prœpropere mulierem portantes, haud plene sanatam dimiserunt. At illa, per dies decem et novem, orationibus insistens, nec non et quotidie ad locum dictum se trahens, in die vigesimo, dimissis scamnellis.. ambulant^.
Eh bien ! que fait le compilateur de VAppendix de miraculis du manuscrit d'Ancône^, pièce rédigée un peu plus tard ^ et que les Bollandistes ont éditée ^ ? Il