Paris, Picard éd
6. Le sans-gêne du légendaire versificateur est d'autant plus grand que, conformément à Thomas de Gelano, la Vita auclore anonymo, qu'il traduisait, porte expressément : Felicibus cujusdam assidenlium oculis . . . apparuit (Franciscus). — Vita auct. anon,, ap. Act. SS., n° 11, p. 200.
l'évolution du merveilleux 245
Se démonslra en nouvelle manière, En ce lieu là, sans nulle ficlion, Crucifié par conlemplacion, En approuvant le sermon saint Anthoine, Puis lui donna la bénédiction.
Chacun le Dit ; ce fut chose certaine K
Je n'en finirais pas, si je voulais citer tous les exemples analogues qu'il me serait possible de relever. Je n'en veux plus signaler qu'un seul.
Parmi les miracles posthumes de saint Antoine, il en est un à propos duquel Jean Rigauld met en scène un homme défiguré par les démons qu'il voulait consulter, puis guéri par l'intercession du « thaumaturge » de Padoue.
Ce récit est du genre de ceux, qu'en certaines contrées, nos paysans se. redisent parfois encore, à la veillée :
Quidam liomo, voleiis qiiœdam occulta scire per dasmones, quadam nocte, in circula incantatioiii se posait cuni quodam clerico, qui per artem magicam sciehat daemoiies invocare. Quum igitur.. venireiit dsemones cum summo strepitu et rugitu et homô ille, timoré perterrilus et ti'emore, nescirét dœmonibus aliquid respondere^ subito maligiii dœmones, in eum atrociter irruenies, linguam ej'us de gutture totaliter avulserunt et oculos etiam de capite eruerunt. Recessit igitur, ductore prxno,a dsemonibus sic laceratus.. In statu autem hujus miseriss per tempus aliquod miserabiliter miseram vitam duxit. Tandem., incepit ad cor reducere mirabilia quse per suum (servum), sciiicet Antonium, Dei virtus consueverat operari.. etfecit se adecclesiam beati Antonii adduci.. Quadam die^.. sacerdote in missa corpus dominicum élevante,
1. Le dit de la vie de saint Antoine de Pade, fol. 121 v°, éd. du R. P. Ubald, p. 24.
fuerunt sibi novi oculi in capite resiituti.. Secl qui cœcorum ociilos aperit,.. dum chorus frairum « Agiius » cliceret et « Doua nohis pacem » fiiiiret, liiiguam sibi restiiuit et loquelam ^.
L'histoire a passé dans les Additions k la Legenda prima du manuscrit de Padoue-, postérieur à 1346^; mais elle y a subi d'intéressants et fantastiques remaniements.
Tout d'abord, ce n'est plus le complice d'un sorcier qui y est puni de sa témérité ; c'est un pauvre homme qui, en vérité, n'en peut mais et qui n'a commis d'autre crime que d'entrer dans une maison où des magiciens ont accompli leurs évocations :
In domo domini Johannis de Puteo, duo incantatores fecerunt incantationes pro inquisitione cuj usdam thesauri. Quo facto^ quidam serviens dicti domini.^,. post egressum incantatorum de domo, domum illam ingrediens, ibidem reperit multitudinem animalium et volucrum^.
Suit une description des fantômes et des diables qui ont, soi-disant, assailli et poursuivi le malheureux, description rappelant les visions les plus extravagantes du sabbat:
Et inter illa ànimalia erant très eqiii cornuti ad modum hircorum, emittenies flammani ignis per os et secessum; super quos erant très homines horribiles aspectu, magnos baculos tenentes in manibus^ tenentes faciem ad caudam equorum. Quse videns.. nimio ierrore perterritus,.. egrediens cœpit ire versus pla-
1. Jean Rigauld, cap. X, éd. du P. Ferdinand, p. 144-148. — Le Liber miraculomm (ap, Act. SS., n" 61) reproduit purement et simplement Jean Rigauld.