Cf. S. Antonii vilx diix, p. 17 et
4. Add. da ms. de Padoue, add. III, n°" 39 et 40, ap. S. Ant. vitse diicv, p. 139.
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team communis. Multa autem illorum animalium et volucrum secula s mit eiiin et in platea communis^ illum verberanles^ torquebatit Uiigiiam ejus, ita quocl loquelam amisit et, post hoc immédiate, perdidit eiiam visum^.
Dans Jean Rigauld, l'aveugle muet nous était représenté comme ayant recouru de lui-même à l'intercession du « thaumaturge » ; dans le manuscrit de Padoue, la chose se passe moins simplement, mais plus merveilleusement : saint Antoine en personne apparaît à celui que les démons ont si fort maltraité et ce n'est qu'après cela que ce dernier pense à se faire conduire au tombeau du bienlieureux : 1 .
Ciii appariiit beatus Àiitoniiis, quamdam crucem
lucidissimam teiiens in manu, confortans eum et
eidem suadens quod in Domino speraret.. Tune, nu-
' tibus innuens quod duceretur ad arcam beati An-
tonii, adeam.. delatus est-.
Le reste de Fépisode concorde, sauf pour quelques détails insignifiants, avec le récit de Jean Rigauld.
La comparaison de ces deux narrations n est-elle pas instructive ? N'y voit-on pas comment chaque légendaire modifiait, plus ou moins, ces contes populaires, suivant la tournure de son esprit.
Très souvent aussi, dans la littérature légendaire, les faits merveilleux se multiplient par dédoublement. Un prodige est-il particulièrement stupéfiant ou dramatique, au bout d'un certain temps, le saint dont il
1 . Ibid., n»' 41-44, ap. 5. Ant. vitx duus, p. 139 et 140. ' 2. Add. du ms. de Padoue, add. III, n"' 46 et 47, ap. S. Ant. vitx duse, p. 140.
illustre la mémoire est censé l'avoir réitéré, en plusieurs lieux et en diverses circonstances.
Les causes de ces diiplicalions, d'ordinaire, sont de deux sortes. C'est d'abord la jalousie de clocher, l'amour-propre local ou national : telle ville, telle localité se glorifie-t-elle d'avoir été illustrée par quelque miracle fameux, bientôt telle autre cité, tel autre pays, revendique, à son tour, l'honneur d'en avoir aussi, à nouveau, été le théâtre. Il s'est produit, en un mot, pour les épisodes surnaturels, ce qui est arrivé, si souvent, pour certaines reliques, insignes et vénérables, que des sanctuaires différents ont prétendu, et prétendent parfois encore, également posséder i. D'après les documents, M. le chanoine Ulysse/Ghevalier, on le sait, a constaté la présence, aux siècles passés et en divers lieux, d'une dizaine de saints Suaires, tous soi-disant authentiques ^ ; M. de Mély, de son côté, a signalé l'existence de quatre saintes Lances et de sept cents prétendues épines de la sainte Couronne ^. La tête entière de tel saint se vénérait jadis et se vénère encore en plusieurs églises à la fois ^ ; à la fin du X* siècle, on se vantait d'avoir découvert,, sur les bords de
1. Cf. Analecta Bollandiana, t. XIX (19Ô0), fasc. I, p. 46 et 47.
2. Notamment en Terre sainte, à Gonstantinople, à la Sainte- Chapelle de Paris, à Aix-la-Chapelle, à Besançon, à Cadouin, à Cahors, à Compiègne, à Turin, sans compter des fragments du saint. Suaire à Clermont, Corbeil, Halberdstadt, Vezelay, Reims, Troyes, Zanle, Clairvaux, Narbonne, Soissons, Tolède, etc. (Ghan. Ulysse Chevalier, Etude critique sur l'origine du saint Suaire de Lirey- Chambéry-Turin, dans la Bibliothèque lilurgique, t. V, 2° et 3° livraisons, p. 8-20. Paris, A. Picard, 1900. — Cf. Riant, Exuvise sacras Constantinopolitanx, t. II, p. 208-257. Genève, 1878. — Rohault de FhEVB.Y, Mém. sur les instruments de lapassion,T^. 224-243. Paris, 1870.
. 3. F. DE Mély, Exuvise ' sacrx Consiantinopolitanse, t. III (continuation de l'ouvrage de Riant) : La croix des premiers croisés ; la sainte Lance ; la sainte Couronne. Paris, Leroux, 1904.
4. Il serait facile de citer des noms; je m'en abstiens, pour ne froisser personne dans son amour propre local.
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la Loire, et on transportait solennellement à Utrecht le « corps » de sainte Agnès ^, qui n'a pourtant jamais quitté la basilique de la via Nomentane à Rome-, etc.
C'est, en second lieu, l'impéritie et le sans-gêne des liagiographes, surtout modernes, qui, trouvant, dans la vie de tel ou tel saint, certains miracles assignés par les écrivains des âges précédents tantôt à un lieu, tantôt à un autre, en ont conclu gratuitement et ont répété, sans sourciller, que le saint en question avait plusieurs fois opéré les mêmes prodiges. De ces dédoublements fantaisistes la légende antonienne offre plus d'un exemple curieux.
Jean Rigauld^ nous décrit un tniracle de bilocation : saint Antoine, pendant qu'il prêchait devant le peuple dans uneéglise, fut,, au même moment, vu, assez loin de là, dans le chœur de son couvent, chantant une leçon de l'office, en présence de ses frères. L'hagiographe limousin place expressément l'épisode à Limoges'*. La légende Benignitas^ elle aussi a recueilli, dans de vagues traditions populaires sans doute et avec quelques légères variantes, le récit du même prodige; mais elle le met à Montpellier ^.
1. Historia inventionis et translationis SS. Agneiis et Benigni e Gallia UUrajectum, ex vetéri ms. S. Pauli Ultrajecii, ap. Act. SS., t. II jan., p. 721-724.
2. Relatio invent, corpomm SS. marlyrum Agnetis et Emerentianx in ecclesia S. Agnetis via Numentana (anno 1605), ap. Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri de' santi martiri . . di Roma, p. 684 et suiv. Rome, 1720. — Cf. Bartolini, Gli atti del martirio delta nohile vergine romana S. Agnese, annot., Rome, 1858. — L. be Kerval, Sainte Agnès dans la légende et dans l'Mstoire, app. III. Vanves, imp. Franciscaine Missionnaire, et Paris, Vie et Amat, 1901.