‹ L'Évolution et le développement du merveilleu dans les legendes de S. Antoine de Padoue [microform]Chapitre 28 sur 47 · Luc X · texte numérisé non relu

Luc X

l'évolution du merveilleux 255

Toute la science théologique et toute la casuistique du saint s'étant. trouvées, paraît-il, mises en déroute par cette citation, soi-disant concluante, il mangea, sans plus de scrupules, du poulet en question, dont il ne resta bientôt plus que les os. Les rusés hérétiques l'attendaient là. Ils coururent, sans plus tarder, prévenir l'évêque du lieu, en criant au scandale. L'évêque arriva; mais, ô prodige ! Antoine avait fait le signe de la croix sur les os du chapon, qui s'étaient, fort à propos, changés en arêtes de poisson. Les mécréants, on le comprend, furent confondus ^

Eh bien, cette légende, avec quelques divergences ou modifications de détails, n'ekt qu'une adaptation à saint Antoine d'une histoire dont saint François, dans la Vita seçunda de Thomas de Gelano, est le héros :

Qiium enim.. Franciscus a qiiodam viro.. fuisset susceptus hospitio, rogatus ah eo ut, propter sancti Evanèelii observantiam, de omni apposHo manducaret, annuh bénigne.. Accurrit ille festinus et caponem septennem(!) studiose honiini Dei prseparat manducandum.

Sedente ad mensam pauperiun pàtriarcha.. adest ad ostium filins Belial, rerum opportunarum simulans paupertatem,.. eleemosynam expetendo.. Sanctus.. gratissùne membnim suscipit avis appositse ac pani suppositum petenti transmitlit.. Mugit subito sceleratus ille et membrum caponis ostendere nititur omni plebi : Ecce, garrit, qualis est f rater iste.. Videte omnes carnes quas mihi sero, dum comederet^ dédit. Increpant illum pessimum universi.. Piscis rêvera omnibus apparebat quod niîebatur ille asserere

1 . Wasding, Annal. Min., an. 1225, n° 20. — Angelico de Vicence, La vita di S. Ant. di Padova, cap. XV, p. 42 et 43. Venise, 1748. — Arbusti, Compend. cronoL délia vita del glor. taiimat. S. Anl.. Bassano, 1786, etc.

membrum fore caponis.. Erubuit tandem infelix^. exponeiis qiiam habuit nefariam çoluntatem^.

Le même trait, du reste, avec quelques variantes de détail, a aussi passé, plus tard, dans la légende de saint Conrad de Plaisance, ermite du troisième ordre franciscain, mort en 1351 2.

Autres exemples.

Résumant, et cela au point de le rendre en partie inintelligible, un récit légendaire dont elle prétend, — nous allons voir avec combien peu de fondement, — faire honneur à saint Antoine, la légende du manuscrit de Florence, retrouvée naguère par le Père Lemmens, s'exprime ainsi :

Millier, qum einn seciita fiierat, unius diei meritum posait in bilancia, verbo dicens : Domine, ostende mine virtiitem tuam. Et tantiim prsRponderavit altius quam mercator dixit : Non possem emere pro toto meo argento ; sed accipe quantum vis et dona mihi, quia quae derisive faciebdm nunc fidélité?' peto. Illa accepit quod suffiçeret ad reditiim in patriam et narrant quomodo servus Dei dixerat: Vade et vende, vel dona et donabitur tibi^.

Disons de suite, pour ne pas exercer inutilement la sagacité du lecteur, qu'il s'agit, dans ce passage obscur, d'une femme qui, ayant suivi le saint dans toutes ses prédications, pendant assez longtemps, se trouva, à la fin, sans ressources. Sur le conseil d'Antoine, elle s'en fut demander à un riche marchand de lui donner une somme équivalente au mérite spirituel d'un des jours d'indulgences qu'elle avait gagnés en assistant aux

Page 1