Thomas de Gelano, Vita secnnda, part. III, cap. XXIV
2. Breviarium Romano-seraphicum, die décima nona febr., lect. III, ad matut., — Vita B. Conradi, auctore Vincentio Littara, capi III, ap. Acta SS., t. III febr., n° 18, p. 169.
3. Lég. diims. de Florence, f" 10 r", ap. 5. Ant. vitse duse, p. 245 et 246.
l'évolution du merveilleux 257
sermons de l'apôtre. Pour évaluer ce mérite, il fut convenu qu'elle soufflerait dans l'un des plateaux d'une balance et que le marchand mettrait dans l'autre plateau autant' de deniers qu'il en faudrait pour rétablir l'équilibre; Mais il ne put jamais y parvenir ; car toujours le souffle de la femme était plus fort que le poids de l'argent.
Or, Y original de ce récit, la Yersion primitive qui permet de bien comprendre ce que, dans son laconisme, l'auteur de la légende antonienne du XI V siècle a voulu dire, on les retrouve dans la chronique de Salimbene de Parme ^ ; mais là le prétendu, prodige 7îè concerne pas encore saint Antoine: il en est fait honneur au célèbre prédicateur allemand Berthold de Ratisbonne, lui aussi Frère Mineur :
Quœdani nobilis domina, magno et ferventi desiderio infiainmata aiidiendi prasdicantem fratrem Bertholdum, eum per sex annos coniinuos (!), per civitates et castra (secuta est).. Quum autem, finitis sex annis et finitis et coiisumptis suis expensis,.. nojï haberet domina illa quid comedere posset, accessit ad fratrem Bertholdum. . Quœ quum omnia frater Bertholdus audisset, misit eam ad quemdam campsorem,., ut ex parte sua diceret sibi quod daret ei tôt denarios, pro victualibus et expensis, quantum valebat una dies indulgentise, pro qua habenda fuerat, sex annis, fratrem Bertholdum secuta.. Campsor subrisit et dixit: Et quomodo scire potero quantum valeat indulgentia diei unius quo fratrem Bertholdum secuta fuisti ? Cui illa respondit : Dixit mihi ut dicerem vobis quod poneretis denarios ex una parte in scutellam staterse et ego in alteram suffiarem.. Posuit igitur denarios larga manu et implevit scutellam slaterœ ; ipsa vero insufflant in alteram et statini
1. Ecrite de 1282 à 1287. — Salimbene. Chron., éd. de Parme 1857,
pvseponderavit et denarii subito suiit elevati.. Qiiod videns campsor miratus est çehementer et, pluries ac pluries, deiiarios ex parte sua supraposuit in statera, nec sic potuit flatum domiiiœ elevareK
L'histoire de la femme et de la balance était, évidemment, un conte en vogue, au XITP siècle, dans les milieux populaires. A quelle date remonte son origine et de quel saint personnage fut-elle primitivement l'apanage ? Je ne sais. Au temps de Salimbene, on vient de le voir, on en gratifiait Berthold d'Allemagne. L'auteur de la légende de Florence, venu plus tard, l'avait entendu raconter, probablement au foyer domestique dans son jeune âge, ou ensuite dans quelque couvent ; il l'aura retrouvée, plus ou moins vaguement, dans ses souvenirs et, suivant l'adage : on ne prête qu'aux riches, il l'aura, sans plus de façon, attribuée à saint Antoine.
La légende Beiiignitas 2, les Additions du manuscrit de Lucerneà la Legenda prima ^ et le Liber miraculorum^ relatent l'aventure, non moins merveilleuse, d'une autre femme qui, empêchée méchamment par son mari de se rendre à un sermon de saint Antoine, lequel prêchait à deux milles de là, l'entendit cependant, du haut de sa maison, sans en perdre une parole. Un si beau prodige ne pouvait manquer, on le devine, de faire la joie de la plupart des hagiographes postérieurs &,
1. Salimbene, Chron., an. 1284; éd. de Parme 1857, p. 326 et 327, ap. S. Ant. vitas duce, p. 312 et 313. — Le même épisode, toujours attribué à Berthold, mais raconté en termes différents et avec des expressions dénotant, ce semble, un texte venu d'Allemagne, a passé dans la Chronique des XXIV Généraux. {Chron. gêner, ministr., ap. Analecta Francise, t. III, p. 239. Quaracchi, 1897.)
2. Lég. Benignitas, mirabilia, n" 21-27, ap. 5. Ant. vit.se dux, p. 227. ■
3. Add. ms. Lncerne, add. II, n" 7-12, ap. S. Ant. vitse dax, p. 120.