‹ L'Évolution et le développement du merveilleu dans les legendes de S. Antoine de Padoue [microform]Chapitre 30 sur 47 · Liber miraculorum, ap. Acta SS., n · texte numérisé non relu

Liber miraculorum, ap. Acta SS., n

5. Voir, entre autres, Barth. de Pise, Conform.,^ LXVII, éd. 1410. — SuRius. De probatis sanct. historiis, t. III, p. 619. Cologne, 1570.

l'évolution du merveilleux 259

Le malheur est que ce récit se retrouve lui aussi, pour le fond et avec des divergences de détails seulement, dans la chronique de Salimbene où, comme le précédent, il concerne encore Berthold d'Allemagne :

Quodam die, quum, in quodam loco, f rater Bertholdus prœdicare deberet, accidit ut quidam buhulcus dominum suum rogaret ut ad prs&dicationem fratris Bertholdi audiendam eum, amore Dei, ire permitteret. Cui dominus suus respondit : Ego ad prœdicationem ibo, tu vero ibis ad agrum ad arandum.. Quum autem bubulcus.. arare inchoasset in agro, mirabile dictu! statim primam,vocem fratri s Bertholdi preedicantis audint, qui, illo die, per trigiiita milliaria distabat ab eo.. Quum autem bubulcus postea a domino suo de prxdicatione fratris Bertholdi requireret et ille eam nesciret repetere, eam totaliter bubulcus repetiit, addens quod eam totam audivisset.. in agro. Tune dominus suus, cognoscens hoc ex miraculo accidisse, dédit bubulco plenariam libertatem ut, quo tiens cumque vellet, ad prsedicationes fratris Bertholdi audiendas libère posset ire^.

Le plus joli, c'est que Berthold lui-même, qui était un homme de bon sens et de grande loyauté, ne laissait pas que de protester énergiquement contre les miracles que lui attribuaient ainsi certains dévots enthousiastes, voire certains exploiteurs intéressés de la crédulité populaire. Le manuscrit Ottoboni 522 de la bibliothèque Vaticane renferme, à ce propos, le curieux témoignage que voici ; le sermon entendu de loin malgré la distance y est, tout particulièrement, traité de fable :

— R. p. At, lilst. de S. AnL, ch. X, p. 141. — R. P. Léopold de Chérancé, s. Anl. de Padoue, ch. XVI, p. 152. — Mgr Ricard, S. Ant. de Padoue, ch. VIII, p. 141. — Carlos das Neves, grande thaamat. de Portugal, t. I, cap. V, part. III, p. 252 et 253.

1. Salimbene, Chron., an. 1284, éd. de Parme, 1857, p. 325 et 326, ap. 5. Ant. vitee duee, p. 310 et 311.

Quum venisset ille sanctus et famosus pvcedicator dwini verhi de Allemania, f rater Bertholdus, in Franciam, voliiit rex videre illum et alloqui.. Inter confahulationes sanctas rex NavarrcB,qui prsesens erat^ talia postmodimi narrabat : Multum dominus rex Francise et ego sedificati siunus de fratre illo magno prœdicatore. Quum enim dicerem domino régi Francisa, ipso fratre prsesente: « Domine, quidam operarii in Allemania, conducti ad agrum, die quodam preedicationis suœ, longe a loco ubi stationem locaverat frater iste^ rogabant mane dominum, qui eos conduxerat, ut permitteret eos audire verbum praedicationis ; quo non permittente, quum essent in agris laboranies,protestati suntse audivisse prœdicationem fratris et intellexisse, quum tamea distarent fortassis per leucam unam * ; » tune frater Bertholdus respondens ait : « Non credatis, bone domine, nec fidem adhibeatis relationibus hujusmodi, quse de me referuntur, quasi sint miracula. Non enim fuit f:)00 vehum, quantum credo, nec unquam audivi quod hoo verum fuerit. Sed sunt quidam homines, volentes aut pecuniam lucrari, aut aliqua alia vana ex causa, qui sequentes me inter aliam multitudinem aiiquando talia Hn^unt et aliis refepurit. » Qua quidem ratione ambo reges fuerunt œdificati multum, vidantes fratrem illum... non vanam ab hominibus gloriam quserere, sed Bel tantum hono-

1 . Rieii de plus curieux que de constater, ici encore, par la comparaison des divers textes, comment se modifiaient et s'amplifiaient, en passant de bouche en bouche, ces contes merveilleux, issus de la pieuse crédulité du vulgaire et parfois, Berthold va nous le dire, de l'imposture de véritables chevaliers d'industrie. Dans le prodige tel qu'il a été raconté à Salimbene, il s'agit d'ura seuZ paysan, que son maître retient au labourage ; dans la version qu'en avait recueillie le roi de Navarre, il était déjà question de toute une troupe de laboureurs ; dans la légende Benignitas, qui adapte le trait à saint Antoine, le paysan devient une femme, que son seigneur et maître, c'est-à-dire son mari, empêche d'aller au sermon.

l'évolution du merveilleux 261

rem et animarum salutem affectare^ plus veritatein quam plebis favorem vaaœqué laudis rumores diligere^.

Les transmigrations antérieures, si j'ose ainsi parler, d'un autre trait légendaire, que le Liber miraculorum est le premier à avoir introduit dans la biographie de saint Antoine, sont également bien suggestives. Je veux parler du prodige de la confession effacée. Un pénitent écrit sur un papier la liste de ses péchés ; il la remet à Antoine, à qui il a demandé d'entendre sa confession, et les péchés bientôt s'effacent miraculeusement 2. ,

Eh bien, cette histoire, sous certains rapports symbolique, n'est autre chose, en réalité, qu'un lieu commun qui remonte très haiit dans la littérature hagiographique. Saint Jean Glimaque (525-605), auVP siècle 3, nous dit déjà, qu'un grand pécheur s'étant présenté dans un monastère pour se faire moine, l'abbé voulut l'éprouver et l'obligea à faire publiquement la confession des péchés de toute sa vie. Cet homme ne balança pas : il écrivit ses fautes sur un parchemin et en fit la lecture en présence des moines assemblés. Or, à mesure qu'il lisait ses péchés, un ange les effaçait de la liste qu'il tenait à la main.

La même chose, à peu près, se retrouve dans la légende de saint Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexan-

1. Ms. Ottob.522, fol. 231.. — Cf. Analecta francise, t. I, p. 417. Quaracchi, 1885.

2. Liber miracalorum, ap. Act. SS., n" 25. — Barth. de Pise, Conform.J' LXVII. — Marc de Lisbonne, Chronicas da ordem dos Frades Mehores, part. I, lib. V, cap. X. — SuRius, De probatis sanct. historiis, t. III, p. 617. — R. P. At, Hisi. de S. Ani. dePadoiie, ch. XV, p. 222-223. — R. P. LÉOPOLD de Ghérangé, 5. Ant. de Padoiie, ch. XII, p. 116. — Carlos bas Neves, grande thaumal. de Portugal, t. I, cap. V, part. II, p. 182 et 183, etc.

Page 1