Ap. Opéra. Paris, 1633, in-fol
drie, écrite vers 620 *, par Léonce, évêque de Chypre. Là c'est une femme qui, n'osant expliquer de vive voix un péché qu'elle a commis, l'écrit sur un papier qu'elle remet, plié et cacheté, au bienheureux patriarche. Ce dernier étant mort, presque subitement, sur ces entrefaites, la femme est fort en peine de son billet. Mais le saint lui apparaît et lui rend son papier, toujours cacheté. Lorsqu'elle l'ouvre, elle constate que le péché qu'elle y avait inscrit est miraculeusement effacé 2.
Au moyen âge, le légendaire cistercien Césaire d'Heisterbach (1180-1240), à son tour, dans son Recueil de miracles et d'histoires 3, s'empare de l'épisode, mais pour en faire honneur à ses confrères. 11 nous dit, effectivement, qu'un étudiant, fort débauché, étant allé se jeter aux pieds d'un religieux de l'ordre de Cîteaux, celui-ci lui conseilla d'écrire ses péchés ; ce que le jeune homme fit.. En lisant cette confession écrite, le moine y trouva des crimes si énormes, des cas si extraordinaires, que n'osant rien décider par lui-même, il demanda au pénitent la permission de la communiquer à son abbé, afin d'en recevoir des conseils. L'étudiant y consentit ; mais l'abbé, prenant le papier pour le lire, le trouva complètement blanc. Dieu par un miracle avait effacé les péchés qui y étaient mentionnés ^.
De laquelle de ces versions antérieures le légendaire antonien s'est-il inspiré ? Je laisse à de plus habiles le soin de le décider. Peu importe, au surplus.
1. Cf. Acta SS., t.. III januarii ; de S. Joan. Eleemos., die 23 jan., n° 8, p. 109 et 110.
2. Vita S. Joannis Eleemosynarii, aiictore Leontio, episcopo, interprète Anastasio, ap. Acta SS., t. III januar., die 23 jan., n" 94-96, p. 130, et dans les Vitx patriim, lib. I, ap. Pair, lat. de Migne, t. LXXIII, col. 380-382.
3. GiESARii Heisterbachensis, Librt XII Ulustrium miraculorum et historiarum memorabilium. Cologne, 1591 et 1599, in-8°.
4. Cf. S. LÉONARD DE Port-Maurice, Directoire ou Instruction pour la confession générale, ap. Œuvres complètes, trad. Labis, t. VI, p. 293 et 294. Tournai, 1860.
l'évolution du merveilleux 263
Wadding raconte que saint Antoine, se trouvant, près de Gémona, occupé à faire charrier des matériaux pour la construction d'une chapelle, demanda à un villageois de lui prêter un chariot. Mais le rusé paysan, ayant couvert d'un drap son fils qui dormait au fond de sa voiture, s'excusa, disant qu'il avait un mort à transporter à la ville. Le châtiment de cette fourberie ne se fît pas attendre : le mensonge était à peine proféré que le jeune homme était miraculeusement frappé de mort subite. Ensuite, du reste, le « thaumaturge » l'aurait ressuscité i.
Ce récit est, tout bonnement, la reproduction servile de l'un des traits qui constitueiit la biographie légendaire d'un saint Julien, confesseur, qui aurait vécu au temps de Théodose. Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir la Legeiida aurea de Jacques de Voragine 2. Wadding et ceux qui l'ont copié ont dont été, une fois de plus, victimes d'une confusion hagiographique.
Il y a plus suggestif encore, peut-être.
Azevedo^ et, à sa suite, la plupart des hagiographes du XIX^ siècle ^ se sont plu à nous raconter que, durant son séjour à Montpellier, saint Antoine imposa merveilleusement silence aux grenouilles d'un étang, situé non loin du couvent des Frères Mineurs. Ces grenouilles, qui par leurs coassements dérangeaient les moines occupés à l'étude ou à la prière, devinrent muettes désormais.