Wadding, Annal. Min., an
2. Jacques de Voragine, mort en 1298, Leg. aurea : leg. S. Juliani. Strasbourg, 1471-73, etc.
3. AzEVÉDO, Vita ciel taumat. portoghese, etc., lib. I, cap. XI. Venise, 1788.
4. R. P. At, Hist. de saint Ant. de Padoue, ch. IX, p. 119. Paris, 1891. — R. P. LÉOPOLD DE Ghérancé, Saint Ant. de Padoue, ch. VIII, p. 79. Paris, 1895. — Mgr Ricard, Saint Ant. de Padoue, cli. VII, p. 113. Paris, 1895.
Or, ce trait est, tout simplement encore, un lieu commun hagiographique. Il avait déjà, en effet, avant qu'Azevedo en dotât saint Antoine, été mis sur le compte de divers saints : de saint Rieul, de saint Bennon de Meissen, de saint Georges évêque de Suelli, de saint Ouen, de saint Hervé, de saint Jacques de la Marche, de sainte Ségnorine, dé sainte Ulphe ^. Bernard de Besse l'a, par ailleurs, attribué également à saint François d'Assise 2.
Enfin, ce qu'il y a de plus curieux c'est, qu'à l'origine, ce prétendu prodige est bel et bien une réminiscence païenne : Suétone raconte, qu'un jour, Auguste, encore enfant, imposa silence à des grenouilles qui coassaient près de la maison de son grand père et, ajoute-t-il, depuis lors, les grenouilles ne coassent plus en cet endroit 2.
Si, non content de m'en tenir aux épisodes de la biographie proprement dite du « thaumaturge » franciscain, je voulais étudier quelques-uns des prodiges posthumes qui lui ont été attribués par des légendes populaires, il me serait facile d'apporter d'autres exemples de traits appartenant ainsi à des récits d'écrivains païens. Je n'en citerai qu'un seul, en passant. Au dire d'une légende que Gonzague, vers 1587, a recueillie'^, un Espagnol, fort dévot à saint Antoine, ayant laissé tomber dans la mer un anneau d'or, cet anneau fut retrouvé, quelques jours plus tard, dans le ventre d'un
1 . Cf. R. P, Cahier, Caractéristique des saints, 1. 1, p. 274-276, où se trouvent réunis les textes hagiographiques..
2. Bernard de Besse, Liber du laudibus B. Francisa, cap. VI, éd. du P. Hilarin de Lucerne, Rome, 1897, p. 41.
3. Suétone, Octavius, XGIV.— Sur le rôle des réminiscences païennes dans la formation des narrations hagiographiqiies, voir R. P. Delehaye, Les légendes hagiographiques, ch. II, parag. I, p. 35-41. Bruxelles, 1905.
4. Gonzague, De orig. seraph. relig., etc., prov. S. Jacobi sive Galiciœ, conv. Avilesii. — Cf. Act. SS., t. III junii, p. 242, n° 20.
l'évolution' du merveilleux 265
poisson que des pêcheurs avaient pris. Pacheco, vers 1646^, a reproduit, à son tour, une histoire semblable; dans sa narration, seulement, c'est un chevalier originaire du Tyrol qui est possesseur de l'anneau. Or, ce trait, — que, par ailleurs, on rencontre dans les légendes de saint Maurille d'Angers 2, de saint Magloire^, de saint Keiitigern^ et de divers autres saints, — n'est, suivant la remarque du R. P. Delehaye, qu'une réminiscence de l'anneau de Polycrate, qu'a rendu célèbre Hérodote 5.
La résurrection d'un mort, opérée pour justifier un innocent, — résurrection qui fait le fond de l'épisode du prétendu voyage miraculeux jd' Antoine à Lisbonne pour sauver son père accusé de meurtre^, — est aussi, dans une certaine mesure, une sorte de lieu commun hagiographique, un prodige dramatique attribué à divers autres saints qu'il serait trop long d'énumérer ici.
Un autre exemple à' adaptation analogue nous est fourni par l'Addition du manuscrit de Paris à la Legenda prima '^.
Suivant cette addition, Yarca, ou sarcophage, où furent placés, en 1263, les restes de saint Antoine, aurait été l'œuvre des Quatre saints couronnés, sculpteurs martyrs du temps de Dioclétien :
1. Pacheco, Epiiome de la vida., de S. Ant., etc. Madrid, 1646.
2. Cf. A. HouTiN, Les origines de l'église d'Angers, p. 54 et 55. Laval, 1901.