Ap. Acta SS., t. II martii, p. 3'8, n
4. Breviariam Romanum, die septima augusti, lect. III, ad matut. — Acta S. S., t. II aug., p. 244, n° 19. — Thom. Schiaba, VilaS. Caietani, part. III, cap, VI, ap. Acta SS., t. II aug., p, 270, n° 144.
5. Acta SS., t. IV maii : Supplementam ex Fr. Joan. Baptista Perusino, cap. ÏII, n° 18, p. 237.
cours des âges. Mais, en vérité, lorsque, — ainsi que nous venons de le faire voir par plusieurs exemples typiques, — tel ou tel épisode se trouve répété à satiété, de siècle en siècle, dans des compilations de valeur équivoque, lorsque les récits que les légendaires successifs en donnent nous apparaissent, bien qu'ils concernent des personnages différents, plus ou moins servilement calqués les uns sur les autres, est-il besoin d'une perspicacité hors ligne pour soupçonner et découvrir le plagiat ^ ?
Je viens d'énumérer et de montrer à l'œuvre quelques-unes des principales causes qui, d'une façon normale et habituelle^ ont influé sur la formation et l'amplification des légendes antoniennes ; à côté de celles-ci, il en est Aq particulières , ^ exceptionnelles , qui échappent à une classification générale : inhérentes à des circonstances toutes spéciales, elles ne s'appliquent qu'à tel ou tel épisode pris à part. Certaines préoccupations et certains préjugés, certaines sympathies ou certaines antipathies, certains courants d'idées, en un mot, dominant à de certaines époques et dans certains milieux religieux ou sociaux, expliquent ou, tout au moins, laissent deviner l'origine de bien des récits.
Je ne m'appesantirai pas sur cet ordre de causes, qui, en raison de leur inconstance et de leur variété mêmes, nécessiteraient d'assez minutieuses études. J'en signalerai simplement deux ou trois exemples, un peu au hasard.
C'est, manifestement, aux tendances aristocratiques des hagiographes d'autrefois, — lesquels croyaient naïvement rehausser la gloire des bienheureux en les
1 . Cf. R. P. Delehaye, Les lég. hag., ch. III, parag. III, p. 103-120. [50]
l'évolution du merveilleux 271
montrant, bon gré mal gré, issus de race princière, — qu'il faut attribuer l'affirmation de ceux qui se sont plu, depuis trois siècles et demi, à répéter qu'Antoine descendait d'un Martin de Bouillon, allié lui-même à la famille de Godefroy de Bouillon. Marc de Lisbonne, vers 1556, est le premier à avoir, sans la moindre référence à l'appui de son dire, du reste, insinué cette descendance *, dont aucun document, même légendaire, même apocryphe, des XllP, XIV et XV® siècles n'avait parlé ; et c'est fort vainement, qu'au XVIIP siècle, Azevedo^ s'est efforcé, de son côté, de donner à cette assertion un semblant de base, à l'aide d'hypothèses tout à fait fantaisistes et de véritables divagations généalogiques 3. Il en est de même de l'opinion, non moins gratuite, d'après laquelle, d'aucuns ont voulu faire de la mère du saint une Taveira^, petite-fille des rois d'Asturie(!). Aux temps de Philippe II ou de Philippe IV, de Louis XIV ou de Louis XVI, voire, dans certains milieux, au XIX* siècle, c'était un système, une manie, à'anoblir ainsi les saints. Parfois les efforts les plus puérils ont été faits sous ce rapport ^.
1 . Marc de Lisbonne, Chronicas da ordem dus Frades Menores, part. I.
2. Manoél d'Azevedo, Vîla del taumat. portoghese, p. 327-335, 515-528. Venise, 1788. — Cf. Pacheco, Epitome de la vida de S. Ànt. Madrid, 1646. — R. P. At, Hist. de saint Ant. de Padoue, ch. I, p. 3. — R. P. LÉOPOLD DE Ghérangé, 5. Ant. de Padoue, ch. I, p. 20. — Carlos das Neves, grande thaum. de Portugal, cap. I.
3. Cf. la réfutation, sommaire, mais péremptoire, qu'en a faite l'abbé Lepître, 5. Ant. de Padoue, ch. I.
4. Manoêl d'Azevedo, Vita del taumat. portoghese. — R. P. At, Hist. de saint Ant. de Padoue, ch. I, p. 3. — R. P. Léopold de Ghérangé, S.- Ant. de Padoue, ch. I, p. 20. — Carlos das Neves, grande thaumat. de Portugal, t. I, cap. I.
5. On sait comment, à la suite du Père Claude Frassen {Règle du Tiers ordre, Paris, 1694, p. 272), la plupart des hagiographes, depuis deux siècles, avaient fait de la mère de saint François une française, descendant de la noble famille de Bourlemont. La découverte du
- Le désir de mettre en action^ (ii illustrer par des épisodes merveilleux certains textes évangéliques, peut avoir inspiré aussi quelques récits. C'est peut-être là, tout b.onnement, l'origine de l'étrange prodige du crapaud changé en chapon,, que relatent, au XIV siècle, la légende du manuscrit de Florence ^, puis Barthélémy de Pise^.
Dans ce trait, qui rappelle les métamorphoses des contes de fées ou de la mythologie païenne, les légendaires, en effet, prétendent nous faire admirer la mise en pratique, — plus qu'enfantine, — et la glorification, miraculeuse du conseil évangélique : Manducate quse apponuntur vohis^. Les mets empoisonnés servis au
manuscrit, où, suivant toute apparence, le P. Frassen avait relevé celte prétendue descendance, vient de faire crouler, historiquement, cette assertion. Ce manuscrit, qui porte le numéro 4945 (fonds français) de la bibliothèque nationale de Paris et est daté de 1556, a pour titre Chronique de Grancey : il prétend nous énumérer les ancêlres des Grancey et des Bourlemont. Ce n'est, en réalité, qu'un de ces recueils de généalogies, fantaisistes et forgées de toutes pièces, telles qu'en dressaient ou en faisaient dresser jadis certaines familles, désireuses d'illustrer, bon gré mal gré, leur blason. Les détails les plus fabuleux et les plus absurdes y sont entassés, comme autant de défis au bon sens. On y lit que les Bourlement ont été, dans le passé, apparentés à saint Patrice (f" 13 v), à saint Grégoire le Grand (f° 42 v°), à saint Alexis (ibid) et à saint François (f" 42 v° et 49 v°) ; que le patriarche d'Assise reçut, de la main môme d'un ange, un écrit où était retracée la généalogie complète des comtes de Bourlemont (f° 42 v") ; qu'il vint, en personne, jusqu'à Villey-sur-Tille en Bourgogne (Gôte-d'Or) et y mit en fuite un serpent (f"' 47 v et 48 r°), etc., etc. — Cf. Hist. lillér. de la France, t. XXXII, p. 264 : La roue de fortune ou chronique de Grancey. — De l'origine française de saint François d'Assise, dans les Etudes franciscaines des Capucins, novembre 1903, p. 449-454. Paris, Poussielgue éd.
1. De hufone quem hseretici prseparaverant sibi dicenles : Serva evangelium : comedile quae apponuntur vobis; qui in capohem conversus est. (Lég. du ms. de Floi'ence, f° 10 r'° ; ap. S. Ant. vilx duœ, p. 246.) — Dans Pacheco, Epilome de la vida., de S. Ant., n° 64, c'est un hibou (bubo) qui est changé en poulet.