Luc X
l'évolution du merveilleux 273
saint par des hérétiques et qu'il aurait avalés hgirdiment, sans en ressentir aucun mal, nous sont présentés, de méme^ comme une sorte de commentaire d'une promesse de l'Evangile : Et, si mortiferum qidd bibevint, non eis nocebit 2.
Je verrais volontiers un essai de glose romanesque non plus d'un passage de TEvangile, mais d'un texte liturgique, dans un épisode de basse époque que Sicco Polentone (XV® siècle), a le premier, que je sache, relaté : l'enfant, encore au berceau, parlant miraculeusement pour attester l'innocence de sa mère, soupçonnée d'adultère par son mari 3. Il faut savoir que les antiennes de l'office de saint Antoine, —i-, office qui date de la première moitié du XIIP siècle^, — sont formées de paroles tirées, plus ou moins textuellement, des psaumes mêmes qu'elles précédent; aussi s'appliquent-elles assez vaguement, - et par des sens absolument accommodatices, à la personne et à la vie du thaumaturge. La troisième antienne du second nocturne des matines, en particulier, est passablement obscure : Laus perfecta profilât ex lactentis are; in quo Chrislus destruit hostem cum ultove^. Qu'on ait pris occasion de cette antienne pour broder un récit explicatif et pathétique
1. Jean Rigauld, cap. VI, éd. du P. Ferdinand, p. 62-64. — Liber miraculorum, ap. Act. SS., n" 6.
2. Makg XVI, 18. — Barthélémy de Pise, qui ne parle pas de ce prodige à propos de saint Antoine, l'attribue équivalemment, par ailleurs, à un aulre Frère Mineur, au Frère Léon, qui fut évéque de Lodi et que ses clercs, paraît-il, voulurent empoisonner. (Bauth. de Pise, Conform., lib. I, conf. XI, part. II, f° GXXIIII, éd. 1510.)
3. SicGO Polentone, De vila et miraculls S. Ant., ap. AzzOGUinr, S. Ant. sevmones in psalmos, Bologne, 1757, et ap. Horoy, t. VI, p. 469 et suiv.
4. GlassbehCiER, ChroJi., ap. Analecta franciscana, t. II, p. 46. Quaracclii, 1887. — Wadding, Annal. Min., an, 1249, n°= 1 et 2. — Cf. S. Ant. vitse cluse, p. 3.