‹ L'Évolution et le développement du merveilleu dans les legendes de S. Antoine de Padoue [microform]Chapitre 39 sur 47 · Cf. PsoMwe VIII · texte numérisé non relu

Cf. PsoMwe VIII

cômtné celui de Tenfant justifiant miraculeusement sa mère, il n'y aurait là rien que de très conforme aux habitudes des légendaires.

Dans un ordre d'idées analogue, je me demande, — en ne faisant, toutefois, qu'indiquer cet aperçu aux chercheurs, qui pourraient, au besoin, l'exploiter et essayer de le vérifier, — si, dans les légendes antoniennès, comme dans d'autres légendes hagiographiques i, quelques récits ne seraient pas, purement et simplement, des symboUsations. Par exemple, ne pourrait-on pas entrevoir dans l'épisode, — tout à fait moderne et sans aucune base documentaire même apocryphe, — de la sainte Vierge apparaissant à Antoine, pour le louer de sa dévotion à l'Assomption et lui confirmer la vérité de son propre triomphe en corps et en âme 2, une concrétisation^ en quelque sorte, de la doctrine que, historiquement parlant et à rencontre de certaines opinions de l'époque, l'apôtre franciscain semble avoir professée ^ sur ce point ^ ?

Enfin, nous avons, peut-être, un écho de certaines rancunes monacales dans le soi-disant épisode de la mosaïque de Latran. Boniface VIII, dit la légende, voulut en faire ôter l'image de saint Antoine que, lors

1. Cf. R. P. Delehaye, Les légendes hagiographiques. — Saba- TiEH, Floretum sancti Francisa, préface. Paris, 1902. — OzanAm, Les poètes franciscains. Paris, 1852.

2. AzEVEDO (1788), Vita del glor. taiimal. portoghese, lib. I, cap. XII.

3. Cf. Leg. prima, 17 n° 11, ap. S. Anl. vitœ duse, p. 56. — Jean RiGAULD, cap. IX, éd. du P. Ferdinand, p. 110. — Sermones S. Antonii in laudem gloriosx virginis Marias, serm. in Assumpt., éd. Josa, Padoue, 1885.

4. Cf. Voix de S. Antoine, ocidbvQ 1902: problèmes antoniens; S. Ant. et l'Assomption, p. 54-56. — Qui sait aussi si certains tableaux, fantaisistement synthétiques, par exemple la mosaïque de la chapelle du chœur des clianoines, à Saint-Pierre de Rome, mosaïque qui représente au-dessous de la Sainte-Vierge, portée sur des nuages, saint Jeaii Chrysostome, saint François et saint Antoine, n'auraient pas inspiré cette narration si tardive ?

de la restauration ordonnée par lui 1, des artistes y avaient mise de leur propre initiative; toutefois, force fut au pape de renoncer à son projet ; car tous ceux qu'il envoya pour accomplir cette œuvre de destruction furent jetés à bas de leurs échelles et bientôt frappés de mort^. Le souvenir de Boniface VIII, pontife peu bienveillant pour les Frères Mineurs, tout au moins pour les Zelanti^, était demeuré naturellement peu sympathique à toute une portion de l'ordre franciscain. Or, les ressentiments populaires ou monastiques ne se traduisent pas seulement, d'ordinaire, par des diatribes comme celles du bienheureux Jacopone, ou par des récriminations plus ou moins théologiques, comme celles des Gélestins et des Spirituels persécutés ; elles s'insinuent aussi dans des légendes, dans des contes, comme celui-ci, où l'étrangeté et le merveilleux déguisent imparfaitement la malveillance^.

1. Or, contrairement à l'assertion de la légende, le pape qui fit restaurer ainsi la mosaïque de Latran fut non pas Boniface VIII, (1294-1303), mais son avant dernier prédécesseur, Nicolas IV, (1288- 1292), dont l'image, introduite alors dans la dite mosaïque, s'y voit encore, avec cette inscription : Nicolaus P. P. IIII, sce Di geniir. servus. Cette erreur fait déjà entrevoir que l'épisode en question a été inventé dans le but, plus ou moins conscient, de nuire à la mémoire de Boniface.

2. Additions du ms. de Lucerne à la Leg. prima, add. III, n°' 1-7, ap. S. Ant. vitse duse, p. 125 et 126. — Liber miraculorum, ap. Act. SS.,n°10..

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