L'alcool
Avant l’adoption du système de l’accise, en 1863- 1864, la distillerie était presque uniquement rurale, car ‘les nobles seuls avaient le droit de produire des alcools, aussi les distilleries industrielles étaient-elles très rares. À cette époque, toute exploitation rurale bien organisée s’adjoignait une petite distillerie rudimentaire.
L’accise eut pour effet de faire disparaître les petites distilleries et de concentrer la production de l'alcool dans les grandes entreprises industrielles. Par la suite, en 1890, une loi accorda aux petits producteurs un régime de faveur : les chefs des exploitations rurales dans lesquelles il existait des distilleries, purent pro-
duire en franchise une plus grande quantité d’alcool que les distilleries industrielles. L'Etat se réserva ensuite le monopole de la vente de l’alcoo!l ; à ce moment, de nouvelles faveurs furent octroyées aux petites distilleries afin de leur faciliter l'écoulement de leurs produits. Le régime du monopole d'Etat ne fut appliqué que progressivement aux divers. gouvernements.
La pomme de terre occupait le premier rang parmi les matières utilisées dans la production des alcools ; le seigle venait ensuite.
Depuis le ministère du comte Witte, la distillation de l’alcool était devenu un monopole qui constituait le plus considérable revenu de l'Etat. En 1913, le produit brut de ce monopole atteignait 900 millions de roubles, alors que celui des chemins de fer était de 813 millions. En tenant compte des frais d’exploitation, le produit net de l'alcool pouvait être évalué à 663.200.000 roubles.
En 1911, les distilleries de l'Empire ont produit 15.203.400 hectolitres d’alcool ; au cours de la même année la production des brasseries n’excédait pas 10 millions 523.500 hectolitres. On s'explique l'importance du chiffre précité en se rappelant que la vie quasianimale du paysan russe était faite de privations et que la «vodka » était son unique distraction. A cette époque, le peuple russe pouvait être considéré comme le plus ivrogne de la terre.
Cette situation lamentable inquiétait non seulement les sociologues, mais aussi les pouvoirs publics. La Douma, le Gouvernement, l'Eglise, étudièrent cette question et cherchèrent à réduire la consommation de
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l’alcool tout en réservant à l'Etat des ressources appréciables. Le problème ainsi posé était très difficile à résoudre.
Les députés paysans de la Douma proposèrent la diminution progressive de la fabrication de l'alcool et la compensation fiscale par divers procédés, dont le plus important était le rachat par l'Etat des chemins de fer privés.
Après plusieurs années d’études, ces propositions, approuvées par la troisième Douma, constituèrent le projet de loi de 1913.
En 1914, ce projet vint en discussion devant le Conseil de l’Empire. Le Conseil adopta alors une série de mesures extrêmement sévères, dont voici les deux principales. Les autorités locales avaient le droit de restreindre et même de prohiber la vente des spiritueux ; les femmes avaient le droit de voter sur ces questions. dans les assemblées de villages. Ces mesures très importantes marquaient une tendance bien nette en faveur de la prohibition.
La Chambre Haute fut ensuite saisie de la question et le projet de loi fut renvoyé à une Commission comprenant des membres des deux Chambres. Il est vraisemblable qu'une loi définitive aurait été adoptée si la guerre n'avait pas éclaté.
Dès le début de la guerre, des mesures très rigoureuses vinrent entraver la consommation et conséquemment la production de l'alcool.