Industries des produits animaux
40 —— Industries des minéraux et des métaux ;
59 —— Industries utilisant des matières de diverses natures.
Les industries du bois occupaient le plus grand nombre d’ouvriers, car la consommation des objets en bois était considérable dans les campagnes et dans les villes Dans les campagnes, les charrettes, les traîneaux, les seaux, les rateaux sont utilisés en grande quantité ; quant aux roues de voitures, elles sont d’un usage général, leur production pouvait être évaluée à 20 millions de roubles en 1900. Les menuisiers fabriquaient des meubles communs destinés aux populations rurales, mais dans certaines régions comme celles de Saint-Pétersbourg et de Moscou, ils faisaient parfois des meubles d’une certaine valeur à l’usage des habitants des villes. Les objets de vannerie et les chaussures en bois tressé, les tissus de jonc pour l'emballage des marchandises étaient fabriqués principalement dans le Nord-Est. Le goudron, utilisé surtout dans le graissage des essieux était disüillé sur les bords de la Volga par des moyens primitifs.
Les Koustari des gouvernements de Jaroslaw et de
Kostroma tissaient les fils de lin et de chanvre qui leur étaient fournis par les usines. Ils utilisaient des métiers très primitifs, mais progressivement ils perfectionnaient leur outillage, sous forme de métiers Jacquart et autres. Le chanvre servait à la fabrication des filets de pêche, des cordes et des toiles à voiles. Le tissage des fils de coton et de laine était également une industrie familiale. Le tissage de la soie s’était concentré dans les gouvernements de Moscou et de Vladimir. La dentelle, souvent d’un travail très délicat, était uniquement produite par les femmes.
Dans l’industrie des produits animaux, les Koustari travaillaient les peaux, la corne ainsi que les soies de porcs.
La terre glaise représentait la principale matière minérale façonnée par les petits artisans ruraux. Pour la porcelaine et la faïence, les Koustari luttaient difficilement avec les grandes usines, mais la fabrication de la vaisselle de terre et celle de la poterie étaient très prospères. ;
Dans le travail des métaux, les Koustari produisaient principalement des pièces forgées : clous, serrurerie ; ils fabriquaient également de la coutellerie, des hamecçons, de la toile métallique. 4
Dans le groupe d'industries utilisant des matières diverses, on peut citer : l’imagerie religieuse, la fabrication des harmonicas, celles des jouets et celle de certains instruments de physique, tels que les thermomètres, baromètres, balances.
Les gains des Koustari étaient médiocres ; ils variaient de 50 à 70 roubles par an en moyenne ; certains,
J. Ordinaire 11
les plus habiles dans la peinture des images religieuses,
dans la menuiserie et dans la cordonnerie pouvaient atteindre et même dépasser 200 roubles par an, mais ils étaient l'exception. Quant aux gains annuels des femmes, ils atteignaient rarement 30 roubles et descendaient parfois jusqu’à 12 roubles pour les ouvrières en dentelles. Voici l'explication de ces salaires infimes correspondant à des heures dé travail de 12 à 15 heures par jour.
En premier lieu, les artisans ruraux se trouvaient en présence de la concurrence des grandes industries ; en outre, manquant de capitaux et de crédit, ils étaient obligés d’avoir recours à des intermédiaires qui prélevaient leur bénéfice. Enfin, la plupart des Koustari étant agriculteurs considéraient comme salaire d’appoint la rémunération de leur travail industriel. Certains se groupaient pour constituer des coopératives, mais le but principal de ces associations était de fournir des locaux et un outillage communs ; quant aux coopératives d’achat et de vente, elles étaient encore extrêmement rares.
Toutefois, les pouvoirs publies ne se désintéressaient pas des Koustari, qui étaient administrés par la section de l'Economie rurale et de la statistique agricole au Ministère de l'Agriculture et des Domaines. Chaque année, certaines sommes étaient prévues au budget et allouées à cette administration pour aider et soutenir la petite industrie rurale.
Le zemstvo de Moscou avait ouvert un musée, il recevait les commandes et assurait la vente des produits, moyennant une légère rétribution. Le zemstvo de
Perm avait créé une banque de crédit agricole. Enfin, des particuliers avaient fondé des écoles destinées à
perfectionner les procédés des petites industries rurales.
2, — Les Artels
Dans son sens le plus général, l’artel est une association formée entre plusieurs personnes poursuivant un but commun. Economiquement, l’artel présente les caractères juridiques suivants : les associés s’obligent à travailler eux-mêmes, ils sont solidairement responsables pour les obligations contractées par l’association.
L'apport de capital, s’il existe, est très limité ; l’artel est essentiellement un groupe de travailleurs et les profits de chaque membre dépendent uniquement de la quantité ou de la valeur du travail fourni.
Tous les membres jouissent de droits égaux dans la répartition des bénéfices et dans la direction des affaires sociales. Pour que cette égalité existe en fait, il faut que la capacité de travail et les aptitudes de chaque membre soient égales, autant que possible. Tous peuvent exercer un contrôle sur la gestion ; les administrateurs sont choisis le plus souvent parmi les associés.
La solidarité, au point de vue de l’exécution des obligations, est la contre-partie de l'égalité des droits Comme dans nos sociétés en nom collectif, cette solidarité inspire confiance aux tiers et facilite le crédit.
Les artels sont, en général, constituées sous la forme de statuts ou contrats qui déterminent l'étendue de la responsabilité de chaque membre : responsabilité indéfinie engageant la totalité du patrimoine ou responsa-
bilité limitée à l’apport ou à une valeur supérieure fixée. La plupart des artels constituées sous la forme de statuts ou contrats sont à responsabilité limitée. Lorsqu'il n’y a ni statuts, ni contrats, et que l’usage local régit seul l’artel, la responsabilité est indéfinie. Aucune disposition législative ne restreignait la liberté des artels. Dans les artels, dont les buts poursuivis sont complexes, l’administration est confiée à un ou à plusieurs délégués élus ; leurs pouvoirs sont déterminés et limités. Lorsque l’association groupe un grand nombre de membres, on constitue un comité de surveillance chargé de contrôler la gestion des déiégués. Des assemblées générales périodiques réunissent tous les membres qui délibèrent valablement sur la marche normale des affaires. Lorsqu'il se présente des circonstances imprévues, des assemblées générales extraordinaires sont convoquées. Pour que ces assemblées délibêrent valablement, il faut qu’un certain nombre de membres, généralement la moitié, y prennent part ; les décisions sont prises à la majorité ou à l’unanimité des voix.
Les membres d’une artel peuvent en sortir librement ; ils peuvent aussi en être exclus pour fautes graves. Dans le cas de départ volontaire ou de décès, l’apport est restitué et 1l est remis une part des acquêts de la société. Dans le second cas, le membre exclu reçoit une partie de son apport ou parfois ne reçoit rien.
Les artels étant des associations formées en vue d'exécuter des travaux ou de se livrer à une industrie, il existe une grande variété d’artels, par suite de la diversité des modes d'activité industrielle. Toutefois, les artels peuvent être comprises en deux groupes géné-
raux : celui des artels de production et celui des artels de service. Le premier groupe comprend les diverses branches d'industrie et l'exercice des métiers. Le second groupe comprend des professions dans lesquelles le travail intellectuel s'allie au travail physique. Dans cette catégorie rentrent : les artels de bourse et de douane, les artels d'hommes de service proprement dits.
Les artels de bourse et de douane exécutent certains travaux dans les bourses, les banques, les douanes et les entreprises commerciales et industrielles.
Les artels d'hommes de service comprennent notamment des commissionnaires, des vendeurs de journaux, des portefaix.
Vers la fin de 1895, des artels agricoles se sont fondées dans le gouvernement de Kherson, dans le but de procurer à leurs membres des matières, de l’outillage et du crédit.
(Les indications qui précèdent sont extraites de l’étude de J. Rozenson, parue dans l’ouvrage précédemment cité de W. de Kovalevsky.)