Les origines de l'organisation soviétique
À. — Le premier soviet
L'organisation soviétique a son origine, d’une part dans les soviets qui firent leur apparition à la révolution de 1905, d’autre part dans les congrès de groupements ouvriers.
En octobre 1905, une grève générale éclata sur tout le territoire de l’Empire : elle groupait des travailleurs des professions les plus diverses : des cheminots et des professeurs, des médecins et des employés d'entreprises commerciales et industrielles, des étudiants et des fonctionnaires. La direction de cette grève émanait du « Soviet » de Saint-Pétershbourg, conseil d'ouvriers constitué le 12 octobre 1905 par une réunion tenue à l’Institut Technologique. Le lendemain de sa constitution, ce Soviet central demandait aux travailleurs de toutes corporations et entreprises d’élire un délégué par cinq cents personnes dans chaque ville.
A l'origine, le Soviet n'était qu'une organisation professionnelle poursuivant principalement un but économique. C’est pour cette raison que l’on vit des ingépieurs et des juristes se solidariser avec le prolétariat et lui emprunter ses moyens d'action. La plupart des délégués ouvriers n’'appartenaient pas aux organisa-
tions politiques et si des membres du parti socialiste révolutionnaire assistaient aux séances, ce n'était qu'avec voix consultative. Cet immense soulèvement populaire perdit toutefois, par la suite, son caractère de généralité du fait des partis différents qui se constituèrent et s’opposèrent les uns aux autres.
À son apogée, le Soviet de Saint-Pétersbourg groupa les délégués de 147 usines, 34 entreprises commerciales et 16 syndicats professionnels. Il constitua un comité exécutif chargé de réaliser les décisions de l'assemblée plénière.
Le Soviet de Saint-Pétersbourg élabora très rapidement un programme politique et économique de grande envergure prévoyant la convocation d’une assembiée constituante et l'établissement d’une république démocratique. Ce programme demandait la journée de travail de huit heures et un manifeste invitait les citoyens à ne plus payer leurs impôts, à retirer leurs fonds des caisses d'épargne de l'Etat et à en exiger le remboursement en or.
Ces revendications socialistes tendant au renversement de l'Empire ne rencontrèrent pas l'appui de la bourgeoisie libérale qui adopta comme programme la monarchie constitutionnelle.
Dès lors, uue scission bien nette se produisit entre les socialistes et les libéraux, les premiers adoptant une tactique révolutionnaire de lutte armée, les seconds voulant rester dans la légalité et demandant seulement l’accession du peuple au pouvoir. Il en résulta un affaiblissement du Soviet de Saint-Pétersbourg qui disparut à la suite de l'arrestation, le 5 décembre, de trois cents
de ses membres. Tous les grands centres industriels avaient eu en même temps leurs conseils d'ouvriers, mais ces organisations locales n'avaient pas exercé une influence aussi considérable que celle du Soviet de Saint- Pétersbourg.
B. — Les Congrès
Les congrès apparurent aux xvi® et xviie siècles dans la Russie septentrionale où les paysans cherchaient à réagir contre le pouvoir croissant des tsars, mais ces organisations ne sont qu’un souvenir historique car elles disparurent avec l'établissement définitif de la monarchie absolue. En 1879, les révolutionnaires s’assemblèrent en congrès et fondèrent le parti terroriste.
Le premier congrès, véritablement politique, du parti social-démocrate russe fut celui de 1897, mais le plus impprtant de tous fut celui de Londres, en 1903, qui consacra la scission entre les bolcheviki et les mencheviki ; les bolcheviki étaient les majoritaires à tendances communistes.
Des congrès poursuivant d’autres buts se réunirent également dès le début de la guerre mondiale, en août 1914, pour aider le Gouvernement à secourir les soldats malades et blessés ainsi que pour développer le mouvement coopératif et pour organiser les industries de guerre. Ces congrès groupaient non seulement des patrons et des ouvriers, mais encore des bourgeois représentant les organismes de défense et de protection des intérêts locaux connus sous le nom de « Zemstvos ». C’est à partir de 1916 que la lutte des organisations coopératives
s'organisa contre la bureaucratie qui leur témoignait une certaine hostilité.
En avril 1916, un congrès groupant des paysans, des industriels et des commerçants des villes se réunit pour demander la reconnaissance légale des coopératives, des syndicats divers et plus généralement la reconnaissance des diverses organisations sociales qui voulaient transformer la bureaucratie.
En avril 1916, un congrès ouvrier composé des corpo-
rations les plus diverses se réunit également pour récla: mer une réorganisation sociale.
L'histoire montre donc que dès le début de la guerre et surtout depuis 1916, la révolution existait à l’état latent ; la nécessité des réformes se manifestait progressivement dans les milieux attachés jusque-là au pouvoir impérial. Les souffrances créées par la guerre avaient contribué à solidariser les masses ouvrières et lorsque le régime impérial s’est effondré, les forces prolétariennes avaient automatiquement réalisé leur unité.
Le 27 février 1917, des représentants du mouvement coopératif et syndical se réunirent au Palais de Tauride et constituèrent le Soviet de Pétrograd. Le gouvernement provisoire fut fondé par l'accord du Soviet avec le comité des députés de la Douma. Deux tendances ne tardèrent pas à se manifester, résultant des différences de vues des bourgeois libéraux (mencheviki) et des éléments socialistes révolutionnaires (bolcheviki). Ces derniers prétendaient que la révolution ne serait réellement accomplie que si leur programme était complètement réalisé. Ce programme consistait en la mise en pratique du régime communiste basé sur le contrôle ouvrier.
J. Ordinaire 12
Le premier conflit entre le gouvernement provisoire, présidé par le prince Lvov, siégeant au Palais Marie, et les révolutionnaires, éclata le 20 avril 1917 au sujet de la question politique étrangère. Un ministère de coalition avec participation socialiste se constitua alors. Le Soviet de Pétrograd tout en refusant de prendre part au pouvoir exerçait toutefois une grande influence sur les ministres socialistes qui se considéraient comme responsables devant lui.
Ce ministère de coalition ne pouvait durer et le 22 juin Kérensky était chargé de constituer un ministère qui serait indépendant des organisations révolutionnaires.
L'influence du Soviet croissait de jour en jour, il prenait une part de plus en plus active aux affaires publiques et il obtint définitivement le pouvoir au mois d’octobre 1917.