‹ L'évolution intellectuelle de saint AugustinChapitre 12 sur 88 · VERS LE M\.\[CIIE1SME · texte numérisé non relu

VERS LE M\.\[CIIE1SME

entraîner par ces gens-là, c'est seulement parce qu'ils prétendaient, conduire leurs auditeurs à Dieu et les délivrer de toute erreur sans invoquer l'autorité et en faisant appel h lii pure raison. Pourquoi les ai-je suivis et écoutés avec attention, sinon parce que je leur avais entendu dire qu'ailleurs... on nio (Kwiiandait de croire avant de comprendre et que, ,pour leur part, ils n'imposaient pas leur loi sans en avoir auparavant discuté et établi la Aérité ? Comment de telles promesses n'auraientelles pas séduit un jeune homme tel que moi, animé du désir de connaîtie le bien, rendu orgueilleux et bavard par les leçons de quelques docteurs, plein de mépris pour ce qu'il regardait comme des contes de vieilles femmes et avide d'atteindre et de boire la vérité toute pure qu'on lui faisait entrevoir (i) P ».

Le néophyte ne se convertit pourtant pas d'un seul coup. Quelques jours lui avaient suffi pour se détacher de la foi catholique (3). Il ne se rallia que (( peu à peu et insensiblement » à celle des Manichéens (3). D'abord séduit par leur philosophie, il oui j)lus de peine à accepter leur mythologie (4). Mais il finit par en admcllre jusqu'aux bizarreries les plus choquantes (5). L'amitié vigilante que lui témoignèrent sfes coreligionnaires contribua beaucoup à lui faire adopter l'ensemble de leurs doctrines. Elle fut, selon son expression, comme une corde qu'on lui pas^a plusieurs fois autour du cou (6). Lui-même s'entraîna à croire. \mc son impétuosité naturelle, il mit son talent et son savoir au service de sa nouvelle foi. Il engagea des conférences ( oniradictoires avec les Catholiques et il y eut constaminonl l'axantage. Tout en flattant sa vanité, ces succès accrurent la conviclion qu'il avait déjà de posséder la vérité. « Chaque jour, (lil-il, les discours des Manicliéens auementaient en moi

( T) De util, i-red.. ^.

(•i) De tliKib. iiiihii.. I iiiil.

(3) Conf. III. iS. Il ne faut pourtant jias prendre celte affirmation trop à la lettre. En arrivant à Thafraste, ver? la fin do sa 19® année, AugnsJin faisait si nellerrtent profession de Manichéisme que sa mère refusait pour ee motif de 1 admettre à sa table (Conf. III, 19) et que son ami anonyme se laissait gagner par sa nouvelle foi (Conf. IV. 7. rire, med.).

(V) Mandiicfilxini. non avide quidem (Conf. III, 10). (rV) Conf. III, iS. Cf. Conf. Epist. Man. 3: « Omnia illa figmenta... et quaesivi euriose et attente audivi et temere eredidi ». (<)) De itind). anim., 11.

l'amour des discussions et l'heureuse issue de ces discussions me les faisait aimer eux-mêmes davantage (i) ».

Cet état d'âme devait durer longtemps. C'est après avoir lu YHortensius^ au cours de sa dix-neuvième année, qu'Augustin connut les dogmes dualistes (2). Aux vacances suivantes, il revenait à Thagaste, pour y enseigner la grammaire (3). Douze mois plus tard, il regagnait la métropole, où il devait professer la rhétorique pendant huit ans (4). Or, durant cette longue période 011 sa j.eune personnalité achevait de se constituer, il ne cessa de penser, de parler et d'agir en fidèle disciple de Mani (5). Nous ne pouvons donc nous faire une idée exacte de son évolution intellectuelle sans étudier de près les idées auxquelles il s'arrêta alors.

(i) De (hidh. nniin., 11.

(2) Ann^usfin rlit oxpressémoat fpi"!! a professé le Manicliéisine des sa 19* année (Con/. , IV, i init.).

(3) Augustin dit aussi qu'il se mit à enseigner dès sa i*)*' année {Conf. IV, I init.) et qu'il commença de le faire à Thagaste (Ihiil.. ^^ . 7 i)iil.).

(A) Augustin, parlant de son ancien condiseipli', retroii\é à 1 liagaste, dit qu'il jouit « à peine une année » de son amitié (Conf. IV. 7 fin.) et il ajoute plus loin, que c'est la mort de cet ami (pii le décidai à regagner la capitale (ibid. IV, 12 fin.).

(5) Conf. III. 9,0 cire, fin.; IV, i. inil.

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