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CHAPITRE DEUXIÈME

DOCUMEiNTS SUR LE MANICHEISME 1) AUGUSTIN

Augustin iK' nous a laissé aucun écrit qui date du temps de son hérésie. Mais, dans des ouvrages plus tardifs, il nous fait connaître les principales thèses dualistes qu'il a relevées chez Mani, celles qu'il a entendu formuler dans son propre entourage^ celles surtout dont lui-même s'est fait le partisan.

Les Manichéens d'Afrique avaient entre les mains divers ouvrages du fondateur de leur religion, qu'ils regardaient comme la première règle de leur foi et dont ils faisaient de nombreuses copies sur de grands et riches parchemins avec des encres choisies de diverses couleurs (i). Plus précisément ils semblent avoir possédé une sorte de nouveau Pentateuque, qui constituait à leurs yeux la véritable Loi. Un d'entre eux se fait fort de défendre celle-ci contre ses adversaires, si on produit les « cinq auteurs » qu'on lui a enlevés, et le contexte fait voir très clairement qu'il entend par là non point cinq écrivains différents mais cinq « Ecritures de Manichée » (2). Le recueil offrait, selon toute apparence, un ordre régulier, analogue à celui du Canon des Chrétiens (3). En tête venait une œuvre de Mani, rédigée en forme de lettre et appelée, sans doute à cause de son importance

(i) Coût. Fausl. XIII. r, cl 18.

(2) Cont. Fel. T, i^

(•'i^ Si in isia (Epislola FtinihiDienli) non proho. in *('cun<.lo probo — In quo «îfcunfJo .^ — In Thcsauro {Cont. Fel. I, l'i).

L'Epitr.j du Fondement, qui exposait « le commencement, le milieu et la fin n^ c'est-à-dire l'état primitif de l'univers, sa condition présente et sa destinée dernière (i). Les chefs de l'Eglise manichéenne la lisaient, dans leurs assemblées religieuses, à la masse des fidèles ou des (( illuminés » (2), qui la connaissaient fort bien, tandis qu'un petit nombre seulement étaient familiarisés avec le reste de leuis Ecritures (3). En second lieu se présentait un aulre ouvrage du même auteur, intitulé le Trésor (4), qui ne comprenait pas moins de sept livres (5), et qui, à en juger par l'attention que lui accorde Augustin, devait jouir aussi d un grand renom. Les trois derniers écrits du même recueil n'ont pas été autrement signalés. Mais, d'après les remarques précédentes, ils devaient également provenir de Mani. C'étaient, sans doute le livre des Mystères, celui des Principes et ]'Ei'an(jile nianicliéen qui, dans des textes orientaux, sont signalés parmi ses (cnvics, à côté du Trésor (6).

Outre ces grands (iu\ rages, les M'rirains conservaient diverses lettres ih- Alani, qui se lisaient aussi dans leurs assemblées religieuses. Augustin lait romaïquer que « .loul.es » celles qu'il a « entendues » commençaient par les mots : (( Manichée, apôtre de .Tésus-riirist » (7). Sa façon de s'exprimer donne à penser que le nombre en était assez considérable. Mais il n'en cite et n'en mentionne aucime. Il fait seulement une fois allusion à une (( Epîtr'^ de Manichée » d'où lut tirée une « règle de vie » pour une réforme tentée à Rome peu de temps avant qu'il allât s'y établir (R). .'^on adversaire pélagien, Julien d'Eclane, lui rappelle qucltiues mots de la (( fameuse lettre à Patricius », qu'il ;illiil)iir .lussi à Manichée » (9). Mais il a sans doute en vue VEjntrc du Fondenicnf. qui était dédiée à un certain Patticius et (|ni a été s]^écialeniet étudiée par l'évêque d'Hippone (10).

(1) Cntif. l-'i'l. ]]. I . cirr. fin.

fa") Cot,l. Episl. Mnn. G init.

(3) Coni. Epist. Man. i8.

Cl) C<mt. FA. T. l'i.

T-^) Aiig. cite lin pasi^iiei' du .septième. Dr \nl. bon. 4'i-

(t'O 1^. Alfaric. Lfs Ei-rihircs Manichéennes, -f partie, chapitre i®*".

(,7) Conl. Epist. Man. 7; Conl. Eaiisl. \\U, ^; De Hacr. 46.

(8) De mor. Mon. 7/».

(9) Conl. .lulian. op. imperf. III, iSG. (10) Cont. Epist. Mon. i4.

Plus significaliNe est la iiiciilion qu'il lait dune autre Lettre qui lui a été récemment envoyée de Constantinople et qui est adressée par Mani (( à la \ierge Menoch » (i). Une liste des Ecritures manichéennes, relevée au x" siècle par un historien arabe signale un recuiMl iinporlaiil d'i'^pllres de ^h^Ili dont deux sont adressées « à la Persane Menak » (3). C'est peut-être une de ces deruièccs ({uc ré\èque d'Eclane a eue entre les mains. En tout cas c'esl un recueil analogue des Missives du Maître qu'a dû ieii((»Jit rci- AuLiusIiu {'A). Celui-ci déclare cependant n'avoir jamais coniiu la (( lettre à la vierge Menoch » et il donne à enlcmlic (|iic r.uitlicnlicité n'en est pas bien certaine (/|).

Le seul juilcnr (jui ail iail auloriti' pour les M.uiichéens occidentaux, après le l'oiidateur de la nouxellc religion, est un certain Adimatilc (.")), (pii, d'après, des témoignages augustiniens, a été son (( disciple » ((>) et s'appelait d'abord Addas (7). Justement un Addas est signalé comme le premier apôtre de Mani par Hegemoiiiiis, qui Jui fait évangéliser l'Orient f8) et comme un écri^ai^ très connu ])ar Plintius^ qui mentionne des critiques de ses livres rédigées par des controversistes catholiques (9). Un de ses liaités, plus piécisém^nt, un recueil de a controverses » destinées à montrei- l'opposition du .Tuda'i'sme et du Christia-

(1) ('.(iiil. .luliini. (iji. iinin'ri. III. i(>(i, i~':i et sni\.: i\ . loi).

( ■( 1 \ii Niidiiii clic/, Fliiiirl, Mdiii. p. iD.'viiio.

I .'> I ( '.rpciulanl Ic^i deux iiciicils ii";i\aiciil pas ta tiiriiii' l'icmlur. Celui du x'" siècle comprenait des lettres de Mani et de ses successeurs. Celui qn'a connu Aupii^tiri de\ail ignorer ces dernier--. d';i])iès le texte de l'';iiisle eil('' plus tins, noie ").

( '1 ) (jinl. .ItiHcii. iiji. n\i}icrj. III. 17-'.

(à) Solo Mol)is po-;i iHMlnni Palreni iiostrnni sindendi» Adiinanto. dit l'ausle de Milève (('(nil. l-'aiisl.. I. ■>.). On a d'ordinaiie conchi de ce passiiLre (pi' \diinanle ftil riipùlre du Manicliéisnie en \fiiipie. Les reiliar(pie'- (|im sni\eill \OIll à reiiconlre de celle II \ pol llè-^ '.

i('>) liclr. I. -''j. I. Cf. Co/i/. adrers. leg. et prop}{ . II. \\ . Au£rn.slin n ôcril comIic lui un liiul('' qui s'inliliile Conlni Adiinniilinii Mniiiilnifi (lisci iiiiltiiii . i.e mol (( disciple n doil èlic pii-. iei dans son sens le pins strict. D'anlii'< ti'moignaii'o foni (["Vdiniiinle 1111 île.- ddii/.' << ;ip('ilres » de Mani.

(7) ('.mil. \ilii'i-s. Icij. (■/ iinijtli. II. '1 1 .

(8) le/. In//.. II ilii. Cf. (//((/ " '" ii)0. qui a [)aili'' d'abord au nom lie Mânes, est présenté, dans ic ilerniiM- passage, conunc ini disciple d'Addas. Cf. l-".pipliane. Piuiiir. LXVI, 5, 12.

U)) Bibl. r.o,l. lAWV.

nisme a circulé quelque temps en Afrique (i). L'évêque d'IIippone l'a connu et la jugé assez important ix)ur se croire obligé den entreprendre une réfutation directe et minutieuse (2).

Cette œuvre d'Adimante est perdue, comme toutes les autres. Mais nous pouvons la reconstituer assez bien par la critique qui en a ét^ faite (3). Les écrits de Mani ont disparu de même. Cependant Augustin nous a conservé une partie notable de VEpître du Fondement dans une autre réfutation qu'il en a laissée (4). Grâce à lui, nous possédons encore des fragments importants du Trésor (5) et le texte peut-être intégral de la Lettre à Menoch (()).

De nouveaux débris des ouvrages du célèbre Persan nous font parvenus par l'intermédiaii-e de quelques Orientaux. D'autres ont été récemment retrouvés à Tourfan, dans le Turkestan chinois, où la religion dualiste a été très florissante dans le courant du vin^ et du ix" siècles. Enfin de nombreux travaux ont été consacrés aux mêmes écrits par des auteurs anciens qui en ont ou une connaissance directe (7). Ces divers documents nous aident à préciser certaines indications de l'évêque d'Hippone. Leur rôle pourtant demeure secondaire. Du tenips de sa foi dualiste, Augustin se réglait avant tout sur Mani. Seulement il a pu avoii' un texte de ses œuvres très différent de celui qui avait cours à d'autres époques ou dans d'autres pays. Surtout, il l'a interprété d'après son propre entourage. Pour comprendre les idées qu'il professait alors, nous devons donc chercher avant tout à connaître celles qui a\aient cours dans son nouveau milieu ((S).

(Il l!flr. I. ■>■->. I. Cf. Coitl. lùnisl. 1, :>.

(•>. ) \ . siifira. p. Si . 11. Cl.

(■V) Le Corilni Adimantiim est resté inachevé. Mais il pcnl rlic complél'- par p!n<iciirs sermons d'Augustin, V. /îc/r. I, !'>. i.

('il Coiil. rjjisl. Midi. 7. i?.-i6. -j-j. 3i : Di' tid. Ii<>n. |ii. CA'. Dr i'ul. cont. Mai). 5.

( ."> I l)i' liai. hou. '\'\. Cf. De //(/. roui. Mnii. 5.

(C) Conl. .Iiiliini. op. iinperf. TU, i7'i-iS7.

(-) V. l'. Alfaiir. J.r.s Erriturr.^ inimicliéennes. Vue Ccnérale. ■;>'' partie, cil. '.\.

(S) Les leiiseiiî^iienK'nls fournis ou liansniis jtar Anj-nstin svont seuls mis à conliibulion dans l'exposé des croyance? niiMiiclié( ni.c- (pii fera l'objet des chapitres suivants. Ceux qui vienneni (railleurs scionl utilisés aussi mais uniquem<Mit dans les nol'-.

fiOCIMENTS SL It r.K M VM CIIKISNÏF d'aUGISTFN 83

Eiilif l.uis les Manichéens que les écrits auçustiniens mettent on scèm-, le plus représentatif, sans aucun doute, est Fausfce de Milève (i). Né de parents païens (2), dans la petite ville africaine d'où il tire son nom (3), il entra dans l'Eglise de Maiii, (Il dexinl un <( évèque » influent (Z|), et lui gagna, pai; sa propagande, un i.nand nombre dadeptes (5). Doué d'un physique agréable, d'un esprit délié, d'un caractère avenant (6), il joignait à ces dons natur.els une assez bonne culture littéraire, qu'il aviiit développée d'abord par la lecture de Cicéron, de Sénèque et des meilleurs poètes, ensuite par un exercice à peu près quotidien de la parole publique (7). Il s'exprimait avec une très grande aisance, une précision impeccable et un charme inconnu à Ambroise lui-même, l'évêque de Milan (8). Son éloquence chaude et persuasive s'insinuait sans effort dans les âmes (9). Il la soutenait par le prestige d'une vie exemplaire. Depuis longtemps il avait tout quitté pour se vouer au nouvel Evangile et il en observait de son mieux les préceptes avant de les prêcher (10). Mais son austérité n'avait rien d'arrogant et il plaisait par sa simplicité (ii). Aussi jouissait-il d'une réputation et d'une autorité exceptionnelles parmi ses coreligionnaires africains (13).

(1) V. Alli. iHinkiHT'. Fiiiisliis van MiJt'rr. Eiii Bi'ilraçi ziir Gescliiclitc (It's <thrn(Uàndisclii'ii Manirhciismus. Basd. 1901. in-S°.

(2) O ni. Fdiisl. Mil. I : XXIII. o. (■'V> C'iiii, i'i.msl. I. T \ii\t.

{'\) Coiii. V. ;i. Cr. Dr Hacr. XLVI. /(/(.

(5) Coiif. V. .'i 'mil.: \. liî.

(6) Coitl. Fdiisl. I. I 1/1(7. Ç.onj. V. 10. 11. ly.

(7) Conj. V, 11: cf. C.ont. Faust. XXIIÎ. i iuil. Dans le prcnii'T de ces passages Auguslih parle de Fauste avec un dédain qui est .■^ertaincrîTent injuste mais qui s'est communiqué aux historiens les plus récents, par exemple à Ilarnack, .iugustin.'i Konfes.'^ionen. Giessen, if)o3. in-8**, p. 22.

(8) Conf. V. II. 20 : Cnnt. Faust., Prol.

(9) Deleclabar quidem molli affecfuque disputantis {Conf. V, 11).

(10) Conf. Faasi. V. i.

(11) Conf. V. 12.

(12) Conf. V. 3

84 l"É\OLUTION IÎNTELLECTUELLE de saint AUGUSTIN

Au temps où Augustin se con\eitit au -Manichéisme et pendant les neuf années qui suivirent^ Fauste était aLsent de son pays natal (i). Il résidait à Home où, après son départ, son souvenir devait rester encore très vivant (2). Il représentait là, en l'ace du rigorisme étroit affiché par certains membres de son parti, un programme plus mitigé, qui convenait à son caractère modéré mais qui le fit accuser de mollesse (3). Rentré vers 383, à Carthage (4), il se vit, peu après (5), dénoncé pai- les Catholiques, conduit avec plusieurs de ses partisans devant le tribunal du proconsul et relégué avec eux dans une île, d'où des lettres de grâce le laniontM-enl un peu plus taid, en même tenqis que ses compagnons d'infoitune (6).

A la fin du rv^ siècle, il él.iil (h'jà mort (7). Mais ses fidèles gardaient de lui un ouvrage important, rédigé en forme de Lettres pastorales (8), qui résumait sa pensée et son apostolat (9). L'évêque d'Hij^pone eut connaissance de ce travail et il en fit aussitôt la (MJtique dans un Confra Fnustum Manichaeuw, qui ne compte pas moins de trente-tiois livres (10). Chaque section de son œuvre commence par reproduire le texte qu'il veut discuter, pour mieux le réfuter ensuite. Crace à cette heureuse méthode, l'écrit de Fauste nous a été conservé, sinon en entier,

(ij Conj. \, ït) iiiil.

(3) Cont. Foiisl. V. 7.

(.'^1 Cont.Jaiist. V, 5, 7.

('il Conf. V, 3.

(fi) Voir Conl. lilt. PefiJ. Ht, 23. Ed. \-v. Ilnnipliivy (PnUtirs nn,l religion in tlie. days 0/ Augustine, Ncw-Yoï'k, I0I■^ in-S". p. i85) ratlache le fait à une loi porléc rn 3gt) coiitio les discipk's de Maiii : mais la ilatc proposée pai' lui <■>[ iiiaiinii<<ilil<'. cai- (juaiid Aujiiisliii ctilKpiil \i' Cunlra Faust un}, (■"cst-à-diro, \crs /|oo, Fauste étail d('jà mort.

((■)) C(»it. Faust. V, 8.

(71 Conl. Faust. Prol. : Fansius quidam liiil.

(8) Conl. Faust. VI. (J:... iii exordio liaiimi lilleraiiiui siianim. Cf. I, 2 : <( Flaires cliarissimi... «.

(9) Cont. Faust. Prol. Bniekner (op. cil., p. G, n. i et j). 11) eonclul de ce passage que l'écrit de Fauste a dû être rédigé peu avant sa réfnlation. c'est-à-dire, peu avant /(oo. Mais, comme les Manieliéens cachaient soigneusement leurs livres, dont la suisie entraînait pour eux des peines très sévères, il a pu circuler assez longtemps avant de tomber entre les mains d'Augustin. Celui-ci dit. de même, qu'ayant eu communication des controverses scriptmaires d'Adimante il en a entrepris la critique (I Relr. XXII, i). Or l'œuvre du « disciple de Manichée » est certainement bien antérieure à celle de l'évêque d'IIippone.

(10; V. P. L-, t. XLII. c. 207-518.

DOCUMENTS SLU LE MAMCIIÉISME 1) 'AUGUSTIN 85

du moins en ses parties les plus notables (i). Il se présente, dès le prologue, non conmie une œuvre originale, mais comme un simple résumé des doctrines professées par Alani et Adimanle >iir les rapports du Judaïsme et du ^rai (Christianisme (2). Dans chacune de ses parties, il met d'abord en scène un adA.ersaire caliiolicpie qui expose sonnnairement quelque objection (3). Puis il lui oppose une réponse plus ou moins longue mais souvent très habile, où peu à peu la défense se transforme en attaque. L'ensemble de l'ouvrage est présenté, dans le Contra Faustum, comme une critique « de la foi chrétienne et de la vérité catholique » (4). Il constitue, avant tout, une apologie officielle de la nouvelle religion. C'est dire combien il peut nous la faire connaître.

Immédiatement après l'évêque Fauste doit être mentionné un prêtre manichéen du nom de Fortunat. Celui-ci exerçait depuis longtemps son ministère à Hippone, où il passait pour fort saxant, et il y avait gagné à sa croyance un très grand nombre de partisans, lorsqu "Augustin arriva dans la ville et se mit à

(M Fauste aiiiioiice dans son avaiil-di'iiiicr cliapiln' \\\i[. G) ([ii'il examinera, dans la suite, si les piopliètes ont annoneé le Christ et il ne revient plus, dans ce que nous avon de lui, sur le même sujet. Dans le dernier paragraphe du Contra Faustum, Augustin lui-même dit qu'après avoir réfuté toutes les calomnies de son adversaire, toutes celles au moins dont il s!est occupé dans cet ouvrage, il n"a plus qu'à avertir le lecteur de se tenir en garde contre les séductions de Iliérésie. Ces deux passages donnent -à supposer que le tiavail de Fauste ne nous est pas arrivé dans son entier.

(2) ('"est ce que n "a point \\i sufllsamnient lîriickner. qui. réagissant contre le dédain immérité dont F"auste a été l'objet, le pn':sente comme un esprit original et « presque moderne » I (op. cit., p. -5,

(3) Nulle paît il ne seniljle A iscr ni la personne ni l'œuvre d'Augustin. Il parle inie fois du déserteur qui critique le soldat resté fidèle (V, 2), nrtais il le fait en termes très généraux qui s'appliquent aussi bien à tous les Catlioliques. Il répond à des olîjections scripturaires qui se lisent dans les écrits augustinicns, mais .qui leur sont sans doute bien antérieures (V. Conf. V, 21) et il n'aborde pas les difficultés d'ordre rationnel qui en sont la partie la plus neuve et la plus importante. II a dû par conséquent écrire avant que son terrible contradicteur n'entrât en lice, plus pr('cisément a\.uit ogo, où le De Dwribus Muttichacoruin a sans doute paru. Comme il fait une fois allusion aux persécutions qu'il souffre pour la justice (V. i. cf. Matt. V, 10) il a sans doute rédigé soa livre pendant les loisirs forcés de son exil.

(4j Cont. Faust. Prol.

86 I.LVOLLTIOX I.XTELLECTUELLE DE SAINT AUGUSTIN

prêcher (i). Catholiques et Doiiatistes prièrent le nouveau venu de lui proposer une discussion publique. Il y consentit sans peine. Son rival, qui l'avait connu jadis à Cartilage, tenait fort peu à s,e mesurer avec lui. Mais on l'en pressa tellement qu'il ne put refuser (2). On prit donc jour, et le 28 août 892, la conférence eut lieu, dans la ville même, « aux bains de Sossie, en présence du peuple » (3). Sommé de s'expliquer sur le dogme fondamental des deux natures opposées, Fortunat essaya, non sans habileté, de transporter le débat éur le terrain de la morale (4). Puis, abordant résolument l'objection qui lui était posée en matière de dogme, il essaya de la rétorquer contre les Catholiques (5). Sur ces deux points ses efforts écliouèrent, mais il tint tête à son redoutable adversaire. Le lendemain, au cours d'une nouvelle discussion, il fut bien moins heureux. Harcelé de questions, il s'embarrassa dans ses réponses, finit par ne savoir que dire et demanda à consulter ses supérieurs (6). Bientôt après, il quittait la Aille pour n'y plus reparaître (7). La conférence, officiellement sténographiée, nous a été conservée par Augustin, qui a pris soin de la classer parmi ses œuvres (8). Elle nous permet de voir, d'une façon concrète, comment un Manichéen intelligent ot cultivé savait comprendre et défendre sa foi.

Quelque temps après le départ de Fortunat, un autre docteur de la nouvelle Eglise vint prêcher sa doctrine à Hippone. Tout en évitant de trop se compromettre, pour ne point s'attirer des poursuites, il déclarait très haut aux Catholiques qu'il ne craignait point la mort, et il écrivait même qu'on faisait un grand honneur à son parti en Le persécutant. Dans une de ses lettres, Augustin lui reproche ses « tergiversations inutiles «^ qui ne trompent personne. Puis, relevant ses dernières bravades, il l'invite à reprendre avec lui le débat dans lequel a échoué For-

(i) Possid., Vil. Aiiçj. 6; Befr. T. lO, i.

(3) Possid.. Vit. Augusf., 6.

(3) Cont. Fortim. i. init.

(4) Cont. Fortiin. 1-2.

(5) Cont. Fortun. à-0, g-iS.

(6) Cont. Fortun. 07.

(7) Possid., Vit. A-ug. 6.

(8) Retr. I, iC. i. Voir P. L. XLII. c. iii-i3o et C. S. E. L., t. XXV, (éd. Zycha), p. 81-112.

DOCUMEiXTS SUR LE MANICHÉISME d'aUGUSTLN 87

tunat, ou à quitter la ville, à l'exemple de son prédécesseur (i). De l'ait, nous voyons un « Elu » du nom de Félix, qui semble bien être le même personnage, engager à Hipponc une nouvelle discussion publique avec Augustin. Il semble y avoir été déterminé jDar une saisie de livres manichéens qui vient d'être faite à son domicile. Le 6 décembre 4o4, il remet au curateur de la ville un libelle oi^i il se déclare prêt à se laisser brûler avec ses manuscrits, si ces derniers contiennent quelque chose de mal (2). Le lendemain, il comparaît devant lévêque d'Hippone. qui se lait tort d'établir que les écrits en question renferment des blasphèmes (3). Après avoir inutilement demandé qu'on les produise tous (4) et qu'on lui donne des arbitres de son parti égaux en nombre à ceux de son contradicteur (5), après avoir aussi vainement essayé d'éluder les questions soulevées par Augustin et de lui en opposer d'autres qu'il croit devoir l'embarrasser, il ne peut se dérober à une objection particulièrement pressante et il demande, pour la résoudre, quelques jours de réflexion, qui lui sont accordés non sans difficulté (6). Le 13 décembre, il reprend la dispute, en se plaignant de n'avoir pu encore obtenir communication des livres qui lui ont été enlevés et sur lesquels porte tout le débat (7) ; il essaie, cependant, de répondre aux difficultés soulevées contre lui ; mais ^on assurance, assez faible au début, va en diminuant, et il fin;t par donner raison à son adversaire et par souscrire un désaveu complet des dogmes do "^Jani C^). Tci enrovr', lo f-i^xto de la conférence a été recueilli par des sténographes officiels (9)

(i) Epist. LX:\iIX.

(2) Ccml. F,'I. I. 10 /,■/).

(3) Ccmf. Fel. I, i.

(4^ Cont. Fel. I. i ft i/l.

(5) Cont. Fel. I, i5, iG inil.

(0) Ccml. Fel. I. iç). r>o.

(7) Cont. Fel. Il, i.

(S) Cont. Fel. II, 22. Un manuscrit c!n De Hneresibus nous a conservé nne dcnonciation crhérétiqncs dualistes faite par un certain Félix « converli (lu Manichéisme » qui peut fort bien se confondre a\('c ce même partenaire d'Anpnstin (Voir P. L., XLII. 5i--5i8). Des di'nonciilions de ce genre étaient imposées par l'évêque d'Hippone à tous les disciples <le Mani (|iii abjuraient Iciii' foi (Epist.. CCXXWI. 3 (In: cf. CCXXII, 3 fin.).

(9) Cependant quelques incidents ont été omis fS'oir î. ifi inil.; II, 22, init). Les éditeurs bénédictins pensent que. dès le G décembrt,

et inséré dans la collection des livres d'Augustin avec lesquels il nous est parvenu (i). Félix s'y montre beaucoup moins habile que Fortunat (2). Mais son infériorité s'explique, en partie, par les circonstances désavantageuses pour lui dans lesquelles la discussion a été engagée et dont son adversaire a tiré un excellent parti (3). Sa défense n'en est pas moins intéressante et instructive.

A ces divers représentants du Manichéisme africain il convient d'ajouter un Romain, du nom de Secundin. Celui-ci est un simple (( Auditeur », un laïque. Il n'a jamais vu l'évêque d'Hippone (4). Mais il a lu plusieurs de ses traités antimanichéens et il lui écrit, vers 4o5, afin de lui reprocher^ amicalement et par souci de son salut, d'avoir tourné le dos à la Lumière pour passer dans le royaume des Ténèbres (5). Sa lettre trahit, avec un certain vernis de culture classique, l'esprit étroit et passablement naïf d'un dévot obstiné qui se flatte de posséder la vérité intégrale et qui ne voit dans ses adversaires que des esclaves de la chair (6). Elle mêle l'apologie de la nouvelle religion à une critique très vive de l'Eglise catholique et du vieux Judaïsme (7). Par là, elle complète heureusement les précédents écrits, et elle peut d'autant mieux en être rapprochée que

Augustin a du tenir une conférence qui n'a |)as (Hé recueiiii'..- [lai les sténographes et à laquelle lui et Félix semblent faire allusion il, i //((/. et I. i4). Mais les textes invoqués peuvent s'entendre plus simplement du libelle remis la veille au curateur (I, 12 fin.; cf. I, i, picmière réponse de Félix).

(i) P. L.. i. XLII, c. 519-552.

(3) Déjà Erasme a formulé la même remarque dans sa préface au Contra Felicem. Augustin est d'un avis contraire {RHr. If, s). Mais i! est humain de trouver plus raisonnables ceux qui nous donnmt daMintage raison.

(S) On ne doit pas oublier que Félix se trouve de\anl un auditoire en majorité hostile et que le débat peut entraîner pour lui les pire< conséquences. Lui-même se déclare intimidé (I, 12 init.). Mais cette remarque ne réussit qu'à exciter la verve railleuse d'Augustin fl, 12 fin., 16 fin.). '

(/i) Rfitr. II, 10.

(5) Voir P. L., t. XLII, c. 571-602 et C. S. E. L. t. XXXV (éd. Zycha), p. ^1-947. La date approximative du document se déduit de la place qu'Augustin assigne à son Contra Secundinum, dans les Rétractations (II, 10).

('")) Seciind. Episi., i, 2 et 5.

(7) Secund. Epist. 3, 5.

DOCLMKNTS SL U l.i: M V\ I ( iliÉlSAtL: 1) \\l (JL S TIN S!)

les « Aiidilcuis » d It';^ « Elus » d'Alrique oui enlicteuu des rapports nombreux et eordiaux avec ceux de Rome (i).

Les Maiiicliéeiis (jua connus Augustin se montraient fort unis dans leui- foi (2). Pendant tout le temps qu'il a passé dans leur société, lui-même a pleinement adopté leur manière de \oir (0). Les écrits de Fauste, de Fortunat, de Félix et de Secundin nous permettent donc de nous l'aire une idée assez nette des doctiines qu'il a professées parmi eux. \ ce sujet^ pourtant, des réserves s'imposent. Selon une remarque de l'évêque d'Hippone, que l'étude des textes confirme pleinement, les disciples de Mani évitaient en jniblic de trop affirmer leurs idées. Ils se montraient plus disposés à combat ire leurs adv.ersaires qu'à exposer devant eux les dogmes dualistes (l\) et ils parlaient volontiers comme le commun des Chrétiens pour mieux faire accepter le nouvel Evangile (5). Si nous voulons bien les connaître, nous gagnerons à compléter leur témoignage par celui de leur contradicteur. D'ailleurs, c'est seulement à cette condition que nous saurons quels sont les détails de leur .enseignement qui l'ont surtout frappé, durant le temps oii il pensait comme eux.

HT

Dans le cliapitre 'lO" de son Liber de hneresibu.'i, rédigé deux ans avant sa mort, Augustin a longuement expliqué l'idée qu'il se faisait des doctrines de Mani (6). Mais il ne s'y est guère occu] é (me de celles qui pouvaient intéresser la controverse péla-

(1) C'est ce que nionlr.'iil l'<'Xi'mpIc de I-",ni-l,' de Milèxc ailanl se fixor quelque lenups à Rome pour revenir de là en Afrique fCont. h'dnsl. V, 7: Conf.. \, 3) et eelui d'Aujunisfin Ini-niènie reeu et iiospilalisé dans la uiènie ville par des diseiples de Mani. apr."< son dépari de Carlhage {Conf., V, 19).

{">.) Aufïuslin sijj:nale eliez eux quelques divei ..r,.,u.,.s ,/),, //,„,,.. \[.VI; cf. Conl. Fnusl., V, 5; De nat. bon., 4:). Mais eelles-ei porteul unique-' nieiil sur lein- façon d'a-^ir et non sur leurs croyances.

(.■{) Ceei sera étal)li lus loin dan< la (",oneln<ion de la 1 '"<' Partie.

Cl) De II m cred., ■>.

(.">) Conf.. HT. 10. 12.

!>0 I.K\Or.UTIO\ INTELLECTUELLE DE SAINT AUGUSTIN

gicnne (i). Surloiit il s'y est. appliqué à les présenter comme un îiss"! de a fahies Vaines et ineptes », imaginées par un « maniaque ); (2). En somme, son exposé n'est qu'une critique déguisée.

Un grand nombre d'autres écrits augustiniens combattent directement la foi manichéenne et contribuent ainsi à la faire connaître. Ce sont, outre les critiques, déjà signalées, de Fauste, de Fortunat, de Félix et de Secundin, un De Genesi contm Maniclmeoa, commentaire des trois premiers chapitres de la Genèse, composé en Afrique vers 889 (3) ; un De morihus Manichaeorum que les Rétractations font écrire à Rome en 388 et qui a dû être rédigé un peu plus lard, sans doute vers 390 et à Thagaste^4) ; lin De iililitate crcdendi, dédié, vers 391, au Manichéen Honorât, qui reprocliait aux Catholiques de sacrifier la raison ;> la foi (5) ; un De duabii!^ aniniabus, destiné à combattre la thèse manichéenne des deux âmes et publié vers 392 (6) ; lo Contra Adimantiim Manichaei discipulum, qui se place sans doute entre 393 et 39G (7), et le Contra eplMolam Manichaei

(i) Mu!ta falnilaiilnr fni;!c cimct;! intexcre Iniic opcri iiinii* longiim l'sl (De Huer., Xî.VF. //m/.i.

(2) De Hncr., \LV1. iniL. Cf. Ciml. i'aast., \1\, -.'.2.

(3) P. L.,'t. XXXIV. f. 173-230. Dans les R4/ror<(7//"<. > i. :... . Aiiïustin pr-'-scntc -cet écrit commo le preniier'de ceux qu'il composa une fois revcTiu m Afrique. Or son retour dut UAoir lieu a :^r> la fin de 388.

(V> /'. /... \\\II. c. i3/,5-i378. U. lielr.. I, 7, i. L'aulcur du De moribu,s Mnnirhiirontni ra|)porte (n" î>4),une parole qu'il a entendue «récemment )) à Carllia<?e. Or nous savons qu'il est passé, par cette ville à son retour de Rome (De citr. pro morl. ger., il). Le livre fait suite au De nioribiif! ecriesifie (•nlholicne dont le début mentionne déjà le De Genesi rouira M'inicliiifiy, A ("['s raisons déjà données par les édili^urs bénédictins (I*. I.., WXil. I 'i()()-i3i(i). on peut ajouter que les idées exposées ici suppo-^cnl une é\olulion inlellecluelle plus avancée que celle dont fémoij^iicid les traités de Rome et plutôt analogue à celle qui se montre dans le /)(' vera rd'uiioiic composé vers 090 (Cf. Thimme. Aug. geisf. Enitrick., p. 8-9).

(■V) /'. /,.. I. \rjî. c. G3-90: c. s. E. L.. t. XXV. p. i-/,8. Il c^t. .lans les RélnicfdHons il, i4, i), le premier livre de la période presbytérale d'Augustin, qui s'ouvre avec le début de 391.

(»')) P. L., t. ALII, c. 90-112; C. S. E. L.. t. XXV. p. /19-80. Il -st signalé dans les Hélractntions (I, i5, i) immédiatement avant les Acta conlra Foiiiiii-iluin qui ont été tenus le 28 août 392.

(7) /'• !-. t. XLII. c. 129-172 ; C. .S. E. L., t. XXV. p. 113-190. Il vient dans les Rétrartatlons (I, 17, i) peu après le sermon De jide et symhnlo, prononcé en 393, et parmi les récits antérieurs à la consécration épi-eopale d'Augustin, qui semble avoir eu lieu en SgC.

nOCl Mlî.NTS SLH LE MAMCiIKiSME u'aUGLSTIN 01

quam vocanl h'undamenti, entrepris \ers celte dernière date ou peu après, ipii ne forme qu'un li\re assez court, mais qui se continuait en une série de notes fragmentaires malheureusement perdues (i) : un De natiira boni contra Manichaeos, dirigé contre la conception d'un Principe mauvais, aux alentours de 4o5 (2), la lettre CCXXXVP, de date incertaine, qui explique- à un évêque de Mauritanie la différence établie entre les Auditems et les Elus, ainsi que les doctrines professées par les uns et par les autres f3); enfin plusieurs sermons, prononcés à diverses éjwques, qui mettent les Catlioliques en garde contre tel ou' tel point de leur enseignement (Z|).

On a aussi attribué à l'évêque d'Hippone un Contra Manichaeos, intitulé d'ordinair(\ mais à toit : l>c j'aie contra Manicliacos (5), ainsi ipiun ('.(tniniouitorlmu, destiné à montrer (( comment on doit agir a\ec les Manichéens qui aAouent la perv^ersité de leur détestable eireur » et à fixer la (( formule selon laquelle ceux qui se corrigent doivent anatliématiser cette hérésie. » (G). Le premi.er de ces écrits paraît appartenir plutôt à Evode d'Uzzale, un ami d'Augustin (7) et le second <à un autre de ses disciples, peut-être plus tardif (8). Du reste tous les deux sont assez insignifiants. Ils ne font guère que résumer la polémique du grand Docteur.

(1 /'. L.. t. \IJi. c. j-:^-mA\: C. s. /■:. /,., I. \\V, p. n)i-^iS. li est le >ccoiui île-; ('-ciils d ' \ii^ii-l in (jiic le-; Ilrl nuiiilinns ])\ur:i\\ apfè< sa consécration ('piscnj)alc (Helr. II. a)."

(ai P. f... t. Mjr. c. 551-572: C. S. E. L.. I. \\V, ,-. 85,S-8,S,). Il vicnl. (laii-; Ir- Hi-lnicldlions (II, g). pic-(|iic ;nis<i|ùt aprè^i- !<■ Canlra /•'»•l'uwm, (lalé (le (l(''(('nihir 'i()f\.

i:V) p. p.. \\\lil. inX^-mA/,.

Cil V. St-rrn.. I. il. MI. CI. NI. C.I.WMI, CCXXWIÎ .1 Knorr. In Psolni.. C\L.

(.M /'. /,., \MI. ii,S9-ii53: C. N. /■;. /... \\V, g'io-OTÔ.

(fil /'. /... M.ll. iTn3-ii5r. ; C. .S. /■;. P.. XXV, 977-985!.

(7) .Fi ri f^l -.ioiial('' ni daii'* ics Ilrl rnrlitliuits d'Au^iisliii . ni daii^ l7/(diciiltis de s.. s oinic-; <)nc iitm- a lai^si'" Pnssidins. Il copie dt'< pa^-ai;(< oiilicrs du De imliira himi cl (faillies (''crils aiii^ii^f iiiiens. D'aiilre pail. il (•^!t r<-(iij,r(' en un loni aulrc slylc et d'apivs nnc iiR'Iliode fort ditT('i-entc. Un ancien niann^ciil l'allrilnic à K\ode. Rien ne permet de conteslei < .Ile atliihnlion (pii esl fort vraisemblable (Voir la pix-face des ,'.dilcin< Ix-n.'diclins. I>. /,.. MJ|. n^o et celle de .T. Zvclia C S E I \\\ I X'VIII- LXX).

(^\ I.'aiiliicnlicil.. en a r\r adini-e par le^ .■•dilciiix de l.oinain cl ivjel('o par les HéniMliclins ./'. L., XIJI, i]5;vii5|). .1. Z\,iui lic<ilc cnliv les

y^ L'É^OLLTIO^ INTELLECTUELLE J)K SAINT AUGUSTIN

Les œuvres authentiques d'Augustin sont autrement instructives. Elles fournissent sur le Manichéisme des renseignements souv.ent très détaillés qui en soulignent les côtés faibles et qui complètent fort à propos les remarques trop exclusivement apologétiques de Fauste, de Fortunat, de Fclix et de Secundin. Seulement Leur témoignage ne doit èlre accepté qu'avec la plus grande réserve. Augustin était liop honnête pour imputer à ses adversaires des torts auxquels lui-nièine ii"eùt point cru. Mais il était, d'autre part^ trop passionné pour ne pas croire, sans gland examen, ce qu'il entendait dire à leur désavantage. Aussi le voyons-nous accueillir avec une complaisance fâcheuse certains bruits complaisants qui courent sur hnir compte et qui risquent fort d'être de pures calomnies (i). Ses habitudes de rhéteur l'ont conduit encore bien [)]us loin. Elles l'ont amené à contredire systématiquement t't en toute occasion les partisans du nouvel Evangile. Il ne présenir leur doctrine que comme un tissu d'insanités (3) ; c'est parce qu'il en a souvent entendu vanter l'ordonnance logique, (l'est aussi parce que lui-même l'a longtemps admirée (3).

Cette dernière remarque ni('iilr une allenlion spéciale. Augustin s'est lelJenienI appliqué à |)iésenter le Manichéisme comme un amas de fables extravagantes qu'à s'en tenir au tableau qu'il en a tracé on ne pourrait compicndie (pi il y ait jamais cru.

i|i'll\ |];nli>. iiiiii- il priirlli' \ i^ililcllirill \ri> |r |iirfiiirr 'C.S.K.L.. \\V, p.i \\\ n-i \\\ .. .riii:'ilii' lin roiil mil r, \ir< fdiiriiicnl . M'i's le second, iMui -riilcinciil [>;iirr (|iii' Ir ('.(iiiiinoiii h iri II In i\\<[ s\<:i\;[\r ni (taiis les Hélruclnlidiis. ni (l;ins \'linl<\r ilc l'dssidiii^, <iii piiivc ([iic lu (] liai lièrnc propo-ilimi (lu roriniiliiiic ii'' 'ailir |ia-- \ir-< liim amt plii^icms ijassaj^i'i-s des c''rriL< ailloli liiiii'iis i I h- acl. riini l-'rl.. I. ij 'mil.: ('nul. Ejiisl. Mnii.. 7), coiiuiic le noie /Arlia. mai'- riMinr ri siiiloiil parce qii 'Aiij^ii<l in n'a pas coiilninc (le (■o[)icr sri\ ilcnitiil ■-(■< lia\aii\ aiiléiicnrs cnniTiie l'aiilcnr du ('.niiinioniliiriinii le l'ail iiailnis. ri paifi' (\\\'h la dair de 'iû'i. à pai-tir de laquelle -on ae!i\ili'' ani iinani(li(''eiiiie ne se nionlie ■^iièic que par le De naturii hani. pnni presque aussitôt aprè^. il n fait souserire à Félix un forninlaire lieainonp |ilus court el exlrètni iiienl simple \l)(' iicl. cuin Fcl., |[, Sr>:)i. A. DuConrcq raltril)ue à Césairc d'Arles {Ij' NéoiDimicliéisme, P- '1 '1 n" .1. p. '171. Mais ses raisons sont fort peu décisives et il parait liiin (lil'li -ile ,1e rallaclier nue <eu\re si irupersounelle à ini auleur quelcoiupie.

(I) />(■ Huit.. 'i(i : 7>c mor. Mnn.. (iti : !))■ nul. hou.. ^\-.

121 De Mnr. Mnn.. iH fin.. .iS ////.. t\- : Ci, ni., 111, 1... 11 18: C.nnt. F'iiisl.. il. fi: Vill, -2 fin.; \\. 1. 5, (\. et,-.

I)i ni il. l'ii'd. \>.

DOCUMENTS St K \A-. MANICHEISME d'aUGUSTIN 93

Lui-niènie a\oue pourtant qu'il ne la autrefois professé que parce qu'il pensait y avoir trouvé la vraie philosophie (i). Pour reconslilucr ritlé.e qu'il s'en est faite alors, nous devons donc en considérer non les contradictions mais rharniotiic inliiiie.

Le meilleur moyen d'y réussir est de se placer- ;ui point de vue du croyant, non à i-clui du critique. C".est de l'aire j);irler le rhéteur de (larthage, non l'évèque d'Hippone. Interrogeons le nouveau converti, dans la ferveur de sa foi dualiste. Ce jeune néophyte aime à s'entretenir de Mani, d'Adimante et de Fausie. Il [ifècli.e leurs doctrines. Il combat les théories rivales. Lui-niènie nous dira pourquoi il adopte les unes en rejetant les autres et quelle idée il se fait de chacune. Notre tâche consistera simplement à organiser sa pensée, ou, pour mieux dire, à la \i\re avec lui, afin de mieux la comprendre (3).

Or le Manichéisme se divise, pour tous ses adeptes, en deux parties très distinctes. La première comprend une dogmatique, UTK^ mor;de, une eschatologie, qui nous renseignent sur nos oiigines, sur nos devoirs présents, sur notre destinée (3). La seconde combat sur tous ces points les doctrines contraires des Païens, des Juifs et des Chrétiens ordinaires ou Catholiques (A).

(I) Di' util. crnL. -j : ConJ., IJ I . lo-r.î; IV, 12/1-27.

("i) Telle est la règle que je me suis toujours imposée au eouis tle>- chapitres suivants. Je ne saurais trop faire reniai(|uer i]iie, dans l'exposé doctrinal ((u'on va lire, c'est le disciple de Mani cpil parle constamment. I.es ré'fiM-ences scriplnraii'es mises entre paicntlièses dans le lexle sont ell(<-mèmes de provenance manicliéenne.

(3) Ces trois parties correspondent assez bien au « cdinriicnccuiriit »^ au (( milieu )) et à la (( fin )> de \'Ej)tlri' du Foiulenimt. (pii re\icrnieut à diverses reprises dans les écrits augustinicns (Cotit. Fel., I. (i, (j. 10; II, I ; Cnut. F,iusl.. MU, G; XXVIII, 5; .supra, p. 80.

û1) ('.(tic iioinelle division, adoptée expres.sément pai fausic (('.ont. Fnii^t.. \\\\. •' ; \l\ T-,H: XX. 1-/I). était très familièr<- aux Manichéens. Dans les Acf(t Archchii, 11, Tmbo. le disciple d'Addas. afliiine que «. les Chrétiens, les Juifs et les Païens ne font qu'un, parce qu'ils adorent le même Dieu ».

PREMIÈRE SECTION

r.HOYANCES MAMCHÉENNKS

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