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CHAPITRE PHKVITER

DOGMATIQUE MANTCllÉExNNE

La dogmatique manichéenne part de .l'opposition du biea et du mal. Elle enseigne comment l'un .et l'autre ont existé de toute éternité, comment de leur mélange est résulté le monde, comment s'explique enfin la formation de l'homme. C'est surtout l'étude de ces trois problèmes qui a conduit Augustin à professer la foi dualiste.

Dès l'origin-e, explique le nouveau converti, il y avait deux substances rivales, dont l'une était essentiellement bonne et l'autre irrémédiablement mauvaise (i). Sans la première, le bien n'eut jamais apparu ici-bas. Sans la seconde, le mal ne saurait se montrer. Un arbre bon ne peut porter de mauvais fTuits, ni un arbre mauvais de bons fiuits (Mail. VIT, i8) (2).

( i) Cniil. KjttsI. Mail., iti; De Hiirr., '|(i inil.. rie.

(21 ('.ont. Adiiu.. WVI ; Coîd. Fortun., 22; Conf. Fausl., XII, i; ^ont. FeL. II, 2 init. Cf. Act. Airh., i3 ; Epiphaiic Ilarr.. LXVI, 62, 63; Titus d Bo-^lni. l</r. Vnn., I, 33, etc.

90 LÉVOLLTION INTELLECTUELLE DE SVLNT VUGUSTLN

Comprendrions-nous davantage que ces deux réalités primordiales eussent été mêlées d'abord, comme nous voyons qu elles le sont nmaintenant ? Une telle confusion, étant con.traire à leur essence, doit tenir à un simple accident. Avant que le monde existât, elles se trouvaient donc non seulement distinctes mais séparées (i). L'une était brillante, laiitre ténébreuse. C'est bien, en effet, sous cette double forme qu'elles s'offrent à nous. Partout « la Lumière luit dans l'Obscurité » sans que celle-ci parvienne à l'étouffer (./oa/i., I, 5) (2). Seulement la première de ces substances n'avait pas jadis à lutter contre la seconde avec des alternatives incessantes de succès et de revers. Rien n'altérait d'abord la pureté de son éclat. Elle s'étendait, pure et resplendissante, à travers les .espaces infinis. Au coiiliaire, les Ténèbres restaient enfermées en elles-mêmes, dans un ;iftreux cliaos (3). Elles formaient cette (( masse invisible, souillée et inforrrie », qui^ d'après le récit de la Cenèi^e (I. 1-2), a existé dès le début, concurremment avec l'ceuvre divine (h).

Dans la région du Bien, comme dans notre monde, s'offrait d'abord une terre démesurément vaste (5). Au-dessus s'étendait une atmosphère immense et radieuse (6). Enfin, au sommet trônait Dieu le Père (7). Toujours vivant, toujours glorieux, toujours lieuccux, le Maître de ce brillant séjour possédait toutes

II) ('.mil. t'\>rliiii.. tl. i8-:jio: /><• Ihicr.. '\('< in'ii.. clr. (^f. Ilrniinoniiis, :\r[. Arcli.. 7: t:|)i|)liiiiic. llner.. LXVI, 3. 8. i/| : Titus dr Boslia, A(h\ Mail, f, .'>. 'i, 5, IVA : St'\rir d' Antiorhc. rlicz t-"!'. r.iiiuont. Ih'cli. sur le M'iiin-ii.. [> Si)-()) : l'Iirodoii' liai-Kliôiii . ihiil.. |i. 7: .Iciiii t)iirnnsrèno, /)/;//.. ■>. :>S. (11. '.'le.

u) (-.(.ni. /■■./.. II. I."). Cf. Kpipliiinc. Ihu-r.. I.W T. 0/|.

:>> />.' lia,!-.. Ul hiii.. Cf. Acl. Arrh., 7: Tiliis de Boslni. Adv.Miin., T. ÏS : An X.uliiii clifz Flrjf.n'1, Manl, p. 86; Biioiini clicz Kcssicr. Mnnl, p. .ii.S; Yiiqoulii ihid.. p. .■v>7-.i28 fie.

Cl) Coiil. /•>/., I. I-. Cf. De Gen. coiU. Mun. I, 5. !.■>) Conl. Ei>ist. M<in.. iG : Conl. Fniisl.. W. f. : Co;i/. FcL. I. iS ; Ennrr. in Psnltn.. C.W.W. .S.

lli) Cdiil. /•'('/., I. iN. Cf. An Niidiin : c Lf Dieu de la liiniièro est sans coinniciiciininl ri :i\cc lui deux clioses aussi sont sans commoncemcnt : l'air <■! la Irirc \j< incnibiL's de l'air son! au nombre de cinq : la ('nuceur, le sa\i)ic, rinltllin-inee. la discrétion. le scutinieiit. » Œli'isel, Muni, [). ().'î et note 198).

I71 Conl. E[)isl.. Mfin., i(i ; Conf. Fel. , 18. Dieu devait occuper dans le Royaume du l^ien lui'' [»lare analooiic .1 celle que le soleil tient en c^ tnoiide.

liO(;\IATIQl E MAMCHÉKNiNE 97

les |)(Mie( lions U '• l-n liii résidaient la sagesse et les sens vi- (au\ (:/). Douze inenibres, pleins de vigueur, lui permettaient (I exercer an loin son action (3). Enfin d'innombrables Eons Inntiaieul auioiir- de lui une cour splendide (A). Aucun indigent, aucun iîiliiiiie u'exislait sur ses terr.es. f]t celles-ci se trouvaient «i snlideuienl élahlies (|ue rien ne pouvait jamais les ébranler (5). Dans un lexte du Bienheureux Manicliée, le Pèi.e de la Lumière apparaît sous la figure d'un monar([ue, qui porte un sceptre avec tlev couronnes fleuries. Autour de son trône s.e tiennent douze \iclianges, ré|)ailis en (piatre groupes ternaires et occupés à jeter des fleurs devant lui e( à chanter des hymnes en son linnnciiî . \ iinneiil ensuite des légions d'anges qui obéissent à s;i lui. Tous ses sujets liahiteiit a\ec lui dans des contrées mer- M'illeuses où souffle un air saluhie, dans des campagnes oii les ])ailunis abondeni, où les arbres, les MKUiliignes, les mers et les fleuves ri'pandent élernelleirienl un doux nectar (G).

[^e telles descriplions ne doi\.''nt pas être prises dans un sens 'ti.ili'riej. Dans le Royaume de la Lumière tout est spirituel (7). Tdul, en elTel, s'y coid'ond a\ec Dieu. La lerre qui s'étend à ses [liedv ,.| r,iiniosphère (pii l'environne s'identifient pleinement a\ec lui. ('.elle Tiinilé piiTuordiale présente une nunne nature (8).

m Coiil. Kpisl. Mail.. i(i. Cf. Coiil. Fiirlini.. n.

f.i) r,fMiliiicn< ii|iu(l se ^iipicntiam l'I sciisus \il;il('>. ilil Maiii liii-mriiie ilaii-; lin IcnIc ii\r par Auf^iislin (Cmif. Ep'isl. Mitn.. 16). \illciirs. il parle r.ifalcniciil des <( pi-opiâéti'.* sensibles » et de la (< piiuicrici' » de la li|-on-(''iii|nr(' (1rs (léinoiis i Di' mil. bon., /|G). An Nadini lui fait di-^liniiinT l'ii |)i(ii. d'iinr manière |diis précise, citu] nicinlues scnsilijcs cl cinq Hicin!iic< spiriincis (Klii^nl. Maiii. p. STi).

i->) <'.nnl. l'.jiisl. Mail., iti. (^es dnnze niciid)rcs sont (''x idcmmcid iderilii|ui'< a\cc Ic^ (!(>n/c liiaiid-^ l*]oiis qui seront nieiUionncs nn [)cn pins loin, (l'anrc< le ('unira l-'aiislimi i\V, 5 fin.). An Nadjin dil an-^^i (jnc, (rai)rès Alani. le l'ère de la Lninièie a « douze Dominations, qui s'a|)pell('nt les Preiniii^ ni''> il doni les forinr< son! seniblaldes à sa forme 1 K!hjj:cI, Muni, p. i)'|). e| il |iarle aillenis di' -<es (( doiize l'dénienis » qui onl eollal)Oi"é à la fninialion de rilninnu' Primilif 'ihid.. p. S-V

( '1 ) <'.<iiil . Eji'isl . . Mail . . 1 II.

(à) Ciml. Kji'isl. Mail.. it'^-.Cdiit. /■'e/.. 1. 17.

di Cl, ni. l-'au><l.. \\. â-ti : Enarv. in l'salin.. CA-I.VI. ,>. Cf. Flii,i,fel, Mani, |). ()->-i)'i e| K. W . K. Millier. Hainlsfliriflrn. j». c\->.

i~) C.nnl. /'.'///.s/. Mail.. ■•■> fin. La s[)irilnaliir' dont il s'aj^it ici doit èlie eidendne dai nn <ens f)opnlaire "I non mi''taphysiqne . V. Conj., \\\. I : Cordiale aliipdd sulisianliae ni-i laie non poteram cpiale per hos ■ocnio-- \ideri -^d'i'I.

181 tjml. /•'<•'., I. 18: Conf. E,;ist. M»n.. sO.

Le iMonarque suprême ne fait qu'un a\ec ses sujets. C'est lui; qui les a engendrés et il se retrouve en chacun d'eux (i). Enfin, il ne peut avoir des membres pareils aux nôtres. Comment le Bien pariait pourrait-il être enfermé dans les limites d'un organisme (2) ? Si nous entrons dans l'esprit de la doctrine manichéenne, nous ne le distinguerons pas de cette Lumière incréée qui existait de toute éternité (3).

Une grave question se pose à son sujet. On se demande s'il est fini ou infini (l\). Les Catholiques se prononcent, sans aucune hésitation, pour la seconde liypothèse. Comment ne voient-ils pas l'étrange contradiction dans laquelle ils tombent ? Ils invoquent ]c (( Dieu d'Abraham, d'Tsaac et de Jacob », comme pour le distinguer d'aulres dixiiiités. lis le suppos.ent donc très boi-né. Bien mieux, ils se melleni en dehors de sa juridiction, puis(iu'ils l'eiil'eiTiUMil d.iiis les limiles du ,Tudaïsm.'\ \ous pouvons leur faire une .iiilre (lilique encore |)his direrle. Dieu ne sérail infini (pie si l.e Bien se trouvait seul au monde. Mais 1.0 mal existe et hii impose des limites précises. De ces deux principes opposés, l'un finit l'oi-cénient l.-i où l'autre commence (5).

C'est ce que ManicInM lui-même nous enseigne. Dans son

'Il (.oui. /•'<'/.. I, iS; Muni liii-inriiic ili<;iil (j:iiis un passade du 7'' li\ii' (lu 'rn'"inr: (( Sachez qxw ce bienheureux Père s'identifie avec ses Vcrin*. Il les emploie connue des arrue< «[ipropiiées ];our accomplir sa \olonl.''. » (De rml. Imn. /j/i).

f>.) An Irrnps (le sa foi ma niclii'cnne, Xiiiiii^rm iir s'est jamais i\'pr(''scnl('' Dieu sous une forme Innuaine [Conf.. VIT, t). Ses coi-eliyionnaircs ne le faisaient pas (lavanlaiic Ils accusaient plutôt les Catholiques d'anihroponior|)hisnie. (De Gen. cont. Man.. I. •>-. :>,8). ("/est même une des principales causes (jni lui uni fait adopter les dooiuis dualistes (Coiif., III, 1--I. Cf. .4c/, 4/r/i.. li

'■') l.ii'-em islam c(ii[)oi cam , animantiiun mortaiiuin oculis adiaccntem... Dei dicnnt cssi' naturam {De Haer., '|(i). Cf. Au Madim cjic/ Kliigol, Mdiii, p. Sti.

('4I Cetti- (jucstioii a lieaucoup pivoccupé les Manichéens, à cause du paiti (pi'en liraient contre eux leurs adversaires. Voir- Coiil. Ep'ist. Mail.. ■^■>-\>?^\ Cl, ni. FaiisL, X\V. i(i. Cf. Chavannes et Pelliot, T/i traité ininiiilicen... dans Joiini. l.si"»/., i()ii, [>. 5:*7, et not. o pour d'aidrcs réfi'rences.

(.")! Coiil. Fiiiisl., \\V, I. Cf. Sharaslàui. lleliijinnsiiinii'ii'ii . ... Irad. Haarhrucker, I, 390: « Le sage Mani dit... au début liu Siiiliniuràkiîn que le Seigneur du Royaume de la Lumière... est sans limite sauf -ui- le cote où sa terri' touche l.i terre de son liAal ».■

DOGMATIQUE MVMCHÉEN?«E !)'.)

Epitre du Fondement, il dit, en propres termes, que la Terre de la Lumière était bornée (c d'im côté » par celle des Ténèbres (i). Ailleurs (2), il donne à entendre que la première s'étendait vers l'Orient, l'Occident et le Nord et la seconde vers le Midi (3). D'après ses commentateurs (4), cette dernière s'étendait sans fin en bas et en arrière ; mais elle était enserrée en a\ant par sa voisine et rouv.erte, sur toute sa hauteur, par un immense vide. Qu'on imagine un iiain dont trois quartiers seraient blancs et le quatrième iioir, et où celui-ci, engagé dans les autres, serait, comme eux, inlini en (ont sens, sauf dans le liant et sur l'avant. Pour arrivei' à une vision encore plus précise, qu'on se figure deux pains superposés et immensément grands, en chacun desquels trois quartiers seraient blancs tandis que le quatrième serait noir dans celui du bas et ferait défaut dans celui du haut (5). Quoique la Terre de la Lumière fut limitée, celle des Ténèbres l'était donc bien davantage (6). Surtout, elle se montrait bien moins parfaite. Elle n'enfermait que d.es éléments matériels, tandis que sa voisine était toute spirituelle (7).

Cette région du Mal comprenait cinq grandes provinces. Sur ses confins s'étendaient des ténèbres opaques. A l'intérieur venaient des eaux fansfeuses. Au delà soufflaient des vents vio-

(w Conl. Ejùsl. Miiii.. ii|. Cf. \n Xadin) cl::'/ Flnscl. Mai'.J. p. SG : « Ces deux Ktrts piimifil's sont voisins; auninc cloison n'ost cnti!' r\\\ ; la Lumière touche aux Tcncbrcs par son liane )).

(■i) Cont. Episl. Mail., 28 /in. Les textes visés par Augustin doi\ent appartenir au Sliâpouràkân, d'après le passage de Sharastâni visé plus liant, et sans doute aussi an Trcsnr.

i.'i) C'est ce que suppose un texte <\ti Dr Ihu-r.. '|G, utilisé pins loin. Cf. Cyrille de Jérusalem. Cairrh.. VL i^> : Titus de lîostra. Adi'. Mon.. 1, 7, et surtout Sévère d'Anlioclie chez Fr. CumonI, licclicrclws,... p. (){'■, et Simplieins. /// Eitcliirididu t'd. SclTweighausen. p. 269.

(4) Conf. Epist. Man., 20, 25. Augustin fait ici allusion à de simples conversations qu'il a engagées avec certains Docteurs Manichéens.

(5) Cont. Epist Mnit., 20. 2.4. 25. Celte façon de voir est exposée en termes formels dans un passage de Mani qui a été reproduit par Sévère d'Antioche et qui, jugé « à peine intelligible » par M. Fr. Cumont, s'explique très bien' du moment où on le rapproche du texte d'Augustin utilisé ici. Voir Fr. Cimiont. Iteciierches..., p. 99-102, io3-io5, m et i65.

(Oi Timent cnim ne Deo videatur aequalis iConf. Episl. Man., 20.

(71 Cont. Epist. Man.. 22 fin., ?m. Cf. Sharastâni, Religionsparleii'n, irad. Haarbrûcker. I. 28-.

100 LÉXOLUTION [\TI:LLECTUELI.1=: de SUNT AL(;iSTI.\

lents. Plus loin brûlait un feu dévorant. Une épaisse l'umée lui succédait enfin (i). Or chacune de ces contrées maudites portait une catégorie spéciale d'habitants. Dans les ténèbres vivaient des serpents, dans les eaux des poissons, dans les vents des oiseaux dans le f.eu des quadrupèdes, dans la fumée des bipèdes (2). Tous les membres de chaque groupe se rangeaient autour d'un chef unique, qui les avait engendrés .en s'accouplant avec une compagne de même race (3). Os princes eux-mêmes étaient sortis (/j), comme des vers (5), du sein des arbres qui poussaient spontanément en ce sombre séjour ((]), puis il.s en avaient cueilli les fruits afin de s'en nourrir (7). '

■Malgré leur grande diversité, les cinq parti.es de l'Empire du mal avaient une. même ualure. Elles constituaient cette « Terre ténébreuse » dont parle Manichée fS). Tous les êtres qui en provenaient possédaient donc une essence identique. Comn)e, en chacune de leurs provinces, tous se subordonnaient à un chef unique, ces princes régionaux dépendaient, à leur toui-, (lu loi des bipèdes établi dans le pays de la fiiméi mi .

Mi Cl, ni. Kpisl. \/r()i.. II). :>,s. Cf. Tliôodov." !) Il -Kin'iii. .hc/ l'i . '.'■iiionl. fli'ritcrclii's..., p. ii-i:> rt An \;i<!ini ;'!i z fliis^'l. M"iii. p. i)'i-i.i'> ■" Dcsiription île In Terre, des Ténè.brcs.

(2) Conl. Epltil. Mon., 3i (in; De ninr. Man.. 1 'i. 'mil.: De l!.i-r . iii. Cf. Ael. !;•(■//.. () <■( Klionnstouiniiil , V, 79-S/i. (Jans le .loiirn. 0/ (lie /7ov. Asidl. Suc., 1911, p. :>87.

(iî) Eti;mi pi'olis facciindilas suppclclial. niim d «oniiigia lrii)iiinit cis (Cejnl. Fdusl., XXI, 10). Cf. T\hi< de BosUa, Adv. Mau:. I. 7, if) ////.

(4) Conl. Finis!., VI, 8; De nmr. Man.. /if). An Xadiiii ra[)porlc (pir \r Chef supi-t'-inc du Royaimir rt''iir'l>irii\ ii"a liii-niriiic pa'^ toiijouis i\isl '• (Fhigol, Mani, p. 86).

(.')) Cf)nt. Fnnst.. VI. S. Deux Icxics de Maui, rapporlT's par .S''\('ic d'Anlioi lie, pailcnt de la « tfij.'nc corruptrice » cui.'-endrée j)ai' l'Ai'tjn.' du

Mal (Fr. Cunwnt, Recherches ]>. 117 et 127, cf. ihiil.. p. 1(19). La suile

de l'exposé nionliera rpie les Manichéens croyaiciil à !a ir/'ii'ralioii >i)oiitanée.

• Cm De niiir. Man., fig fin.: Conl. Faiisl., \\l, i:>. Ces Arbres du Royaume des Ténèbres s'opposent à ceux du Royaume de la Lumière qui ont été sifïnalés plus haut. Les uns et les autres jouent un grand rôle dans le traité nianiclu'en publié par Cliavannes et Pelliot t.loiirn. Asiat., 1911. p. 5a8-529 et surtout p. 559-563).

I7) Conl. Faust., XXI, 12.

iS) Conl. Efjist. Man., 3i.

{ç)\ Ilii Prineipi Tenebrarum non lantum sui generis id est Bipèdes, sed eliam cuncta anirnaliuni coeterorum g<'nera subdila erant {Conl. Faust., XXI, i/|).

DO(;\i AiiQLK M \M^:IM•:E^^E loi

Ce monarque des démons se présentait comme 1 "antithèse vivante du (( Père de la Lumière ». Seulement il se conduisait plutôt comme un tyran tiuel et tout à l'ait injuste (i). 11 n'incarnait que le mai, et sa domination ne s'exerçait que sur des êtres faits à son image ^et mauvais comme lui, qui s'attaquaient, se tuaient et se dévoraient sans relâche (2).

On reproche aux Manichéens de le regarder comme un second Dieu. L'accusation est vraiment plaisante puisqu'ils l'opposent plutôt à la divinité. A ce compte, on pourrait nous reprocher à tous de mettre aussi sur le même rang le blanc et le noir, le chaud et le iioid, l'antidote et le poison, la santé et la maladie, le vice et la vertu. Dieu et le diable diffèrent autant que tous ces extrêmes réunis, car ils les réalisent en eux d'une façon parfaite (3). Les Manichéens donnent parfois au second le nom du premier. Alais c'est parce qu'ils se placent au point de vue de ses adorateurs, comme l'Apôtre Paul, chez qui nous lisons que a le Dieu de ce siècle a aveugle l'esprit des infidèles » (II Cor. l\, l\) (Z|). Quand ils parlent en leur propre nom, ils l'appellent tantôt Hvlé, la Matière, à l'exemple de leur grind théologien (ô), tantôt le Diable ou le Démon, comme la foule (6).

fi) ('nul. l'.nisl. Mail.. '^'^. Cf. An Xadim. clioz Flu£r(^l, Mani. p. S6 « Il <'n,!Lr!oiitis^;iil cl ili'lriii<;iil lonl et ii'pand.iil In ruine à droite et à gaiiclic ».

{■>.) Coitt. F-nisL. \\l. 14. Cf. Titus de Bo<lra, .l(/r. Mun., 1, lO, 19: « Ils se chassaient et se dévoraient ». Cette idée est longuement développée dans une série de textes manichéens que rapporte Tiiomélie déjà citée de Sévère d'Antiochc (Fr. Cuniont, Rerlwrclies.... p. 1 18-1 17).

i3) Cont. F/uisf.. XXI. I. Selon un texte manichéen, cité par Sévère d'Antioche. « la différence qui sépare les deux Principes est aussi grande que celle qui existe entre un roi et un porc. L'un, (le Bien), vit dans les lieux ((ui lui sont piopres comme dans im palni> loyal : raulre, (le Mal"), à la façon (Ui porc se vautre dans la fange, se novnril et se délecte de la pourriture, ou, comme un serpent, est blotti dans son repaire fFr, Cumont. Iicclii'ri-li<'s p. ()-;).

1^1 Coiit. Faust., XXI, I : Coiil. Fel.. II, 2. Le même texte est invoqué par Mânes lui-mèmè chez Hegemonius, .4c<. .Arch., i3, et Cyrille de Jérusalem, Catech., VI, 28 inU. Il devait être cité aussi par le Manichéen Agapiu--, d'après le témoignage de Photius (BibJioiJi., Cod., 79, cire. init.).

5) Cont. Faust., XXI, i et XX. .S. Cf. Titus de Bostra, Adr. Mon.. I, .^). 10: Epiphane, Huer., LXVI, i4 inii..

lii) Cont. Faust., XXI, i cire. init. Cf. Cont. Fortun. 3.

102 l'évolution intellectuelle de SALNT AUGUSTIN

C'est seulement par cet être mauvais et malfaisant, ennemi né du Bien et de l'ordre, que les rapports naturels des deux Royaumes ont pu être troublés. Un jour, les habitants des Ténèbres, plus exactement les bipèdes, aperçurent la lumière qui brillait au-delà de leurs terres ; ils la contemplèrent longuement et ils furent tellement émerveillés à !*a vue qu'ils en convoitèrent, dès lors, la possession (i). Leur chef suprême s'offrit alors à les en rendre maîtres et il les invita à s'unir à lui pour envahir ces régions bienheureuses qui leur faisaient envie. Tous crurent à. sa promesse et accédèrent à sa demande (2). Il se les associa donc et il s'arma de tous leurs éléments, de la fumée, du feu, des vents, des eaux et des ténèbres (3). Puis il marcha vers son rival. Sur Les confins du Royaume lumineux se produisit un grand tumulte. Dieu le sentit et en fut effrayé (/|). Il comprit qu'un LTand dancer menaçait rortain=; rlo ses «sujets,

(i) De mor. Mon.. 17. Titus de l>ostra expose en termes plus précis que, d'après Mani, les démons se pourchassant muluellement se présentèrent jusqu'aux limites de leur Royaume et, apercevant la Lumière qu'ils ne connaissaient pas encore voidurent s'en rendre maîtres (Adv. Mon., 1, iG et 3'i cire. fin.). Cf. Alexandre de Lycopolis, De Plac. Man., 3 inil., Sévère d'Antioche chez Fr. Cumont, Beeherches..., p. lao-rai; Jean Damaseène. DinL, 1, 26, 28; An Xadim chez Fliigel, Mani, p. 87: Sharastàni. Rerujions[)ur(eien-.., Irad. Haarbriieker, I, 288. etc.

(2) De mor. Man., i4-

(3) C'est ce que suppose la suite du récit donné par Augustin : His quinque démentis malis alia quinque de regno et substantia Dei missa esse censent {De Huer., 46). Cf. An Nadim, chez Fliigel, Mani, p. 87: a Le Diablç prit aussi ses cinq genres, la fumée, la flamme, l'obscurité, le vent chaud, la vapeur épaisse, il s'en cuirassa, en fit un bouclier et marcha contre l'homme ».

(4) Ipsum Deum gentis adversae tumuitu perlerritum... docetis {Cont. Faust., V, 4). « Alors les cinq Demeures (de Dieu) eurent peur », explique Théodore bar-Kliôni, qui a dit plus haut : « En dehors du Père se trouvent ses cinq Demeures, l'Intelligence, la Raison, la Pensée, la Réflexion, le Sentiment » (Fr. Cumont. Recherches..., p. 8. 9. i3). Cf. An Nadim chez Fliigel, Mani, p. 87.

DOGMATIQUE MAMCHÉENNE l03

■^ il ne loue envoyait aussitôt du secours (i). Il fit donc sortir de sa ijropre substance (2), ou, plus précisément, de cette Terre lumineuse à travers laquelle il s'étendait (3), une « Vertu », une (( Ame », destinée à arrêter l'incursion du Diable (Z|). Ainsi naquit le (( Premier Homme » (5).

On d.emande parl'ois comment l'Etre parfait a pu l'engendrer sans s'amoindrir. Il est facile de répondre que tout homme, en parlant, fait sortir quelque chose de soi, sans se trouver vraiment diminué. La génération divine s'opère d'une façon analogue. Elle n'a ri.en de commun avec celle des corps charnels. Elle s'accomplit plutôt par une simple évocation (6).

Ce Verbe divin, que son Père envoyait au devant du Diable, prit d'abord de la lumière, de l'eau, du vent, du feu et de l'air. 11 s'en re>êtit et il s'en fit une sorte d'armure opposée a celle de son rival. Puis, il alla vers lui pour le combattre .et

n) (.oui. FcL. I. If). Cf. Cont. Secund., 20; Enarr. ni Psolm., CXL, 10. Tlîéodore bar-Kliôni donne de nouveaux détails qui pouvaient venir à la suite du même texte : « (Mani) ajoute qu'alors le Père de la Grandeur réfléchit et qu'il dit : Je n'enverrai à la guerre aucune de ces 5 Demeures, qui sont mes mondes, parce qu'elles ont été créées par moi pour la tranquillMi' cl la paix; mais j'irai moi-même et je lutterai contre lui ». (Fr. Cumonl. Rfclierclies..., p. i3-i4). Il est à noter que dans la théologie des Manichéens, comme dans celle des Chrétiens, le Fils est l'image du Père, nn .luIrc lui-même.

(3) Cont. Fausl.. XI, 3: Ille CFausiu- 1 iMiip-;,!! it nes-in ru ni Pri-nimlloniincm ncc de terra terremmi nec factum iii aniniain \i\iiil(m scd d.; substanlia Dci, idipsum cxistentem quod Deus est.

l3j Secundin, Epist., G cfrc. inil., Cf. Conf., VI, 20.

l4l De ver. rel., iG; Ccmf. Fnrlun., 22; Enarr. in Psulin.. CXL, 10. D'après Théodore bar-Khôni,,Mani « dit que le Père de la Grandeur évoqua la Mère de Vie et que la Mère de Vie évoqua l'IIommevPrimitif » CFr. Cumont, Reclicrchcs..., p. i4 »). Turbo dit de mcnie chez Hegcmonius : « Pc Père bon fit alors .sortir de lui une Puissance, la Mère de Vie: colle-ci fit sortir d'elle le Premier Homme (Act. Arch., 7),

(•>) Co(i/. Fausi., XI. 3. Le Premier Homme est un Fou divin, qu'i' faut se garder de confondre avec Adam, le « fils du Diable ».

l6t Secundin, Epist.. 6. Cette même distinction est clairement supposée par nn pas.sage de \'Epître du Fondement, cité plus loin, où Mani se demande si Adam et Eve sont « les produits de la parole ou les premiers nés de la chair )>. Dans l'exposé de Théodore bar-Khôni chacun des Eons divins est produt par une « évocation ». D'après Sharastàni, |. ■; Manichéens disent que « la Lumière engendre incessamuKMit des Anges... non par le moyen d'accouplements, mais de la manière dont la sagesse est engendrée par le sage et la raison par un être raisonnable » (Religionspor teien. trad. Haarbriicker, I, 288).

le faire captif (i). JVe pouvant le vaincre de haute lutte, il eut recours à la ruse. Comme il connaissait sa gloutonnerie, il transforma les éléments dont il s'était couvert en une sorte d'appât qui devait le tromper (2). Une partie de la substance divine fut livrée au démon pour calmer son ardeur et préparer ainsi sa défaite finale (3). Le Messager divin apparut comme un agneau au milieu de loups affamés (4)- Ceux-ci se précipitant sur lui, le dévorèrent et s'approprièrent une partie des éléments qu'il portait avec lui (5). Il en résulta entre la lumière et les ténèbres, entre l'eau, le vent .et le feu du royaume bienheureux et ceux de la terre pestiférée, entre l'air léger de l'un et la fumée de l'autre, ce mélange regrettable que nous constatons partout autour de nous (6). Les portions de l'Ame, subitement plongées dans la matière, perdirent, a^ec l'intelligence, le souvenir de leur premier état. Elles furent comme frappées de

(i) Cont. Fniisf.. II, 3. An ^sadim pn'ciso les donrn'cs d'Aiifïiislin : « L'Homme Primitif se cuira.'sa avec les cinq genres qui sont les rinq Dieux, le Souffle léger, le Vent, la Lumière, l'Eau et le Feu. Le i'^'" dont il se revêtit fut le Souffle, puis il mit la Lumière, puis l'Eau, puis il se couvrit avec le Vent. Puis il prit le Feu comme bouclier et comme Innc." ef il descendit rapidement jusqu'à la frontière dans le voisinage du clumip de bataille (Flligel, Mani, p. 87). Cf. Khoaaslouaiùjl, III, 3o,-38, /oc. r//., p. 284-285.

(2) Cont. Faust.. 11. 4 nul.; V, 4: VI, 8: XI, 3. Cf. Titus de Bosln.. Adv. Man., I, 17: « L'Etre bon envoya une Puissance qui en apparence devait garder ses frontières mais qui en réalité était une amorce destinée à assagir malgré lui le Démon )>. Cf. Sévère d'Antioche chez Fr. Cumont, Recherches.... p. 127-128 (citation de Mani).

(3) De mor. Mnn.. 36; Cont. Faust., XX, 17. Cf. Titus de Bostra, cité dans la note précédente et Théodore bar-Khôni chez Fr. Cum.ont. Recherches..., p. 18. Voir aussi Jean Damascène, Dispnl., P. G., XCVI.

(4) Cette comparaison évangélique est appliquée en propres termes, quoique incidemment, par Fortunat au drame qui a précédé la formation du monde (Cont. Fortun., 22). Chez Hegemonius, (Act. Arch., 26), Mânes parle aussi d'un agneau que le berger offre comme un appât à un lion ravisseur pour prendre celui-ci au piège. La même image se retrouve sous cette dernière forme dans un fragment manichéen découvert à Tourfan (Von Le Coq, Tiirkisclie Maniclta'ica, I, iS).

(5) Cont. Faust., XIII, 18. Cf. .4c/. Arch., 7; An Xadim chez Flûgel, Mani, p. 88; Chavannes^ et Pelliot, Un traité manichéen, dans Journ. Asiat., 1911, p. oi4.

(6) De Haer., 46- La même idée est exprimée en termes presque identiques chez Sharastàni, Religionsparteien, trad. Haarbrûcker, I, 288, et avec plus de détails chez An Xadim (Fliigel, Mani, p. 88).

folie (ij. Mais leur décliéance n'était que provisoire. Elle servait à préparer le triomphe divin (2).

La nourriture que le Diable venait d'absorber agit sur lui comme un poison débilitant (3). Devenu, dès lors, bien plus facile à vaincre, il fut bientôt terrassé et chargé de liens par un autre envoyé du Père de la Lumière, par l'Esprit Puissant, venu heureusement en aide au Premier Homme (A). Ce nouveau Messager ne se contenta pas de rendre la liberté au divin prisonnier. Comme une partie des éléments lumineux restaient mêlés à la Terre des Ténèbres, il voulut les aider à se dégager. II mit de Tordre dans le chaos qu'il trouvait devant lui. C'est ainsi que le monde a commencé. Il a été formé d'un mélange de bien et de mal, et pour favoriser l'un au détriment de l'autre par un Esprit essentiellement bon, vainqueur de la matière (5).

Avec la masse composite qui était à sa (disposition, le Démiurge fit dix cieux et huit terres (6). Et il eut soin d'y assigner

(1 A!lii<ioii* (laiT* !o Conl. Secuiul., jo et le De Fidc cont. M(in., 35 fin.. 3() Inil., Cf. Théodore bar-Khôni chez Fr. Cuniont. Recherches..., p. 18 cl le traité mnnicliécn publié par Clunanno? et Pelliol. .Jniirn. Asint., 191 1, p. 5.3o-53i.

131 (( Ut eamdem (Vonfrariam naturam") <)ia pas^ione «ubiicientes Victoria Deo redderolur, dit Forluiiat au sujet de< àme« ainsi livrées au Diable (Cont. Fnriiin.. -.i-i).

(3) Cont. Faust.. \\\f. t3 fin. Cf. Tli'ndor<' li:'i-Kliôni. ehez Fi'. Cumont, Recherches..., p. i--.

l4l De nior. Mnn., 60; Cont. Faust.. XX, 9. Cet <( Esprit Puissant )> est souvent mentionné par les Orientaux, notamment par Théodore bar- Khôni. Après avoir dit que l'Homme Primitif adressa à sept reprises inie ■prière au Père de la Grandeur. Théodore ajoute en parlant de Dieu: « 11 évoqua une seconde Création. l'Ami des Lumières. l'Ami do^ Lumières évoqua le Grand Ban. le Grand Ban évoqua l'Esprit vivant » (Fr. Cumont, Recherches.-., p. 20). D'après An Nadim. qui connaît une seconde Trinité à peu près identique, <( l'Esprit de vie » s'étant ren'du à la frontière du Royamne lumineux y vit l'Homme Primitif enserré par le Diable, l'appela d'une voix haute et claire. (( rapide comme la foudre », et le fît devenir un autre Dieu (Flugel, Mnni. p. 88). Théodore bar-Khôni rapporte le dialogue, qu'il engagea avec le captif TFr. Cumont. Reclierches..., p. 24-20). Et Turbo ajoute, chez Hegemonius, qu'il lui tendit la main droite pour le délivrer et que les ^hinichéens font la même chose, en se rencontrant, pour se rappeler qu'ils ont été ainsi arrachés aux Ténèbres (Act. Arch.. 7). Cf. Epiphane, Haer., LXVT, !i~ ; Alexandre de Lycopolis, De Phic. Man., 3; Jean Damiascène. Dial., 28 fin.

(5| De Haer.. 46 ; Cont. Faust., XX, 9 ; De fid. Cont. Man., 49, etc. Cf. Act.Arch..-; Photius.Co/iL jUcn.,II, 5. An Xadim chez Flugel, Mant, p. 89, Chavaiuies et Pelliot. Un traité manichéen, dans Journ. Asiat., 1911, f)'4-3i5.

iO| Unde seis oeto esse terras et decem coelos ? demande Augustin à

aux êtres une place plus ou moins élevée, selon la quantité de lumière possédée par chacun (i). Aux confins supérieurs du Cosmos il établit les, deux grands luminaires, dont l'un fut fait du feu le plus pur, lautre de l'eau la plus limpide (2). Puis, il y plaça le Premier Homm/e (3). Celui-ci jeta alors les yeux sur les malheureuses âmes, qui n'avaient pu échapper comme lui à l'étreinte de la Matière. Il Les vit souillées par le Démon et pétries par lui comme une vile boue par un potier. Ce spectacle l'émut tellement que, pendant quelque temps, il se voila la face (4). C'est de ce geste souvent renouvelé que viennent les éclipses (5). Avec les meilleurs éléments qui restaient après la création du soleil et de la lune, l'Esprit Puissant forma les cinq autres planètes, destinées à présider aussi aux jours de la semaine (6). Puis il plaça dans diverses régions de l'air ces « princes de ce monde des Ténèbres » que Paul nous montre établis dans (( les contrées du ciel » (Eph. VT, 12) (7), c'est-à-dire les Démons survivants, qui détenaient encore une portion no-

Fanslo'ConL Ffl»s/. WIT, \()^ .(](. Khonnslnuanift l]\,\-i-'\\ ;Trait,c riianichéeii de Toiicn houanfr, da.ns Jonrn Asiat., 191 1. [>■ 5i^-5i5. Los 8 terres apparaissent enrore chez Hegemonius, qui parle aussi, cerlaincinent à lorl de « il (ou la) cicux » (Cuiiioiit: Uech., p. S-J-^T)). L'cnseinhle du récit manichéen de la création se trouve raconté dans les fragments de manuscrits de Tourfaii (!'". \V . K. Millier, llandschr., p. 37-43 et Von Le Cocj, Tiirk. Man., I, 19-30).

Iil Cont. Faust., ^ F, S. Cf, Alexandre de L\copolis, De Plac. Man.. 19.

12) De Haer., 46. Cf. F. W. k. Mùller. Handschr., p. l^S-l^ç) : « Le soleil fui tiré du feu et de la lumière, la lune, du vent et de l'eau ».

(.'■)! C'est ce que supposent les textes cités dans la note suivante. Le KhounstniKuiift mentionne aussi, à j)lusieurs reprises, le « die\i du soleil et de la lune » (TI, I, ô, i5, aS, etc.).

(4) Cont. Faust.. WIII, 7 ; XXII, la.et De Fide Cont. Man., i3. Cf. Simplicius. In Enclùr., éd. Schweighausen, p. 271-272.

l,j) Augustin fait allusion à cette explication dans les Confessions où il raconte comment il remarqua que la u théorie philosophique » des éclipses démontrée par le calcul et vérifiée par l'expérience (V, 4), ne concordait pas avec celle de Mani, ( ,^ , (i fin., g fin.)

16) De ces deux thèses la première est essentiellement liée à la seconde et celle-ci est alTirmée en propres termes par Augustin {Cont. Faust., XVIII, .5). Cf. Préface arabe du Concile de Nicée, dans Mansi, Collcct. Conc, t. IlL c. lo58 ; V . ^^ . Iv. Millier, Handschr., p. 87 et Sitzumjsber. de l'Académie des sciences de Berlin, phil. histor. Kl., 1907. p. 463-464; Chavannes et Pelliot, Journ. Asiat., igiS, p. i54-i77.

(7) Cont. Fortun., 21 ; De afjon. rlirist.. 4 ./'"• Cf. Secundin, Epist.. i fn. : Jean Damasccne, Dial., 61.

DOGMATIQUE IVIANICHÉENNE 107

lable de la substance divine (i). 11 constitua ainsi les étoiles, où la lumière brille avec un éclat souvent remarquable, mais fort inférieur à celui des grands astres, à cause des ténèbres qui la voilent (2). Enfin il dispersa sur cette terre et dans ses profondeurs les restes d^ Puissances mauvaises qui avaient été extermine.es au cours du combat précédent. Ce sont leurs osse- /ments qui constituent les pierres, et c'est de leur fiel que se forme le vin (3).

Divers collaborateurs vinrent compléter l'œuvre du Démiurge. Pour s'assurer un triomphe durable. Dieu s'était promis d'établir jusque sur les domaines du Diable de nouveaux Eons qui désormais les régiraient (4). Un de ces agents du Père de la Lumière prit les éléments qui venaient d'ct:e mélangés et il les tint suspendus au-dessus de l'abîme, tout en pleurant sur le sort des pau\res âmes qui s'y trouvaient captives (5). Un autre

(I) Aflversis ])otest;!til)ns qiiao in siiiijfiilis coclorum tra(iit)ns ordijinlac snii [De nnl. bon . . [\l\) . y o\t aussi les textes cités pins haut. p. lofi, not. -, 'riiérninrR bar-Klinni complète ces rapides données : (( Alors 1 Esprit de vie ordonna à ses 3 Fils (]Me lun luMt. cpie lautre écorcliàl les Arciiontes. l'ils des Ti'nèljres et qu'ils les amenassent à la Mère île vie. La Mère de \ie lendil le ciel (ie leurs peaux » (Cumont. Recli.. p. 25. Cf. Epiphane. Ilacr.. L\A F. 'j8 ni//.. Shil.nrid fjouinaii'Kj vidsliar, \^ I. lo.

(3) Ainsi s'explique im texte dAuLin^lin d"a|irès ie(pii'i les Maniiliéens adorent le soleil et la liuie mais non les. étoiles iCont. Fctusl., \A 111, 5). Cf. Alevandre de ljYco[)olis. De PJac. Mari.. 7 ; Epiphane Hacr.. LXA T. '|S ; Simpluius. /() Encliir.. éd. Scliw eliihnu-ieti. p. 9.~2.

(3) Cont. Faust.. W . \ rirr. mcti. : De llner.. 4^ rirr. nwd. Nou^ retrinnuiis le r"" di'tail eiiez Eplirem. kessler, Ma^u'. j). 2~i) et Mitchell, S. Ephruiiiis Prose, t. I. ji. \\\lii-\\\I\ ainsi (pie chez .Tean Daniascène, Conl.Man.. 29. le 2'' (à propos des Sé\ criens ) chez Ejii[)hane, llaer.. \LV.i, et l'ensemble de cette conception cosmojronique dans le Shihrind (jonmanui vidshar., lor cit.. i()-i3. i6-i(). CA'. Fonnide (jrenjiie d'nhjindlhiu. V. (!.. \. \!\(\\ el Epi|diane. Ihier.. lAA I.

(!\) Cont. Fuiisl., \ ■> : \\. -. (lï. Sccnnihn. F[iisl.. Ci. cirr. inil.. \ui.insliii ne (lit pas comment sont nés les lv)ns dont il [larle ici. Mais ses indications se trouvent comjilétées par 'J'héodore bar-Khc'ini. (rapr("'s (pii l'Espirit >i\anl. terme de la 2" triade, se donna 5 auxiliaires. conun(^ l'iionnne Primitil'. terme île la I'' triade. s*(''tait adjoint les 5 éléments destinés à lui >-ervir d'ariinire : " Il lit sortir de son Intellifrenci^ l'Ornement de splendeur, de sa liaison le (irand 15oi d'honneur, de sa l'ensée Adamas Lumière, de sa iléllexion le i\oi de i.doire. et (lésa Aoionté le TNirteur » ((lunnMit Rerli., |i. •a).

(.")) Cont. Faust., \\. ît ; \\. 9. 10. (]{'. An Nadim : i. 1! charirea nu \nge de porter les cieux » (Elnpcl. Mani. p. 89) et Théodore l)ar-klu)ni : u C'est l'Ornement de splendeiir (pii retient les 5 dieux res])|endissants par leurs reins » ((Cumont. Rerh., p. 26). La mention des [ileurs de cet Eon a sans doute [tour l)ul d"expli(picr la rusée.

passa au-dessous de cette lourde masse pour la soutenir et alléger ainsi la tâche jde son compagnon (i). Un troisième prit place dans les profondeurs de la terre et s'occupa à tourner les roues des feux, des vents et des eaux (2). Un quatrième fut chargé de voyager sans cesse dans les cieux et, de lancer en tout sens 'ses rayons pour délivrer les membres divins encore enchaînés ici-bas (3). Un texte déjà cité de Manichée énumère ces lieutenants du Démiurge d "après la place occupée par chacun (4). Il nous montre le Splenditenens, portant six visages avec six bouch?s et faisant briller sa lumière au-dessus du monde, dont il letient la partie supérieure (5) ; puis le Roi d'honneur, environné des aimées angéliques et établi comme elles au milieu du ciei (G) ; Adamas, le héros belliqueux, qui s'avance, un glaive dans un/^ main et un bouclier dans l'autre, pour continuer sur cette terre la lutte entreprise jadis par le Premier Homme (7) ; le Monarque gloiieux, installé dans sa demeure souterraine,

(i) Coiil. Fdiisl., \\. .") ; \\. f). 10. (;r. \n N,i(!iin : i. Il en rli,\ri:<M lui antre ilr Iciiir les Irrres en liiir h ( i'lrii;el. Maiil. p. 8()). Tlir-odorc li,ir-l\l:i'iiii : « C'est le Porteur. (|ui. ai^ciioiiillé >iir un de ses aeiioiix soutient les terres » (Cumont. Rcrh.. |i. 'ît). et Turljo chez llei-'enioniiis : (((]'est Omoplioro. f|ui. de dessous, porte la terre sur ses ('[laiiles ; (pi;uid 11 e^l i'alii;u('' il tri'nd)'e ; i-'esl la cause des Ireniiileiuents de tnrre ; car il > a des Ireinhlemenls de terre toutes les l'ois qu'il cliatipc d'('>paule n (Art. Arrli,. -). \oir aussi Epipliane. Hner.,

LXVÏ. /'lo-

(■?) Conl. f-'aiial ., \\. lo. (if. 'J'IuMidorc har-Klii'inl cIkv (jniiont. Keili., p. ,'^ [-,'53 ; F. AN. K. MiilliT. Ilniulsi-lir.. p. |-. 19. 01), '\>. ; (^iiaxanues et Peliiol. Joiirii. Asiat.. 191 1. p- .")[.")-. ')ir).

f.'i) Conl. Fausl., \\. 10. (]el Ivm jiaraît l'tre le même ipie le <i lioi dlionncur. enlour('' darmi'es aniii'licpies » (Conl. Ftitisl., \\. .")), qui \a l'Ire bientôt décrit, ainsi que l'a conjcelur('' Roussel { llauptftrobl. (1er Gnosi.-i, p. !i8t)), tpiolfpie (luniont l'idenlilie plnl(")t a\ec lo n Troisième \1essaL;er >> ijnnt il sera fpu^stion un peu plu< loin [Ficrh.. p. 'i.'î. not. '1 ).

('1) Conl. Fdli.'il., \\. 6. (]!'. sil[)ra, p. q-. I,es cinq êtres dixins (pu sont décrits ici se relrouvcnt dan~ iui ordre iilrnliipie cliez 'l'iiéodore l)ar-Kiic'>ni (sapra. p. 107. mil. '1) et. avec uneléj;ère xariante <l:ins le traité maniclii'en de Touen linnani: {.Idiini. Asial.. 191 i. p. ."i'iq-rj.'io).

(ô) Selon une ron:arcpie <le lîaur (np. cil., y. 79-80). lelnom du Sjilenditenens rappelle celui du Plianes orpliicpie. (|ui a aussi pliisi(>urs tètes.

(6) (jT. Tliéodore har-Kliôni : k Lorsque les cieuv et les terres eurent été faits, le (îrand Roi d'Iioiuienr s'assit au milieu du ciel et monta la tçardc [)our les parder tous " (('umont. Rfrli., p. ■<()).

(7) Ce nouvel l']on. (pii n'a\ait point encore ét('' nommé, constitue comme lin (loiil)let de l'Homme l'rimitil. Il se retrouve cliez l'iiéodore Ijar-Kliôni. dont les indications, ici encore. j)r('(!senl celles d'Augustin. Après !a scène de la

doù il niel en niomement les trois roues du feu, de l'eau et du vent (i) ; enfin, le grand Atlas, agenouillé au-dessous de cette lourde masse qu'il porte sur ses épaules et. qu'il soutient avec ses bras (2). D'après d'autres passages, l'Esprit lui-nième liabite dans les airs afin d'y exercer son action vivifiante (3). Ces divers êtres travaillent de concert à réparer le mal causé par les Démons. Leurs fonctions sont innombrables (Zf). Mais toutes tendent à libérer les parcelles lumineuses qui restent encore au pouvoir des Ténèbres (5).

Le soleil et la lune jouent, à cet égard, un rôle fort important. Ils sont comme deux vaisseaux qui sillonnent incessamment le ciel. C'est vers eux que se rendent les âmes qui ont eu le bonheur d'échapper aux liens de la matière (6). En sortant de ce corps, elles se mêlent d'abord à l'air très pur (7).

si'diuiinn des Vrilniiitcs. (jiii \arlr(' ili'iTih'. une parlic dr hi siihstarici' mauvaise^ (les (hrnons oncliaînés dans les ciouK. ('tanl tniidii'c ici-lias. sur la partie Inimidc. se changea l'n une l)èlo liorrihle. scmhlahie au roi des J'iiirlires. « Adamas Lumière fut invox'' contre elle, lui li\ra bataille cl la \aiu(|uit. Il la renversa sur le dos. la frappa au cœur de sa lance, poussa son bouclier sur sa bouche, plaça un de ses jiieds sur ses cuisses et Fautre sur sa poitrine d (Cuinont. Rerli., p. Sg-^o). D'après Birouni (Indin, trad. Sacliau. II. loô). Mani e\pli(jue. comme b's Hindous, cpu' c'est la respiration de ^■L• monstre marin ipii produit le llu\ l'I le ri'Iluv.

(i) Ce |iassaj;e s accorde nueu\ avec ceux de Théndore bar-Klièini et des manuscrits de Tourf'an cités plus haut (p. u)8. not. 3) cpie celui d' Vuj.;ustin, rappiirti' à la paij:e pri'iè'dente. (pii menlioiuiait les roues des l'euv. îles veiil^ et ■des eaux ».

{2) ^oirCumont. Uerh., p. 69-75. appendice II, f/Oinoiihurr .

(?,) Cont.FausL, W. ■>..

{'{) Ilaec cl alia mille |)orlenta... IIaec<'l iiimunerabilia (piae slnnliler deliratis... \Iia innumerabllia pariler inepta creditis el cnlitis... (biis niimerel •omnia deorum \ estrorum ollicia l'abuli isa .' (Co;i/. Fk'/s^. \\.(), (|. 10).

(ô) Cette idée, ipii n'est nulle part exprimc'e dune laeoM expresse dans les écrits Atiirustiiiiens. luais rpii résulte clairement de tous les d(''lails rele\és jus- (lu'ici. se trouve (''noncée en termes formids chez Hegeniimui^ 1 \(7. Arclwl., 8) chez \lexanilre de Lxcopolis (!? /iii), et surtout dans le Iraili'' manicbi'eri de Chavannes et Pelllot (Jou/vi. /IsiV/^, 191 i, p. Ji3).

(6) De llaer.. 46, et De nol. bon.. 11 (texte du Trc'.s-or de Mani). (M. Kplirem chez Kessler. Mani, p. aSô-agi ; Alexandre de Lvcopolis. De l'hic Mun.. \. fi ; Epijihane. Ilacr.. IA\ I. 9. 33. 3i, 56; Formule trreccpu' d'abjuration (P. G. I. i'|65); V . \\ . K. MViller. Hnncisritr.. p. 5'> : Cliavamies et l'elliot. Journ. .l.</r(/.. 1911. |). 5.')i. 7}X^.

(7) Laxata evadit et suo purissimo aeri miscetur. ubl penitiis ablutae animae ascendunt ad lucidas naves quae sibi ad vectatimiem at(juc ad snae jialriae transl'retationem sunt praeparatae. dit Mani dans le Trésor (/)t? nal.

HO l'évolution intellectuelle de saint AUGUSTIN

Elles \ sont recueillies par les Ang.es de la Lumière, qui les débarrassent de leurs dernières souillures (r). Ainsi purifiées, elles passent dans la barque lunaire. Celle-ci s'en emplit progressivement et augmente de volume et d'éclat pendant quatorze jours. Puis, elle va déverser sa précieuse charge dans le soleil et elle revient peu à peu à sa forme première pendant un nouveau laps de temps d'une égale longueur (2). Le grand Luminaire s'avance à sa rencontre ; ensuite il se dirige vers les régions habitées par le Père, oii il dépos.e sa cargaison. Chaque matin, il sort par la fenêtre triangulaire qui lui a été affectée et il s'élance dans l'océan du ciel (3). Il paraît à l'Orient, traverse le méridien et disparaît le soir à rOccid.ent, pour s'en aller, la nuit, vers les contrées bienheureuses du Nord et revenir de là

bon., W). Il ne parlo là flircctoinent cjnc de la siibslarKc ilivme arracli(''i' an\ Démons célestes. Mais la voie suivie par les bons éléments doit être uiiilorme. De fait \n Nadim (Fliigel. Mani. p. 90 et loo) et SharastAni (trad. Haarbnicker. T. 289) disent éf^faleinont que les âmes qui se sont allrancliics ici-bas do la matière montent vers la barque lunaire parla « Colonne de Louange » ou « Colonne de 1" Aurore " . Or celle-ci. que Turbo, iliez Hegemoniiis. a]i|ieile la (( Colonne de la Lumière », est identifiée jiar lui avec « l'air |iarlail i^ ( \rf. Arcli.., 8, dans le texte, grec). C'est vraisemblablement la Voie lactée. ;i la(|in'lle d'autres légendes attribuent un rôle analogue

(i) Purgandum (Lumen) suscipiatur ab \ngelis Lucis jxirgalunupie illis navibus imponatur ad régna propria reportandum (De Haer , '|fl). Les textes manichéens de l'Asie centrale mentionnent de même et [)lus ])rér.isénient « à anges collecteurs d'âmes » (F. ^^ . K. Mnllir. Handschr., \>. .'^S-.'h) ,i'f Khouaslmmnifl, W, 22^). An \adiin ajoute (pie, d'après Mani. ^' si la mort approche d'un \éridi(jue. l'Honnue Primitif envoie un Dieu de la Lumière sous ta l'oniie d'un sage conducteur et avec lui trois dieux.. . axce lesquels nkiiI la Vierge seiublaljjr à l'Ame de ce ^ éridicpie »• Ces cinq diviiiit('s portent avec elles et lui remettent une auréole, une couronne, un turban, un babil, un \asi! d'eau et montent avec elle sur la a Colonne de Louange » vers la sphère de la Lune (Fliigel, Mnni, p 100). Il faut apparemment identifier la i ''' avec Mercure, le « conducteur dos âmes », les 3 suivantes avec Mars, Jupiter et Saturne, la dernière avec Vénus. C'est ce que montre un texte de Sbarastàni, disant que, d'après les Manichéens « le soleil, la lune et les autres astr(^s nul été' laits uniquement pour [iiirifier les jiarties lumineuses des jiarlies ténél)reuses n [Reli- (jionsparieieii trad. llaarbnicker I, 28/1) et un passage analogue d(> la formule grecque d'abjuration anathématisant ■< ceux: qui invoquent le sfili'il. la lune et les autres astres » (P. G. L i465), car ce dernier mol ne peut désigner les étoiles identifiées par les Manichéens avec les démons aériens (supra, p. 107). Cf. Préface arabe du Concile de Nicée, chez Man,-,i, Coll. Conc. 111, lOÔS.

(2) A.ugustin, Epist. LV, 6 Cf. Ephrcm chez Ivessler. Muni, p. 383-28 9 Alexandre de, Lvcopolis, De Plac. Man , '\ bât., Simplicius. In Encliir.. ed Schweighausen, p. 272 ; Sbarastàni (trad. Haarbriickcr 1. 289).

d) Cont. Faust. X\. 6.

à son point de dépari (i). La succession régulière des jours et des nuits ,et celle des pliases lunaires dont se forme le mois s'expliquent donc fort bien. Celle d.es saisons dont l'année se compose a la même origine. Elle vient des voyages plus ou moins longs que le soleil et la lune exécutent sans cesse dans les diverses régions du ciel pour dégager partout la substancB divine de la Matière (2). .

Un nouvel Eon, adjoint au Premier Homme et à l'Esprit Puissant et appelé pour ce motif le Troisième Messager, a été attaché aux deux grands Luminaires afin d'y vaquer à ce grand œuvre (3). Et il y réside sous une double forme (4). A son leur, il s'y est donné des collaborateurs nombreux (5). Ceux-ci

(1) De Haer.. \(\ \ siipi'a, p. çiq. iiot. '^.

(2) Angnstiii V r.-ill illusion clans plusieurs passafrcs ilvs < !(iii frssinns (^ , .■), 6, C\), où il <i|)|'ns(' aux llu^ôrics astroiiDUiiiiucs des a |iliili)sc)|ilii'> » les (loclrinos qu'a c\j)os(k's Maiii sur « les alternances ilii jour et de la niiil «, ains.i (|ue sur celles « (le la croissance et de la décroissance îles jours el des iiuiN ^ . einfaulres termes « sur les solstices et les écpiinoxcs ».

('3") De fid. crmt. Mnn.. 17. Cï. ihid., \h util et De nat. bon . '\'\ Inil.. (citation du Trt'sor (le Mani). Le « Troisième Messatrer Dcst atissi uienlionm'' chez He^rcmonius (Acl. Anii.. i\). chez Ejiiphane (Haer .IA\ I, 3i ) et dans la formule grecque d'ahjuration (P. (i,. t. i^fii). Seulement dans ces derni>rs textes son nom primitif de pres6eH/<V>; a étc'- malenconlreusemeiit traiislormé en celui lie presbutès. Chez Théodore har-khôni. son origine se trouve ainsi décrite: « Alors la Mère de vie. l'Honime Primitif et FEsprit vivant se mirent à prier et à implorer le Vrrc <]<• laCirandeur. ],e Père de la (Irandeurles entcmlit el produisit comme 3'^ création le Messager » (Cumont, /?<t/i . ji. 3.iK

(V) D'après les Acia Archelni (lor. rit.) ou plutôt d'après l'original grec conservé par Epiphane {Haer.. lAM. 3i). « le Troisième Mes-ager réside dans le (( grand na\ire » et une Puissance féminine » la \ ieri;e de la Lumière », joue un n'ile analogue dans le « petit navire ». Cette « A ierg(; de la Lumière » est anathématisée dans la formule grecque d'ahjuration (1'. (1. [. l'itîi ). l*ar contre elle est ci''l('l)r(''e comme la « tète de toutes les Maunificences » et souvent in\oquée dans les textes manichéens de 1" \sie centrale (F. AN. I\ . Midler. llnndschr., p. "î.T, (17, 7.0, 77, lO'j). Elle n'est |ias express('m<'nt nommi'e par Augustin. Mais elle a|iparail vaguement, comme un douhlet du << Troisième Messager >> dans letexte<le Mani, 'cite'' par lui el par E\ode i/Jc nul. hou., '\\. et Fh' fui. ronl. M(in., 161.

(,")) De val. bon., \\ ; De fid. ronl. Mnn. t 't . D'autres textes en comptent douze, dont ils donnent les noms ('\ . Tlu'odore har-Kliémi chez Cumont. Rerh., p. 35: F. \A . K. Mrdier. Ildiidsclu'. p. l'i : i'ralli' inaniciii'cn. de Touen liouang dans Journ. .\siat.. i()ii. p. ."jtiS-,')!)!) ). Selon une ri>mar(pie de Cumont, « Le nombre de douze semhle inspiré par celui des signes du zodiacpie que parcourt le soleil » ; il sert à explic[uer les i > mois (Rerii. p. 36). J'ajovitc ([ue les 12 \ ertus mentionnées ici simt sans doute calcpiées su les I ,'j « membres divins .. signalés plus haut (p. 97 1. Le dualisme du

112 l'évolution LNTELLECTUELLE de saint AUGUSTIN

possèdent les deux sexes (i). Sur son ordre, ils apparaissent, dépourvus de tout voile, tantôt sous l'aspect de beaux jeunes gens, lantôt sous celui de jeunes filles séduisantes, aux démons femelles ou mâles qui leur font face dans les régions célestes. Devant cette apparition soudaine, les Puissances mauvaises, toujours animées par la plus vile concupiscence, cèdent aux transports de lamour. La substance divine qui se trouvait enfermée dans leur organisme vicieux s'en échappe aussitôt (2). Celle qui s'est à peu près complètement dégagée de ses liens matériels passe dans les régions supérieures de l'air, où elle achève de s'en affranchir, pour se rendre bientôt sur les navires lumineux et regagner sa première demeure. Celle qui reste encore chargée d'éléments impurs descend en petites gouttes sur la terre et va s.e mêler aux végétaux qu'elle colore diversement (3). Elle vient tantôt avec la chaleur, tantôt avec le fioid, tî elle est délixrée dans un cas par le grand luminaire, dans l'autre par le petit. En effet, les Vertus du soleil se montrent plutôt aux Démons ignés, celles de la lune se tournent de préférence \ers les autres (/\). C'est leur apparition subite

(c Troisirmc Messager » i|iii lial)itr iIhii> Iv >< granil iiaviri- luiiilinii \ » et dans le « navire «les eaux xitalcs », rappelle aussi celui du Père rie la Lumière en. qui résident <( la Saijessc et les Sens vitaux » (supra. ]>. 97, not. a), car 1c soleil est la flemeure de la Sajrcsse et la lune relie de l'éncrfrie vitale V.u fait le <( Troisièuie Messager » est appelé par Mani le <■ Hienlieureux Père » tDenal. bon W : Dr Jiil. crml. Mari. i\). M se rattadie donc à Dieu, crmuiie l'Ksprit- Puissarit à 1' \ luinsplière flivine ('.«((pro^ p. TOf). not. .H) et le Premier Homme à la Terre di\ine isiiiini. p. io,H. not. 3).

(i) De mit bon.. \\ ; De Jhic ranl. Mnn., \'\. (les (li\ iiiités androgvnes se retrouvent dans la tradition |)ersane (Cumout. Reeh.. p Gi-fi'iii't clie/ les sectes giiosticpies ( l-]pipli;uie. Uiier.. \\l. ■?. vers, jin ; \\\ . ■>. \ \\\\ i j.

(••!) De mil. bon.. '\'\ ; De fuie cont. Mon., i5 : « Quid aliud sonat ni-i ut etiam per genitalia daenionum vias evailendi iu\ enial divina Maiestas? ». demandi Evoile Augustin atlmet la même interprétation sans l'exposer d'une façon aussc crue [De Haer \()}. ^l0us la trouvons aflirmée en termes formels dans le Shilcand qonmanhj vhhhar (Saleman. arl. cil.) et chez Théodore bar-Ivliùni (Cumout. Reeh., .'îS, ,")7 ,.

(.')) De nul. hou., 44; De fid. cont. Man., i6. Pour les Manichéens, les couh'urs résulleni donc des divers mél.Tnges tle la Lumière et des Ténèbres qui se sont opérés dans rorgaiiisme des démons.

('\) De nul. bon., 44; De fid. cont. Mnn.. iG. Cf. An Nadim : a Le soleil dégage la Lumière qui était mêlée avec les Diables ardents, et la lune la Lumière qui était mêlée avec les Diables froids » (Flugel, Muni, f). 89-90). Voir aussi Sharastàni (trad. Haarbriuker, I, 289).

DOGMATIQUE MViNICIlÉENNE 113

qui produit les éclairs (i). Le tonnerre n'est qu'une brusque •explosion de la fureur qu'éprouvent les Princes des ténèbres en Aoyant ces formes lumineuses leur échapper au moment précis où ils croyaient les saisir (2). Enfin, la pluie s'explique par l'écoulement de la substance divine ainsi arrachée à ses perfides ravisseurs (3).

Les plantes et les arbres rappellent ici-bas ce drame grandiose. La terre ne les produit que fécondée par la semence impure des Démons célestes. La végétation est Loeuvre du mau- Aais principe (A). Elle contient pourtant un grand nombre de bons éléments qui y travaillent à leur libération. Sousi l'action vivifiante de l'Esprit Puissant établi dans les airs, la substance di\ine i-épandue à travers le sol s'engage dans les racines et dans le tronc, puis elle atteint les branches et elle va s'accumuler dans les fleurs et dans les fruits, en quantité d'autant plus grande que ces fleurs ont une couleur plus belle et ces fruits une pulpe plus savoureuse (5). Aussi les Manichéens admettent-ils que le Fils de Dieu, né de la t.erre vierge, grâce à

Ci) Dr mit. Jion.. 44: De fid. conl. Mon.. i5. Celte idée n'est point nfliiinre d'une f;i(;nn Cxpresiie. Miiis elle semble se dégager nalurellement des lext.'S cilés. qui insisleni sur la sondainclé de l'apparition des Vertus ajidrogynes.

(2) Liiniiiii-^ rxaetores... tonitrna eommovere fahulamini. dit Augustin à Fauste iConl. Fausl.. X\I. n fin.), t-lphrem fait dire également aux Matiicii:'(ii< (\\ir !<■ tniinetre est la voix des Arcliontes qui ont vu la ^ i( rge (Kessiei'. Mriiii. p. 3oo). La même idée est attribuée aux Priscil lianisjes. à t(ui on a bi'aueoup icproebé leurs aeeointanccs manieliéennes (Orosc, Coininoiiil.. ■:>.).

(3) Crjlf idi'c i'-;| tialui'cllciinrd suggérée par le texte qu'on \ifrit de liic. Rlle se trouve expressément affirmée dans le Sliiknml (joumanig riilsliar \\\l. i4 et 28). à propos de la « semenee des Archontes, et dans les Achi Archi'Jiii au ^ujel di' leur <( sueui' ». (Cf. Titus de Bostra, I, i4 ; 11. .■>:>. et l-Miphaiie. Ihn'i.. LWl. 9.1 fin.. Sa). Cyrille de Jéiusalem déclare qu'il l'a lue dans (( les livies manichéens » et que sans cela il n'aurait pu eidiii à une pareille aberration (CV//.. \'l, 34). Cf. Photius, Cont. Miin.. I. li el Pierre de Sicile. UIsf. Mon.. iS fin.

1 'i ) I Mauiehaeus) el giaua el lierbas el omues radiées ac frulices genlem leriehraium dicil creare non Deum, tlit Augustin (Cont. Fau.sL, XMV. ■.>). Le Siiikdiiil (joinnaniij richhnr (XVI. 35) fait aussi provenir de la semence des dé-mons célestes tombée sur la terre (( les végétaux, les aibies et les céréa! 'S ». D'après Théo !o:e bar Khôni, « le péclié qui était loiubé m1<-. \rcliontes) sur' la partie sèche de la terre (cf. supra, p. io8, noi. 7 ^e iiii! a g( iiuer sous la forme de cinq arbres (Cumont. Rcc/i., p. 4o). Cf. \(i. Arch.. - : « La Matière forma les plantes ».

U)) Dr inor. M(in.. 36.

i 'intervention de lEsprit Saint, est toujours attaché au bois da son supplice (i). Ils regardent le monde comme la « Croix de la Lumière » (2).

Les animaux ont la même origine que les végétaux. Les plus petits, par exemple les poux, les puces et les punaises naissent spontanément de la matière (3). Mais les autres viennent des Puissances ténébreuses enchaînées dans les airs. Lorsque les sphères célestes se mirent à tourner, les compagnes des Démens, qui y avaient été attachées, se trouvaient enceintes. Incommodées par cette rotation vertigineuse, elles accouchèrent avant terme. Ainsi surgirent de nombreux Avortons. Ces derniers avaient été conçus avant le mélange du Bien et du Mal. Ils étaient donc absolument mauvais. Tombés ici-bas, ils s'y dé>eloppèrent, s'y accouplèrent et engendrèrent à leur tour (4). De là sont venues toutes les espèces animales qui nous entourent. Elles se divisent en cinq catégories qui correspondent à celles du Royaume téné breux transportées dans les cieux (5). Dès l'origine, elles se sont nourries de divers végétaux et elles s'en sont assimilé en partie la substance divine. Elles renferment donc de très bons éléinon!< «TiV Elles n'en restent pns moins mauvaises par ""■^^ure.

(1) ('.nul. FiiusL, \\, 2; Seciiiiil.. E[)isl.. '^ : \iif>. Eiuirr. in P.sii'.or , C\I, 19.. Cf. Alexandre de Lycopolis, 2^, et snriout Tliéodore bar Kliôni. (( .lé^iis ntonlrM à Adam... <a propre personne t-xposée à lonf, aux dents de la panllière et aux dénis de l'éléplianl, dévni-ée par les Aoraces, i<ng!ontie par les cloutons, mangée par les eliiens » (Cumont, lîech., p. 48).

(2) Eniirv. in Ps-ilni., CXL. 12. l'ne « Croix de la Lumière » apparaît dans les Adi's gnnstiques tle Je.nn, qui ont été très lus par les Manieliéens (Voir Lipsiiis-iSonnet. Act. Apost. apocr., Leipzi"-, 1898, t. II vol. I, p. i()9-2o;>, n. 97-10,'?).

(3) Mas esse sordes nostrorum corporum dieilis (De nior. Mon., ()?>) Cf. Cont. Fansl.. VF, 8; supra, p. 100, not. 5.

Cl) Dr mnr. Mnn.. (u ; Cnnl. FitnsL, VI, 8; XXI, 12. D'après Théodore bar Miôni, <( Manès dit que l(>s Filles des Ténèbres étaient grosses antéiic urement de leur propre natvue. Par suite de la beauté des formes du Messager qu'elles avaient vues, elles avortèrent. Leurs fœtus tombèrent sur la terre et mangèrent les bourgeons des arbres » fCumont, Bccli., p. 4o-4i).

(ij) C'est ce que suppose l'argunientation du De tnoribus ManichocoruD). où Augustin identifie les habitants du Royaume des Ténèbres avec eiiix (le notre monde. La même remarque est faite au sujet des végétaux par Théodore bar Kliôni (supra, p. ii,3, not. \). %

(Cl) De mor. Mon., 18. Cf. Théodoie bar Kbôni (.'iuprn, not. 4) et Ilegemonius (AcI. .ircli., 7: « Les plantes avaient été dérobées par

tlU(;M\TIQUE MANICHÉENNE 115

AiiSï^i leurs proiniors auteurs se reconnaissent toujours ,cn elles et leur témoignenl une tendresse inaltérable. Chacun d'eux veille avec un soin jaloux sur celle à laquelle il a donné le jour et il poursuit a\cc une implacable rigueur les gens qui la maltraitent ou qui lui t'ont la chasse (i).

Comme les animaux, l'homme \ient des Avortons de la gent ténébreuse h.). Plus précisément, il a été engendré par les premiers d'.eniro eux, pai- les Princes de la fumée ou des bipèdes, Saclas (3) et sa compagne (4). Cette partie de la doctrine dualiste mérite une attention spéciale. C'est pour l'établir d'une façon péremptoirc et pour en faire ressortir les grav.es conséquences que VEpUre du Fondement a été rédigée (5).

D'après l'enseignement de INIanichée, les rejetons d,es Démons aériens imitèrent bientôt l'exemple de leurs parents. Dev.enus

certains Aiclioiilcis », Ce dernier texte, qui. pris isolément, est inintelligible, s'explique très tiien du moment où on le rapproclie des précédenis. (i) De nior. ^aii-, 60. Un certain nomlire de textes astrologiques font également dépendre les espèces animales des vertus sidérales (V. Cumont. Berh.. p. 30, not. 2).

(3) Adam dicilis sic a parentibus suis genitum, abortivis illis Principibus Teneltrarum (De mor. Man.. 70). La même idée est clairement supposée dans l'exposé manichéen de Théodore bar Khôni (Cumont, Rech., p. ^2).

(3) De Huer., ^6. La même idée est atlribuée aux Manichéens par VAmbrosiaster, qui, à ce propos, d'après les meilleurs manuscrits, parle aussi de Saclas (Qiiaesl. Vet. et \ov. Testmn.. III, i, éd. Souter, p. 21); par la formule grecque d'al)JHialion qui le qualifie de « prince de la débauche », nom sous lequel il apparaît déjà cliez certains Gnosfiques (Epiphane, Haer., XXVI, 10); par Théodore bar-Khôni qui l'appelle « Ashaqloun. fils du Roi des Ténèbres » (Cumont, Recli.. p. 42-43). de nièuK- qu'Ai Gàliiz (Kessler, Mani, p. 3G8).

(4) De uni. bon., 46. La compagne de Saclas reparaît, en di\ers autres textes. La foimule grecque d'abjuration t'appelle Nebrod (P. G., I, i464); Théodore i)ar Khôni Namraël (Cumont, Rech., p. 42) et Miclu>l le Syrien Xabroël ou Nebroël (Potrol. orient., I, 200). Elle se retrouve sous ce dernier nom chez Priscillien (Tract., I. p. 17 et 21, éd. Scheps) et sous celui de Nebroë chez Hippolyte à propos des Pérates (Philos., y, 2, i4, éd. Cruiec).

(5) Cont. Episl. Man., i4.

116 l'ÉVOLLTIO."N LNTELLECTUELLE de saint AUGUSTIN

grands, ils complotèrent, à leur tour, contre le plan divin (i). Leur chef les réunit un jour, et, leur montrant le soleil qui venait de paraître, il leur fit admirer la radieuse figure du Premier Homme qui s'y montrait .et qui dominait sur les Puissances rivales. Puis il les engagea à mettre en commun la lumière restée en leur pouvoir, pour former une image terrestre de ce glorieux Monarque (2). Après une longue délibération, tous se rangèrent à son avis. Ils comprirent que nul d'entre eux ne pourrait garder indéfiniment la substance divine dont ils disposaient. Ils prirent donc le parti de l'offrir à leur souverain qui saurait mieux la fixer parmi eux (3). Chacun s'accoupla donc av.ec sa compagne et versa en elle une semence qui la rendit féconde (/j). Les produits de cette union furent semblables à leurs auteurs (5). Ils étaient les premiers nés des Avortons déchus. Ceux-ci leur communiquèrent donc la majeure partie de la substance composite dont ils étaient formés (fi). Puis ils les

(\) De itmr. M-in.. i.S. Ln conjuration à laqnellc \ni)n?lin fail ici vaijfucnifnt allusion s'explique et se précise p.ir un le\|c de VEpîlre du. Foixli'nu'nt qu'il cite ailleurs (De nat. bon., /[(]). On remarquera le parallélisme qui existe entre cette nouvelle phase de la lulte du Bien et du Mal et ceii; qui a été décrite précédemment (p. 102).

('>.) Dr nnt. hou., /lO. Il s'agit évidemmciit ici. non des liahilaîils du Hnyamne des Ténèijres, qui apercevraient le Preniii'r Homme ou riispril Puissant, comme l'ont pensé certains auteurs, mais des Avortons tombés sur la terre après la création du monde. D'après l'exposé manichéen de Théodore bar Khôni. adopté sans réserve par Fr. Cumonl \Rech., p. fi2-!io), la forme aperçue par (( A.sluiqloun » et ses compagnons serait celle du Troisième Messager. L'auteur syriaque doit ici se méprendre, comme il l'a fait d'ailleurs sur d'autres points (v. supra, p. ni. not. 4). L'homme terrestre n'a pu être conçu qu'à l'image de rilommc céleste, du Premier Homme, établi dans le soleil avec le Troisi.'^nie Messager isupra, p. io6, not. 4)- De fait c'est ce qu'affirment en propres ti'rmcs les Acta Archelai (c. 10) et Epiphane (Hner., LXVI, 3o, 49. 5C.). Cf. Alex, de Lycop., 4, aS et Titus de Bostra, III, 5.

(01 De nat. bon., 4<^- Cf. Alexandre de Lvcopolis, 4; Titus de Bostra. I, 20; III, I.

(4) Dé nat. bon., ■^6. Les théories embryologiqu(>s esquissées ici tenaient une grande place dans le système manicliéen. V. Maçoudi, Les Prairies (VOr, trad. Barbier du Meynard, t. III, p. 435.

(5) De nat. bon., 46- D'après la dogmatique manichéenne, tout être nouvellement engendré ressemble à ceux qui lui ont donné le jour: il en est un simple prolongement. De là vient que, malgré la diversité des indi\itlus qui composent le monde, nous n'avons jamais en face de nous que les deux substances opposées qui ont existé de toute éternité.

(0) De nat. bon-, 46. Les premiers produits de la génération sont par nature, les meilleurs. Cet autre principe de la dogmatique mani-

DOGMATIQUE MAMCIlÉEiNNE 117

offrirent à leur chef. Saclas prit les jeunes nourrissons. Il les mangea et s'assimila ainsi leurs vertus et leurs vices (i). A la suite (le ce repas monstrueux, il s'unit à sa compagne et fit passer en elle non seulement les biens et les maux qu'il venait (le s'approprier mais encore ime partie notable de ceux qu'il portait auparavant eu lui. La semence tomba sur une terre féconde qui la fit fructifier. Ainsi naquit Adam (2).

L'homme était destiné à concentrer et à perpétuer ici-bas le mélange de la Lumière et des Ténèbres. Aiissi résume-t-il ,en sa personne l'ensemble de l'univers. Il est un petit monde dans le grand (?)). Comnie le macrocosme, il associe deux natures contraires. Son corps procède du Démon tandis que son esprit vient de Dieu seul (l^). Plus précisément, il possède deux âmes dont l'une est bonne, l'autre mauvaise par essence (5). La

clH'cnnc. hf'-ritt'" de la Guosc, trouvera fout à IMuMire uni; nouvelle application dans riiisloirc d'Adam et d'EA'e.

(i) De nnf. bon., !iC). (If. De Hier., /(G: Sie quippo in omuem rarneui, id esl per escas et iiolus venire animas crcduiif. La même idée se retrouve ehez Hegcmonius, Act. Arcii.. i4.

(3) De u'ii. bon., 4fi- Cf. Tliéodore har Khôni : a Namraël conçut et enfanta d'Ashaqloun un fils à cjui elle donna le nom d'Adam » iCumout, Berh.. p. 43-^3).

(o) De unt. Imn., /(('i. Cette idée est clairement insinuée à la fin du texte de Mani cité par Augustin. Elle reparaît dans une phrase assez obscure d'Hegemonius, d'après laquelle « ce corps est appelé monde par rapport au grand monde » (Act. Arch., 8), ainsi que dans un passage analogue et fort confus du Sl^ikand goiimanig vidslwr (loc. cit., p. 19). Elle se trouve longuement développée dans le traité chinois de Chavannes et Pellio'. qui est en grande partie consacré à montrer que le microcosme est une imilation du macrocosme (Journ. Asiat., 1911, p. 523-527).

(ô) Cont. Foriun., i4. 17. iQ : Cont. Fau.'it.. XX. 11 ; Cont. Jiilian. op. iinperf., llï, ir^i (Epîlre à Menoch). Cf. Titus de Bostra I, i3, 24; III, i(). 17: Epiphane, Hner., LXVI, 8 fin.; Jean Damascène, Diol., 2 fin., 28 fin.; Photius. Conl. Man.. II. i.

(6) Cette idée a été souvent lappelée dans la polémique antinianichéenne d'Augustin (De ver. rel,.. iG; Conf., VIII, 22; Enarr. in Psalm., CXL, 10, II : Cont. duas Episl. PeJng., II. 2: IV, 5; De Haer., 40, fin.) et notamment dans le De du(ibu.<i animnbus qui la critique très longuement (v. infrn, 2® part., i*" sect., ch. i^''). On a prétendu qu'elle ne se présente pas ailleurs. En réalité elle est aussi attribuée à Mani par Titus de Bostra, T, 23 fin., 26 fin.. 27 init. Elle devait faire le fond du livre du Trésor où ^lani exposait, d'après Yaqoùbi « ce qui dans l'ùme vient de la puii't> de la Lumière et ce qui vient de la corruption des Ténèbres » (Ki's^ler. Mnni, p. 2o4). Elle était familière aux Gnostiques (Boussct, Hnapiproldeme der Gnosis, p. gi-iôg) et se trouve déjà formulée par le Perse Araspas dans la Cyropédie (\T, i, 41).

première émane de l'Etre parfait. Dès lors, elle ne saurait commettre aucune faute. Si son auteur lui .eût donné la faculté de pécher, c'est lui qui serait responsable de tous les désordres auxquels elle pourrait se livrer. Or il ne veut point le mal. Il s'applique plutôt à en poursuivre les auteurs (i). L'âme en qui il revit ne défaille donc point d'elle-même. Elle ne le fait que poussée par une autre dont les tendances sont opposées aux siennes (2). Celle-ci ne saurait provenir que du mauvais I^rincipe. Elle se confond aA'ec cette a prudence de la chair » dont Paul a dit qu'elle n'est point soumise à Dieu et qu'elle ne peut l'être (Rom. VIII, 7). Nous pouvons l'identifier avec ■cette « concupiscence » charnelle que Le même Apôtre nous montre luttant à tout moment contre nos inclinations spirituelles pour nous empêcher de réaliser nos bonnes intentions (Gai. V, 17) et au sujet de laquelle il se plaint de sentir en ses membres une loi opposée à celle de son esprit et destinée à le rendre esclave du péché (Rom. VII, 28). Elle est la racine de tous les maux qui sont en nous (I Tim. VI, 10), ou plutôt, elle se présente comme le mal incarné et toujours subsistant (3). Née de l'impulsion fatale qui a porté notre premier auteur à s'unir avec sa compagne, elle nous incite, par l'attrait du plaisir sexuel, à imiter ce pernicieux exemple. Ainsi, elle s.e reproduit incessamment par le moyen de générations nouvelles qui continuent d '.enlacer l'esprit dans les liens de la chair (4).

Cette puissance mauvaise et redoutable était d'abord assez peu accusée chez Adam. Le premier né du Prince de ce monde a pris la partie la plus pure de la substance des auteurs de ses jours, qui s'étaient eux-mêmes assimilé tout ce qu'avaient

(i^ Coni. Fortun.. 3 et 19 fin.

(2). Ci'ltc (loc'triiic déterministe est attribuée aux Manichéens, non seulement par Auo-ustin (De duab. anim.. 10 init. : Conf., VIII. 3:?: De Hoer.,,Ii6, fin., etc.) mais encore par Titus de Bostra. II. i, par la formule grecque d'abjuration (P. G.. L i4C5) et par Photius (Coni. Mon., II, 2. 3). Elle est soutenue, en propres termes, par Fortunat (Cont. Fortun., 20-21), et aussi par VEpître à Menoch (Cont. Jiilian. op. imperf.. III, 187).

(3) De Haer.. ^G fin. Les mêmes arguments sont invoqués à l'appui de la même doctrine par Fortunat (Cont. Fortun., 21) et par Mani luimême dans VEpître à ^Ienoch (Cont. Julian. op. imperf., III, 187).

'4) De mor. Man. 65, init., 66 init. Cf. Cont. Juliun. op. imperf.,

ni, 17/i.

DOGMATIQUE MANICHÉENNE , 1 1 i)

de bon les produits des autres espèces vivantes répandues sur la terre. Il a été fait, comme l'explique Manicliée avec (c la fleur de la première substance ». Ainsi, il s'est- trouvé (( meilleur que tous ses successeurs » (i). Au début de sa vie, les éléments lumineux surabondaient en lui (2). Mais ses parents s'accouplèrent de nouveau et donnèrent le jour à Eve (3). Or celle-ci lui ressembla fort peu. Elle apparut près de lui comme une incarnation de la concupiscence. Elle ne pouvait donc que le faire déchoir. La première femme fut pour Adam, comme ses filles sont pour chacun de nous, une amorce funeste destinée à retenir l'esprit dans la matière (4).

Les Catholiques protestent contre cette doctrine, qui fait de nous des « enfants du Diable », comme si elle n'avait pas été enseignée par le Christ (Joan. VIII, l^l^, 47) (5). Ils veulent, à tout prix, que nous ayons été formés par Dieu. Ils ont raison jusqu'à un certain point. Seulement leur affirmation est beaucoup trop absolue. Elle demande à être précisée. Selon la doctrine de Paul, il existe en chacun de nous deux hommes contraires, l'un « extérieur », l'autre a intérieur », l'un « terrestre », l'autre (( céleste » (I Cor., XV, 47)- H y a donc deux naissances également opposées, l'une honteuse et même obscène, qui nous est commune avec les animaux, et par laquelle, après nous avoir formés dans le sein maternel, la nature nous jette, tout chargés de liens, sur la scène du monde, l'autre honnête et sanctifiante, mais purement spirituelle, qui nous introduit dans

(i) Cont. Julian. op. imiperf., III, 186. Cf. supra, p. nfi. not. 6

(2) De mnr. Man-. 78; Conf. JiiJian. op. impcrf.. ITT, 1S6.

(3) Adam cf Evam ex parentibus Prinribus fumi as«crnnt natos (De Haer., 46). Turbo dit aussi cliez Hegemonius (Act. Arch.. 10): « Ils créèrent Eve de la même façon, lui donnant la concupiscence pour tromper .\dam ». Cf. An Nadim : « Une seconde union eut lieu de laquelle provint Eve. la belle femme » (Flûgel, Mani, p. 91).

(4) Tout cela se déduit des textes qui précèdent et se trouve confirmé par un texte très net de VEpître à Menoch (Cont. Julian. op. imperf., III, 174). Une conception misogyne du même genre se retrouve dans la formule grecque d'abjuration, qui fait dire à Manès qu'Eve a été créée « sans ânrie » (P. G., I, i464), et chez An Nadim, où nous lisons que, d'après Mani. Jésus s'étant approché d'Adam le mit en garde contre sa compagne (Fliigel, Mani, p. 91).

(5) De duab. anim.. 9. Le même te.xte est invoqué par Mani chez Ilegemonius (Act. Archet., 29 init. et 02) et chez Epiphane (Haer., LXVI, 63).

le Royaume de Dieu (i). L'une et l'autre sont nettement distinguées dans l'Evangile, qui nous fait remarquer que la chair naît de la chair et l'esprit de l'esprit (Joan., III, 5-6) (2). Or la première vient du péché .et la seconde de la grâce. L'Apôtre Paul nous le donne clairement à entendre. Parlant à ses fidèles comme à des « petits enfants » qu'il engendre (( de nouveau » (Gai. IV, 19 ; cl'. I Cor. IV, i5), il les engage à dépouiller (( le vieil homme, corrompu par le> convoitises trompeuses », et à revêtir le nouveau, « créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables » (Eph. IV, 22-28 ; cf. Col. III, 9-11) (3).

Quand s'opère cette renaissance si désirable ? Lorsque l'esprit déchu, recouvrant la mémoire de son premier état, se rend compte de sa déchéance actuelle et travaille à son relèvement. Le salut s'accomplit par la science (4). Or le Christ est notre unique maître (Matt. XXIII, 8). Lui seul a reçu la mission de nous instruire. Lui seul, par conséquent, peut nous donner la véritable vie. Il sauve qui il veut, en vertu de sa libre élection (5). Selon ses propres déclarations, il est la voie qui mène à Dieu, la vérité qui le révèle, la porte qui donne accès à son Royaume. Personne n'arrivera jusqu'au Père sans passer par lui. Mais quiconque la vu a vu aussi le Père. Quiconque a cru en lui \i( et vivra hnijours (Jn<in. V, 2/1: XIV, 6-9) (6).

(i) Cont. Faust., XXIV, i. Cf. supra, p. io3, n. fi.

(2) Cont. Faust., XXIV. i. Mani dit aussi dans VEpître à Menoch: « L'àme vient do l'àmo, la rliair de la rliair » (Cont. Jitlwn. op. imperf., III. 172).

(3) Conl. F<ni!<l., XXIV, i. La même distinction du « vieil homme » et de « l'homme nouveau » se retrouve jusque dans le traité chinois de Chavannes et Pclliot, où sont décrites tout au long cinq grandes luttes continuellement engagées entre ces deux ennemis intérieurs (Voir op. cit., p. 3(), 50-62). Elle apparaît aussi, mais sons une forme plus vague, dans le Khouastouanift, où il est question de « l'ancien moi » et de « ce moi-ci ». (VI, 11 6- 11 7).

(4) Cont. Fortun., 20 cire. fin.

(5) Coiii. For-iiin., 3; De util, crrd., 3. Cette idée de la prédestination, qui découle logiquenwnt du déterminisme exposé plus haut, est affirmée, chez Hegcmonius (.4c/. .Irc/i., 25 init.) et chez Epiphane (Haer., LXVI, 77), par Mani lui-même qui invoque à .son sujet plusieurs textes évangéliques (Matt., XIX, 11 et Joan., X, 27).

(6) Cont. Fortan.. 3. 17, 20. Cf. Cont. Faust., XX, 2: Jesum qui est vita et salus hominum ; Secund. Epist., 4 : Si noster Dominus carnalis foret, omnis nostra fuisset spes amputata. Cette conception du rôle salutaire de .lésus n'est pas propre aux Manichéens occidentaux,

iiOG.MATIQLE M VMCHÉKISME '121

Le Sauveur a dû apparaître aussitôt après la forination du premier couple humain, aux maux du(]u,e] il avait la mission de remédie)' (i). Il est aussi ancien (jue le monde (2). Engendré par le Prenîier Homme (3),, avec qui nous pouvons, dès lors, ridentifier (4), il se présente, à l'image de son auteur immédiat, comme le Fils de Dieu, comme « la Sagesse et la Verlu )> du Père (5). Par sa Vertu, il réside dans le soleil, par sa sagesse dans la lune (6).

Dès .1 origine, il est venu du ciel sur cette terre, poui- y travailler à 1a libération de l'esprit enfermé en Adam et en sa compagne. C'est lui seul et non le Diable qui peut s'être offert à eux Sous la figure d'un serpent pour leur <( ou\rii- les yeux »

coninic oii Ta pr/'lriidii. IJIc ^r rcIroiiNc clu/ criix d" rOiirnt. \. Hcgcmoniiis (.4c/. Arch., 10); Titus de Hoslia (ITT, i. 2); Théodore liar Khôni ((aimoiil, liecli.. p. l\(')-l\(}) ; An Nadim (Fliiiicl. Maiii. p. 91); F. K. \A . Miilici-, Handschr., p. 60, Gi, ^7, clc. ; Cliavaniics cl Pclliot (Journ. Asiol., 1911, p. 5G(Î). Elle s'affirme déjà rlioz Adimantc (Ang., Serm. XII, i cire, fin.) et clicz Mani Ini-mèriK^ qui ne se piéscntc que comme un « Apôh-e du Ctirist » {supra, p. 80).

(I) Ceci peiil se déduir<> du rôle alfribiié à .)<''sus; par les textes déjà cités de l-'oilunat. An Nadim s'exprime dans le même sens en termes plus précis: « D'après Mani, lorsque les cinq Âno('s vin>ut ainsi souillée îa lumièi'c de Dieu que la concupiscence avait seerèlejnent r:i\ie et emprisonnée en ces deux créatures (Adam et Eve), ils prièrent lé Messager du salut, la Mère de vi", rilomme Primitif el l'Kspril vi\anl d'envoyer quelqu lui à ce premier produit pour le d(''li\rer' et le sauver, lui révéler la connaissance et la justice et T'affrancliir d\i Diidih-. Ils einoyèient donc Isa )> (Flugcl, Mani. p. 91).

(■?) Verhum natum a ennstitutione mundi, cutu luuiidum fidjiMcarcI (ou fabricarenlj, dit Foitiniat (Coni. Forluii., '.V).

(3) Huius Primi Hominis liliuni credi vultis Doinirniin h siuii Cliristum. dit Augustin (Coni. Faust., II, 4). Nous venons de voir que chez An Nadim Mani fait aussi intervenir l'Homme Primitif dans l'apparition de Jésus (note piéei'dente).

(i/ Celte identification est souvent supposée chez Augusulin, chez Fauste, chez Fortunat, chez Secundin, pour qui le Jésus crucifié des Chrétiens .se confond avec le Pi'cmier Homme partout lié à la Matière (v. supra, p. ii/l, not. i). On a cru parfois qu'elle était propre aux Manichéens Occidentaux. Mais elle se retrouve chez Théodore bar Khôni qui l'attribue à Mani lui-même (v. Cumont, Uccli., p. .'iS).

(•">) Cont. Faust., XX, 2. Nous avons vu plus haut (p. io.>, n. j), que le Piemicr Homme, avec qui il s'identifie, est donné aussi comme engendré par Dieu participant dès lors à sa sagesse et à sa vie. Cf. p. 97, not, 2.

(*V) La même eho«e a déjà été dite du l'irmi'r Homme (p. 106, note 3 et 4).

\22. l'évolution LNTELLECTUELLE de SVL\T AUGUSTIN'

et les rendre « semblables à des dieux » (Gen., III, 4-5) (i). Au contraire, c'est le Prince de ce monde, non un être divin, qui voulut les empêcher de toucher à a l'arbre de la science du bien et du mal » (Gen. III, 3), en d'autres termes d'acquérir les connaissances au moy.en desquelles devait s'opérer leur salut (2). Grâce aux leçons de son Maître céleste, Adam recouvra l'intelligence avec le souvenir de son premier état (3). Il mit d'abord en pratique les leçons qui lui étaient données et commença par mener une vie sainte (4). Mais Eve suivit la tendance mauvai'^p de sa nature et s'allia par un commerce monstrueux avec le Prince pervers ([iii lui avait donné le jour (5). Puis elle

(i) fh' Gen. ront. Mnn.. II. ,";, : C.ont. Faust., I fin.: XXII. 49; De Huer.. f\C\. Faiistp dit aussi que la Loi a l'-té révélée dès le comnicnroiiK'Ml (lu monde tCoul. Foiisl., XXII, 2). La nièinc idée d'une révélation piiniili\(' apportée par Jésus se trouve affirmée chez Tilns de Bosfra (III, inil. ). qui invoque, à ce propos, une écrilure manichéenne, par Théodore l)ar khôni. qui cile expressément Mani (Pognon, Inscriptions mandiiïtes. p, 191, i()3), et par An Nadim, qui se réclame également de lui (Fliigel, Mani. p. ()i). D'après le rapport de l'historien arabe, « ,Iésus vint, s'adressa à,.. Adam el l'éclaira sru' les paradis et les dieux, l'enfer el les diables, la terre el le ciel, le soleil et la lune; il lui montra la puissance sédiictrice de IlavAa, le mil en garde conire elle et lui ins|)iia la crainte de s'approcher d'elle ». D'après Théodore bar Khôni, (( Mani ajoute qu'il le fd leinr debout et goûter à l'aibre de vie ». Ce dernier détail suppose l'identilé de .lésus et du serpent de la Genèse.

(a) De Gen. cont. Man., II. oq. La même idée se retrouve, mais altérée, chez Hegemonius, Acta Arclielni, 10, où Turbo, identifiant le paradis génésiaque avec ce monde, confond l'arbre de la science du bien ot du mal avec., lésus. Cf. Epiphane. Huer.. LXVI, bà-

(3) Qua scix'ntia atlmonila anima et memoriae prislinae reddita recognoscit (éd. Zycha, « recbgnoset ») ex quo originem trahat, dit Forlunat (Cont. Fortun., 20). Ceci s'applique à tous les hommes mais doit convenir avant tout à Adam. De fait, d'après Théodore bar Khôni, (( Mânes dit encore que Jésus le lumineux s'approcha du slupide (innocent ou ignorant) Adam et le réveilla d'un sommeil de mort, afin qu'il fût délivré de nombreux esprits... Alors Adam s'examina lui-même et sut qui il était » (Pognon. It\scr. mnnd., p. i()i-if)2 : cf. Cumont, Recli., p. 47-49).

(4) Çui. cum sancte viveret. tlit Augustin (De mor. Mon., 73). An Nadim explique aussi qu'au début, d'après Mani, « Adam obéit » (Flûgel, Mani, p. 91). Augustin a dit, un peu avant le texte qui vient d'être cité, au sujet de la légende manichéenne d'Adam et Eve : « Longa est fabula sed de ea id attingam quod in praeseritia satis est ». Ses indications, très fragmentaires, se précisent assez bien, par la suite du récit de l'historien arabe.

(5) Coni. Jiilian.. VI, 68. Cf. An Nadim. chez Flûgel, Mani, p. 91.

s'unit à Caïii qu'elle a\ail eu de lui [i). Enfin elle contracta une nouvelle union a\ec Adam et ainsi elle le fit déchoir (2). Mais, tandis qu'elle ne cessait de suivre ses penchants déréglés, son compagnon, qui n'avait péché que par faiblesse, se ressaisit bientôt et mettant à profit la connaissance qu'il avait du Bien et du Mal, il mena depuis lors une vie plus parfaite (3). Ainsi firent plus tard Seth, Henocli, Noé et les justes des âges suivants, à qui les anges a\ aient aussi révélé la véritable science du salut (4). Malheureusement la conduite déplorable d'Eve .es de C'aïn ne trou\a que trop d'imitateurs. De là vient que, selon le. vœu du Prince de ce monde, le mélange du bien et du mal s'est transmis jusqu'à nous par le moyen de la génération (rt). Depuis les premiers temps, Ihumanité se trouve donc partagée en deux groupes rivaux, dont l'un vit pour Dieu, l'autre pour le Diable (6). Nous sommes nés du second selon la chair Mais nous pouvons renaître selon l'esprit et, par là, nous ,i(]jriiiidi7^ nu premier. La doctrine du salut nous en offre

(t) De liai, cl (j-n'I., 'ib. Aiifiiislin se rontcnto do remarquer que cette idée e*t afflrniri'. p;ir « certain.* ». Mais il a sans doute particnlièrcmeiil en vue les Manichéens qu'il a connus de près et qui onl proTcsié ime même croyance. V. An Nadim chez Flugel, Mani, p. 91.

i-i) Dr iiinr. M::ii.. ;;> /7/( . 7,^. Cf. An \adim chez Flii.nvI. Man't, p. ():>.

(.3i Dr iiinr. Mai}.. II. 7:. fi,,. -?.. Cf. An N.adim chez Flfi<?el, Mani, p. Q.-l. La \ic sainlc et parfaite dont il est ici question au sujet d'Adam est celle que recommandera Mani (voir plus loin l'exposé de la morale mani in'cniiei d elle impose a\anl loiif d"i'\ifer tout rapport sexuel (Voir le texte d'An \adim cité plu< haut, p. iiv. n. i).

( '1 1 f'i>iil. h^iiisi., \IX, .'•). D'antres textes d'auteurs orientaux précisent celte idé:' des ré\élations successives faites aux hommes de l)oiine volonté par l'intermédiaire de messagers divins. D'après Sharastàni ftrad. Ilaaihriicker, I. \>.ç)ti). « la foi de Mani sur les lois et les prophètes était que Dieu a rn\oyé, avec seience et sagesse, en premier lieu Adam, le Père du genic hinuain, ensuite Schith (8eth), ensuite Xuh (Noé). ensuite Ihrahim tAhrahani). ensuite Bouddha dans l'Inde, et Zaradhust (Zoroastre) en Perse, et le Messie, le Verbe de D'wu et son Esprit dans le pays des finvs cl l'Occident, ainsi que Paul apiès lui ».

(•>) Cf. siiii,-ii. note .-> cl p. loo, n. I

(<î) Cette coMception qn'\uc-uslin cxposcia plus tard \ir< lonyiiemcnl dans la C.ilr ilr Diri, lui \icnt des Manichéens. Elle tient au fond même >\i' lcui< croi,anccs cl clic <c trouve tléj.'i clairement présentée par

Eausie de Miièse A\. '| (in.).

IM l'ÉVOLLTIOX intellectuelle de SAI.\T AUGUSTIN

un moyen liés aisé (i). Seulement elle ne peut nous être profitable que si, non contents d'en connaître les dogmes, nous savons mettre en pratique ses multiples préceptes.

Les Chrétiens ordinaires se font à cet égard d'étranges illusions. Ils s'imaginent que l'essentiel est de croire au Christ, ou, plus précisément, aux récits de l'Ecriture qui le concernent. Or les textes évangéliques ne nous disent pas seulement ce que nous devons penser à son sujet, mais encore ce que nous avons à faire pour marcher h sa suite. Cette seconde partie de leur enseignement n'est pas moins importante que la première. Elle l'est même bien davantage. Demandons au Christ qui entrera dans son rovjiume. Lui-même nous répond, sans nous imposer aucune foi en sa propre personne : « C'est celui qui fera la volonté de mon Père céleste » (Matt. YII, 21). « Allez, dit-il à ses disciples, instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, jet apprenez-leur à observer tout rv que je \ous ai prescrit » {Malt. XXVIII, 19). « Vous serez mes amis, ajonte-t-il ailleurs, si vous faites ce que je vous ordoiiiic... Nous resterez dans mon amour, si vous mettez mes préceptes en pratique » (Joan. W, 10, l'i). C'est d'après ce principe (ju'au joui- du dernier jugement, il distinguera les élus des léptomés, car il mettra alors à sa droite ceux dont la \ip aura été vouée aux bonnes oeuvres, tandis qu'il rejettera les autres à sa gauche (Malt. XXV, 32-Zi6). Aussi au riche qui lui a demandé le chemin de la vie éternelle se contente-t-il simplement de répondre : « Va, a ends ce que tu as et suis-moi » (Mat t. XTX. 21). Sans doute, il dit à Pierre qui a salué en lui le Fils (lu Dieu vivant : (( Tu es heureux, Simon Bar-.Tona, parce que ce n'est pas la chair ni l.e sang qui t'a révélé cela, mais mon Père céleste » (Matf. X\l, 17). Seulement ses premières béatitudes ont été plutôt pour ceux qui mènent ici-bas une vie droite (Matt. \, •?-ii). Son discours inaugural ne fait que formuler la somme des préceptes divins qui sont, pour nous, la condition indispensable du salut (3). Manichée les a exposés après lui, en termes plus précis, au cours d'une de ses Epîtres, oiî l'âme qui aspire à la perfection trouve ime règle de vie tout

(\) Cniil. Furliin-. r>n.

(■>.) Conl. ratisl.. V, .H.

DOGMATIQUE MANICHEENNE 12 5

à lait appropriée (i). C'est à les connaître et à les mettre en acte que nous devons nous appliquer surtout. Placés au milieu des temps, nous n'avons à étudier le passé de l'humanité et à remonfei' aux premières origines du monde que pour nous rendre un compte exact de nos devoirs présents et pour atteindre ainsi notre dernière fin.

(i) De nuir. M(tn.. 74. V. aupra, p. 80, not, 8.

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