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CHAPITRE TROISIÈME

ESCHATOLOGIE M\iMCHEE!VNE

M tous les hommes taisaient tout leur devoir, dit Augustin exposant les conceptions eschatologiques de Mani, le mal aurait bientôt disparu, de la terre et la fin de ce monde serait près d'arriver. Malheureusement bien rares sont ceux qui mettent entièrement en pratique la loi divine. Beaucoup ne s'y soumettent que très imparfaitement et comme à contre-cœur. Le plus grand nombre se révoltent ouvertement contre elle. Nous devons donc passer eu revue ces trois catégories et voir quel est le sort réservé à chacune (i).

Les (( observateurs des préceptes célestes » ont reçu de Manirhée lui-même le nom d'Elus, sous lequel on les désigne d'ordinaire. De fait, ils constituent la portion choisie qui doit entrer bientôt pn possession du Royaume de Dieu (2). Ces vrais disciples

1 I ; ilisliiKlion, qui se trouve expressément formulée chez Aui,nistin [Cont. Fniisl., W, 21), éliiit fondamentale chez les Manichéens «■1 rhi'z Mani lui-mèmt'. An Nadim dit que le Shôpourâkân comprenait trois chapitres, intitulés: c Sur la mort des Auditeurs, sur la mort des Elus, sur la mort des Péclieurs », et il décrit ainsi ces « trois chemins » : « L'un conduit au Paradis, c'est le chemin des Véridiques ; l'autre dans le monde et ses terreurs, c'est celui des protecteurs de la foi et des aides des justes ; le troisième dans les enfers, c'est celui du pécheur » fFliio-el, Mnni, p. io3, cf. ibid., p. lor).

(2) V. infra, p. i^Q. I^e même nom leur est donné par Hegemonius (Acl. Arch., 9, 10, 52), Epiphane (Hoer., LXVl, 28, ?>o), le Khowidoiwnift (IV, 67-70), et les fragments manichéens de Tourfan (Millier, Hindsclir., p. 85; Von le Coq, Tilrkische Manichaicn, 1, p. 28, ili, 28).

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du Paraclet Se recrutent dans tous les rangs .et parmi tous les âges. On trou\e parmi eux non seulement des hommes mais des femmes (i) et même des enfants (2). Ils se montrent pourtant fort peu nombreux. La perfection reste toujours l'apanage d'une élite. Bien peu de gens ont le courage de s'engager dans la voie étroite qui mène au ciel (Matt. VIT, i4 (3). Leur mérite n'en est que plus grand.

Toujours et partout le mal s'insurge contre le bien et cherche a l'étouffer. Les Catholiques, qui se targuent si faussement de coriserver la tradition chrétienne, reprochent avec ostentation aux Elus de s'en écarter. Le vrai disciple de Manichée n'a point à s'inquiéter de pareilles attaques. Sa vie entière répond pour lui. Il a reçu le baptême du Christ et il en remplit toutes les obligations (/|). Il a quitté père, mère, frères, sœurs et toute 5a famille (Maff. XIX, 29). Il ne possède ni or, ni argent, ni

( i) .'XiiLriistin narii" {!;> « nionialrs » niHnicht'enrK's (Dr mvr. Man., -/> : De Hnrr., l^C)) et Possiciius dit expressément qu'on les appelle des t( EliK's )i (1//. Aug., 24). Cf. Saint Léon, Serm., XVI, 4- La formule f^reeque d'al^juration anatliématise les Elus et les « Elues ». tJn fragment d'inscription funéraire d'une « Vierg-e manieliéenne » a été trouvé à Salone. en Dalmalie. et signalé par Franz Cumont (Rech.,, p. 175-177). A côté des religieux qui font profession de Manieliéisme, -plusieurs textes eliinois mentionnent anssi des religieuses (.Jniirn. \siiit., 1911, p. 5S5 ; 191 3. p. 195. .'wi et ,>33).

("i) l-]os (jni -ni) \estra tliseiplina siuit pneros. dit Augustin (De mor. Mdii.. 5'i). t)'après Hiiouni, « chacun des Manichéens avait soin de se procurer, pour son service, un .serviteur qui n'avait pas encore la barbe ni une peau dure ». et on en concluait que Mani leur « permettiiit le contcnlrin:'nl de la vôhipt'' près des jeunes gens ». Mais l'historien arabe ajoute que cette accusation n'était .sans doute pas fondée, car il n'a rien trouvé de pa.reil dans ceux de ses écrits qu'il a pu lire ( t il estime :|ii H -iiu genre <le \ ie témoigne bien plutôt contre ces allégations » (kessiet. Moni. p. 3i9). Cf. formule grecque d'abjuration,

P. G.. I. im.

Ci) Secundin. Eoi^l-. 3. 'i. Le texl.- vise, d'une façon gnnérale, les Manichéens, n: i- il s'applique partiiulièrement aux Elus qui seuls observent à li lettre les règles de Mani. D'après le traité manichéen publié pai- Chavannes et Pelliot, « la pitié et la bonne foi... sont le (hemin riroil sur I equ ■! on marche, en se tenant de côté le long de la grand.' mer des tonrmi>nts dans les trois mondes; parmi des centaines l't des milii.Ts d'hommes, rarement il s'en trouve un seul pour s'eng'iT'r dans ce chemin » (Joiirn. As^int., 191 1. p. .564-565).

i \t!gii<lin fr.il lemarquer que, d'après les Manichéens, les « fidèles baptisés » sont hnns d'observer strictement la règle de Mani [De, tnor. EccJ. cntli.. 78; suftni, p. 137, not. :>). Par là il donne à entendre que c'est par la réception du baptême qu'on devient un Elu.

ii'ô l'évolution intellectuelle de saint AUGUSTIN

petite monnaie (Malt. X, lo). Il ne se préoccupe ni de son alimentation ni de ses vêtements (Matt. V, 25-34). Sa nourriture quotidienne lui suffit (Matt. VI, ii). Il n"a aucun souci du lendemain (Malt. \l, Ij H réalise en sa personne l 'ensemble des béatitudes évangéliques : Pauvre, doux, pacifique, il garde son cœur pur, il vit dans les larmes, il endure la faim et la soif, il supporte toutes sortes de persécutions pour la justice (Matt. V, 3-iii. Comment peuf-on douter de son Christianisme ? Il est vrai que Jean Baptiste a eu l'audace de demander à Jésus lui-mêine s'il était bien le Christ. A cette question impertinente la Sauveur ne daigna point répondre directement. Il en appela à son œuvre (Matt. XI, 4). Tout Elu peut faire de même. Si certaines gens se «randalisent à son sujet, lui aussi n'a qu'à les abandonner à leur malheureux sort (Matt. \1. ^^V Bien loin d'aller contre l'Evangile il l'incarne ici-bas (i).

Il est surtout l'expression vivante de la Loi manichéenne 12). Il garde le sceau du sein avec un fidélité si scrupuleuse que sa chasteté est exemplaire et lui attire la vénération de tous les gens honnêtes (3). Il respecte tellement celui de la main que, bien lom d'user de violence envers un homme ou un animal, il n'osera pas même cueillir des fruits dans un jardin, ni arracher une herbe dans un champ (4). Il a, enfin, un tel souci de celui de la bouche qu'il se laisserait mourir de faim plutôt que de toucher à un poisson (5). Partout où il passe, il se fait remarquer par la pAleur de son visage, signe bien caractéristique des mortifications auxquelles il se livre (6).

(O Cont. Fousf.. V. I. Tout ce pa*?a£rf^ osl à .'rapproclior do In (ternièif^ partie du traité manichéen publié par Chavannes et Pelliot, qnl décrit longuement les rpuvres des Dênâvnrx ou des Elus (Journ. Asint., 191 I. p. 586-588).

(a) Eleçlus vefler tribus siirnacnlis praedicatus, dit Augustin (De mnr. Mnn.. 5o).

t^) De mor. ir,-i. rrllt.. 2. Le traité manichéen, publié par Chavannes et Pelliot. dit au Sujet des Dênâvars ou des Elus: h Pour ce qui est des femmes, ils peuvent les. considérer comme des apparences vides et trompeuses; ils ne sont pas arrêtés et embarrassés par les charmes sensucl.s ; tel l'oiseau qui. volant haut, ne périt pas dans les filets » (Jauni. Asiat., 1911. p. 583).

d) De Haer., XLVI. Cf. Cyrille de Jérusalem, Catech.. VI, 32 init. et l^piphani'. Haer-, LXVI, 53.

(-5) Cont. Faust.. XVI, 9. Cf.Eutychius, cité plus haut, p. 128, not. 2.

(6> De util. crecL. 30. Dans tm fragment de Confession, publié par Von Le Coq (.Abhandl. de l'Acad. de Berl.. 1910, p. 27). un disciple de

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Il ne vit que des plantes et des fruits qu'on lui sert (i). Encore les mange-t-il bien moins pour s'en nourrir que pour mettre en lieu sûr la substance divine qui s'y trouve mêlée. Aussi at-il grand soin de n'en rien laisser perdre. Surtout il se gardera bien d'en laisser tomber la moindre parcelle entre des mains profanes. Il sait qu'il ne pourrait le faire sans comrruettre un véritable sacrilège. Il s'applique donc à consommer tout ce qu'on lui apporte (2). Et il accompagne son repas d'bymnes et de prières qui en activent l'effet salutaire (3). Enfin, dans les assemblées religieuses de son Eglise, il reçoit l'Eucharistie, qui le fait entrer en communication directe avec le Christ T^).

Beaucoup d'Elus s'en tiennent là. Ils se contentent de se sanclifier eux-hiêmes. D'autres font mieux encore. Ils vont prêcher partout la doctrine du salut et lui recruter des adeptes (5). Ceux-là ocupent un rang plus élevé. Certains sont des diacres (6). D'autres ont le titre de prêtres (7). Au-dessus viennent soixantedouze évêques, par qui les uns et 1p« antre? sont ordonnés ^^').

M;ini s'accuse d'avoir peut-être péché « contre un autre Manichéen véri- (liquc. (If'rharné, lumineux ». La première de ces épithètes désigne un Ehi (V. supra, p. i44. not. i). La secondi^ rappellp l'oxpri^^-iion d'Augustin H exsangues corporibus » .

(i* Exspectant Imc ;ifferri usibus suis ab Auditoribus suis (De Haer., liC\). Un fragment maniehi^en de Touen houang dit au sujet des religieux : « .\vec une dignit;^ parfaite, ils attendent les aumônes ; si personne no leur fait' l'aumône,, ils vont mendier pour subvenir à leurs besoins » (Joarn. Asiai., igi?>. p. iii-ii': rf. if)ii. p. 573-58'>v

(2 De mor. Man.. 62.

(3) Enfin- . in Psalm., CXL. 12.

Ci) Cont. Fortun.. 3: supra, p. i32, not. i. L'Eucharistie devait être réservée aux (c fidèles baptisés », par conséquent aux Elus (v. su/; ra, p. i45, not. à). De fait. Augustin, qui n'a été qvi'un simple Auditeur, en a simplement entendu parler (Audivi a \obi* sat-pi;- qnorl tiripiatis (Conf. Foriun., 3).

(5) De Haer.. 46. Mittuntur. dit Augustin. Ils ne vont pas prêcher d'eux-mêmes. Ils sont envoyés par des supérieurs hiérarchiques.^ Un exemple de mission manichéenne nous est donné dans une inscription chinoise découverte en 1889 à Karabalgasoun (Joarn. Asiat., igiS, p. 195)/

(tn De Haer., 46. Plusieurs auteurs ont cru voir ces « diacres » mentionnés chez An Nadim et dans plusieurs textes manichéens récemment découverts (V. Journ. Asiat., 1912, p. 229-280; I9i3, p. ii3, not. 4).

{7) De Huer., 46. Nous avons vu déjà que Forlunat, le contradicteur d'Augustin, était un prêtre manichéen établi à Hippone ('Possiduis: Vit. Aug., 6; Betr., I, 16, i: supra, p. 85).

(8) De Haer.. 46. Fauste de Milève est qualifié par Augustin d'évêque manichéen (Conf., V, 3). Le chiffre donné ici rappelle celui des disciples

Plus haut encore se tiennent douze Maîtres, de qui dépend l'épiscopat (i). Eux-mêmes :-< -ubordonnent à un premier chef ;^,) Celui-ci représente Manichée, qui, jadis, eut aussi douze Apôtres (3), à l'exemple du Chris! dont il continuait l'œuvre (Zi).

(Ju Cliiist yLac, \. 1). A co picpos. en peut iiotL-r que. d'après l^iiouni (cité par Kesslor, Mdni, p. ao7-2o8), les scetateurs de Mani lisaient un Evangile' des soixante-dix » et que d'anciens manuscrits ds Luc comptent 70 disciples du Christ, et non 7» (V. I,ci^\ . L,'s Evangi SynopL. 1. I. p. 858. not. 2).

(Il D, lh',-i.. /|6. D'après An Nadirn (Fliigei, \h 1 1 . 1 95), « la religion sainte. contient cinq degrés: celui des Maître>. M^nt les fils

de la Douceur; celui des Illuminés du Soleil (? v. p. 147, nof. 6). ce sont l(>s fils de la Science: celui des Pr^-tres, ce sont les fils de l'intelligcnr ■ : celui (les Véridiqn.-. sont les fils du secret: celui des Audileurs, ee sont les fils de IKxanien ». La formule grecque d'abjuration mentionne aus.si « tous leurs chefs, les Maîtres, les Evèques. les Prêtres, les disciples Elus ou Elues, aussi bien que les Auditeurs et leurs disciples ., (P. (;.. I. i468).

(21 Dt' Hoer., 46. Le traité manichéen de Touen' houang UKuitionne un « chef de la religion » avant les « moucho » et les « fou-to-tan » (Journ. Asiat-. i jii. p. 58i, et not. 4 de Chavannes cl Pelliot). Un autre texte chinois nous montre aussi le « roi de la religion » félicitant les Ouïgcurs, qui viennent de se rallier à ia foi dualiste {ibid., igio, p. 195); An Nadim dit, d'une façon plus précise, que les disciples de Mani obéissent à un « Imam ». ou chef suprême, que celui-ci réside actuellement à Samarkand, mais qu'en principe il devrait être à Babylone et qu'il v a tiès longtemps habité (^Flugel, Mani, p. 97. io5). Le même auteur nous fait connaître plusieurs de ces papes Manichéens (ibid., p. 97-98, 106-108). Il nous donne même une liste d'Epîlres de Mani, où sont intercalées un grand nombre de « Lettres d'Imams » (^ibid., p. io3-io5).

i> De Hcer., 46^ Cf. Agapius, Kitob al-unwan (Patrol. orient., t. V, p. 533-534) Bar-Hebraeus. Chronicon (éd. Abbeloos et Latny, 1872. I. I, p. 59-r>o) et Hist. compar. dynast. (éd. Pococke. i663, p. 62), Michel le Syrien, Chronique (éd. Chabot, 1900, p. 199). D'apu'ès Photius {Cent. M<in.. I, i4 init.) et Pierre de Sicile (Hist. Man.. iG init.), ces (( douze disriple' !> de Mani furent Sisinnius et Thomas. Bouddas et Hermas. Adamas (ou Adas) et Adimante. Hierax, Héraclide et Aphtonius, Agapius, Zarouas et Gabriabius. Cf. Form. gr. d'abjar. (P. G., I, i468). Augustin a dû connaître une liste analogue; mais un peu différente, car il identifie Addas et Adimante (supra, p. 81, not. 7). Les trois séries binaires du début s'accordent assez mal avec les deux séries ternaires qui leiu' font suite. Comme Hegemonius connaît la triade Addas, Thomas et Heimas (Act. Arch., Migne, 11, Beeson, i3). reproduite, avec quelques variantes orthographiques, par Cyrille de Jérusalem [Catech., VI, 3i inil.) et par Epiphane (Panar.. LXVI, 5'), on peut se demander si la liste primitive des douze Apôtres de Mani ne comprenait pas quatre séries de trois membres' (Voir la fin de la note suivante).

(4) De Haer., 46. Sans doute, dans la pensée des Manichéens, le Christ lui-mêne ,1 ^ -- douze Apôtres, était une image du a Troisième

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Gràcb à cette hiérarchie, la doctrine de vie progresse heureusement. Peu à peu les âmes s'affranchissent de la tyrannie du mai qui les opprime. Celles des Elus sont arrivées au terme de leur libération. Quoiqu 'encore liées à des membres grossiers, elles sav,ent déjà leur résister. Quand vient la mort, elles achèvent de s'.en débarrasser. Jamais,' dans la suite, elles n'auront à les reprendre, a La chair et le sang ne peuvent posséder le Royaume de Dieu > (I Cor. XV, 5o). Les justes rie doivent donc- pas s'attendre r> \o\v leur chair ressusciter (i). Leur âme, débarrassée de tout lieu matériel, regagne pour toujours sa première patrie. Dans son ascension, elle suit le même chemin que la substance

diAÏne arrachée aux Démons de l'air par les Vertus célestes (2). Elle est d'abord recueillie par des Anges brillants et purifiée par eux d^s dernières souillures qui .p.euvent lui rester. Puis, elle monte dans « l'air pur », jusqu'au petit luminaire. D,e là elle passe dans le soleil, qui la ramène dans son premier séjour et elle retrouve enfin le paradis perdu (3). • . -

Tous les disciples de Manichée ne prennent pas cette voie droite qui mène au ciel. Beaucoup ne mettent pas leur vie d'accord avec leurs convictions. Ils vénèrent les Elus, mais ils ne les imitent qu;e de loin. Par rapport à eux ils restent des profanes (4). Ils sont de simples catéchumènes qui ne veulent

Messager « assisté par ses douze Vertus (supra, p. m. not. 5). Pour mieux dire, il rappelait le « Père de la Lumière ». entouré, dès l'origine, par doiizo Eons (suprtu p. 97, not. 6). Ces douze Eons divins étaient répartis en quatre groupes ternaires. Or nous venons de remarquer que la liste primitive des disciples de Mani devait être également divisée en triades.

(i) (-ont. Fortitn., 19; Cont. Adim., \II. i; Cont. Faust., V, 10; \I, 3: De Haer., 46. etc. Cf. Hegemonius. Aci. Arch., 4o ; Epiphane, Hacr.. LXVI, 86; Titus de Bostra, cité par Jean Damascène, Pnrall. Rupefucald., A, LXXIII. etc.

(2) V. supra, p. 109,

(3) V. supra, p. iio. Cette ascension de l'âme est décrite avec des détails identiques, mais plus précis, chez An Naditn (Fliigc], Manî, p. 100).

(4) Solum... in plèbe sacerdotale hominum genus censeamus a carnibus abstinere debere, dit Fauste (XXX, i) en parlant des Elus et en les distinguant des .\uditeurs.

pas encore se soumettre aux exigences du baptême (i). Ils se comportent comme les foules qui allaient jadis entendre le Sauveur sans avoir Le courage de s'adjoindre au petit groupe des disciples (2). De là vient précisément le nom qu'on leur donne. On les appelle les « Auditeurs » parce qu'ils écoutent les paroles de vie sans les mettre en pratique (3).

Ils suivent cependant une certaine règle. D'abord, ils font profession de la vraie foi. Ils réservent leurs hommages à la , Majesté suprême .et ineffable du Père , à Jésus-Christ, son Fils unique ; ainsi qu'au Saint Esprit (!i). Ils adorent et ils invoquent particulièrement le Dieu du soleil et de la lune (^). Enfin ils assistent aux prières collectives .et aux fêtes solennelles de leur Eglise (6). D'autre part, ils se conforment aux prescriptions communes de l'Evangile et ils les obsen^ent aussi bien que Les rathnlirfup^. fivor qui on les confond souvent ''yV Ils mettent

I Comme Pétilien a parlé du « baptême » des Manichéens, d'après le rapport (rune'frmmo qui s'est dite leur « catéchumène », Augustin remarque <( hoc (nomino) vorari qui otiam Auditores vocantur » (Conf. lift. PrliL. III. 20). Cf. Epiphane. Huer., LXVI, b?,.

(■2) Ceci résulte de l'interprétation donnée par Adimante (Cont. Aciim. XV, j2) et par Fauste (XVI. 0, XVIII. 2) à une parole du Christ (Mntt., XV, II).

(3) Coiil Ult, Peiil., 111, 20. Le même nom se présente dans les manuscrits manichéens de Tourfan (Mûller, Handschr.. p. 3, 25, 32, 54", 85, 86, et Festfschr. W. Thomsen, p. 209) dans le Khounstouanift (VIII, 176) et dans le traité chinois publié par Chavannes et Pelliot (Journ. Asiat., 1911, p. 582). Peut-être faut-il y voir une réminiscence des textes de Paul (Bom., II, i3) et de Jacques (I, 22, 23, 25), qui distinguent celui qui « écoute « simplement la loi et celui qui la met en pratique.

(4) Secundin, Epist., i init. C'est un simple Auditeur qui parle ici. delui que met en scène le Khouastouanift (IX, 206-210) se dit tenu de rendre hommage au « Dieu Azroua » (Premier Principe), au « Dieu du Soleil et de la Lune » (le Fils, v. supra, p. 106, not. 4), et au « Dieu Puissant » (l'Esprit, v. supra, p. io5, not. 4), en même temps qu'aux (( Bourkhans » ou Messagers divins qui continuent l'œuvre de ce dernier.

(5) Augustin, Epist. , CCXXXVI, 2. L'auditeur du Khouastouanift demande pardon des' fautes qu'il a pu commettre contre a le Dieu du Soleil et de la Lune » (II, i, 8, i5, 23).

(6) C'est ce que montre l'exemple d'Augustin, qui, tout en n'étant qu'un simple Auditeur, a assisté aux unes et aux autres (Cont. Fortun., I fin.. 2 init.; Cont. Epist. Mon.. 8). 'L'Auditeur du Khouastouanift s'accuse d'y avoir quelquefois manqué (XIV, 272-292).

(7) Ln exemple de ce genre nous est donné dans la lettre CCXXXVI 4'Augustin, qui dénonce dans un sous-diacre catholique un Auditeur manichéen. Saint Léon se plaint également que les Manichéens de Rome

ESCHATOLOGIE iMANIGHÉENNE lol

même en pratique certains préceptes, particulièrement importants, de Manichée. Les Elus exhortent chacun d'eux à renoncer aux plaisirs, aux honneurs, aux richesses; à toutes les trompeuses .espérances du monde qui rendent l'âme esclave de la matière (i). Us les pressent de s'engager dans le chemin qui mène au ciel, pour pouvoir un jour le suivre jusqu'au bout, de s'entraîner dans la pratique du sacrifice afin d'arriver à vaincre leurs passions (2). Or ces conseils sont loin de rester sans effet.

Fn ce qui concerne le hceau du sein, les Auditeurs ne se se/îtent })as le courage de renoncer complètement aux plaisirs sexuels. Ahiis, tout en cédant aux entraînements d,e la concupiscence, "ds .>"eirorcent d'en limiter le plus possible les effets pernicieux. Ils n'ont qu'une seule femme (3). Ils évitent, avec \u> 1res trand soin, de procréer des enfants qui hériteraient de leurs misères (4). Sans doute, ils violent le sceau de la bouche. Comme les gens du monde, ils mangent de la chair et ils boivent du vin. Ils n'en pratiquent pas moins', à certains jours, une abstinence très sévère. C'est ainsi qu'ils ont coutume de jeûner tous les dimanches en l'honneur du Seigneur (6). Ils respectent très peu le sceau de la main. Beaucoup d'entre eux ne se font aucun scrupule de participer aux fonctions publiques et d'aspirer aux honneurs. Ils ont des propriétés, que souvent ils cherchent à accroître. Us moissonnent et ils A-.en-

-(• ili<~iniiilinl ii;iiiiii les Catholiques, a.'Jsistent à leurs assemblées religioiiscs et rommuni(>nt même au corps du Christ sans oser cependant communier à son sang (Serm., XLII, 5).

(O C'est ce qu'ils ont fait pour Augustin, selon son propre témoignage (De ulil. crcd.. 3). Cf. Cont. Faust., V, 10.

(2) Ouod videlicet tanquam moliora et maiora praecepta ob.servare non possinf quae observantur ab Elcctis (Cont. Utt. Petit., III, 20).

(3) Augustin, pendant ses neuf années de foi manicliéennc, a gardé avec sa concubine la a foi conjugale » (Conf., IV, 2). D'après Birouni, Mani prescrivait aux Auditeurs de se contenter d'une seule épouse (Kessler, MfinJ. p. 3if))-

(4) De mor. Man.. (15. cité plus haut, p. i^o, et Conl. Faust., XV, 7: cf. XX, 23.

(5) Cont. Faust.. XX, aS.

(6) Epist., CCXXXVI. 2. L'Auditeur du Khouastouanifl s'accuse de n'avoir peut-être pas fait ses jeûnes comme il le devait, chaque dimanclic, « en accord avec la Loi et le Rituel » (XII, 2/i4-258). Cf. .'\n Xadim (Fiugel, Mani, p. 97, supra, p. i3i. not. 2).

dangent (i). Quelques-uns n'hésitent même pas à exercer la profession si malfaisante des bouchers (2). Seulement ils mettent à profit les libertés qu'ils s'octroient indûment pour subvenir aux besoins des saints, avec qui ils partagent, soit en nature, soit en argent, le fruit de leur travail (3).

En faisant part à ces hommes de Dieu des aliments qu'ils se sont procurés, ils contribuent à la libération des bons éléments qui s'y trouvent cachés. Par là ils compensent très opportunément le mal qu'ils s'obstinent à faire et ils méritent le pardon de leurs fautes (4)- Au contraire, s'ils procuraient le moindre comestible à des gens qui vivent en dehors de la vraie foi, ils se rendraient coupables d'un véritable sacrilège, puisqu'ils feraient ainsi retomber une partie de la substance divine sous l'empire du Démon. Aussi, quand ils rencontrent un indigent qui n'appartient point à leur religion, ils se gardent bien de rien lui donner qui puisse se consommer. Ils croiraient commettre une faute très grave en lui offrant même un morceau de pain (^). Ils se contentent de lui remettre, par pitié, quelques

(i) Cont. FousL, W, ■?:>,. Cf. Dr mor. Mon., 62.

(3) De mor. Mon., ôi-fia.

(3) De mor. .!/«/)., Tm inil., (h ]in.; Cont. Fousl., XX^, ô. Cf. Epiphanc, Haer, LXVI, 53. D'après Sharasfàni (trafl. Haarbriickcr, I, 290), « Mani imposa à ses disciples comme loi la dîme des biens ». L'auditeur du Khonnslouanift s'accuse de n'avoir peut-être pas a donné exactement les sept sortes d'aumônes pour la Loi pure » (XL iiaa-aaS cf. 232, 233). Parmi les Epîlres manicli(''ennes que signale An Nadim (Flûgel, Mani, p. io3-io5), la 27® et la 44^ portent « sur la dîme », la 62® « sur les quatre sortes de dîmes », la 62® sur la dîme et les différentes sortes d'aumônes ».

|4) De mor. Man., (ji inil.. G.', fin.; Cont. Faust., VI, 4; XXX, 5; De Haer., 46. Saint Ephrcm nous montre, de même, les Elus mendiant leur pain quotidien et remettant, en retour, les péchés (Kessler, Mani, p. 3oi-3o2). L'Auditeur du Khouastouanift dit aussi : « Il était prescrit de prier chaque jour Dieu, la Loi et les purs Elus de nous purifier de nos péchés et de nos offenses » (XIII, 261-265). Le traité chinois publié par Chavanncs et PcUiot dit encore, en parlant des « Dênâvars » ou des Elus : c( Leur cœur uniforme est en harmonie (avec celui d 'autrui) ; à cause de cette harmonie, les aumônes qu'ils reçoivent, ils en font une œuvre méritoire à l'usage de tous ». (Journ. Asiat., iqh, p- 082). Cette pratique a été comparée avec l'aison, quoique non sans exagération, à celle des indulgences chrétiennes (V. F. V. de Wegnern, Manichaeorum indulgentiae cum brevi totius Manichaeismi adumbratione, Lipsiae, 1827).

(5) De mor. Man.. Sa, 53 init. La formule grecque d'abjuration maudit « ceux qui font profession d'inhumanité et ne permettent pas qu'on donne quelque chose aux pauvres » (P. G., I, i4G5). Théodore

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piècjes de monnaie, qui, tout en lui permettant d'acheter la nourriture indispensable, ne peuvent passer directement en sa substance pécheresse (i). Par contre, ils apportent des \ ivres surabondants à tous les justes (2). Puis, une fois leur offrande accomplie, ils s'inclinent respectueusement devant ces saintes gens, à qui ils demandent de leur imposer les mains et de prier j^our eux (3).

En somme, les Auditeurs sont bien inférieurs aux Elus. Aussi, quand ils moinront, ils n'auront pas le même sort. Ils n'iront pas tout droit au ciel, en secouant pour toujours les liens charnels. Ils resteront, au contraire ici-bas pour souffrir encore dans quelque nouveau corps (4). Mais, s'ils se sont toujours bien com-

li;ir Mi(')ni. l'ai^iiiil s;iiis doiiti' allusion an nii'Tiir' .<^ricf. h'iir rt'proclic (ITtri' (( san< \n(i('- n (Pognon, op. cil., p. iSj). I^'Andilenr du Khourif;- Unumift s'accuse d'avoir penl-ètrc donné la substance lumineuse des cinq bons éléments, qui devait retoinner vers le ciel, « à des hommes de mauvaise pensée et de mauvaise vie », <>t « de l'avoir ainsi dispersée et dissipée et en\o\ée dans un marnais lieu » (\I, 23.i-243).

(i) r.ensitis tamen propler misericordiam... nummos dari, dil Augustin (De mar. Man., 53). Ce trait, qui, venant d'un adversaire, doit être exact, montre que les Manicliéens n'étaient pas dépourvus de pitié, comme le leur reprochent les textes chrétiens cités dans la note précédente. Cependant, il est curieux de con.stater que Fauste, passant, par deux fois, en revue les béatitudes évangéliques (Matl., V. S-ia). omet, dans les deux cas, celle qui concerne les gens « miséricordieux » (Cont. Finist., V, I. 3V Ou peut noter aussi que le traité chinois public par Cliavannes et Peiliot t'it en parlant des disciples de Mani qui sont ariivé'S au dernier teinie de leur perfectionnement spirituel: a S'ils A oient que des laïques qui ne sont pas des adeptes de la religion subissent ({uelque dommage i^y\ éprouvent des chagrins, leur cœur ne s'en afflige pas » {Journ. Asiat.. ion. P- 583).

(a) Tam multa danlur ut consumi facile a paucis non possini, dit Augustin (De mor. Mon., ôa). Ceci montre la ferveur des laïques manichéens qu'a connus Augustin. Le fragment chinois publié par Chavannes et Peiliot suppose des Auditeurs moins zélés, car il dit en parlant des Elus: a Si personne ne leur fait l'aumône, ils vont mendier pour subvenir (à leurs besoins) » (Jauni. Asiat., igiS, p. 112).

>3) Epist., CCXXXYI, 2. l-c Manichéen Turbo dit à ce même sujet, d'une façon plus précise, dans les Acta Archelai, 10: « Ce qu'il y a de meilleur dans les aliments doit être donné aux Elus, Quand (ceux-ci) veulent manger du pain, ils commencent par prier et par dire à ce pain : Ce n'est pas moi qui t'ai semé, moulu, pétiï et mis au four; c'est un autre qui l'a fait et t"a porté à moi; je te mange innocemment. Ayant dit cela en soi-même, (chacun d'eux) répond à celui qui l'a porté: J'ai prié pour toi. Et là-dessus ce dernier se relire, » Cf, Cyrille de Jérusalem, Catecli., VI, 32, et Epiphane, Haer., LXVI, 28 et 53.

(-Il Cont. Faust., V, 10; De Haer., 46- Cf. Secundin, Episl. ad Aug., 5 ]"m. : Desine, quaeso utero includere Ghristum, ne ipse rursum utero

portés, s'ils ont fidèlement suivi les conseils des saints, ils seront appelés à mener désormais la vie de ces derniers (i). S'ils ont fait preuve d.e quelque négligence, ils seront moins bien traités. Ils passeront dans une plante ou dans un arbre, et ils continueront d'entendre et de comprendre la parole de Dieu, mais sans faire le moindre mouvement qui leur permettrait de la mettre en pratique. Ne pouvant se libérer eux-mêmes, ils attendront que le cours fatal de leurs métamorphoses fasse d'eux la nourriture d'un Elu (2). Leur châtiment serait encore plus sévère, s'ils allai(>iil se perdre dans l'organisme corrompu d'un animal, car ils no sauraient plus servir d'aliment à un saint. Tel est le sort qui attend les pécheurs endurcis (3). Ils iront animer le corps (le dixeises hèles, tout au moins des plus grandes, de celles qui ont été engendrées, comme eux, par les Démons (Z|V En soinnio, chacun sera puni selon la gravité de ses fautes.

Tous les gens de mau\ai>e \ie ne sont pas également coupables. Certains pèchent par ignorance, d'autres par imprudence, d'autres par pure malice ''âV

ronrhidaris. La iiirnn- idée est développée très longuement et sous une forme Irè^ appiirriili'e au Tîouddhisme dans l'exposé manicliéen de Turbo donné pai llc^'-cmofiius (le/. Arcli., 9). Cf. Cyrille de Jérusalem, CuU'cli., VI. '.U. cl Kpiphanc. H<ut., LXVI, 28 et 55. Elle reparait non scui(;niciil dans un cfilain nombre d'autres textes ehréfiens qui dépendent des Achi Arrlu-lai. mais eneoie dans le traité chinois de Touen-houang publié par Cliaxannes et Pelliot, (Jonm. As'uit., 1911, p. 532-533). D'après Birouni. Mani l'a cnscifrué tui-mème : « Banni de l'Eransliar, il alla dans l'Inde, apprit des Hindous la métempsyehose, et la transporta <lans son propre système ». L'historien arabe cite même une phrase du liyrc des Mystères qui. de fait, la suppose (India. trad. Ed. Sachau, I, 54-55).

(i) Coitt. lùmsl., V. 10: De Hoer., 40.

(2) De mor. Man., 55. Cf. Act. Arc.h., 9.

(3) De Haer., 40 ; Cont. Adim., XII, 1-2; Cont. Faust., XX, 20 fin. Cf. .4c/. .4rc/i.. 9.

(4) Coiil. Adin}.. XII, 2. V. supra, p. ii4. Cf. Epiphanc, Haer., LXVI, 9 inil.

(5) Celte distinction, qui sera plus tard très familière à Augustin (voir par exemple son De diversis quaeslionibus LXXXIII, quaest. XXVI),

ESCHATOLOGIE MANFCIfÉENNE 155

Les piemi.eis ne se sont engagés dans la voie des Ténèbres que parce qu'ils n'en connaissaient poinl d'autre. Qu'on leur montre le bon chemin. Aussitôt ils le suivront et ils regretteront leur conduite passée. Ceux-là méritent une giande indulgence. Du jour où ils se convertiront, ils obtiendront le pardon de leurs fautes (i).

D'autres ont été instruits de leur origine, de leur nature propre et de leur destinée. Ils ont compris que leur àme, issue de Dieu, est spirituelle par essence et doit lutter contre la chair et le démon. Mais ils se sont laissé vaincre par leur ennemi, au lieu de le dompter. Leur responsabilité est donc beaucoup plus grande. Cependant, s'ils se repentent, ils obtiendront encore le pardon. L'indulgence est toujours offeite au repentir. L'Eglise manichéenne ne s'indigne pas contre les égarés qui reviennent à elle après l'avoir (juittée. Elle ne leur reproche point leur conduite passée. Elle les accueille plutôt avec une miséricorde inlassable. Le Clirisf hii a donné le (( pouvoir de lier et de délier » (Matf. WIII, i8) et il lui a appris qu'on ne doit pas pardonner seulement sept fois mais septante fois sept fois (Matt. XVIII, 21-23) (2).

Malheureusement, il y a des gens qui se complaisent dans leurs péchés, qui, bien loin d'en faire pénitence, ne cessent point d'en augmenter le nombre. Pour eux il ne peut y avoir de pardon (3). Le message évangélique, qui aurait pu Les sauver, comme tant d'autres, n'aura servi qu'à consommer leur perte. C'est à leur sujet (pie le Sauveur a dit : (( Si j,<^ n'étais pas venu et si je n'avais point parlé, ils n'auraient point de péché ; mais, parce que je suis venu, que j'ai parlé et qu'ils n'ont pas voulu

est t;iilc rxprcssrninil par Fauslc idinl. Fausl., WXII, 7), an sujet des; onciir< que ((inliciil ri^xanfrilo. Elle se icliouvc longnomont (li'velopp(''p dans un pa^a'jv de .*<r.iindin (EphL, -2), que j'utitiso dans la suite du l.'xle.

(i) Seciitidiii, Kiiisl.. ■> 'mil.

frî) Se:-iiiidiii. EpisL, :>. cl 5. Cf. Conl. Adlin.. VII. i. l.e pieniier (le ces textes est appliqué, avec plusieurs antres du même penre, à fFii:lise nianiehéenne, dans l'altoeution prétiniinniic au Consolnmeninm d'un <{ Rituel calhare » publié par Léon (^lédat (Le Nonvean Tcsltiitiant Iradiiil nii \\\f kii-cli' en langue provençale, suivi cVun rituel ^calhare, Paris. 1SS7. in-S", p. wu-wni).

\ôi) ."^ecimdin. Iipist., 2.

croire .en moi, ils n'ont aucune excuse » (Joan. W , 29.) (i). Aussi encourront-ils les pires châtiments.

Tous nous devons paraître devant le tribunal du Christ, pour rendre compte de nos actes (Rom. XIV, 12) (2). A.u dernier jour, le souverain Juge siégera au milieu du monde. Il enverra ses Anges à l'Orient et à l'Occident, au Nord et au Midi, et il assemblera les nations, pour faire le triage des bons et des méchants. Alors ceux-ci prendront place à sa gauche et ils s'entendront adresser ce verdict redoutable : « Retirez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour Satan et pour ses anges » {Mail. XXV, 3i-/|6) (3). Personne n'implorera pour eux la clémence divine. Manichée, qu'ils n'auront point écouté, n'entendra pas leur voix (4). Comme les vierges folles qui n'ont point «ilteiulu l'arrixée de l'époux, ils seront exclus de la salle des noces (Mali. XXV, 12). Comme l'invité qui s'était rendu au l'eslin nuptial a\ec un iial)it tioii-, ils se verront jetés dans l(>s (, truèbres extérieures, où il y a dps pleurs et des grincenicnls (le (ionts » (Mali. XXIT, ir-i3) (5). Chassés du Royaume de [)i('u ih ippartiendront désormais à celui du Démon. Car ce sont ce=î deux empires opposés que représentent la « droite » et la (( gauche », le « dedans » et le « dehors », le « Venez » et le <i Relir.ez-vous » de l'Evangile (0).

La séparation finale des bons et d.es méchants ne s'opérera qu'après un temps très long. Les âmes qui se sont attachées pour toujours aux Puissanjes mauvaises n'iront partager avec

(i) C.onl. h'arl.. ■>!.

(2) ScruiidiiK EphL. W \ Coiil. Forliin.. îo. Cf. Acl. Arch., ?>9. : a Arrlicliuis : (t Qu'il dise s'il y ;i un jiiircmcnl des justes cl dos prclifurs » — Mani's : « Ce juf.''i'mcid cxislc ».

3) .'<!cuii(liii. Ej)\sl.. ■>. ," cin-. nA'd.: Conl. FcHc. Tt. ?.. Plusieurs t\c-^ fi;iirni(tds nianiclu'ciis de Touifan niddirs par Midier (Handschr., p. ii-i")) (IrciiM'iil tout au tonp la même scène évangéiiquc.

(\) SccuiK'i!!. Kpisl.. ■>. Cv texte donne à penser que les Manichéens faisnciil jouer à Mani cl à d'autres BienlieiU(>ux. dans le grand drame du .luiii'nienl demi r. un rôle d'intercesseur assez seml)]able à celui que la ni\lliolotrie chrétienne attribue à ses saints.

(5) Secundin. Kpist., ■>. Chez Hegemonius, Mânes irii-mème rappelle à Aiehelau- « le feu de la o-i'iienue, les ténèbres exléiieures et les larmes » (.4c/. .Arclu. i!i)-

(iV) Secundin, Epist.. T. ///(. Dans le passage des Acia Arcliehd qui \ien1 d'élre cité à !a note précédente, Mânes rattache aussi le paradis et l'enfei' é\an<^éliques aux deux Royaumes éternels du Bien et du Mal.

ESCHATOI.OGTE MAMCHÉENNE 137

elles les peines de l'enfer que lorsque celles qui se sont vouées à Dieu auront fait pour toujours leur entrée dans le ciel. Or ces dernières n'avancent que lentement et au piiv de difficultés sans cesse renaissantes. Les Elus eux-mêmes en laissent échapper certaines parties qui vont reprendre à travers le monde leur existence errante. Il en subsiste quelques débris jusque dans les déchets de l'organisme. Des perles restent cachées dans le plus vil fumier (i). Peu à peu, cependant, les parcelles lumineuses simplement égarées au milieu des ténèbres suivent la voie qui leur a été tracée par leur divin ordonnateur et reviennent aux lieux d'où elles sont parties. Si quelques-unes ne peuvent se dégager spontanément, elles se sauveront à la dernière heure en passant par le feu purificateur de la justice divine (2).

En effet, le monde finira par un immense embrasement, d'oij les âmes justes pourront seules sortir (3). Le puissant Eon qui le tient suspendu par le sommet, et le géant Atlas qui en supporte les fondements s'écarteront de lui et le laisseront tomber dans l'abîme (h). Alors apparaîtra un globe de feu immense .et terrifiant (5). A l'inférieur seront désormais enfermés les Démons.

(0 Cotil. FmisL. U. 5: VI. S.

(2) Cnnl. Fciisf.. II. 5. D'aprè? kn Nadim. au ilciiiicr jour. « TAuge cliaiijv (le porliT la Icric se dirige vers la hautour et l'autre Ange cesse dr linr \r cir! aprrs lui; alors ce qu'il y a de supérieur se mélange avec, ce cpi'il y a d'inft'iiciu', un feu éclate et se répand dans ces matières, jusqu'à ce que la î.nmicrc qui y est répandue soit rendue à la liberté » (Fliigcl, Maiil. p. 90). Cf. Sliarastâni, trad. Ttaarbri'ickcr. I, 289-290. Le Alauichécn Turbo dit de même dans les Actn Arclielai, 11: « Alors l'Homopliore rejette la terre et ainsi le grand feu est déchaîné et il embrase le monde i-ntier ». Cf. Epipliane, Hnrr.. LXVI, 3i, 58. Un des fragmeni-; nianieliéens de Tourfan publiés par Midler (HaïKlfclir., p. 17- 19) décrit la même scène.

(3) Post lonllagrationem mundi, dit Augustin, en parlant des derniers temps {De Hncr.. /i6). Cf. Alex, de Lycop.. 12, 2X1. D'après An Nadim (Fliigel. Man'i, p. 90). Sliarastâni ftrad. Haarbriicker, I. 290) et un fragment manichéen de Tourfan (Miiller. Hnndsrhr.. p. 19), cet incendie dure I /|G8 ans. Il n'est donc pas à confondre avec le feu de l'enfef (jiii doit durer toujoiu's. ♦

(V) Augustin fait allusion à cette scène finale dans un texte très vague du C.itiili'd F<iiisliu)i (\\. 9; v. sapra, p. 107, nof. 5, et 108, not. i), qui s'explique et se précise pai des textes analogues cités dans les deux notes piécé'denles.

(ô) De Hdi'f.. liC) fin. Titus de Bostra (I, 3o cire. med.. 3i init.) parle aussi du (c globe » de feu dans lequel à la fin des temps, la matière, désormais réduite à l'impuissance, sera brûlée. Mani lui-même le mentionne, dans un texte cilé par Augustin (De nui. bon., f^\>) et par Evode (De fid. conl. M<tn., 5).

Sur la partie supérieure se tiendront les aines des pécheurs endurcis. Elles formeront comme le couvercle de cette immense chaudière (i). Ainsi, elles ne se mêleront pas aux Princes des Ténèbres. Elles se tiendront plutôt au-dessus d'eux pour leur fermer l'accès des régions lumineuses et les empêcher d'en troubler l'harmonie (2). Telle sera leur destinée éternelle (3). Et le Royaume de Dieu s'étendra brillant et glorieux, comme à l'origine, sans avoir plus à redouter aucune incursion des cohortes du Diable. L'ordre premier sera rétabli entièrement et pour toujours (Z|).

(i) De HdiT.. fiC), fin. Titus de Boslra (1. .'ir iiiit.) expose d'une manière plus \a,2nii que, d'après Manès, 1(^s ùmes péehei-esses seront « fixées dans le alobe avec le Mal ». Dans le texte de Alani, eilé par Auousiin (Dr uni. bon., 42) et par Evode (De fui. roui. M<m.. o\. nous lisons qu'elles seront « clouées sur cet horrible globe ».

(3) Cnnl. Fel.. II, 16 inlt. Cette remarque explique eonimenl iTautres textes donnent à entendre que finalement toutes les Ames seront sauvées. Ainsi, dans le Coiilra Forlunolutn. 33, Forinnal dil à An^nislin : <( In contraria nahira esse animam diximus ni eoidrariae naluiar modnm imponeret : modo imposito contrariae nalurae sumif eamdem Deus. Ipse iiiiin (li\il : Polcstatem habco ponendi animam meam et potcslatem sumendi eam {.lotm., X, 18). De même, dans les Acta Archelai, 26, Mânes dit à Arclielaus : « Salvabilur omne animarum genus ac restifuetur quod perierat proprio suo gregi. » D'après Bar-Hebraeus, Mani enseignait que (( la matière sera insensiblement privée de tout vestige du Bien » (H(.s/. cunipend. dynast., p. 82). Enfin, dans le texte de Mani cité par Augustin {Dn mil. bon., /»2) et par Evode (De fid. conl. M<in.. f)) nous lisons que les âmes pécheresses doivent « monter la garde » près des démons captifs.

(3) In eareere sempilerno ^De. Huer., /(G jin.). Turbo dil aussi en propres termes que <c les âmes des pécheurs seront enchaînées pour l'éternité » (Act. Arch., 11). La même idée, sans être aussi nettement affirmée, est clairement supposée par le texte de Mani cité plus haut, comme aussi par d'avdres affirmations de Secundin (Epist., 2) et de Félix (Cont. Fel, II, i5).

(/i) Conl. Foiian., 33, 35. Cf. Ilegemonius, Acl. Arcii., 11 ; Epiphane, Haer.. LXVI, 3i, 58.

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