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CHAPITRE DEUXIÈME

' Le Judaïsme s'exprime officiellement dans l'Ancien Testament, dit le jeune Auditeur de Carthage formé à l'école d& Mani et d'Addas. Or ce recueil d'Ecritures qui se donne comme dicté par Dieu ne peut avoir été inspiré que par un Prince des Ténèbres, ennemi-né de la Lumière (i). Pour nous en convaincre nous n'avons qu'à le considérer soit en lui-même, c'està-dire dans sa dogmatique et sa morale, soit par rapport au Christianisme, en d'autres termes, dans son Messianisme.

Tout d'abord, le Dieu des Juifs se présente à nous sous un bien mauvais jour à travers tous ces écrits qu'on nous donne comme dictés par lui (2). Dès le début de la Genèse, il apparaît étrangement fantasque : « Au commencement, lisons-nous, il créa le ciel et la terre » (Gen. I, i). Avant ce commencement, introduit d'une façon si brusque et si mystérieuse, que faisait- il donc et par quel caprice a-t-il voulu agir à tel moment précis

i) Conf., III, i4 fin.: Reprelicndcbam caecus pio? paires. Cf. ibid., V, 21 ; De Gen. cont. Man., I, 2 ; Epist., CCXXXVI, 2 ; Cont. advers. leg. et prophet., I, i ; Cont .duas Utt. Pelag., I, ^2 ; III, 25; IV, 3; De Haer., ^6, etc. La mémo doctrine est attribuée aux Manichéens par un grand nombre d'autres témoins, notamment par Ilegemonius {Act. Arch., ii, i3, ho), Epiphane (Haer., LXVI, 3i, 57), Titus de Bostra (III, Prolog.), l'Ambrosiaster {In Epist. ad Cor. i^™, I, 2), Saint Léon (Serm., IX, à) Photius (Cont. Mon., 1 8, et Bibl., Cod., CLXXIX).

(2) De util, cred., 36.

plutôt qu'à tel autre (i) ? Comment a-t-il pu produire non seulement le ciel mais encore la terre, puisque celle-ci existait déjà (( invisible et informe » {Gen. 1, 2) ? (2). Mais lisons ce qui suit : « Les Ténèbres étaient au-dessus de l'abîme et l'Esprit divin était porté sur les eaux » {Gen. I, 2). Comme l'Esprit divin était en belle posture sur ces eaux qui le portaient (3) ! Où donc Dieu lui-mênxe se trouvait-il alors, sinon dans les Ténèbres qui couvraient tout l'abîme ? (4). Sans nous demander d'où venaient ces deux choses, dont on ne nous dit pas qu'il les ait auparavant produites (5), voyons-le- créant d'abord la Lumière. Après l'avoir t'ait apparaître, on ne sait d'où, il la trouve bonne et il s'extasie à sa vue, comme quelqu'un qui n'en avait pas auparavant la moindre idée (Gen. I, 4) (6). Il établit alors le jour. Seulement, par un caprice inconcevable, il le fait commencer non par le matin mais par le soir (Gen. I, 5) (7). Plus tard, il ordonne que toutes les eaux se réunissent en un seul lieu (Gen. I, 9). Si tout en était plein, comment pouvait-il les réunir en un même endroit ? (8). D'après le même texte, il fait pousser ensuite « les plantes alimentaires et les arbres fruitiers » (Gen. I, 11-12). N'est-ce pas lui qui, d'après l'ensemble du récit, a fait germer aussi cette multitude de plantes nuisibles et d'arbres stériles qui nous entourent ? (9). Il attend jusqu'au quatrième jour pour créer le soleil (Gen. I, i4-i8), comme si ce n'était pas cet astre qui, par son apparition et sa disparition régulières , produit la succession des journées et des nuits. Et il l'établit, avec la lune et les étoiles, pour distinguer les temps (Gen. I, i4), comme si le récit qui précède ne supposait point (ju'une distinction de ce genre avait déjà eu lieu (10).

(i) De Gen. rov.i. Mnn.. I. 3. Cf. Jean Damascènf. Dial. eoitt. Mon.,

'3) De Gen. coiil. M<:ii.. I. 5. Cf. Conl. Felir.. I, 17, snpni, p. 96.

(3) De. Gen. conf.. Mon.. I. S. Cf. Evodiiis : Rabidi fciimini in id

quod sciiptuni est: Spirilus Dci fri(l)aliii- super aquas (De fid. cont.

Mnn.. 3(1).

('1) De (.en. mnl. Mon.. I. t".. Cf. Cunf. Fniisl.. \XII, 4.

(5) De Gen. conl. Man.. T. 7, 9.

(6) De Gen. conl. Mnn.. I. i3. Cf. Coiit. FniisL. WIT, 4.

(7) De Gen. conf. Man.. T, 16.

(8) De Gen. eont. Mnn.. I, iS.

(9) De Gen. eonl. Mnn.. T, tq.

10) De Gen. eont. Miin., I, 20-21.

176 l'ÉVOLLTIOX intellectuelle de SA.r.\T AUGUSTIN

Aussitôt après, il ordonne « que les eaux engendrent des reptiles à l'âme vivante et des volatiles volant sur la terre sous le firmament céleste » (Gen. I, 20). Peut-on concevoir une idée plus étrange que celle de tirer de la masse aquatique non. seulement les reptiles mais les oiseaux eux-mêmes P (i). Le jour suivant, il fait produire à la terre tous les quadrupèdjes, les serpents et les autres animaux qui nous entourent (Ge/i. I, 24-25). Quel besoin avait-il donc d'appeler à la vie tant d'êtres nuisibles ? (2). Il couronne tout ce beau travail en faisant l'homme (( à son image et à sa ressemblance » et en lui donnant tout pouvoir « sur les poissons de la mer et les oiseaux du ciel, sur les bêtes sauvages .et domestiques, sur la terre entière et les reptiles qui y rampent » (Gen. I, 2G). Ce pouvoir dont il nous a gratifiés est vraiment bien précaire (3). D'autre part, si nous avons été faits « à son image et à sa ressemblance », nous devons admettre chez hii un nv/., une bouche, une barbe et même des viscères. Combien une telle idée' serait ridicule, si elle n'était blaspliématoire ! Combien est plaisant un j)areil ]3ieu Cl) ! On comprend que, fatigué par son grand ouvrage, dont la beauté d'ailleurs l'émerveillait {Gen. I, 3i), il ait senti le besoin de se reposer {Gen. II, 2), pour jouir désormais sans fatigue de ce magnifique spectacle (5).

Mais le Créateur nous réserve encore d'autres surprises. Voyez-le formant l'homme avec un peu de boue {Gen. II, 7). Pour faire une œuvre si noble, qui devait lui ressembler si bien, ne pouvait-il donc pas trouver une matière plus convenable ■' (T)i. Pourquoi a-t-il donné le jour à un pécheur ? Pourquoi lui a-t-il accordé le ponvr)ir de pécher .•• Si la faute originelle' 1 été provoquée par la première femme, pourquoi a-t-il

II) De Gen. cont. Mnn., I, 2^. La version des Manichéens et celle d'Aun-ustiii portniont : Eiirinnf iiqu.if rcplilia animarum vivarum ot volalili:i ^olaiitia super tci'iam siil) (irniarncnlo cacli.

(9.) De Gen. conl. M'in.. I, :>.5.

i3) De Gen. cont. Mcn.. I, 29.

(4) De Gen. cont. Mon.. I. 27. Istam maxime quacsiionem soient Maniehnfi lotpiariter apitare et insnltare nohis quofl dicamns hominem faclum ad imagincm et similitudinem Dei. Cf. Anastase le Sinaïto : Odegcs, XIV (P. G.. LXXXIX. 256).

(ô) De Gen. cont. Mon., I. 33. Cf. Act. Arch., 3i init.

(6) De Gen. cont. Mnn., II, 8.

mis lellc-ci à côlé de riiomme ? Si la cause iniliale ou revient au serpent, pourquoi la-l-il créé ? A-t-il pensé l'aire, en lui donnant la vie, une œuvre bonne ? (i). En fait, le texte de la Genèse donne bien à penser que Dieu ne s'est pas rendu un compte bien exact des conséquences de son acte. 11 ne prévoyait évidemment pas qu'Adam lui désobéirait, quand il lui confiait la garde et la culture du paradis ((len. II, i5 ; 111, \-S). El il ne savait pas que ce même Adam lui avait déjà désobéi, quand il l'appelait, à travers le jardin, dans un coin duquel le coupable était allé caclier sa honte avec sa nudité {(îen. TII, (j-ii). Pourtpioi u'a-l-il pas voulu lui permettre de porter la main sur 1 ;u]>re de \ie ■'. Par crainte de le voir en manger les fruits et vivre éternellement comme lui-nièm'é (Gen. III, 22). Le voilà donc sujel à l'envie de même qu'à la peur (2). A la jalousie, il joint l'amour du sang et la gloutonnerie, car il veut qu'on lui immole de nombreuses victimes et qu'on lui en réserve la graisse (A.cr//. l-\ il ; Exod. XXXIV, iZi-iT), etc.) (3). Il est d'un nature] tout à lait irascible {Deu.t. XXIX, 24, etc.) ne se fâchant pas seulement contre les étrangers {Exod. XV, 7, etc.) mais contre s.es sujets les plus fidèles (Exod. IV, i4, etc.). Or il est teirihle dans sa colèie. Dans le déluge il détruit tous les êtres viAants, à l'exception des quelques privilégiés qui ont trouvé place dans l'an lie (Geu. VIT, i-/^). Plus tard, il fait périr des milliers d'hommes pour des fautes légères, parfois même pour rien (II Sam. XXIV, i5). Bien plus, il menace de venir avec un glaive et de n'épargner personne, ni juste, ni pécheur (Ezech. XXT, 3) (.'i). ,Tus(jne dans ses amitiés, il piatique l'exclusivisme

11) Df (h'ii. cniil. Mdit.. TI, f]:>.. Titus (le Bostra CTIT. Prol.) fito un t"xt(' m;uii(l!(''('n oTi une critique analonfuc se trouve formulée. Cf. Jean Dnmfi cèir'. Dinl. cnut. Alan.. ?i\. fiS-^jo.

(a) Coril. Fcissl., WII. ^|. Cette dernière eriticpie <e retrouve dans le texte niaiiirlii'cii eih'- par Titus (te IJostra, dont ])arle la note précédente.

(?>) Coiil, Finisl.. WII, '1. Dans les Acla Arrhelni, 1,1. Mânes dit que les F.erilur-es jiit\es font de Dieu un « nianireur de eliair et de "sang ».

Ci) Ciuil. lùuisl.. WII. i Tilus de Bosira flll, iS) dit que les Manichéens u rejiroclient à l'ancienne T.rii d'èlre dure el cruelle » et qu'ils invoquent, en particulier, l'exemple d'I^lie, faisant descendre le feu (In ci"! sur des soldats envoyys à sa poursuite (II Rois I, 10), et celui d't'iisée, lâchant deux ours contre des enfants qui se sont moqués de lui (Il Rois FI, :','i)- .lean Damascène ajoute qu'ils critiquent les ruines accumulées par Dieu lui-même dans le déluge, dans l'incendie de Sodome et dans !<■ p;issage de la nier Rouge (Dial. cont. Man., fii).

178 L'É\OLLi.0N INTELLECTUELLE DE SAINT AUGUSTIN

le plus étrange. 11 dépouille les Egyptiens pour enrichir les entants d'Israël (Ëxod. XI, 2) (i). Lui-même s'appelle à diverses reprises le (( Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob », comme s'il craignait qu'on ne le confondît avec d'autres divinités et que les prières de ses fidèles ne fissent naufrage sans cette indication précieuse. Il ne se réclame pas d'Enoch, de Noé, de Sem, ou de quelque autre juste incirconcis, mais seulement des patriarches du Judaïsme, de ceux qui ont eu part à la circoncision. Il ne reconnaît pour ses fidèles que ceux dont l'organe viril a subi une mutilation honteuse. Ainsi, non seulement sa providence est limitée à un très petit nombre d'hommes, fort arbitrairement choisis, mais encore, dans les rapports qu'il entretient ;ivec eux, il affiche la plus déplorable obscénité (2). N'at-il pas montré, dès le début, au premier couple humain, combien il aimait le commerce charnel, lorsqu'il leur a donné ce singulier précepte, qui n"a été que trop suivi : « Croissez et multipliez-vous » (Gen. I, 28) (3).

Ses favoris sont bien dignes de lui. Voici d'abord Abraham, ce vieil éhonté, que nous entendons dire un jour à son esclave : « Mets ta main sous ma cuisse » (Gen. XXIV, 2) (4)- Il est tellement pressé de so donner la postérité dont la promesse lui a

''il Cont. Faust.. \XfT. ô. cire. fin. D'après Epinlin no (Hner., LXVI. 8r>). Mancs disait à ce propos : « Voilà un Dieu parfait ! Il a dopouillé 1rs E,irypli(>ns. il a rhasso les Amorrhéens, les Ccrsfrs'.'ens ot los aiitros nations et il a donné leur terro aux fils d'Israël. Lui qui a dit : « Tu n'auras pas âc ronvoitiso » {ExrxL. XX, 17). pourquoi leur a-t-il donné le bien d'autrui .■' » La même critique ne se lit pas dans nos textes latins. Mais elle devait être faite par les Manichéens d'Afrique. Augustin s'appliquera phis tard, avec un très grand soin, à la réfuter, sans doute parce qu'il l'a entendu très souvent formuler chez eux.

(31 Cont. Faust.. XXV. i. D'après Epiphane, Haer.. LXVI, 70, Manès dit en paiiani du Dieu de l'Ancien Testament : « Dt^ lui viennent les mauvni* désirs, de lui viennent les meurtres et tous les autres crimes, car il engage (.ses fidèles) à voler les vêtements d(>s Egyptiens, à lui offiir des sacrincos et tout le reste imposé par la Loi, à tuer l'homicide, et, comme si le premier meurtre ne suffisait pas, à en commettre im .second, poiu' en tirer vengeance! Il fait naître de mauvais désirs dans ^esprit des liommes, en dissertant aussi sur les femmes et sur le reste ■».

(3) Secundin. Episf., n. ?>. D'après le rapport manichéen d ' Turbo, dans les Acia Archc.lai, 10, le <( Sabaoth « qu'honorent les Chrétiens est le « père de la concupiscence ».

(/\) Secundin, Epist., 3. Dans les Acta ArcKeloi, /io, Mânes rappelle au sujet d'Abraham le texte de Paul : Habet gloriam sed non apud Deum (Rom., IV, ■>).

é[é laite par le Seigneur lui-même qu'il s'unit pour cela à sa servante, avec la permission .expresse de Sara (Gen. XVI, i-4). Pai deux fois, il Irafique indignement de sa l'emme, dont la beauté a séduit Abimelech ainsi que Pharaon, et il la laisse coucher avec ces deux rois, la leur présentant comme sa sœur, pour obtenir d'eux quelques misérables faveurs en retour de ce honteux service {Geu. XII, io-i3; XX, 1-2) (i). Son frère Loth fait pire encore, car, après avoir miraculeusement échappé à la destruction de Sodome, il se livre avec ses deux filles à un connncrc.o incestueux (Gen. XIX, 3o-35). N'eijt-il pas mieux valu pour lui être enveloppé dans l'incendie de la ville coupable (fup s'en aller plus loin brûler des feux intérieurs d'une passion infâme ? (2). Isaac sait mettre à profit ces grands exemples. Lui aussi livre misérablement son épouse Jiebecca aux gens d 'Abimelech, pour avoir la vie sauve (Gen. XXVI, 7) (3). Quant à Jacob, ce grand lutteur, plus redoutable que Dares et Entelle (Enéide V, 302 suiv.), (jui a lutté corps à corps av,ec Dieu (Gen. XXXII, 24 suiv.) (4), il erre, comme un bouc, entre ses quatre femmes, les deux soeurs, Rachel et Lia, qu'il a épousées, et leurs deux servantes Bilha et Zilpa dont il a fait ses concubines (Gen. XXX, i-i3). Tous les jours une véritable lutte s'engage à son sujet entre ces compagnes, dont chacune voudrait l'amener sur sa couche ; quelquefois même celle qui a obtenu cette faveur vend son droit à une autre (Gen. XXX, ilt-j.6) (5). Judas, le fils de Jacob, dort avec Thamar, sa propre bru, qu'il a prise pour une prostituée, parce que sa belle-fille, qui le sait habitué à fréquenter ces sortes de personnes, a revêtu l'habit de l'une d'elles afin de le séduire (Gen. XXXVIII, i5-i6) (6). Le roi David, particulièrement aimé de Dieu, sait fort bien marcher sur les traces de ces vénérables patriarches. Il a auprès de lui un grand nombre de courtisanes. Celles-ci cependant ne peuvent lui suffire. Il débauche encore l'épouse d'Iîri, puis il fait tuer ce dernier pour se débarrasser

(i) Cont. Faust., XXII, 5.

(3) Cont. Faust., XXII, 5.

(3) Cont. Faust., XXII, 5.

(4) Secundin. Epist., 3.

(5) Cont. Faust.. XXII, 5.

(6) Cont. Faust., XXIL 5.

180 LÉXOLUTION I>TELLECTUELLE DE SAt^T AUGUSTIN

duii roiicurrent fâcheux (II Hanx. \1, 2-27; XII, 1-9) (i). Son iils, le sage Salomon, a chez lui trois cents femmes, sept cents concubines et des jeunes filles sans nombre (I Reg. XI, 3 ; Cant. VI, 7) (2). Les prophètes eux-mêmes adoptent une conduite analogue. Le premier d'entre eux, Osée, a deux fils d'une prostituée, et, chose bien pire, c'est d'après un oracle divin qu'il s'est décidé à commettre pareille turpitude {<ô$ée I, 2) (3). Comment s'en étonner, quand on sait que Moïse ne put se contenter d'une seule femme (A'unj. XII, i) ? Le grand législateur des Hébreux a d'ailleurs à son actif d'autres charges très graves : le meurtre d'un Egyptien, qui ne lui avait pas fait le moindre mal (Exod.

II, 12), le vol organisé des sujets de Pharaon (Exod. III, 23 ; M, Hf)), des guerres fort meurtrières (Exod. XVII, 9 ; Deut. I,

III, etc.), et, avec cela, des actes de cruauté vraiment inconcevables {Exod. XXXII, 25-29). Un tel homme est fort mal qualifié pour conduire son peuple (4).

La Loi donnée par lui se ressent d'une telle origine. Elle contient des prescriptions étranges. D'après l'une de ses ordonnances, si quelqu'un vient à mourir sans enfants, son frère doit épouser la veuve. S'il s'y refuse, celle-ci l'assignera devant les anciens du peuple, qui lui adresseront de graves réprimandes. S'il persiste dans son refus, il n'échappera pas au châtiment que mérite sa faute. Après lui avoir ôté la chaussure de son pied droit, la plaignante l'en frappera et lui crachera au visage. Il se retirera couvert de honte et son déshonneur se perpétuera sur tous ses descendants (Deut. XXV, 5- 10) (5). La Loi déclare maudit tout Israélite qui ne laissera pas de postérité (6).

(i) Cont. Faust., XXII, 5.

(2) Cont. Fouat.. XX, 5. Ce sont les cliiffres qu<^ donno Faustc. Le texte (lu premier livre îles Rois porte « sept cents princesses pour femmes et trois cents conculjines », celui dii Cantique ih's Cantiques a soixante reines, quatre-vingts concubines et des jeunes filles sans noinhre ».

(3) Cont. Faust., XXII, 5. Cf. Secundin, Epist., 3.

(V) Cont. Faust., XXII, 5. Cf. XXXII. 4- Dans les .4cta Archelai, 4o et 43. Mancs invoque contre Moïse ce qui est dit du « \oiie mis sur sa face ». dans la seconde Epître aux Corinthiens ^TTT. -\

(5. Cont. Faust., XXXII, 4-

(6) Cont. Faust., XXXII, 5. Cette malédiction n'est formulée nulle part, d'une façon expresse, dans la Bible. Alais elle se rattache sans doute, dans la pensée de Fauste, à ce qui vient d'être dit (]\i lévirat. Cf. Deut.. XXV, 7, 9.

Elle A a encore bien plus loin, car elle se préoccupe de la manière dont on devra se comporter après l'accomplissement de lacte conjugal et elle im^xise à ce sujet certaines lustrations (i). Elle ne se contente pas d'exiger que chacun des fils d'Abraham porte sur son organe viril la marque honteuse de la circoncision (Gen., XVII, i5) ; elle prononce la peine de mort contre celui d'entre eux qui aurait le malheur de rester incirconcis (Gen. XVII, i4)- Elle ne demande pas simplement qu'on passe chaque sabbat à ne rien faire (Exod. XX, lo-ii) ; elle veut qu'on lapide quiconque aura manqué à cette règle (Nombr. XV, 32-3G). Plus généralement, elle prescrit de sévir sans pitié contre quiconque aura violé un seul de ses préceptes {Dent. XXVII, 26) (2).

Si l'on ne veut pas encourir les plus terribles châtiments, on célébrera donc la Pâque en souvenir de cet Exode où les Egyptiens turent odieusement volés et où un ange de Dieu fit périr leurs premiers-nés {Exod. XII^ 29-36). On immolera alors un agneau, pour le manger pendant la nuit, et durant une semaine ou s'abstiendra de pain pour se nourrir de laitues et d'azymes (Exod. XII, i-36 ; Levit. XXIII, 5-8).' Cinquante jours apr^ès, à la Pentecôte, on offrira au Seigneur deux pains faits d.e fleur de farine, sept agneaux d'un an, un jeune taureau avec deux béliers et même un bouc (Lcvif. XXIII, i5-2i). En temps ordinaire, on mangera de tout animal qui a la corne fendue avec le pied fourchu et qui rumine, mais on s'abstiendra de celui en qui une seule de ces conditions ferait défaut, même du porc, du lièvre et du hérisson. De même on mangera d'un poisson qui a des nageoires et des écailles, mais on s'abstiendra de tout autre, si savoureux soit-il (Levit., XI, 2-12 ; Dent. XIV, /j-io) (3). On se gardera bien de marier dans ses habits la pourpre avec le lin. On évitera comme un adultère d'associer ce dernier avec la laine, et comme un sacrilège de

(i) Non lavabis mannm post coïluin coniugis, dit Secundin, en faisant allusion aux préceptes de l'Ancien Testament (Epîst. ad Aug., 3). Sans doute a-t-il en vue un passage du Lévitique (XV, 16) relatif à l'impureté légale provoquée par l'accomplissement de l'acte conjugal : Vir de quo egreditur semen coïtus lavabit aqna corpus suum. Cf. Cyrille de Jérusalem, Catech., VI, 33, fin.

(s) Cont. Faust., XXXII, 5.

(3) Cont. Faust., XXXII, 3.

[Si j/ÉVOLUTIO.N INTELLECTUELLE DE SALNT AUGUSTIN

laire labourer un bœuf av£C un âne {Deut. XXII, lo-ii). Enfin, on ne confiera point les fonctions sacerdotales à quelqu'un qui aurait le malheur d'être chauve ou mal fait {Levit. XXI, 5, 18-20J. De telles ordonnances ne sont-elles pas ridicules et indignes de Dieu ? (i).

Sans doute la Loi juive a du bon. Elle défend l'homicide, ladultère, le parjui-e (Exod. XX, i3, i4, 16) (2). Mais elle tient ces sages prescriptions des Gentils, qui les ont conçues dès Torigine: Et, comme une lèpre hideu&e ou une rouille malfaisante, elle en altère la pureté sous prétexte den combler les lacunes (5). En rejetant ses additions grossières et ineptes, nous ne faisons que défendre la vraie Loi. De même, nous servons la cause des "Prophètes en dénonçant les crimes imputés à certains d'entre eux. Qu'on nous montre que~ ceux-ci sont innocents ! Nous serons les premiers à les louer. Mais nous ne rejetterons alors que plus résolument les livres mensongers qui les ont calomniés (/O-

Si imparfaits que soient les écrits de l'Ancien Testament, disent les Catholiques, ils ont du moins le grand mérite d'avoir prédit k' Christ (5). Plût à Dieu que cette dernière affirmation fût vraie, que Moïse et tous les Prophètes du Judaïsme eussent jadis annoncé le Sauveur ! Bien loin de nuire à notre foi, une telle constatation ne pourrait que la servir, et nous accueillerions avec empressement ces oracles messianiques, tout en continuant de rejeter la dogmatique et la morale pernicieuses qui s'y trouvent mêléps. Qui n'aime à cueillir des fleurs sur les épines, des fruits sur les arbres, du miel sur les essaims ? Qui ne se

(1) Cont. FausL, VI. i.

(2) Cont. Faust., XXII. 2. Dans la pensée de Fauste, ces trois préceptes se rattachent aux trois sceaux de la morale manichéenne.

(3).Con<. Faust., XXII, 2.

(4) Cont. Faust.. XXII, 3.

(5) Cont. Faust., XVI, i init. ; cf. XII, i; XIII, i; XVII, i; XVIII, I ; XIX, I. La même idée est mise en avant et discutée dans le fragment de Sérapion do Tmuis. qui a été annexé au traité de Titus de Bostra (III, 2, à. 6).

CKITIQUE DU JUDAÏSME 183

plaît à voir venir des perles dans l'Océan, des pierres précieuses dans le sol, ou de belles récoltes en pleine forêt ? On prend bien à la nier ses poissons en lui laissant son- eau. xNous reconnaissons bien que les démons eux-mêmes ont rendu témoignage au Sauveur et nous n'acceptons pas pour cela tous leurs dires. Pourquoi n'accorderions-nous pas que Moïse a prophétisé, tout en continuant de rejeter sa Loi ? (i). Pourquoi ne dirions-nous pas la même chose de ses disciples, tout en désapprouvant leur vie i' Après tout, si les représentants du Juda'ïsme ont cru en • Jésus, ils ne sont que plus coupables de n'avoir pas mis leur conduite d'accord av.ec leur toi. A eux s'applique le reproche adressé par l'Apôtre Paul aux Sages du Paganisme : « Ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu la gloire et les actions de grâces qui lui étaient dues ; ils se sont évanouis d-ans leurs pensées et Leur cœur insensé s'est enténébré » (Rom. I, 21) (2).

Mais la question est de savoir si réellement ils ont prédit le Christ. Le fait est loin d'être établi. Nous avons beau « scruter leurs Ecritures » (Joan. V, og), nous n'y relevons pas le moindre indice du Sauveur (3). Moïse lui-même, le Maître de tous les Prophètes juifs, reste complètement muet à ce suj.et. Peut-être est-ce simplement parce que nous n'avons pas bien su l'interroger. Adressons-nous pour en avoir le cœur net, aux Catholiques plus intelligents ou plus instruits, qui nous reprochent notre ignorance (4).

Ils nous répondent que le grand Législateur affirme avoir reçu de Dieu cette promesse, à propos des Hébreux : « Je leur susciterai un Prophète d'entre leurs frères, semblable à toi » (Dent. XVIII, 18) (5). Mais ce ne peut être le Christ qui se trouve visé dans ce passage. Jamais il ne s'est présenté comme un (( Prophète ». D'ailleurs, il ressemble fort peu à son prétendu modèle. Celui-ci n'était qu'un homme : lui au contraire

(1) Cont. Faust.. XVI. i. T-.cs remarques de Fauste s'accordent très bien avic le syncrélisine dont Mani et ses disciples ont constamment fait preuve et elles découlent logiquement de la dogmatique manicliéenne qui montre le bien partout mêle au mal.

(2) Cont. Faust.. XII, i fin.

(3) Co>it. Faust., XII, i.

(4) Cont. Faust., XVI. 2 init., 3 init. Cf. Titus de Bostra (III, 6).

(5) Cont. Faust., XVI, à- Dans les Acta Archelai, 44, l'évêque Archclaus invoque déjà ce texte contre Manès.

184 l'évolution I.M'ELLECÏUELLE de SALNT AUGUSTIN

est Dieu. Lun est né, selon la lui cuamiune, d'une ieninie, et l'autre, à en croire les Catholiques, d'une. vierge. L'un a vécu comme un j)écheur et l'autre comme un saint. L'un a été condamné à mourir sur une montagne en punition de ses i'autes {peut. XXXII, 5o-5ij ; l'autre, dit-on, s'est livré de luimême à la mort, malgré son innocence, afin de plaire à Dieu (Joan. X, i8). Comment pourrions-nous les comparer i' Les Juifs qui connaissent leurs Ecritures nous accuseraient avec raison ou d'inintelligence ou de mensonge (i).

Vient maintenant le passage célèbre, d'après lequel ces mêmes Juifs (c verront leur vie suspendue » {Dent. XXVlll, 66). Les Catholiques ont coutume de l'appliquer à la scène du Calvaire (2). Pour le rendre plus significatif ils ajoutent les mots (c au bois », qui ne peuvent s'entendre que de la croix. Mais le texte, débarrassé de leur glose, ne se rapporte en aucune manière à la Passion. Le contexte montre, de la façon la plus claire, qu'il vise un tout autre objet. Dieu vient de prononcer les plus terribles malédictions contre les fils d'Israël qui \**jleront la Loi. Il a prédit notamment que leurs ennemis les réduiront en servitude. Il ajoute ici que leur vie même sera en suspens et tout à fait préciiro. Combien une telle annonce est peu messianique (3) !

Les Catholiciu.es ont encore deux textes à alléguer. Dans l'un, Moïse déclare « maudit quiconque est pendu au bois » {Deiit. XXI, '>,H) ; dans l'autre, il demande qu'on lue tout prince ou tout prophète qui voudrait détourner les Juifs de leur Dieu 011 de leur Loi (Deiit. XIII, 5) (.4). Effectivement le Christ s'est appliqué à détourner ses compatriotes de leur Dieu et de leur Loi et il a été pendu au bois (5). Mais, que doit-on en conclure sinon cpie le Législateur des Hébreux s'est nettement prononcé contre lui (6) ? La malédiction qu'il prononce contre quiconque

(i) CA,nt. Faust., XVI, à-

(2) Conl. Faust., XVI, 5. Ce texte est aussi invoqué par Arcliclaus contre Manès cliez Hegcmoniiis, Act. Arch., /|3 fin.

(3) Conl. Faust., X^l, 5.

(/l) Cont. Faust., XVI, 5.

(5) Cont. Faust.. XVI, 5; cf. XIV, i. Cont. Felic, II, 10 fin (paroles de Félix). Ceci ne doit être entendu qu'au sens manichéen exposé plus haut (p. 1x4,, not. i).

(6) ConL Faust., XVI, 5.

tlRlTlQUE DU JUDAÏSME 1 8i>

pen'd au gib.'.'l c^;t aussi générale que possible. Elle s'applique par conséquent au Sau\eur lui-même, tandis qu',elle épargne Barabbas, qui a esquivé le supplice mérité par ses fautes. Elle va atteindre, avec Jésus, non seulement le laiion reiXintant, qui s'entendit dire au cours de son supplice : « Tu seras aujourd'hui avec moi dans le paradis )> (Luc XXIII, '|3), mais encore les apôtres Pierre et André et tant d'autres martyrs qui nul eu une fin analogue (i). Elle pourrait frapper jusqu'aux plus fidèles observateurs de la Loi mosaïque. Celle-ci n'hésite pas à déclarer également maudit « quiconque adore le soleil e1 la lune » (Deut. XYIII, 8) (2). Supposons un Juif qui, au temps des empereuis païens aura refusé pareille adoration el subi pour ce motif le supplice de la croix. Il ne se sera dérobé à la second.? malédiction que pour tomber sous la première. Sans être un prophète et en s 'inspirant sijnplement de la prudence la plus élémentaire, Moïse enf dû se rendre compte qu'on peut être condamné au cibet sans avoir commis la moindre faute. Or il déclare qu'on ne peut l'être sans encourir la malédiction, non seulement des hommes mais de Dieu même (3). Pour l'excuser, quelqu'un dii'a peut-être que sa malheureuse phrase s'applique à la pendaison, non point à la crucifixion. Mais cette explication trop bienveillante est démentie par Paul {C,(il. TTT, i3), dont nul riatholique ne récusera l'autoT'ilé (/\). D'ailleurs Moïse ne s'est-il pas exprimé en termes analogues contre quiconque ne laisse pas d'enfants en Israël (Deut. XXV, 5- 10), et n'a-t-il pas ainsi atteint à nouveau le Sauveur ? On dirait qu'il s'est ]ilu à accumuler les malédictions sur lui et ses disciples (5). Bien loin d'avoir frayé les voies au Christianisme, la Loi juive en est l'antithèse ]iarfaite. L'Ancien Testament cl le X^'ou-

(II (jinf. Foiisl.. XIV. I. Le cniriricincnt de Picri'c et celui irAndré sont racontés lonjïucment dans les Actes lomanesques de ces deux Apôtres, dont Fausle faisait le plus grand cas. V. supra, ji. i'|i. noi. 7.

(->.) Cont. Faust.. XIV, i.

(3) Coiil. Faust.. XIV. I. Fauste raisonne ici en .se plaçant au point de vue des Catholiques, car, pour lui. l'adoration du soleil et de la lune est un acte religieux et il ne veut pas « rougir du cidte des divines lumières ». (Cnnt.' Faust., XX, i). Cf. supra, p. iCo, noI. 3.

(4) Cont. F(aist., XIV, i. Dans les Actn Archelai, a8, Manès lui-même invoque déjà ce texte contre l'évêque Archelaus.

(5) Cont. Faust., XIV, i.

186 l'évolution' INTELJ.ECTUELLE DE SAINT AUGUSTIN

veau'se contredisent sur une foule de points fort importants (i). Adirnantc Ta fort bien établi (2). iMais il est bon de reprendre la série de ses démonstrations.

D'après la Genèse (1, i), le monde a été fait par Dieu ; d'après l'Evangile {Joan., I, 10), il est l'œuvre du Cbrist (3)- Le premier de ces écrits enseigne que le Créateur s'est reposé après le sixième jour (Gen. II, 2) ; le second déclare que le Père ne cesse point d'agir (Joan., V, 17) (4). L'un nous dit que « l'homme quitiera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme » {Gen. II, 2/1), l'autre qu'il abandonnera sa propre épouse, comme sa faraille .et tout le reste de ses biens et qu'il en sera récompensé en ce monde et en I aufre (Matt., XIX, 29) (5). Dans l'an, le Seigneur annonce à Caïn que, malgré son travail, la terre demeurera stérile {Gen. IV, 10-11) ; dans l'autre, il nous promet de nous nourrir comme les oiseaux du ciel, sans que nous ayons iï nous mettre en peine du lendemain (Matt., VI, 25-26) (0). Selon îa suit." du texte génésiaque (V, i cf. I, 26), Adam, notre preiTiier père, a été fait à l'image de Dieu et à sa ressemblance ; or le Christ appelle ses interlocuteurs « race de vipères » et « nis .lu diable » (Matt., XXIII, 33 ; Joan., VIII, 44) (7).

Dans l'Exode (XX, 12), Dieu nous prescrit d'honorer nos parents : dans l'Evangile {Malt. VIII, 21-22) il ne veut seulement pas que nous allions les ensevelir (8). Là, il se déclare disposé à, punir les fautes des pères jusque sur leurs enfants (Exod. XX, 5) ; ici, nous voyons qu'il fait luire son soleil sur les méchants comme sur les bons et tomber sa pluie sur les pécheurs aussi bien que sur les justes (Matt., V, 45) (9)- Luimême dit aux Juifs : « OEil pour œil, dent pour dent » (Exod.

(1) Cont. Faust., Prolog, itiit. La même démonstration est attribii.'c à Manès lui-même riiez Hcnrémonius (Act. Arch., 4o) : Cœpit dicere plurinia ex lege, multa etiam de Evangelio et Apostolo Paulo, quae sibi vidi'rentni esse contraria. Cf. Epiphane, Huer., LWL 42.

(2) V. siiprd. p. Si-Sa.

(3) Cont. Adim., I, init.

(h) Cont. Adim., IL i.

(5) Cont. Adim., III. i.

(6) Cont. Adim.. IV.

(7) Cont. Adim., V. 1.

(8) Cont. Adim., VI, i-

(9) Cont. Adim., VII, i,

XXI, 2!x) ; au conlraiii', il demande aux Chrétiens de ne point répondre à ceux cpii les inalliaileiil, niais, si quelqu'un les frappe sur un.e joue, de présenter 1 "autre, et, si quelqu'un prend leur tunique, d'abandonner au*;si leur manteau {Malt. V, 38- 4o) (i). Moïse affirme qu'il lui a apparu sur la montagne du Sinaï {Exod. WIY, 9-1 1), après s'être montré à Adam et à E\e, au serpent lui-même et à Caïn, ainsi qu'à un certain nombre d(> i)aliiarclies {Geii. Il, 10, 2a ; TTI, 9-19; IV, G, 9; Y, 2/1, etc.) ; au contraire, Jésus affirme que nul ne l'a jamais vu (Joan. 1, iS), (pie nul n'a jamais aperçu sa face ni (>nlendu sa voix (Joan. \ , 07-38) (2). Nous apprenons, avec l'un, (pi'il réside , u milieu du peuple, dans un tabernacle fait d'or, d'argent et d'airain, de pourpre, de lin et d'écarlate, de poils de chèvres et de })eau\ d'agneaux (Exod. XXV, 3-8) ; av.ec l'autre, (pie la liMie est simplement l'escabeau de ses pieds, que le ciel iest son tr(îne {Matt. V, 35), et qu'il habite une Lumière inaccessible (1 77;??. M, i(")) (3). Là, il se qualifie de a Dieu jaloux » (Exod. \XXI\ , 1^1) ; ici, il est in\oqué sous le titre de « Père juste )) (Joan. XVIT, 2.5) (4).

D'après le Deutéronome (IV, 24), il est un « feu dévorant » ; d'après l'Evangile (Marc X, 18), lui seul est bon (5). L'un de ces livres enseigne que l'àme réside dans le sang (Dent. XII, 23) ; l'autre l'en distingue en disant que les hommes n.e peuvent rien sur l'âme (Matt. X, 28), et Paul accentue la même distinction, en ajoutant ipie le sang n'entrera pas dans le royaume des cieux fl Cor. XV, 5o) (6). La Loi juive veut qu'on mange de (f toute chair » (Dciil. XII, 20) ; celle des Chrétiens nous conseille de ne toudier à autnme (Eue XXI, 34) (7)- Peu soucieuse

(i^ r.mit. \,lini.. VITT. l^ins l.s \rln \rrlirjni. ',0. Manè^^ fait (l'.>jiv ressortir lii mrm(^ antiiinmic

(i) Cnnl. Adim.. IX.

(3) Coni. .'idim.. X.

Cl) Cn)il. A, Uni.. M.

(5) Conl. Ailin).. Mit. i. ("elle aiilinomic- si- rallaclii' à la pn'cr, icrilr. oiioiqu'cllr en soif sépaiéc dans la ciifiiiuc tl'Augnstin. Le mrnic texte (!ii Deutéronome est (l.''jà ciiticpit'' par Manès eliez Cyrille de Jénisalem Caterh., VI. ■>-.

(G) Cont. Adlin.. Ml, i. C.'llc iinu\ille antinomie se ralfaelie à la siii\aii(e, bien (pi'rlte en soit éo-alenienl st'parée dans la eritiqnr d'Angnslin.

(7) Coiit. A,lim.. XIV.

de leslcr d "accord a\ec elle-même, la première interdit l'usage de certaines viandes et permet celui de plusieurs autres {Deut. XIV, 3 suiv. ; Levit. XI, 2-/17) '> 1^ seconde ne fait à leur sujet aucune différence, elle les interdit toutes également aux saints et elle les permet toutes également au peuple {Matt. W , 10) (i). Le Deutéronome (Y, i2-i5) présente le sabbat comme aussi nécessaire à l'homme que la circoncision ; le Christ maudit les gens qui imposent ces pratiques ainsi que ceux qui s'y soumettent {Matt. XXIII, i5), ,et l'Apôtre Paul condamne les uns et les autres en termes fort sévères (Gai. lY, lo-ii) (2). La même Loi des Juifs ordonne à ses adeptes d'exterminer les peuples divers avec lesquels ils sont en lutte {Deut. Yll, 1-2 ; cf. Exod. XXIII, 22-2^) : .lésus nous recommande plutôt d'aimer nos ennemis, de bénir ceux qui nous maudissent, de faire du bien à ceux (jiii nous ha'issent et de prier pour ceux qui nous persécutent (Matt. Y, 4A) (3). Un autre passage du Deutéronome (X\X\ III, 3-0) donne à entendre que les Israélites qui mèneront une vie sainte en seront récompensés dans leurs champs et dans leurs prés, dari> leurs enfants et dans les produits de leurs troupeaux, comme aussi dans toutes leurs entreprises ; l'auteur de la nouvelle Loi di! au contraire : <( Si quelqu'un veut venir après moi, (ju'il piciuie sa croix et (ju'il me suive : que sert à l'homme do gagner l'univers eiilier s'il perd son âme ? » {Matt. XYI, 2/j- 9.^)) (![). Pai- l'inlcrniédiaire de Moïse, Dieu nous déclare : « C'est nioi (|ui donne la lirhesso à mes amis et la pauvreté à mes ennemis » (5) : |)ar la bouche du Christ, il bénit les pauvres (Matt. Y, 3) en maudissant les liches (Luc VI, aZi) (6). Avec le premier il promet à ses fidèles des pluies abondantes et de belles moissons, accompagnées d'une tranquillité paiTaile (Levif. XXVI, 3-

(11 C-nl. A lin,.. \\. t. Cf. Cont. Fmisl.. VF. i : \\] . H: supra,

(31 C',,!. A'Iiin.. MVL I. ■>.. .>. Cf. Cont. Fausl.. VF. 1; XVI. 6. D'apr?'s les Afin Arrlielni. /|o, la nir-mo antinomie amait déjà été mise en avant par Manès.

('3i C.<,itt. Ailim., XVJI. I.

(!t) Cnnt. A'Iiin.. XVIIC i. Cf. Co„t. F'iu.st.. IV, i: X, i.

(•^) C'ttc pliiasc HP se lit mille part dans la Bll)1(', mais elle résume ass'v liirn \o ciiapitrc XXVIlt du I)riitrrniionu\ auquel l'antinomie prérédeute se laltachait.

(61 C(i)tl. Adiin.. XIX. I. Les \chj Arrliclni. \u. attiilnieul une remarque analogue à Mancs.

CRITIQUE DU JUDAÏSMK 189

lo) ; avec le second, il jioiis recoinniaude de n'axoir ni or, ni argent, ni monnaie dans notre bourse (Matt. X, 9-10), et il traite d'insensé un riclie propriétaire qui a amassé des biens nombreux pour en jouir en paix {Luc \, 20) (i). Tan(bs (jue le Ih'idéronorne (XXI, -à'-V). déclare maudit quiconque est <( pendu au bois », l'Evangile nous demande de prendre la croix pour imiter le Christ (Mali. W, 2Z1) (a)- Dans Tun, nous lisons que, sur l'ordre de Dieu, un Juif suipris, un jour d.e sabbat, à ramasser du bois, fui condamné à être lapidé (Vum.. XV, Sa-SG) ; dans I "autre nous voyons le Sauveur guérir, en ce même jour, un lionnne qui a une nioin desséchée et expliquer qu'il n'est jamais dépendu de bien l'aire {Matf. XII, fi-i.')) (3).

Du reste, ce n'es! pas seulement la Loi de Moïse qui se trouve opposée à celle des Chrétiens. Tous les écrits des Prophètes du Judaïsme présentent le même caractère. D'après David, Dieu sauve la les hommes et les bètes (Psahn. XXXVI, 7) ; d'après Paul (I Cor. IX, 9), il n'a aucim souci des bœufs (4). Ailleurs, le Psalmiste (CXXVIIT, ï -?■>), dil que la femme d'un bon Israélite sera comme une vigne féconde dans l'intérieur d.e sa maison ; combien différente est la parole évangélique concernant les eunuques volontaires qui se sont châtrés pour Le royaume des cieux (Matf. XIX, 13) ! (5). Salomon nous engage à imiter la founni qui ne cesse, pendant la bonne saison, d'accumuler des provisions (Prov. VI, 6) ; comme ce conseil ressemble peu à celui que le Sauveur nous donne de ne pas nous mettre en peine du lendemain (Mafl. ^ I, 3/0 ! (6). Osé,e (IX, i4) regarde comme maudites les femmes qui n'auront pas d'enfants et dont les mamelles ne porteront pas de lait ; tel est pourtant le sort réservé par 1.0 Christ à toutes celles qui entreront au ciel, car les bienheureux ne se marient point, mais ils mènent plutôt une vie angélique (Mntt. XXII, 3o) (7). Amos (II, 6") va jusqu'à dire

(1) Cnnl. Ailim:. XX. t. ?.. 3.

(■i) Cinil. Aillm.. XXI.

(•'W T'i/W. Ad'nn., XXII, Maries lui-même fiiit ressorlh- la même confiiHlictioii chez Ileo-emonius, Achi ArclieJoi. /(O, cl chez Epiphanç. Hner., LXVI, 81.

Cl) Eiinn: In Psahn., CXLV, i4 init.

(0) Conl. Adim., XXIII.

(6) Cont. Adim.. XXIV.

(7) Cont. Adim., XXV.

qu'il n'arrive aucun mal dont Dieu ne soit l'auteur ; 1 Evangile lui donne un démenti formel en rappelant qu'un bon arbre ne saurait porter de mauvais fruits {Matt. YII, 17) P (i). Par la même occasion, il s'oppose aussi à Isaïe (XLV, 7), qui attribue encore au principe du bien un rôle malfaisant (2). Le même Prophète se vante ailleurs (YI, 1-2) d'avoir vu le Très-Haut sur son trône glorieux ; Paul déclare, par contre, que le (( Roi des siècles » est « invisible » (I Tim. I, 17) (3). Aggée fait dire à Dieu (K, 8) : n L'or est à moi et l'argent .est à moi » ; Jésus nous présente les richesses comme des possessions de Mammon {Luc XVI, 9), et l'Apôtre en dénonce l'amour comme une « racine de tous les maux » (I Tim. YI, 10) (Z|). Nous lisons dans le liAre de Job (I, (j-7) qu'un jour les Anges se trouvaient rassemblés devant le S.eigneur et que Satan parut au milieu d'eux ; or rE\angile nous apprend que ceux-là seuls qui ont le cœur pur jouiront de la vision béatifîque (Matt. V, 8) et que nul no peut aller au Père si cb n'est en passant par le Fils (Joan. X, 7) ; les écrits pauliniens nous apprennent dVilleui's que ni les Principautés, ni. les Puissances, ni les Y'ertus n'ont eu connaissance de la divinité (I Cor. XI, G) (5). L'opposition des deux Testamenis se montre enfin et siiitout avec Jean Baptiste, ce prétendu héraut de la Nouvelle I>oi, si justement détesté par les Manichéens, qui, après avoir entendu parler des œuvres accomplies par Jésus et s'être même trouvé face à face avec lui, ose encore lui faire demander s'il est celui qui doit venir et s'attire par là une réponse hautaine et méprisante (Matt. XI, li-e, (6).

(i) Conl. Adim., XXVI.

(a) C<„il. \,lim.. XXVII.

(3) (Ami Adiin., XXVIJI.

(4) Senn.. L, i ; cf. 7. S, 9. La môme antinomie est dénoncée par MaiRS (liez llcnfemonin'i. Acfn Archi'hii, '\o, et chez Epipliane, Hncr.. LXVI, 80.

(5) Scrm., XII. 1-2.

'6) Cont. Fdiisl.. V. I. D'après Ilegemonius, Art. Arcli., ^o, Mani invoquait le texte de l'Evangile (Mali.. XL i3) : « La loi et les prophètes vont jusqu'à Jean », et il disait que la décollation du Baptiseur symbolise la séparation violente qui doit être accomplie entre l'Ancien Testament et le Nouveau. D'après Photius, Bihlioth., Cad., CLXXIX, le manichéen A<rapius a bafouait le précurseur du Seigneur », comme Moïse et les prophètes.

CRITIQUE DU JUDAÏSME IDl

Le Christ a été constamment méconnu par les Juiïs. Lui-même lia rien voulu avoir de commun avec eux. En préconisant, comme il La fait, la (( nouvelle » alliance, il a suiiisamment montré qu'il répudiait l'ancienne (i)- Aussi nous dit-il qu'on ne met pas du vin nouveau dans des vieilles outres, ni une pièce neuve sur un vieil habit {Mali. IX, 1G-17) (2). Par lui, dit Paul aux Galates (III, i-v, 12), la servitude de la Loi a été levée et bien fous sont ceux d'entre les Juifs qui s'y soumettent à nouveau. Combien plus insensés ne serions-nous pas, si nous allions nous y assujettir, alors que nous sommes ■ nés libres dans la Gentilité ! (3). Nous montrerions ainsi que nous tenons fort peu à lui. Si on est rassasié avec un aliment, on n'en désire point un autre. Si un vase se trouve plein d'une liqueur, on n'y en verse pas une seconde (4). Si une femme a déjà un mari, elle ne peut sans adultère, tant que celui-là vit, s'en donner un nouveau (Rom. \U, 2). L'époux de rEglis.e, le Christ, est toujours vivant, tandis que celui de la Synagogue, Adona'ï, est bien moit. Gardons-nous donc d'être infidèles au premier pour siii\ie le second (.5). D'ailleurs celui-ci appartient uniquement aux circoncis. Nous ne pouvons nous l'approprier sans usurper le bien d 'autrui, el sa loi même s'y oppose tout comme celle du Sauveur (Exod. XX, 17 ; Honi. \U, 7). Que les fils d'Abraham gardent donc leur Testament ! Nous qui sommes les enfants du Christ nous garderons le nôtre (6).

D'ailleurs, la part des .hiifs est fort peu enviable pour nous. Ils comptent uniquement sur des biens matériels sans pouvoir

(il Coid. F(nisl.. XVIII, r. Fau.^to fait sans doute allusion ici au tixlc i\r VEnitri- <ni.r Hrhrcux (VIII, i3) : Dicemlo autcni novnni voteravit ptiii< : ([iiod aiilini. anliquafur et scnoscit prope intcritum est. Le même texte est aili'^'-ii!'' pai' Manès chez Iletrcmoiiins, Arhi Archebii, lii, et chez Epipliane, Huer., LXVL 7^ mil.

(•î) Oml. FaiiHf., \m, I ; \V, i.

(3) ('(iitl. Fiiiist.. VIII, 1. Le même texte est invorpu'' par Manès cher Ilegemonius {Aria Arcliclai. aS) et chez Epipliane, Huer.. LWI, 70.

(/i) Cont. Fuust., XV. i: cf. Cnnl. Frii,-., I, i.> (paroles de Félix). Chez Hepemonins (Artn Arrlirlni, i/|). |;i même comparaison est déjà présentée par Manès.

(5) r.mif. Faust., XV, i. Adonaï est ('■yalenienl pri< à partie dans un fraçmecd manichéen de Tourfan. publié jiar Millier, Haiulschr.. p. qô, qui pomrait l)ien \on\v du li\re des A/y.s/èrcv de Mani.

(6) CoiU. Faust.. IV, I ; X, t.

même les obtenir tandis que nous avons en vue le royaume des cieux, dont la possession est assurée à tous les hommes de bonne volonté (i). Le Judaïsme et le Christianisme sont comme deux arbres qui plongent par leurs racines dans le terrain de la Gentilité pour en modifier la nature, et dont l'un produit l'amertume, I aiilic, au contraire, la douceur. En quittant le premier pour passer au second, les Apôtres ont changé l'amertume en douceur, (lombien fous nous serions de faire le contraire ! Nous encourrions ainsi la malédiction' légale que justement nous voudrions éviter. Nous nous entendiions dire par Isaïe (V, 20) : « Malliour à ceux (]ui changent la douceur en amertume ! )) (2). Mieux \au(liait encore nous retourner vers les Gentils, pour (i'idicr l(Mir sagesse et leurs nobles actions. Compiarés aux Païens (iilli\('s, les Juifs ne sont que des Barbares (3)-

iii (.nul. rinisl.. IV, ! /);(.; X, i; XV. i

( j I C.Diil. Flinsl.. IX ,1; Sccundin. K[iisl. ad Aag., 5. Maries oppose l'ualeni.'iiL « le doux et l'amor )> chez llepemonius. .Ada \rrhrhii, i3

<•'?) Sieuiidin. l-^pisL. 3.

ClIM'lTIiE TilOlSIKME

CUITIQLE DU CATHOLfCISMIi

Les ('.ailidliquos se réclament a\anl Imil du Nouveau Testament, dit encore Augustin défendant contre eux la cause d.e Mani. Or ce iKuneau recueil d'Ecriluri's vaut, sans nul doute, beaucoup plus (pie celui des Juifs. Cependant lui-nième présente des imperfections notables et, sur beaucoup de points, de .très graves erreurs (i). l'our bien nous en rendre compte, nous n'avons qu'à voii- dans qu/d rapport il se trouve soit avec la religion de Moïse, soit avec la vie et la doctrine de Jésus, soit avec la pure foi de Manicbée.

D'abord les Evangiles qui ont cours dans la masse commune des Chrétiens contieiuienl un certain nombre de textes fréqu.iMumcnt allégués en faveur de la Loi juive. Mais, dans la mesure oij ces textes ont le sens qu'on leur donne, ils se présentent d'eux-mêmes comme l'œuvre du Diable.

Les Catholiques aiment à invoquer le passage célèbre où le Sau\eur répond aux gens qui lui reprochent d'aller contre les presciiptions légales : « Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aus^i en moi, cai- il a écrit sur moi » fJonn. ^^ '|fi) (3). Mais

(\) De lldcr.. 'iCi : Ip>;ius Novi Teslanvili .'"^i ri[)turas faiiqnain infalsafa:* ita li'ciiiil iil qiind voltinl indc a((i|)iaiit, qiiod nolunt roiiciant. IvO inrmc icpioclic est adrrs^i' à Mani lui-niriiii' par Titn? de Rosfra, np. cit.. m. 'mil.

(t) ('.(iiit. /'//'(.s/.. Mil. 1 ; \\1, I. Le iiirnic texte est invoqué contre Manè.s par tlegfenionius, Acta :\r<'li<'hti. 45. par Titus de Bosira. op. cit., III, 2. l't par Epipliane. Hacr., LXVI, 72.

nous pouvons leur lépondLe sans peine. Ou bien, dans ce cas particulier, Jésus n'a pas dit vrai, ou bien il n'a pas tenu le propos allégué. Or la première hypothèse répugne à sa divine peifection. La seconde s'impose donc pratiquement à nous (i). L'Evangile, d'ailleurs, nous incline à ladmettre. En effet le Christ tiffirme, en un autre endroit, que tous ses devanciers étaient c des voleurs et des brigands » (Joan. X, 8), et on ne peut nier que par ce Irait il atteigne directement Moïse (2). Une autre fois, comme il se dit la a Lumière du monde.» et comme les Juifs obj.ectent que son témoignage, portant sur lui-même, est sans valeur, il se contente de leur répondre, sans iiivoqucT aucun de leurs oracles, que selon leur propre Loi (Deut. \IX, i5), deux témoins suffisent en justice et que son Père s'est joint à lui pour le glorifier (Joan. VTIT, i3-iS ; cf. Matt. m, 17 ; Luc IX, 35). Plus loin, il ajoute simplement que, si l'on n'a pas foi en sa parole, on doit du moins croire en ses ù^uvres (Joan. X, 38) (3). Dans le passage même oij il dit que Moïse a écrit sur lui, l.'^s Juifs ne lui posent pas la moindre question sur ce grave sujet. Or ces gens-là étaient bien trop astucieisx et trop mal disposés pour ne pas lui demander, s'il eut léellemeut tenu ce propos, de citer les textes auxquels il faisait allusion (!i). Enfin, les propres termes de la déclaration qu'on lui prête en montrent à eux seuls linvraisemblance. Il suffit 'i peu de croira; à Moïse pour s'attacher au Clnisî '■■■ tout au contraire, ces deux actes s'excluent. Nous avons, en effet, constaté que sur les points les plus essentiels du Juda/snie, sur le sabbat, sur la circoncision, sur la distinction des viandes, le Sauveur va tout à fait à l'encontre des traditions légales (5). On object." que lui-même a déclaré être venu, non point afin de détruire la Loi et les Prophéties, mais afin de les remplir jusqu'au bout (Matf. Y, 17) Cfi). Pour un néophyte venu de la Oentilité, ce texte est 1res troublant. Il semble favoriser l'er-

Ci I Cmf. Fniisl.. \VT, ->. 5 fin.

(->■) Conl. Fniii<i.. \VI. o.

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