I."' Co;if. Fiwsl.. XVI, P.: rf. \ÎT, i
(Vl r.ont. Fniist.. XVI, 2.
(5^ Cont. Faust., XVI, C^.
(6) ronf. Fdii.^t.. XVIT. I : XVlll. i : XTX. i. Le mémo texte est opposé :i M.fur< |)ir tlee-enir.nius. Art. Arcli.. ^o et pnr Titus de Bostrn. op. cit.. m. init. Cf. Cont. Faust., XTX, .5. Cette comparaison du vase s'est déjà
CHITIQUE DU CATHOLICISME 193
leur dft; ^azaréelis ou Symniachieiis, qui croient devoir associer Moïse et le Sauveur (i). Mais la doctrine vénérable de Manichée nous a appris à ne pas en tirer une pareille conséquence (2). Si Jésus a tenu le propos qu'on lui prête, il a fait semblant de parler pour les Juifs, dont il voulait calmer Firritation, mais il s'adressait bien plutôt aux (îeulils, i[ui ont aussi leur Loi et leur-^ Prophéties. La suite du texte s'accorde très bien avec cette iuterprétatiou. Pour justifier son assertion, première, il y met en avant des préceptes qui ont cours chez tous les peuples et non ceux qui sont propres à la race israélite. Ecoutons-le en eff.et : (c Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : « Vous ne tuerez point » : et moi je vous dis : (( Ne vous mettez pas en colère ». Vous avez entendu qu'il a été dit : (c \ous ne commettrez point d'adultère » ; et moi je vous dis : a N'ayez pas même de mauvais désirs ». Il a été dit : « Vous ne serez point parjures (( ; et moi je vous dis : « Ne jurez même point » (Matt. V, 3 1-25 ; 27-28 ; 33-3/|). Le ton devient tout autre, dès. qu'il s'agit d°s règles qui ont été formulées seulement pour les Juifs : (( Vous avez entendu qu'il a été dit : a OEil pour œil, dent pour dent » ; et moi je vous dis : a Si quelqu'un vous frappe sur une joue, présentez-lui aussi l'autre ». Il a été dit : « Vous aimerez votre ami et vous ha'irez votre ennemi » ; et moi je vous dis : (( Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs ». II a été dit : (( Que celui qui veut répudier sa femme lui donne
|)r(''sinl-''c sdiis mir loiiiic un peu différente rlicz Faustc et cliez Félix, connne ehez Hep-('nioniiis. V. supra, p. iqi, not. i.
(i) Coni. Faust.. \T\. 4 !nil. Les « Nazaréens » dont parle Faiiste se ratlaeliaient aux anciens Ebionites, déjà sig-nalés par Irénée. Hacr., I. 26) et Tertullien (De praescr., 33). Ils étaient sans doute appelés « Symmachiens » à cause d'un Ebionite de ce nom. qui. à la fin du second siècle, fit une traduction grecque de la Bible liébraïque et un commentair(> de VEvançfUc de ^Nlaltliieu Œusèbe. H'iKt. eccL, VI. 17; .Térôme. De rir. m.. 54). Au temps même d'Augustin. .Jérôme mentionne les « Nazaréens Ebionites ». chez qui il dit a^oir froncé un « Evangile selon les Hi'ln-i'ux » mis par lui en latin (Comment. i)i Evang. Matt., c. XII, v. i3). Epiphane (Hccr., XXX), qui les a vus en Palestine, s'étend très longuement sur eux (Haer., XXX) et dit que leur doctrine a été portée jusqu'à Rome (ibid.. XXX, 18 init.). L'évêque de Brescia les connaît aussi (De Haer., 8, cf. 63 ?) et Ambroise les signale à son tour (Comment, in Epist. ad Galal.. Prolog.) Augusiin lui-mcmc explique, précisément à propos du texte de Fausie utilisé ici. qu'ils sont très peu nombreux mais qu'ils subsistent encore malgré tout (Cont. Faust., \l\, 17 fin.).
.(■?) Cont. Faust.. Xl\. '|.. Fausie vise .«ans doute ici un text(> d'^ Mani.
19() L'ÉVOLLTrON INTELLECTUELLE DE SAINT AUGUSTIN
mi.e lettre de divorce » ; et moi je vous dis : (( Quiconque répudiera sa femme, excepté pour cause de rornication, la rendra adultère, et il le deviendra lui-même, s'il en épouse une autre » (Mutt. \, 38-3o, hS-hh, Si-Sa). Dans un cas, le Sauv,eur confirmait la Loi en la perfectionnant : dans lautre, au contraire, il la détruit. C'est que là il avait en vue celle des anciens justes, tandis qu'il in msc ici que celle de Moïse (i).
Mais admettons, selon la croyance commune, que la première parole concerne vraiment le Judaïsme. En ce cas, nous n'hésiterons pas à dire ([u'elle nest jjoint de lui. Jésus n'aurait pu la prononcer sans ^. rontredire de la façon la plus formelle, puisque, dans la suite du même texte, il combat vivement cette même loi mosaïque, dont il .est censé avoir fait son programme initial. Une telle apologie de l'Ancien Testament ne saurait provenir que d'un Chrétien judaïsant, soucieux de présenter sa propre conception comme la doctrine officielle du Sauveur (3). Aussi ne nous est-elle point proposée par un auditeur du Christ, qui l'aurait recueillie de sa bouche. Quand fut prononcé sur la montagne le grand sermon auquel elle appartient, le groupe des disciples de Jésus ne comprenait que Pierre, André, Jacques et Jean. Or de ces quatre Apôtres, le dernier seul passe pour avoir écril un Evangile et il n'y cite point la phrase contestée. Matthieu, qui seul la rapporte, ne devait être appelé que plus tard. Du rosic. r('crit publié sous son nom n'.est pas de lui, car sa vocation s'y trouve racontée d'une manière tout à fait impersonnelle tandis que lui-même y aurait parlé à la première personne, comme on est obligé de le faire quand on se trouve en caus" Tci encore, tout trahit un faussaire (3).
La même remarque s'impose à propos de cette autre parole, que les Catholiques ont aussi coutume d'invoquer : a Beaucoup de gens viendront de l'Orient .et de l'Occident, cl prendront place dans le royaume des cieux aA^ec Abraham, Isaac et Jacob »
(i) Cont. Faust., XIX, 3. II a déjà <'té noté que chez Hegemonius, Acto Arrlu'Jai. f\o. Manôs oppose la maxime juive: « Œil pour œil, dent pour (Icîit », au conseil donné par le Chiist de répondre à la violence par la doneein-.
(3) Cont. Faust., XVII, 2; cf. XVIII, 3. L'authenlicilé de ce texte est égidement niée, par Manès lui-même riiez Hegemonius, Acto Arrlie.lai, 4o.
(3) Coiil. Faust., XVII, T.
(Malt. \11I, II ; cl'. Luc XIll, a8). Si les ancêtres des Juifs, dont l'auteur de la Genèse dit tant de mal, sont entrés dans le ciel, après lequel ils n'aspiraient point du tout el auquel ils ne croyaient seulement pas, comme leurs livres le montrent bien (i), nous ne pouvons assurément que nous -en réjouir. En ce cas, nous avons tout lieu d'espérer une faveur identique, du Dieu souverainement bon, pour les Patriarches de la Gentilite, dont les descendants forment presque à ,eux seuls la société chrétienne. Il n'en est pas moins vrai que les premiers ont été plongés dans les ténèbres du Tartare ayant d'en être délivrés par le Sauveur, et que leur libération est due à sa miséricorde, non point à leurs mérites (2). Ne lisons-nous pas aussi que ce même Sauveur a app.elé au paradis un larron crucifié (Luc WXIlî, 'jS), quïl y lait entrer les publicains et les courtisanes (Matt. X\I, .■)i), qu'il a absous une femme adultère (Joau. YIII, .ï suiv.), el qu"il loue son Père céleste de faire lever le soleil sur les bons et les méchants et tomber la pluie sur les justes et les pécheurs {Malt. V, .5.5) "} Nous nous gardons l)ien d'en conclure qu'il approuve les brigands, Les usuriers et autres gens de mauvaise vie. Ne disons pas, davantage qu'il a l'ait l'apologie des Patriarches du Judaïsme parce qu'il a parlé de leur salut final (3).
Du reste, -le propos allégué se présente dans des conditions
(O t t fcro ex oonim liquide libris adparrl (Cont. Faust.. XXXIII. i). Les patriarches dont il est ici question ne peuvent être, d'après le contexle, que les trois premiers représentants du Judaïsme, Abraham, Isaac et Jacob. Justement, un « Testament des trois Patriarches » est mentionné au iv"^ siècle, dans les Constitutions .apostoliques, VI, iTi (P. G., I, 956), et dans le Testament des douze Patriarches, XII. 10.
(2) Constet... longo intei-vallo de telra ac poenali inferorum cusfodia ubi se uilae mérita cohercebant, a Chrisfo nostro domino liberalos (Cont. Faust.. XXXIII, i). La croyance dont parle Fauste, déjà affirmée eu Afrique par Tertullien (De anini.. 55) et saint Cyprien (Testim.. II. 2:^), était si courante au temps d'Augustin que celui-ci a pu dire : Quis ergo nisi infidelis negaverit fuisse apud inferos Christum .^ (Epist., CLXIV, 3). Elle se trouve loncrui-ment exposée, sous forme narrative, dans un écrit apocryphe, rédigé peut-être entre le 11*' et le iv'^ siècle, qui constitue la seconde partie de VEvangile de Nicodème, et oîi deux ressuscites, Carinus et Leucius, racontent comment ils ont été arrachés au séjour de? morts par le Sauveur. Fauste fait peut-être ici allusion à cette œuvre, qui semble avoir été particulièrement répandue chez les Manichéens. Deux traductions latines nous en sont parvenues et ont été éditées par Tischendorf. Evangelia apocrypha, ?,« édit., Leipzig, 1876, p. 089-/110 ; 417-432).
(3) Cont. F.jn.s7., XXXIII, i ; cf. 3, fin.
lUb l'ÉVOLUTIOiN liNTELLEGTUELLE DE SA.I.\T AUGUSTIN
iàclieuses, qui permet te ni de mettre en doute son authenticité. Alattiiieu le rapporte au sujet d'un centurion païen dont le iîls est malade, et qui implore humblement la pitié de Jésus. Touché par la prière de cet incirconcis, le Sauveur s "écrie : u En Aérité je n'ai pas trouvé une telle foi en Israël », et il ajoute : « Je vous déclare que beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident et prendront place dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob ». Or Luc (VII, 2-10) raconte Le même incident, mais sans citer cette dernière réflexion. Peut-être dirat-on qu'il l'a tout simplement omise afin d'éviter une r.edite inutile. Pourquoi alors a-t-il narré tout au long le fait luimême, dont le premier Evangéliste avait déjà donné un récit détaillé ? On constate d'ailleurs que dans son exposé il s'écarte assez notablement de son devancier. Celui-ci fait apparaître le centurion en personne devant Jésus. Luc nous dit, au contraire, que des Juifs respectables vinrent intercéder pour ce Gentil qui aimait leur nation et qui avait bâti leur Synagogue. Il reproduit bien aussi le propos cité par Matthieu. Seulement il lui assigne une tout autre place. Il le fait venir après un long discours 011 Jésus décrit la grande scène du jugement final (Luc XllI, :^j-3o). .Matthieu (VII, 21-28) rapports un entretien à peu près identique, mais, à son tour, il en omet précisément ]a phrase finale. Celle-ci se trouve, en définitive, sans attache bien fixe. Nous sommes, dès lors, en droit de soupçonner qu'elle n'a point été prononcée par le Christ (i).
De ces diverses remarques il résulte clairement que les Evangiles, même ceux qui se présentent comme l'œuvre d'Apôtres du Sauveur, n'ont point été écrits par des témoins immédiats et fidèles, mais seulement par des disciples tardifs, to\it imprégnés de Judaïsme. Ils sont l'œuvre de gens mal informés et très peu scrupuleux, qui, n'ayant connu leur Maître que par des traditions fort discordantes et altérées, se sont faussement identifiés avec des personnages plus anciens et plus autorisés (2). La même conclusion s'imposera mieux encore, si, au lieu de considérer la doctrine qui y est professée au sujet de l'ancienne Loi, nous portons plutôt notre attention sur celle qui s'y trouve formulée au sujet du dirist lui-même.
(i) Cont. Faust., XXXIII, 2.
(2) Cont. Faust., XXXIII. 3. Epiphanc rapporte (Harr., LXVI. 36-/io) ■d'autres exemples de contradictions évangéliques signalées par Mani.
D'après les recueils attribués à Matthieu et à Luc, Jésus a été conçu par la seule action de l'Esprit Saint, et il est né de la Vierge .Marie, puis il a grandi et il s'est développé comme chacun de nous. Mais à ces récits, dont les Catholiques font le plus grand cas et dont ils imposent l'acceptation à tous leurs adhérents, nous pouvons opposer un démenti formel et décisif (i). Le Sauveur déclare expressément qu'il n'est pas de ce monde {Joan. YllI, 28), qu'il procède du Père (Joan. VIII, 42), qu'il vient du ciel {Joan. VI, 42), qu'il n'a ici-bas d'autres parents que ceux qui font la volonté de Dieu (Matt. XII, 5o) (2). Et il félicite l'apôtre Pierre de lui avoir dit, en écoutant non a la chair et le sang » mais le a Père céleste » : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matt. XVI, 16-17) (3).
D'ailleurs, les allégations contraires des deux Evangélistes ne reposent sur rien. Leurs auteuîs n'ont point assisté aux faits qu'ils racontent, comme cela serait requis pour que leur témoignage fût acceptable. Ils n'ont point constaté de leurs yeux que le Sauveur ait été conçu par une Vierge. Ils ne l'ont pas vu naître et grandir. Ils avouent que ses premiers apôtres ne l'ont fréquenté qu'à partir de sa trentième année. Comment peuventils donc être mieux renseignés que lui sur sa vie antérieure (4) ?
Ajoutons que les deux autres Evangélistes gardent sur ce sujet un silence profond. L'un intitule son fivre : « Evangile de Jésus-
(i) Cont. Faust., II, i; III, i; XI, i; Scciindin, Epist., 5 vers. fin. La même controverse tient une pl.ice assez notal^te dans les Arfn ArcheUii, comme les notes suivantes le montreront.
(2) Cont. Faust.. VIT. i. Cf. Enarr. in Psalm., CXXVH. 12. Dans les Acta Archclai. ^7, Manès invoque des proyios analogues du Clnist, pour combattre l'idée de sa naissance humaine.
(3) Cont. Finist.. Y. ,'■>. /;'/). : Contra Fortunal.. 19 (paroles de Fortunat). Dans les Acta ArcJiclai, h- fin., le même texte est expressément invoqué par Manès.
(4) Cont. Faust., VIT, i.
200 l'évolution IiNTELLECTUELLE DE SAINT AUGUSTIN
Chiiîst, Ois de Dieu » (Marc I, i). L'autre commence en disant que « dès le principe était le ^ erbe » (Joan. I, i). Tous deux rejettent visiblement l'idée de la naissance du Sauveur (i).
deux même qui l'admettent ne s'accordent point entre eux. Ils assignent au Messie deux séries d'ascendants tout à fait divei-gentes, dont l'une part d.e Jacob, fils de Mathan, pour remonter à Salomon {Matf. I, 7-16), et l'autre d'Héli, fils de Matthat, pour aller se souder à Nathan, autre fils de David {Luc III, 24-32). Comment pourrions-nous arriver à les concilier ? (2).
Tenons-nous en simplement à l'auteur du premier Evangile. Nous verrons qu'il ne peut seulement pas s'entendre avec luimême. Le début de son œuvre, où il raconte la conception et la naissance du Sauveur, tranche singulièrement avec la suite; où il nous entretient de sa prédication. Aussi lui a-t-il donné un titre différent. II l'appelle le « livre de la généalogie de Jésus- Christ, fils de David » {Matt. I, i), sans oser le confondre avec le récit principal, qui commence avec l'arrestation de Jean Baptiste (Mati. IV, 12), et qui pourrait s'intituler plutôt, ce Evangile de Jésus-Christ, fils de Dieu » (3).
La première de ces parties constitue comme une nouvelle Gt-nèse. tout aussi fantaisiste que celle de Mo'ïse, dont elle fait reparaître l'étoile (4). Elle raconte la naissance d'un homme privilégié, appartenant à la race davidique et enfanté à Betliléem par une vierge, grâce à l'intervention de l'Esprit Saint. Elle ne le présente comme un être divin qu'à partir du moment où coule sur lui l'eau purificatrice du Jourdain, et oii s'adresse à lui la parole du Père, empruntée au Psaume (II, 7) : (( Celui-ci est mon Fils bien-aimé en (jui je me suis complu » (Matt. III, 17). Elle conçoit donc sa filiation divine comme postérieure de trente ans à sa naissance humaine (Luc HT, 28). Elle y voit non point un attribut naturel tjui lui appartiendrait en propre, mais une faveur acquise avec le temps, qui se renouvelle en chacun de nous, toutes les fois que nous passons de l'erreur des Gentils
(i) Omt. Finisl.. III, i.
a) CoiU. Faust., III, i.
(3) Cunt .Faust., Il, i.
(4 Cunt. Faust., II, i. En réalité, aucune étoile semblable n'apparaît dans la Genèse. L'auteur doit plutôt avoir en vue celle dont il est question au livre (h^i^ Momhres (XXIV, 17), dans la célèbre proph«i}ie de Jacob : Orietur Stella ex Jacob.
à la vraie religion. Combien différente est l'idée que les Catlioliques se croient obligés d'avoir à ce môme sujet, en s'appnyant justement sur la seconde partie de cette œuvre discordanté7* si imprudemment attribuée à l'apôtre Matthieu (i) !
Le texte même de la généalogie implique une contradiclion encore plus radicale. Pour prou\er que !e Clirist appartient bien à la famille de David, il nous montre que celle-ci s'est prolongée, par Salomon et ses descendants, jusqu'à (( Joseph, époux de Mari.^, de laquelle est né Jésus » (Mdtl. I, id). (3r il tacont.e aussitôt après que ce même Joseph n'a eu aucun coriun/MX-e conjugal avec Marie il n'a été pour rien dans la naissance de Jésus. Pouvait-il mieux nous monlr.er que sa thèse n'a aucune valeur ?. Une telle incohérence est la marque d'un esprit fort peu équilibré (■a). Qu'on n'aille pas prétendre, pour excuser l'Evangéliste, que la mèTe du Christ appartenait .elle-même à la famille de David. La généalogie ne le dit pas et d'autres textes affirment le contraire. Personne n'ignore que Marie est née du prêtre Joachim, et qu'elle appartenait à la tribu sacerdotale de Lévi, non à celle de Juda, d'où les rois sont sortis (3)-
Ce n'est pas tout. D'après Le premier Evangile, on compte ili générations d'ancêt^-es du Sauveur, depuis Abraham jusqu'à David, lA depuis David jusqu'à la captivité de Babylone, et î^ depuis la captivité de Babylone jusqu'au Christ. Or, en les
(i) Cont. f'ansl., \\!l[. i fin. et 2.
(■>.] Coni. F;:ml.. XMIl. ?>.
(3) Conl. Faust.. XXIII. 4- Cf. Fortunal (Cont. Forlun.. 3) cl Augustin (Serin.. Ll. i(y). La croyance à laquelle^il est fait ici allusion se trouve formulée dans !c PralévangUe de .htcques ou Histoire de lu natii^ilé de Marie {\ . E. Am^uin, Le Protéinnigile de Jacques et ses reninniements tntins. l\:ris. 1910. iii-8°: Ch. Michel, Evangiles apocryplies. Paris, 191 1, m-iG, t.. 1). Cet écrit était déjà très répandu en Occident, au temps d'.\uguslin, car il se trome porté .sm- une liste d'ouvrages condauinés que le pape Innocent I envoie, vers le début du v*" siècle. ;> Exupèie de Toulouse (P. L., t. XX. c. 5oi). Une « lettre à Chromafius et Heliodorc », faussement attribuée à saint Jérôme (P. L., t. XX. c. ,Sr)9-373). qui fait de l'auteur des Actes apocryphes des Apôtres lui « disciple de Manichée ». lui attribue aussi un livre De la Nativité de lu Vierge, oii il aurait altéré une œuvre similaire de TApôtr :■ Atattliieu. Une traduction de Tœuvre originale, dégagée de ses altérations, est publiée à la suite de cette Epîtrc (P. L., t. XXX, c. 297-805). Marie y apparaît comme une fille de Joachim et une descendante de David (ibid., c. 298). Dans le texte du « disciple de Manichée », elle se rattachait peut-être à la race de Lévi.
comptant bien, nous n'en trouvons que 4i- L'Evangéliste ne sait pas* même faire une sim^ple addition. Quelle confiance peuton accorder à ses dires (i) ?
L'idée qui a inspiré son récit est, d'ailleurs, monstrueuse. Comment peut-on admettre qu'un Dieu si parfait que celui des Chrétiens se soit enfermé dans cette vile prison qu'est le sein d'une femme, qu'il ait délibérément accepté et même recherché les turpitudes inhérentes à la conception ainsi qu'à la naissance ? N'est-ce pas lui faire la plus grossière injure ? (2).
Tout autre apparaît 1? Sauveur dans les écrits de Paul : « Ayant la nature de Dieu, nous dit l'Apôtre, il n'a pas cru commettre une usurpation en s'égalant à lui, mais il s'est anéanti, prenant la forme d'un esclave, dev.enu semblable aux hommes et extérieurement tel qu'un homme ; il s'est humilié et rendu obéissant jusqu'à la mort », pour se montrer ensuite plein de vie et nous apprendre ainsi à ressusciter spirituellement (Phil. TT, 5 et Ronï. VI, [f f3). Les disciples de Manichée ne font que reprendre cette doctrine, trop oubliée dans l'Eglise chrétienne. Pour eux, Jésus n'a eu qu'une chair purement apparente ''^y Tl o<\ descendu ici-bas afin d'attirer les âmes, de les
(i) Serm.. IJ, 12. .\ujïustin avoue ici que c?s rlifficultés soulevées par les Manichéens ont fait jadis sur lui une i^rande impression (ibid., 6).
f3l Cont. Faust., IIL i fin.: XXXIL 7; Secundin. Epist., 5 fin.; Cou/., VI, ?.o fin. : Cont. Epist. Mon., 7; De contin.. o3 fin. ; Cont. diias Episl. PeAag., II, 3. Dans les Acta Archelai, 6 et ^7, Manès lui-même dit: Absif uf Domiiuuii nostrum Jesum Christum per naturalia pudenda mulieris descendisse profitear : D'après Photius iBihUolli., Cod., CLXIXIX), le Manichéen Agapius a voué ime a haine implacable », suivie d'une « guerre sans rn(>rci » à « Marie toujovu's Vierge, mère du Clirist notre Dieu ». Un fragment manichéen de Tourfan publié par Millier (Hnndschr., p. 94-95), qui peut venir des Mystères de Mani, est dirigé contre ceux qui « invoquent le fils de Marie ». Cf. Titus de Boslra, III. 19: Saint Léon, Serm., XXXV, 4; Photius, Cont. Man., I, 7 init.; Formule grecque d'abjuration, i fin., 2 init. (P. G., I, i464).
(3) Cont. Foriun., 7 (paroles de Fortunat). Chez Hegemonius, Turbo semble viser le même texte (Act. Arch., 8): Veniens filius transformavit se in speciem hominis. et adparebat quidem hominibus ut homo, cum non esset homo) et Mani s'y réfère expressément (ibid., 5o) : Totus ille ipse descendens semetipsum in quocumque voluit transformavit in hominem, eo pacto quo Paulus dicit quia « habitu repertus est ut homo ». Cf. Titus de Bostra (op. cit., III, 19) et Epiphane (Haer., LXVI, 49)-
(4) Conf., V, aofm.; Serm., XII, 9; XXXVII 17; LXXV, 8; XCII, 3; CXVI, 4; CLXXXTI, 2 fin.; CCXXXVIII. 2: Enarr. in Psnim., XTXXVII, 26; De contin., 2^. La même doctrine est dénoncée chez les Manichéens par tous leurs critiques chrétiens, et notamment, en Occi-
CRITIQUE DU CATIIOUICISME 203
instruire, de les sanctifier .et de les conduire dans le Royaume du Père, après leur en avoir montré lui-même le chemin (i). Seulement, il l'a tait sans s'astreindre en aucune façon aux misères de la généralion charnelle, puisqu'il s,e proposait d'y mettre fin.
« S'il n'était point né, objectent les Catholiques, comment aurait-il pu apparaître avec un corps humain ? » — De la même manière que les Anges. Ceux-ci se sont manifestés et ont parlé très fréquemment aux hommes. Cependant ils ne participent en aucune façon aux misères de notre condition. Les grands auteurs du Manichéisme ont fort bien montré que le Sau\eur est dans le même cas (2).
« Comment quelqu'un qui n'est point né aurait-il pu mourir ? — Si ce lail n'est pas naturel, il y en a beaucoup d'autres qui n.e le sont certes 1 .- davantage et qu'( 11 ne songe point à contester. Il n'.est pas conforaie à la nature de donner la vue à un aveugle (Joan. IX, 1-7), la parole à un muet (Malt. IX. 33-33), le mcuvement à un paralytique (Mntt. TX, 1-7) ou la vie à un mort (Jonn. XI, i-44). Nous cro.yons tous pourtant à ces actions merveilleuses que décrit l'Evangile, parce que nous les considérons comme des effets directs de la puissance divine. Pourquoi ne croirions-nous pas aussi à celle dont il est présentement question, en la considérant du même point de vue ? (3).
Les Catholiques disent qu'on ne peut l'admettre sans attri-
dont. pai- l'Aml)rosia?t(-'r i7/( Efiist. ad Gnlnf.. T. i: ad Pliilijii).. T, i: Quai'st. Vef. et ?iov. Teslum.. append.. T.XV. <'•(]. Soiilcr. p. 'i^iq). par saint Ambioisp (Apologia David altrrn. lY. p- ; r)e fide, Y. i^: De Incarn., S. cir.) et par saint Léon (Epist.. LIX. t : CXXIV, 2: CLXY, 2; Serni., XXIV, 4; XXXIY, 4). Nous avons vu déjà (p. 202, n. 3) qu'elle est attribuée par les Arles d'Arrliélauf!. 8, à Mani lui-mèmo, et par Photius (Bibl., Cnd., CLXXTX) au manichéen Aijapius. Pliotius dit aussi (Bibl., Cad., CXIV). à propos de ce Lucius Charinus. qui a écrit les Actes de Pierre. d'André, de ,Iean. de Thomas et de Paul : « Il préfend que le Clirisi n'est point devenu réellement un homme mais a pris simplemenl une apparence humaine se montrajit à ses disciples sous' des formes diverses, à tel moment comme un jeune homme, bientôt après comme un vieillard, puis* de nouveau comme ini enfant, tantôt avec une g-rande stature, tantôt avec ime prlite taille, qurlqui'fois comme un géant dont la tétc touctie le ciel ». m Conl. Fnriun., 3.
r?) Ut iam probatum a nosfris est. dit Fauste (Cont. Faust., XXIX. i fin.':. Fauste a ici en vue Mani f\ Adimanle Tcf. su-pra. p. 202. not. i et 2).
(3) Cnnt. Faust., XXVI. 2.
buer au Christ des procédés magiques. S "il leur plaît d'appeler ainsi tout ce qui déroge à l'ordre établi en ce monde, est-ce qu "eux-mêmes n'admettent pas une certaine magie, quand ils disent que le Christ a été conçu et enfanté par une Vierge ? Un tel fait est aussi extraordinaire et plus inconvenant que celui qu'ils critiquent (i). Ils disent qu'Henoch, Moïse et Elie sont nés sans être morts et ont pris le chemin du ciel encore pleins de vie. Pourquoi donc ne diraient-ils pas que Jésus est mort sans être né et a paru sur terre dans la force de l'âge (2) ?
En réalité, il n'est point vrai qu'un homme soit monté au ciel avec son corps tl il ne saurait l'être davantage que Jésus ait expiré <\iv une croix. Si le Christ eût fini comme un simple iuortel, il n'eût point été un Dieu, ni le Sauveur des âmes (3).
Cependant la mort n'est point mauvais* | nature, comme la naissance. Celle-ci emprisonne à nouv.eau la substance divine dans la matière ; celle-là tend à l'en délivrer. L'une est pour nous le mal suprême ; l'autre apparaît comme le but normal de. toute existence terrestre. Aussi le Christ n'a pas même fait semblant de naître. Au contraire il a feint de mourir. Tl voulait nous apprendre, par son propre exemple, à fuir le (orps. Mais il ne pouvait subir aucun supplice, car il n'.ivail (|ii!' les appnren'^os de la cliair (4).
(^) Oml. Faust., XXTX. i.
(1) Conl .Faust.. XXVI. i. L'Assomption (t'Elic est racoiitc'-f tout an liinir (lari.< la Bible (II Reg.. IT. 1-12), cclio de Mnï*e dans un livre inlitiilé pivcisérncnt l'.l.s.somp/(o;( de Mo'i.'ip. dont nous n'avons que la première partie (V. Charles, The .issumption o) Moses, Londres, 1897. in-8°), relie d'IIénoch dans le Livre (VHénoch dont une version éthiopienne nous a été conservée en entier (W F. Martin. Le Livre d'Hénoch, Paris, 1900. in-S"). Ces deux derniers écrits n'étaient admis par personne dans le iecueil biblique, comme Auirustin le (Minsjale expressément au sujet du second (De rir. Dei. XV, :>.'^, /(). Aussi, tout en rappelaïit l'assomption d'IIénoch et de Moïse, Fauste insiste de préférence sur celle d'Elie.
i'.^\ Conl. Fcriiin.. 7 fin. (paroles de Fortuna't) ; Conf. Faust., XXVI, I-:.; Se.iiiw!., Ef>is'.. ^: Conf., V, 16; Eno/r. in Ps«f m., .XXXVII, 26. D'ai)iès Pliotiu< iBiiil.. Cad., CLXXIX), le Manichéen Ajraphis a déchire par mille blasphèmes la croix vénérable et salutaire du Christ ». Selon Ali'xandre de Lycopolis (op. cit., 24),' Mani lui-même aurait enseigné iiuc le Fils de Dieu n'est point sujet à la souffrance et à la mort. -Cette dernière idé(> se trouve développée dans un fragment d'une Epître « à Zebenas ». attribuée à Màni et éditée par Fabricius (Blbl. Graec, 2^ éd., t. III. p. 3i5 et suiv.).
Cl) Credimus... crucis ejus mysticam fixionem, qua nostrac animae pa<>;inni-< inoii-^liaiilur vuhiera (Conl. Fansl.. XXXII. 7^ Cf. ('/)/(/., XXVI,
Cest un autre, un supi^ôt du Diable, qui a été immolé en sa place. Le Démon a accumulé contre le Fils de Dieu tous les outrages et toutes les tortures. Mais il n"a it'ussi (|u"à se les infliger à lui-même en la personne d'un de ses entants. Lui seul a revêtu le manteau de pourpre et porté la couronne d'épines. Lui seul a été attaché à la croix et abreuvé de fiel et de vinaigre. Lui seul a été transpercé par la lance du soldat (i).
Aussi la plupart des Manichéens ne fêtent pas la Pâque chrétienne. Quelques-uns la célèbrent mais sans grand apparat, .sans jeûne prolongé et sans vigile. Par contre, tous solennisent de leur mieux le Bêma, anniversaire annuel de la mort de leur Maître, qui se présente vers le même temps. Ce jour-là ils dressent bien en évidence une estrade funéraire, munie de cinq degrés et ornée de linges précieux, puis ils font monter vers
I fin.: XiXXIlI. i: Cont. Foiiiin.. - (paroles de Fortiinat). D'après Alcxandif de I^ycopolis (op. cil., 24), Mani enseigne que, sans être- sujet à la souffianci' et à la mort, le Clii'ist se laissa attaehei- à la croix pour Tuoulrer aux liommes comment la vertu divine est crucinéc dans la matière et comment Ions doivent se conduire. Cf. Ambroise, Comment, in Eiiisl. ad Gahil.. t. i: Manicliacus Cliristum liominem negat et non ueg;it ( lucîfiximi.
(O De fui. ,-i,}il. Man., 28. Pliotius (BibJ.. Cad.. CXIV), dit au sujet de l'auteur des Actes de Pierre, de Jean, d'André, de Ttiomas et de Paul, très estimé, nous l'avons vu, par les Manichéens : a îl prétend que ce n'est pas le Christ qui a été attaché à la croix, mais qu'un autre y a été mis à sa place et il le montre lui-même se moquant de ceux qui l'ont crucifié. » Dt fait, un fragment des Actes de Jean (Lipsius et Bonnet. .lr/(; Aposf(Aorum. apocryplia, Leipzig, 1898, in-8°, t. H, vol. i, ]). 199-203. n. 97-io5), nous présente le Christ apparaissant à l'Apôtre hien-aimé sur la montagne des Oliviers, pendant que se déroule sur le Calvaire le drame de la Passion, et lui disant : (( I^à-ljas. à Jérusalem, on me met en croix, on me perce d'xmc lance, on m'abreuve de ficd. A toi je parlerai... J'ai été pris pour ce que je ne suis pas ». La même itlée est expressément attribuée aux disciples de Mani par la formule grecque d'abjuration. Celle-ci anathématisc les gens qui affirment « que Notre Seigneur Jésus-Christ a souffert seulement en apparence et que, pendant qu'un autre se trouvait sur la croix, il se tenait au loin et riait de le voir souffrir à sa place » (P. G., t. L c. i4C3). D'après Basilide, que la conclusion, récemment découverte, des Acfn Archelai (éd. Beeson. cire, fin.) présente comme le maître de Mani, <( Jésus n'a pas souffert la mort, ihais un certain Simon, originaire de Cyrène, fut obligé de porter la croix pour lui; puis, ayant été transfiguré par Jésus, au point qu'il pouvait passer pour lui, il fut crucifié par ignorance et erreur, alors que Jésus, transforme en Simon, se tenait atiprès en riant » (h'énée, Haer.. l, a/j, 4)- Cf. Salomon Reinach. Cultes, mythes et religions, t. IV, 1912, Simon de Cyrène).
206 l'évolution intellectuelle de SALNT AUGUSTIN
elle leurs hommages avec une grande ferveur. Aux Catholiques convertis qui s'étonnent de ce changement d'attitude ils se contentent de répondre que la Passion du Christ a été purement apparente et ne mérite donc pas d'être honorée comme celle, bien autrement réelle, de Manichée (i).
Les autres faits évangéliques donnent lieu à des remarques analogues. Il convient d'admettre, quoiqu'à titre de simples simulacres, tous ceux qui sont à l'honneur du Christ et qui tendent à notre instruction. Mais il faut rejeter absolument tous ceux qui sont contraires à sa nature et à son rôle de Sauveur. Nous croirons donc à ses actions miraculeuses, aussi bien qu'à sa Passion mystique. En revanche, nous nierons non seulement qu'il soit né d'une femme mais encore qu'il ait subi la honte de la circoncision (Luc II, 21), qu'il ait offert aucun sacrifice à la manière des Gentils (Luc II, 24), qu'il ait été baptisé comme un pécheur (Luc III, 21), traîné par le diable à travers les déserts et exposé aux pires tentations (Luc IV, i et suiv.) (2).
Au reste, ce sont les paroles de Jésus qui importent surtout, cai' ce sont elles qui font le mieux connaître la vraie doctrine (3). A leur sujet la même distinction s'impose. Nous devons donc tenir pour authentiques toutes celles qui s'accordent avec la science du bien el du mal, mais non celles qui tendraient à la détruire. En vertu de ce principe indiscutable, nous accepterons les préceptes bienfaisants du Sauveur, ses paraboles, ainsi que l'ensemble de son sermon déifique, qui affirme trop bien l'oppo-
Mi C.fint. Eplsl. Man., 9. La formule grecque d'abjuralion (P.. G., t. I. c. 1^65). anafhématise « tous les Manicliéens,.,,, leurs mystères abominables, impurs ou charlatanesques, ainsi que ce qu'ils appellent leur Bèma ». Ce dernier terme désigne, en grec, une surface élevée, une plate-forme, et, par extension, soit une tribune, soit un autel. Augustin parle d'un « tribunal ». Ce dernier mot signifie également soit une estrade; d'oîi parlent les orateurs, soit un monument érigé en l'honneur (rnn mort. Beausobre (op. cit., .t II, p. 710) préfère le premier .sens. .Te trouve le second plus naturel à propos d'ime fête destinée à commémorer la mort ^de Mani.
I î' Conf. Faust.. XXXII, 7. Dans les^Acta Archelai, 5o fin.), Manès nie pareillement le baptême du Christ. Photius repioche au Manichéen Agapius de ne l'admettre qu'en apparence, tout comme la Passion de Jésus, sa mort, son inhumation et sa résurrection (Bihl., Cod., CLXXIX).
(H) Est enim nihil alind (Euangelium) quam praedicatio et mandatum Christi (Cont. Faust., V, i). Cf. ibid.. V, 2 et II, 2. D'après Photius, les Manichéens admettent l'Evangile, non en toutes ses parties, mais en celles"qui contiennent les oracles du Seigneur. Cont. Man., I, 10, cf. i/j.
sition des deux natures pour n'être point de lui (i). Nous accueillerons même sans aucune difficulté certains autres de ses discours que les Catholiques ne veulent point admettre, par exemple l'hymne qu'il fit entendre à ses Apôtres, après la dernière cène, selon le témoignage de l'Evangile {Malt. XXVI, 3o) (2). Nous n'en serons que plus déciclés à rejeter comme apocryphes tous les propos qu'on lui prête, quand nous les trouverons opposés à la saine doctrine (3).
A plus forte raison cette attitude réservée s'impose-t-elle à l'égard de l'œuvre des Apôtres. Pour voir combien Pierre s'est éloigné du Sauveur, qu'il a renié trois fois dans une nuit (Matt. XXVI, 69-75) (A), nous n'aAons qu'à ouvrir le livre des Actes, attribué à Luc, où nous le voyons faire mourir un homme et une femme pour les punir d'un mensonge (Act. V, i-xo) (5). Le même écrit n'en affirme pas moins qu'au moment où il commit ce double crime il avait déjà reçu le Saint Esprit (Act. II, ^). Les Afiinirhéens refusent d'admettre un tel ouvrage dans
(i) Cont. Faust. . \X\II. 7 Jiii. Il s'agit ('vidommcnt ici du « Sermon sur la montagne » (Matt., V-VII). Augustin on fera un très long commentaire presqù'aussitôt après avoir été ordonné prêtre (De Sermone Domini in niante, Ubri duo, P. L., XXXIV, 1 229-1308). Mais il avait dû déjà l'étudier particulièrement chez les Manichéens. Ceux-ci aimaient surtout à y relever le verset des deux arbres (Mntt., VII, 18) dont nous avons AU qu'il? usaient très souvent en discutant avec les Catholiques (V. plus haut, p. 95, n. 2). C'est spécialement à ce passage célèbre que Faustc fait ici allusion.
(2) Epist., CCXXXVII, 4. Augustin parle de cet hymne à propos des Priscillianisles. mais il note à son sujet que les Ecritures apocryphes sont en faveur non seulement chez eux, mais encore chez d'autres hérétiques, chez ceux surtout qui rejettent la Loi et les Prophètes, comme font li's Manicliéens (jbid., 2). Il en cite divers passages, au cours de son Epître (ibid., 5-8). Le pape Léon fait également allusion à de « fausses paroles du Sauveur lui-même », admises par les disciples de Mani (Serm., XXXIV, 4).
(H) (^o}il. Fausl.i XXXII, 7 fin.
(4) Secundin, Epist.. 4- Les Manichéens qu'a connus Photius parlent de même : « Ils maudissent surtout Pierre, le coryphée des apôtres, comme ayant renié, disent-ils, la foi dvi Christ son Maître » (Cont. Man., I, 8). Il est à remarquer que Fauste, Fortunat, Félix et Secundin ne citent jamais les Epîtres de Pierre. Ceux dont parle Photius les rejettent expressément.
(5) Cont. Adim., XVII, 5. Nous avons vu plus haut (p. i34) que pour les Manichéens tout homiridi^ est un crime très grave, sévèrement interdit par le « sceau de la main ».
leur Caaon (i). Les Catholiques n'ont pas à s'en plaindre, car ils rejettent le travail similaire de Leuce et d'autres livres pieux, dont la lecture est cependant bien autrement utile (2).
Paul est resté plus fidèle aux doctrines du Maître et nous devons nous fier de préférence à lui. Il a exposé la distinction du bien et du mal, de la chair et de l'esprit, de la Loi ancienne et de 'la nouvelle, avec une clarté et une force tout à fait remarquables (3). Cependant les écrits que nous avons de lui ne peuvent encore nous inspirer une entière confiance. Certaines de leurs affirmations, celles surtout qui se montrent favorables au Judaïsme, sont si manifestement contraires au reste de leurs doctrines qu'elles ne peuvent venir que d'un faussaire (4). D'ailleurs, Paul n'.est pas infaillible et il ne prétend pas l'être. Il avoue, en un endroit (I Cor. XIII, 11), qu'il s'est précédemment trompé, que jadis il raisonnait comme une enfant (5). Ainsi peu^on s'expliquer qu'il ait dit aux Romains, en un passage
I Cniil. Adim., XVII. 5: De util, cred., 7; Epist., CCXXXVII, 2. (^cpiiidaiil, dans ce dernier passage, Auguslin se contente de dire que « eiMlains Manichéens » rejettent le livre canoniqui> des Actes. De fait, Fauste de Milèye en cite un épisode (Act., X, ii-i5), sans le desapprouver (Cont. Faust.. XXXI. ?i ; cf. aupra, p. i33). Un flottement analogue se manifeste chez les Manichéens que connaît Photins. Quelques-uns admettent l'œuvre de Luc, d'autres la rejettent. Ils sont d'ailleurs tout ;uissi divisés ou sujet des « Epîtres Catlwliques « (Cont. Man.. I, 8). C(îl!es-ci riv sont jamais citées par les Manichéens d'Afrique, apparemment parce qu'elles n'étaient guère en faveur chez eux.
(■V- ('.oui. Fel., 11, Tt. Cf. supra, p. i^ii. not. 7.
'.">) Apostolum accipis ? — Et maxime (Cont. Faust., XI, i). Fauste (VllI. I : XI, i: XII. i; XIII. i; XIV, i, etc.), Fortunat (7. iG, 21, 22, ?,()). Félix (I, 9: 11. ■>. loV Secundin (I, 3, 4, 5) citent très souvent les écrits pauiiniens. Félix dit que « l'Esprit Saint est venu en Paul » (Cont. Ftil., I, 9) et Secundin engage Augustin à « faire revivre « en son temps le même apôtre (Secundin, Epist., 5).
(\) Conl. Faust., XXXIII. 6; De mor. eccl. cath., i/j : De divers, quaest., LXXXIII. q. lxvui, i. Ce dernier passage ne nomme pas les Manichéens, mais il les vise d'une façon très claire, et il précise les renvois précédents en expliquant que ces hérétiques rejettent tous les textes pauHniens consacrés à la Loi et aux Prophètes juifs. UEpître aux Hébreux, i\m présente le Nouveau Testament comme la réalisation de l'Ancien, doit être ici particulièrement visée. De fait, elle ne se trouve citée dans aucun des textes manichéens que nous a conservés Augustin. Titus de Boslra (op. cit., III, à) en oppose le premier verset aux disciples de Mani, en disant que les Catholiques ne rejettent pas comme eux a les débuts de l'Apôtre ».
(5) Cont. Faust., XI, i.
très souvent invoqué contre les disciples de Manichée, que le Christ est né « de In semence de David » (Rom- I, 3) (i). Dans une Epître postérieure, il fait remarquer, à ce sujet, que, si autrefois il a connu 'le Christ « selon la chair », maintenant il ne le connaîi |)lus de la même façon (II Cor. Y, iG) (2). Ainsi lui-niènie nous ap|)rend à n.e pas croire aveuglément chacune de ses affirmations, mais à en la-ire une sage critique.
Si nous gardons une telle indépendance à l'égard (\v tels maîtres, nous nous sentons encore moins tenus de sui\re, les yeux fermés, tous ceux ipii, après eux, se couvrent de leurs noiiis. Nous connaissons les ruses du « Malin ». Il ne s'est pas contenté d'amenei- Pierre à renier le Sauveur, Judas à le trahir, les Scribes et les Pharisiens à demander sa mort, les soldats à le couronne)- d'épines et à l'abreuxer de vinaigre, un d,es larrons crucifiés à l'accabler d'outrages. Il n'a pas seulement soulevé, dans la suite, contre les continuateurs de l'œuvre du salut des disciples rebelles, iels qu'Hyménée, le séducteur d'Alexandre, que Paul a dû liMer à Satan, pour lui apprendre à n.e plus blasphémer (I Tim., I, 20) (3) et les fauteurs des désordres d'Antioche, de Smyrne et d'Iconium, contre lesquels le même Apôtre eul aussi à hitter Ci). Invoquant faussement l'autorité du Christ et celle des premiers Chrétiens, il a encore trompé un très grand nombre d'âmes et répandu partout de très graves erreurs. Il est bien cet ennemi sournois que rEvangilo nous montre semant de nuit l'ivraie à côté du bon grain (Matt. XIII, 26- 38"). Et la société commune des Chrétiens est bien aussi ce champ du Père de famile, où la mauvaise herbe s.e dresse partout près du froment (5).
(!) Cdiit. Fiiiisl.. \\. I fin. Le mrm(> texte de P;iiil lui est aussi ;ij)p!i'[uc'' p;ii- Miinè^ eliez He.jïeinnuius (Art. Arcli., i3 /(';(., /|i>).
(:>.) Conl. l'^mist.. \1, I. tl semble que, po\u- Fiiusle. l'ordre ranouif|ne des lOpîtres de Piuil csl bas-' sur leur ehronolofrio. Cf. BrûcUner, Faii.'ilns von Milerc, p. 61. not. i.
(3l Secuudiii, l-^[>isl.. n. 4- Manès fait allusion au mènu' texte de la première Kpître à Timofhée dans les Acta Arclwhii, i3.
"i) Secundin, Ephi., h. Cette dernièie remarque doit être empruntée aux Acten de Pnd et de Tliècle que nous avons déjà vus cités par Faustc lie Milève (XW. i : siiimi. p. ili, not. ~) et (ioiil le récit se trouve localisé dans l(>s mêmes \i!les.
(.")) SeeuncHu, Epi.^f., !i. D'après Ilcgemonius {Act. Arch., i3) et t]piphaue C'^uer., LXVI. 65), le même texte était aussi invoque par Mani.
210 l/ÉAOLUTION INTELLECTUELLE DE SAINT AUGUSTIN
Les Catholiques ne comprennent pas qu'on puisse les critiquer. Mais surtout ils ne veulent pas accorder que leurs Bfcritures renferment la moindre erreur. Si nous croyons, disent-ils, à la nouvelle Loi, nous devons l'admettre en entier, sans aucune réserve (i).
Qu'ils commencent par prêcher d'exemple ! Eux-mêrties font profession de garder l'Ancien Testament. Ils devraient donc l'accepter dans sa totalité. Or ils en rejettent pratiquement une foule de points. Que n'imitent-ils la conduilc de Juda couchant .•'\ec S! hiii. !■■ l.cîh s'uniss-int à ses filles, d'Osée vivinfc avec une courtisane, d'Abraham vendant à deè amants les nuits de sa compagne, de Jacob épousant en même temps deux sœurs, de DuAid et de Salomon se vautrant dans la débauche avec des centaines et des milliers de concubines! Que ne foiil-iis comme le Juif Pidèle prenant la femme de son frère défiml pour donner à ((lui . i uiK' postérité ! Au lieu de se régler sur ces précédents, ils ne veulent pas seulement en entendre parler (3). Ils n'admettent p.!S qu'on doive regarder comme maudit quiv^(^rque est '.( suspendu rui bois » ou quiconque n'a point d'enfants. Ils ne se croient pns tenus d'exterminer tout incirconcis ou tout violateur de la Loi (3)- Ils ont abandonné le repos du sabbat comme inutile et la circoncision comme honteuse. Ils mangent sans scrupule là chair de porc. Ils ne célèbrent ni les semaines des azymes, ni la fête des tabernacles. Ils ne craignent point d'associer la pourpre et le lin dans leurs habits, de porter un vêtement fait avec plusieurs espèces de fils, d'atteler un bœuf avec un Ane ('\). Même quand ils restent fidèles aux préceptes
(i) Cont. Fdust., XXXtl. i.
(V Conl. Faiisf., XXXIl, '|.
Ç^) Cont. Faust.. XXXIL 5.
(.V) Cont. Fojisl.. VT. i; XVL 7; XXXIL 3.
CRITIQUE IJU CATHOLICISME ' 211
du Judaïsme, ils se gardent bien de les maintenir '!ins leur forme ei leur rigueur premières. Ils célèbrent la Pâque, mais sans immoler aucun agneau, sans s.e nourrir pendant sept jouis de paiii'^ non fermentes et de laitues. Ils tètent la Pentecôte, mais sans pratiquer les sacrifices auxquels ils seraient légalement tenus. Ils croient devoir s'abstenir de la chair des animaux étouffés ou de celle qui a été immolée aux idoles (Act. XV, 29). Seulement ils mangent du porc, du lièvre, du hérisson, des moules, des calmars, et de toutes les espèces de poissons auxquelles ils ont pris goût (i). Par là, ils montrent bien que l'autorité de Moïse compte fort peu pour eux. Qu'est-ce donc qui sur ce point les distingue de nous, sinon leur manque de franchise ? Nul de nous ne s,e croit permis de déguiser la vérité. Eux ne se fonl aucun scrupule de mentir (2). Ils affectent de conserver reusemble des Ecritures juives. Ils n'en gardent, au fond, que ce ([!ii leur convient. Ils retiennent d'abord l'annonce d'un roi lulur. très faussement identifié par eux avec Jésus, ensuite les lègles communes de la vie civile, celles par exemple qui interdisent l'homicide et l'adultère. Mais ils rejettent tout le reste comme une simple « ordure » (PJiiL III, 8) (3).
Si nous pouvons faire un tel triage dans l'Ancien Testament, écrit par Dieu lui-même et par Mo'ise, son « fidèle et intègre serviteur » (Exod. XXXI, 18), pourquoi serions-nous tenus d'accepter en bloc le X^ouveau, qui vient simplement du Christ, et qui, d'ailleurs, n'a point été rédigé par lui ni par aucun de ses Apôtres, mais .seulement par des disciples lointains et fort mal renseignés ? La Loi du Père vaut-elle moins que celle du Fils ? (Z|). On prétend, il est vrai, que l'une aurait été donnée seulement pour un temps et l'autre pour toujours. Rien n'est plus faux (5). Le législateur des Hébreux nous présente son œuvre comme définitive et immuable. Il maudit quiconque n'en admet pas tous les enseignements et n'en met i>fts en pratique toutes les ordonnances (Dent. XXVII, -26). Il va même jusqu'à ordonner de mettre à mort le prophète qui, en s'appuvant sur
(i) Coid. Faust., XWU. 3.
(2) Cont. Faust., VI, i fin.
(3) Cfmt. Faust.. XXXII, i; cf. Sccundin : Epbst., 5 (in. Cl) Conl. Faust., XXXII, 2.
(5) Cont. Faust., XXXII, 6.
212 l'ÉVOLU'TION intellectuelle de saint AUGUSTIN
des signes et des prodiges, osera la critiquer et en détourner le peuple {Deut. XIII, i-5), coftime si ce. n'était pas ce qu'a fait le Christ (i). Au contraire, Jésus nous donne son Evangile comme une institution encore imparfaite et provisoire qui devra être perfectionnée et complétée : « J'ai beaucoup de choses à vous dire, déclare-t-il à ses disciples, mais vous ne pouvez pas les supporter encore. Quand le Paraclet, l'Esprit de vérité^ sera Aenu, il vous fera connaître toute la vérité... Je vous ai dit ces choses en paraboles. L'heure vient où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vous entretiendrai directement du Père (Joan- XVI, i2-i3, 26) (2). Paul a fait une constatation analogue, accompagnée d'un,e promesse identique : (( Xous n'avons, avoue-t-il, qu'une science incomplète et des prévisions limitées ; mais, quand la perfection sera réalisée, toute imperfection disparaîtra ; maintenant nous voyons comme en un miroir, d'une manière obscnro ; .dors nnt]^ verrons face A face » (I Cor. XIIT, 9-10, 12) (3).
Seul, Manichée a accompli ces prédictions. Il s'est présenté comme le messager de Jésus (A), comme le Paraclet annoncé par lui (5) ou bien encore comme le Temple vivant du Saint
(1) Cont. Fciisl., XVI, 5; \J\, ."1 /;;/. !.< nîriiT' l«'\t,. c-f i:ippr](' piir Mitnès dans les Acta Archelai, ^o.
<■>.) Cont. Faust.. XXXÏI. 6; Cont. /•>/., Il, G. Le même fexl.' < ?t invoqiK' par Manè.s chez Hcgcmoniii? ÇAct. Arch., i3).
(3i Cviii. Faust., XV, 6; Cont. Fel., I, g. Le même texte est encore invoqué par Manès chez Hegcmonius (Act. Arcli., i3, cf. 87) et clicz Epiplian'" [Haer.. LXVI, 61).
(\) Cont. epist. Man.. 7; Cont. Faust., XIII, /| ; De. Haer., XLVI. Tilus de Bosfra (op. cit., III, Prol.) et Epipliano (Haer., LXVI, 12 /in.) disent également que Manès s'appelle « quelquefois » l'apôtre du Christ. Dans les Acta Archeloi lui-même se donne ce titre en tête d'vme lettre adres.séc par lui à Marcellus ((\ init.), et il dit de vive voix .au même personnage et à son entourage : Ego, viri fratres, Cliristi quidem sum discipulus, apostxilus vcro Jcsu (i3 inii.). La véracité de ces témoignages a été contestée, mais à tort. ,Lc premier feuillet d'un Evangile de Mani. retrouvé à Tourfan, commence par ces mots: « Mani, apôlrc de .lé-siis-Christ aimé, dans l'amour du Dieu Père « (Millier, Handschr., p. 2/I), que nous avions déjà à peu près identiques en tête de VEpllrc <hi Fondement (Cont. Epist. Man., g; cf. Cont. Felic, \, i/|).
(5i Cont. Epist. Man., 7, 9: Cont. Felic, I, :>. ; De Haer., XLVI. La même constatation est faite par Cyrille de Jérusalem (Catech., VI, lô init., et XVI, 5, 9), Titus de Bostra (op. cit., III, Prol.) ; Epiphane (Pannr., LXVI. 12 fin.), Saint Léon (Serm., LXXVI, 6), etc. Dans les Acta Archeloi, i3, Manès lui-même dit : k Sum quidem ego Paracletus qui ab Jesu
CUnitJLi; J)L CATHOI.ICISME 213
Esprit (i). Il nous a enseigné (( le commencement, le milieu et la fin ». Il a montré comment le monde s'est formé, pourquoi Los jouTs y succèdent aux nuits, quel but poursuivent le soleil et la lune dans leurs courses lointaines (2). Et il ne s'est pas contenté de nous apprendre tout ce que nous tenons à connaître. Il nous Fa encore ^ exposée dans les termes les plus clairs. Tous ses devanciers ont parlé par figures parce qu'ils étaient simplement chargés de lui frayer les voies. Lui s'.est jarésehté comme le dernier des iMessagers divins. Aussi ne nous a-t-il pas montré la vérité. (( comme en un miroir », mais a face à face » (3). C'est justement ce qui lui a valu son nom, car Manichée, ou Mannicliée, signifie celui qui verse la manne, en d'autres termes celui qui prêche la pure doctrine du salut (A). Lui-même nous dit que quiconque aura recueilli et gardé ses paroles jouira pour toujours de la vie bienlieureuse (5). N'est-ce pas l'exacte réalisation des promesses du Nouveau Testament P Ainsi l'étude attentive du Catholicisme, comme celle des autres croyances religieuses, ne fait que nous confirmer dans les convictions auxquelles nous avions été conduits auparavant par la pure raison.
mitti praedictus ,*iim ». Cf. An Nnilim : « Mani affirmait être le Paraclet qiio Js'-sus a annonct'- comme la Ijonno nouvelle » (IJ'lugel, Mani, p. Sô), et Bironni : « Il déclare, dans son Evangile, qu'il est le Paraclet annoncé par le Messie » (Kessler, Mani. p. 3i8). Les mots « Paraclet » et « Esprit Saint » ne sont pas forcément identiques, liiiu que la tradition catholique les ait progressivement identifiés.
fil Cont. Episl. Mân., 7; Conf., V. 8. Dans ces deux textes, Augustin va plus loin et reproche à Mani d'avoir cherché à se faire passer pour la troisième personne de la Trinité (Cf. saint Léon, Serin., XXXV, 4). 'ri ■<' présentant comme « apôtre dti Christ par la providence du Dieu Père », sans nommer le Saint Esprit. Mais le fait sur lequel il s'appuie ne suffit pas à établir sa thèse, et peut venir d'une simple imitation des Epîtrcs de Paul. Il reconnaît d'ailleurs expressément que les Manichéens ne l'interprétaient pas tout à fait comme lui et disaient simplement que le Saint Esprit était a venu en ^Manichée » (Cf. Co;i/. FeL, I. 9). Cette dernière conception est la seule qui cadre avec la dogmatique manichéenne, qui ne pouvait pas plus admettre la naissance humaine et la mort du Saint Esprit que celles du Fils de Dieu.
(2) Cont. Felic, I, 9.
(3) Conl. Epist. Mait., ao ; Cunt. Fuusl., XV, G.
(i) Cont. Faust., XIX, aS. Cf. De Haer., XLVI, init. (5) Cont. Epist. Man., 7. la; Cont. Ed., I, i.