‹ L'évolution intellectuelle de saint AugustinChapitre 24 sur 88 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Des remarques qui précèdent il résulte clairement que le scepticisme augustinien a commencé par la négation des doctrines manichéennes pour aboutir finalement à celle de tout dogmatisme philosophique. Les documents qui nous renseignent à son sujet se partagent donc en deux séries, que nous devons passer maintenant en revue, si nous voulons le connaître en luimême.

Augustin n'a rien écrit contre les disciples de Mani en rompant avec oux ; mais la critique qu'il faisait dès lors de leurs croyances subsiste forcément dans les nombreux ouvrages qu'il leur a consacrés dans la suite. Seulement, elle s'y recouvre de considérations philosophiques et scripturaires qui étaient en ce moment là très loin de sa pensée, et nous ne pourrons l'atteindre en sa forme première qu'après l'avoir préalablement dégagée de ces sédiments plus tardifs (i).

Ce qui frappe d'abord dans la polémique augustinienne c'est la très grande place qu'y tient la Bible. L'ancien Auditeur, devenu un Catholique militant, reproche avant tout à ceux

(i) M. V. Douais a éludié on détail la polf'miqiio antimanicliponno d'Augustin (Saint Augustin contre les Manichéens de son temps, dans la Revue Thomiste, 1898, p. 3ç)3-42/(, 560-576; 1894, p. 2o5-228, 5i6-539 : Saint Angnslin cl la Bible: Comment saint Augustin a (léfeniln contre les Mnnictx'ens le ?tOuveau Testament et l'Ancien, dans la Reime Bibli(jue, 1894. p- iio-i35; 4to-432). Mai.*? il n'en a donné qu'une vue très superficielle, parce qu'il n'en a pas assez nettement distingué les diverses assises.

qu'il a quittés de méconnaître l'Ecriture. Dans son De Genesi contra Manichaeos, il répond point par point aux objections soulevées par eux contre le récit de la création et celui de la chute. Dans le Contra Adimantum Manichaei discipuliim , il s'applique également à montrer que les contradictions relevées par eux entre l'Ancien Testament et le Nouveau sont purement apparentes. Dans le Contra Faastuni, il argumente longuement sur les prescriptions de la Loi et les mœurs des Patriarches, sur la naissance de Jésus et ses propos judaïsants, pour conclure que les difficultés mises en avant par le Docteur de Milève n'ont aucun fondement. Dans tous ses autres écrits antimanichéens, sans insister autant sur ces divers sujets, il y revient encore fréquemment avec le souci très prononcé de ne laisser sans réponse aucune des critiques scripturaires qui lui sont opposées. Et pour mener à bonne fin cette apologétique, il s'attache constamment à montrer que, si les disciples de Mani relèvent dans les Ecritures tant de détails choquants, c'est pour n'en avoir saisi que le sens littéral, pour n'avoir pas su en dégager la doctrine profonde, toute spirituelle. Mais il ne se contente pas de répondre à leurs attaques ; il passe souvent à l'offensive. Il s'appuie de préférence sur les textes bibliques qui sont admis par eux, et il s'applique à montrer que la doctrine de Mani s'y trouve déjà expressément niée. Puis, arrivant à ceux qui ont été exclus de leur canon, il ajoute que ceux-ci s'accordent parfaitement avec les précédents. Sa tactique, à cet égard, est formulée d'une façon très nette dans l'introduction de son De moribns : « J'emprunterai, ahnonce-t-il, aux Ecritures les témoignages auxquels eux-mêmes sont obligés de croire, ceux du Nouveau Testament.-Encore, parmi ces derniers, ne mettrai-je pas en avant ceux qu'ils ont coutume de présenter comme surajoutés quand ils sont pris dans des difficultés trop grandes, mais seulement ceux qu'ils sont bien forcés d'approuver et de louer. Par ailleurs, je n'en laisserai pas un parmi ceux que j'emprunterai à la doctrine apostolique, auquel je ne trouve un parallèle dans l'Ancien Testament. De cette manière, si enfin ils veulent s'éveiller en sortant .de leur sommeil obstiné et aspirer à la lumière de la foi chrétienne, ils verront que c'est bien l'Ecriture du Christ qu'ils uiettent en morceaux » Ti)

(i"» De. nwr. Errl. ratli.. 2.

Cette dernière métliode était déjà celle d'Helpidius (i), comme celle de l'anonyme pris à partie par Fauste (2). Augustin l'a connue avant même de quitter Cartilage, et il en a senti dès lors toute la force (3). Il a aussi entendu de bonne heure à Milan l'évéque Ambroise expliquer allégoriquement certaines parties de l'Ecriture et il a trouvé ses commentaires fort ingénieux (4). Cependant, il était alors trop peu attaché au Christianisme pour s'intéresser directement aux études bibliques. A peine y fait-il de loin en loin allusion au cours de ses premiers écrits. Ce n'est qu"a\ec son De Genesi contra Manichaeos et son De moribus. écrits vers 889 et 090, qu'il commence à s'en préoccuper. Les considérations scripturaires qui jouent un si grand rôle dans ses traités antimanicliéens n'en constituent donc aucunement la base. Elles n'en sont plutôt, si l'on peut ainsi dire, qu(^ le re\êtement.

Plus ])rofondes, saii> aucun doute, se montrent celles qui tiennent à sa pliilosophie. Augustin n'a définitivement accepté l'exégèse ambroisienne que parce qu'il l'a trouvée conforme aux principes du Néoplatonisme, qui subordonne absolument la matière à l'esprit c\ (}ui ne voit dans chaque objet sensible qu'une image on utio ombre de quelque réalité intelligible. Aussi s'ins^, pirc-t-il constamment de ce dernier système dans son De Genesi contra Manlcltaeos, comme dans beaucoup d'autres parties de son (X'uvre biblique. Mais il lui a surtout emprunté, dans ses di\eis écrits antimanichéens, un très grand nombre d'argumenls [)un"nu'nt rationnels, par lesquels il pénètre, en quelque sorte, au cœur des doctrines adverses. C'est ce qu'on peut notamment observer dans la première partie de son De moribus, et dans le Iraité De niifnra boni qui n'en est qu'un développement. Il s'y attaque, en effet, d'une façon directe, à la cosmologie dualiste, et il le fait en s 'inspirant de Platon et surtout de Plotin. A la thèse de l'opposition éternelle du bien et du mal il objecte, d'après ces philosophes, que le mal n'est pas une réalité positive, mais une sinqile privation du bien, et qu'on ne doit par conséquent admettre qu'un seul principe, bon par nature, d'où

(i) Conf.. V, 01.

(2) Cont. Faust., II. i; IIÏ. i ; IV. 1, etc. ■

(3) Conf., V. 21 ; v. aupra, p. 253-25/j.

(4) Cor,/., V. 2/4.

DOCUMENTS SLR LE SCEPTICISME d'aUGUSTIïN 2.1[i

tout, pioAii'iil. Dans le De diiabus (Uiirnabas, comme aussi dans le (lontra Foiiimatuin et dans plusieurs endroits des Confes- .s'/on.s-, il coiiiplète cette démonstration en critiquant, d'après les niêrues principes, la psychologie déterministe, en expliquant que le pt't Ik' iiest point un acte véritable, produit par une Ame ahsoluiiiciil iiiau\aise, mais un pur manquement, qui tient à luilir lii)ic arhiiif, ("est-à-dire au pouvoir (|ue nous avons d'ol»s('i\t'r la loi imposée par Dieu ou de ne pas le l'aire.

Tes idées, (pii lormenl coiniiic le centre de sa polémique anliiitanii'héenne, lui on! été connues dassez bonne heure. Df'jà, ai! IcMips nù il \i\ail dans rinliiriité des Elus, sans doute même aAant son (h'[iar( de (larthage, il les avait entendu exposer jiar un cnnlradictiMir, (jiii soulenail que le mal n'est pas une réalil(', cl il en avail t'té, dès lors, assez ému (i). Ils les trouvait d'aillcuis hrirxcment esquissées dans le De dorfrina Platonis de son cojupatriote Apulée qui dut être un de ses premiers auteurs classiques (3). Mais il ne les a bien comprises que du jour où il a lu riotin, c'esl-à-dire assez longtemps plus tard. Lui-même donne à entendre, a\ec quelque exagération, qu'il les avait jusque là ignorées i'.V). Il a même mis, dans la suite, un temps assez considéra ble à s'en bien pénétrer. Encore dans ses premiers éciils, il n'esl qu'à moitié conA'aincu de leur vérité, il cherche plulùl 1 se les démontrer et ce n'est qu'après beaucoup d'hésitations et peu à peu qu'il se met à en faire usage contre ses adversaires (V)- Là n'est donc point encore le premier fondement «le sa critique tles dogmes dualistes. Ahiis aussi là ne se borne pas le contenu des écrits qu'il leur a consacrés.

Par delà ces arguments philosophiques nous en trouvons, do fait, un tiès grand nombre d'autres qui sont aussi indépendants du \t''(i|)]at(inisnie que de la Bible, et où, sans défendre aucun système ni aucun dogme, Augustin ne vise qu'à ruiner ses croyances passées. Déjà, dans le De wonbns, le premier de ses ouvrages où il ait critiqué d'une façon systématique, les doc-

( i) Dr Dior. Mnii.. 11. V. mz/'/v/, |i. i.^'i.

(a'i V. siiiirn. ]i. ■>(> cl ■>.'>.'>. *

(3) C.cmi., \\\. II iu'it.. i7-:i2.

( '0 Voie sMiloiil Coni. Acfid., I. 8 fin.: II. •>.' fin.. 6 inil.. g fin.; ni. I''.. 17. :>.'.'■<. :>-;. 3/| iniL. !\?> : De hr<if. vil.. 5 inil.; De ord.. I, i3; ^o/(/.. I. '?■ 11. I : Epi.'<l.. ÎV. 2.

trines manichéennes, comme aussi dans le Contra epistulam Manichaei quam vocànt fundamentl, dans le Contra Fortunatum, le Contra Felicem, le Contra Faustum et le Contra Secundinum, où il les discute d'une façon souvent bien plus complète, il s'attache avant tout à montrer qu'on n'a pour les réfuter qu'à les bien formuler, qu'on ne peut seulement les énoncer en termes un peu précis sans tomber aussitôt dans des contradictions tout à fait insolubles. Il ne procède plus là en théologien, ni même en philosophe, mais en simple rhéteur qui aime à retourner fontre ses adversaires les principes de leur démonstration et à yes battre avec leurs propres armes. Il y applique strictement les règles de la plaidoirie qu'il a enseignées à Carthage, à Rome et à Milan (\). Il s'y inspire d'ailleurs assez souvent des propos antimanichéens qu'il a recueillis dans ces dernières villes (2). Parfois même il y met à profit la dialectique des Académiciens, car certaines des considérations qu'il y fait valoir contre sa foi antérieure portent très nettement leur marque (3).

Cette dernière partie de son œuvre reproduit donc, sinon d'une façon précise et en détail, ce qui, du reste, importe relativement peu, du moins dans l'ensemble et en substance, les griefs (jii'il loriinil.iit conlre le Manichéisme durant sa période sceptique. Pour nous former une idée plus générale de l'état d'esprit dans lequel il se trouvait alors, nous devons cependant aller plus loin (^ncore et compléter les données relatives à sa critique des dogmes dualistes par celles qui se rapportent à son acceptation du scepticisme.

Pendant les années de doute qu'il a passées à Rome et à Milan, Augustin n'a jws plus écrit pour la Nouvelle Académie que contre l'Eglise de Mani. Mais, ici encore, à défaut de documents directs.

(1) Voir p;ir exemple Conf. Epist. Mon., 2a et sui\ . : Cont. Faust., XX el \\|, I et <uiv., efe.

{•>.) Voir p:ii' exenipio De iiior. Mon., 28, 67, De naf. bon., fth, à", etc.

(.3) Voir par exemjile De mor. Man., Gfi (cf. rar^uTiienl du tas de b!<^) ; voir aussi Coni. Fciusi., II, 4; VI, 9 fin.; XII, 4 (cf. l'argument du menteur) etc.

DOCUMENTS SL K LE SCEi'ïlOISME d'aUGUSTIIV '21o

d "autres textes nous permettent de reconstituer sa manière de voir d'une façon assez exacte.

Tout d'abord, les écrits de Cicéron, sur qui nous avons vu qu'il s'est particulièrement réglé durant celte période, représentent comme le cadre général dans lequel il se mouvait alors. Les Académiques surtout, qui répondaient mieux à ses préoccupations intimes, et qui, par conséquent, ont dû influer davantage sur lui, nous permettraient, à elles seules de reconstituer avec ^ssez de vraisemblance les idées dont il faisait profession. Ce dernier ouvrage nous est malheureusement arrivé incomplet. 11 comprenait deux parties dont chacune était formée de deux livres. Or, nous n'avons de sa première partie que le second livre et de la seconde que le commencement du premier. Mais l'une et l'autre avaient un objet identique et la seconde n'était qu'un simple remaniement de la première. Les deux morceaux, très étendus, qui nous en restent, se complètent donc assez bien et nous permettent de nous faire une idée fort compréhensive de la doctrine générale qui y était exposée (i). Cependant, les indications fournies par eux restent évidemment trop vagues pour que nous puissions nous en contenter, car nous avons justement à chercher sous quelle forme et dans quelle mesure Augustin s'est assimilé les leçons de son maître.

Des renseignements précieux à cet égard nous sont fournis par divers passages de ses Confessions (2), comme aussi par les ■esquisses autobiographiques disséminées dans ses autres écrits, notamment dans les deux prologues du Contra Acodemicos (3) et dans celui du De beata vita (^). Il y raconte en effet, d'une façon rapide, mais suggestive, comment il s'est rallié d'abord à la Nouvelle Académie, comment ensuite il s'en est détaché, et par là il nous aide à comprendre l'idée qu'il ^'en est faite. Mais ces divers récits ont de graves lacunes. De plus, ils ne s'accordent pas toujours exactement. Chacun d'eux, pris à part, est «d'ailleurs très tendancieux. L'auteur y cherche moins à faire un tableau exact de son évolution antérieure qu'à mettre en valeur

(i) \. C. F. W. Millier. M. Tiillii Ciceronis scripta quae manserunt omniu, t. IV. vol. i, p. S-go.

(2) Conf.. V, 19, 25: VI. 17. 18, etc.

(3) Cont. Acad., I, i-4 et II. i. 4-6.

(4) De beat, vit., 4.

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ses conceptions présentes. Aussi devons-nous toujours, dans la mesure du possible, les contrôler.

Ce contrôle nous est heureusement permis i)ar la critique très détaillée que lui-même a esquissée de son scepticisme, peu de temps après qu'il s"en est détaché, ou, pour mieux diie, à l'époque même où il travaillait à en secouer les derniers restes, dans le Cuiilni [rademicos, qui est le premier en date des écrits que nous avons de lui (i). L'ouvrage, rédigé en forme de dialogue, rapporte assez fidèlement, malgré certaines letouches littéraires, des entretiens qui ont eu lieu entre Augustin et ses amis dans l'automne de 38G. Il est divisé en trois livres qui ont une longueui- à peu près unifoinie. Alais cette division est purement superficielle, due à un sinq>le besoin de symétrie. Au fond, comiiic ré'ciil de Cicéron (|u'il veut combattie et sur lequel il a ét('' \i^il)lcment calqué, il comprend deux parties très tranchées, qui ont des piolognes différents comme aussi des interlocuteurs distincts, et dont l'une, assez courte, effleure le sujet, tandis que l'autre le traite d'une façon plus ample et ]ilus approfondie (2).

Daus la première, qui finit avec le preiui(M- lixre, le problème de la certitude s'engage simplement entre deux jeunes gens, I.iceTitiiis, le fils de Komanien, et sou compalTiote Ti'ygetius. Celui-< i défcud, celui-là au contraire cond"»nt le dogmatisme. Tous"deux sont des élèves d'Augustin. Sculejnent Licentius s'en tient encore à ses doutes anciens, tandis que Trygetius partage, quoiqu'avec beaucoup d'inexpérience, ses convictions actuelles. De même que le second nous fait coimaître son nouvel état d'Ame, h premier nous permet donc de nous représenter celui dans lequel il était peu avant, et à travers le septicisme du disciple nous [jouxous assez aisément deviner celui par lequel vieîit de passer ]c niaîtie. Sculcnieni Ijcentius n'est, au fond, comme d'î-illeurs son jeune pailenaire, (pi'un philosophe peu expérin;enlé et ses propos n'ont par (Mix-mêmes rpi'une portée restreinte.

Dans la seconde partie, les deux inlcrlot utrurs précédents

(i) V. iiifra, ,1'' partie, i'"*' sprlioii, cli. t'"'' : Conlrr 1rs ArdcJémic'wnx.

(3) Cette division qui ne paraît pas avoir été eneore remarquée se trouve nettement exposée par Augustin lui-même. Celui-ci dit. en effet. à Atvp(V (( Salis sit quod rum istis adulescentibus prnelusimus. ubi lilx'iilii- iiol)is(iiin pliilosopliia quasi ioeata est. Qiiaie auferantur de maiiilius noslii-; f;il)etla(> puériles » (Cont. Acnd., Il, 22).

passent à rairière-plau, et la discussion s'engage surtout entre Augiislin liii-mè')io, qui iia l'ait jusque là qu'orienter ses élèves, tout en los stirtuilaut, et son ami Alype, qui était auparavant absent et qui ie\ient de Milan. Ce dernier a été également formé par le jeune rliéteur, et, après avoir partagé sa loi manichéenne, il s'est aussi associé à ses doutes. Or, il se pose ici en défenseur toujours convaincu de la jNouvelle Académie, et il esquisse nettemeiil les doctrines de cette Ecole ainsi que les raisons qui en coniiiMiidenl, pour lui, l'acceptation. Par là, il reflète comme Licenrui>, el même mieux encore, car il fait preuve d'une maturité plus iarande, l'état d'esprit par lequel lui-même vient do passer, (|uipi(|ur nous ne puissions, évidemment, conclure de l'un à l'autre qu'ave la plus grande réserve. Augustin, qui l'a dex.iMi ('• dans la voie du dogmatisme, comme auparavant dans celle du scepticisme, plaide, au contraire, contre lui la cause de la certitude, et s'élève avec force contre l'enseignement des Académiciens. Mais, outre que çà et là il laisse encore échapper certains propos qui manifestement sont inspirés par eux, il nous montre, d'une façon assez claire, l'idée qu'auparavant il s'est faite deux, par les critiques même que maintenant il croit devoir leur adressera Les renseignements qu'il nous fournit ainsi sur eux sont d'autant plus précieux qu'au temps où il a écrit le Conlra Acndcniicos, ses souvenirs étaient encnore trop récents pour pouvoir le tromper.

Plusieurs autres écrits de la même période viennent compléter ces utiles données. Dans son traité De la vie hienheweuse (i) et dans ses Soliloquen (2), Augustin revient plusieurs fois à la ciiarge contre les mêmes adversaires pour leur opposer de nouveaux arguments. Par là il nous aide de mieux en mieux à voir ce qui l'a surtout finjipé dans leur philosophie. Enfin, dans certaines pages de la Cité de Dieu qui leur sont consacrées, nous retrouvons comme un écho lointain et cependant très net des leçons qu'autrefois il a reçues près d'eux (3).

Grâce à ces divers dorumenls, dont le rapprochement est tou-

^I) De vit. briil.. lo-if). Sur la date préeiso. de ce traité, voir plus loin. ,S^ part.. Iiilrod.. CM. 1".

(2) SolU.. T. o-ii ; II. .3-/|, 10-21. Sur la date précise des Soliloques, voir plus loin, chapitre cité.

(?>) De CirJi. Dpi. XIX. i-3. 18.

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jours intéressant et instructif, nous pouvons reconstituer assez bien l'ensemble» des idées auxquelles il s'est plus ou moins arrêté durant sa période sceptique. Nous n'avons qu'à les grouper et à les étudier avec quelque attention pour voir s'en dégager comme spontanément une critique de la dogmatique, de la morale et de l'eschatologie manichéennes, puis une apologie de la physique, de la logique et de la morale des Académiciens.

PREMIERE SECTION

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