‹ L'évolution intellectuelle de saint AugustinChapitre 38 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le malaise qu'Augustin éprouvait dans ses doutes l'incitait déjà à se mettre en quête d'une doctrine plus ferme que celle de Carnéade. Diverses influences l'orientèrent alors vers les dogmes chrétiens que, d'ailleurs, il n'avait jamais perdus de vue. D'autres facteurs l'amenèrent enfin à voir dans le Catholicisme une simple forme du Néoplatonisme et à considérer la philosophie de Plotin comme le dernier mot de la sagesse (i).

L'ancien Auditeur était trop habitué à croire pour ne pas sentir vivement, dans son incertitude, le besoin d'une foi qui qui défiât toutes les critiques et qui lui révélât le secret de sa nature et de sa destinée : (( Souvent, lisons-nous dans un de ses

(i) Sur l;i ronvpision d'Augustin on peut lire particulièrement Gaston Boissier, La conversion de saint Augustin, dans La fin du paganisme, 6^ ('d., Paris, 1909. in-12, t. I, p. 291-326.

Théodore Bret, La conversion de saint Augustin (Essai de psychologie religieuse), Genève, 1900. in-8°.

Louis Gourdon, Essai sur la conversion de saint Augustin, Paris, igoo, in-8°.

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premiers traitt'ï?, il me semblait que la vérité ne peut se découvrir. Mais souvent aussi, considérant de mon nii<?ux combien l'esprit humain est vivant, sagace et perspicace, je songeais qu'elle demeurait cachée tout simplement parce que la manière de la chercher Tétait également, et je me disais que cette dernière devait être enseignée par une autorité divine- Restait à savoir quelle était cette autorité, r-àv. dans mon désarroi, chacun se faisait fort de me l'apprendre. Je voyais devant moi une forêt inextricable, où il m'en coûtait beaucoup de m'engager, mais mon osprit restait sans repos dans son désir d'arriver jusqu'au vrai (i) ». (( Cherchons plus diligemment et sans désespérer, se disait-il alors. Employons^notre temps, au salut de notre il'me. Consacrons-y toutes nos heures... Celles de la matinée sont prises par mes élèves. Que ferai-je des autres !' Pourquoi ne les emploierais-je pas à cela ? Mais, alors, quand visiterai-je ces amis puissants dont la protection m'est nécessaire ? Quand préparerai-je la marchandise de mes écoliers ? Quand réparerai-je mes forces et relàcherai-je mon esprit tendu par tant de soucis ? Périsse tout le reste ! Je laisserai de côté ces vanités et ces futilités pour me livrer sans réserve à la recherche du vrai (2) » Une difficulté l'arrêtait cependant. Sa situation matérielle était alors, comme d'ailleurs au cours des années précédentes, extrêmement précaire, et la gêne dans laquelle il se trouvait lui pesait d'autant plus qu'il a\ait la lourde charge de toute sa famille. Comment, avec ( ela, se procurer les manuscrits dont il avait besoin pour ses études ? Avec quoi les acheter ? A qui les f-iiij)i';ii)ler (3") !' Quelle misère d'avoir ainsi à compter avec les. misères de la vie, et comme on serait heureux si on pouvait vaquer librement et sans aucune sorte de soucis étrangers aux travaux de l'esprit ! Ainsi parlait-il im jour à Romanien. Or il le fit avec tant de chaleur et d'éloquence que son ancien bienfaiteur, dont les affaires allaient pourtant assez mal en ce temps-là, fut pris soudain d'enthousiasme et se déclara résolu à ne reculer devant aucun sacrifice pour lui permettre de satisfaire ses désirs, si seulement il poiivait bien régler les procès qui l'avaient amené h la cour. Augustin le lui rappelle avec reconnaissance, en lui

(t'» De u(U. rred.. 20, (.■?) Conf., VT. 18. T<».

CM Conf., VI, 18.

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dédiant son traité Contre les Acadéndeiens : « Me trouvant, lui dit- il, en tête à tète avec vous, je vous exposai les sentiments intévieuis do mon Ame. Je vous déclarai a^ec force et insistance qu'il n'y aurait pas pour moi do bonne fortune en dehors de celle qui me donnerait lo loisir de philosopher, ni de vie bienheureuse en debors de celle que je consacrerais à la philosophie. J'ajoutai que la charge si lourde des miens, dont la subsistance dépendait de mon travail, et les embarras multiples, qui tenaient soit à ma \aine honte soit à leur déplorable misère, me retenaient. Alors NOUS ftites soulevé d "un si grand transport et embrasé d'une si sainte ardeur pour cette même vie que vous vous dites résolu, une foi^ débarrassé du souci importun de vos procès, à briser tous mes Hens, même auN dépens de votre patrimoine (i) ».

Cet incident muulre comJDien l'ardeur intellectuelle d'Augustin était rommunicati\e. Elle gagna si bien ses plus proches amis que tous on vinrent à rêver avec lui de laisser là les soucis matériels pour se consatrei' miiqueuiont à la recherche du vrai et de former eiitio eux une comumnauté de sages uniquement occupée des choses de l'esprit : a Nous étions, dit-il, un grand nombre qui nous entretenions ensemble et qui détestions pareillement les troublants embarras de l'existence humaine. Nous avions conçu dans notre esprit et même arrêté le projet de vivre tranquillement loin de la foule- Pour nous assurer cette tranquillité, nous avions décidé de mettre ensemble tout ce que nous pouvions avoir, de constituer avec, cela- un seul bien de famille, firàce à la sincérité de notre amitié, il n'y aurait pas nue chose à celui-ci. une autre à celui-là, mais leur ensemble formerait une somme unique qui appartiendrait toute entière à chacun et toute entière à tous. Nous pensions pouvoir être à peu près di>: hommes ainsi associés. Certains parmi nous avaient plus de fortune que les autres. De ce nombre était surtout Romanieri.... que de grands boidevcrsements survenus dans ses affaires avaient attiré à la rour. C'était lui qui insistait le plus pour la réalisatioTi de ce projet, et, comme il était bien plus riche que nous tous, il avait une grande autorité pour convaincre les autres. Nous avions même convenu que, chaque année, deux d'entre nous soraient charirés, comme éronomes, de pourvoir

(i) Cent. Aro.L, II, .i

à tous nos besoins, pour permettre aux autres de rester en repos (i) ». Cette tentative curieuse n'était pas sans offrir quelque analogie avec celle qui avait été faite peu de temps auparavant par l'Auditeur Constance parmi les Elus manichéens de Piome et dont nous savons qu'Augustin avait gardé un souvenir très vif (2). Elle ne devait pas avoir plus de succès ; elle en eut même moins, car elle n'arriva pas seulement à prendre corps. Une difficulté qui d'abord n'avait pas été prévue suffit pour tout perdre : <( Quand nous en vînmes à nous demander, raconte l'auteur des Confessions, si cela plairait à nos femmes, car plusieurs étaient mariés, et je voulais l'être aussi, tout ce beau projet, si bien caressé, glissa entre nos mains, il se brisa et il fut écarté (3) ». L"idée n'en est pas moins très significative. Elle montre combien chez ce disciple de Carnéade le désir de la sagesse restait toujours vivant en dépit de ses doutes. Quand on cherche avec une telle ardeur la certitude, on ne peut manquer de la trouver.

Augustin devait se sentir d'autant plus porté à rompre définitivement avec son scepticisme qu'autour de lui des âmes très croyantes, qui avaient sur lui une grande autorité, travaillaient avec persévérance à lui communiquer leur propre foi.

Sa mère, surtout, agit puissamment en ce sens. Elle avait été bouleversée par son départ imprévu de Carthage et elle en était devenue comme (( folle de douleur ». Elle avait rempli le rivage u de ses plaintes et de ses gémissements » et s'était répandue en reproches contre l'ingrat et le perfide qui si brutalement l'abandonnait. Puis, elle s'était remise, malgré tout, à prier pour lui avec une insistance d'autant plus grande qu'elle le savait désormais plus lointain (4). Bientôt, pressée par son amour maternel, peut-être aussi par la gêne à laquelle son isolement la rédui-

(i) Conf.. VI. 25.

(2) De Mor. Mnn.. II. 7^. Voir plus hnut. p. Z'.^5-2^C^ ot Si.H.

(B) Conf.. VI, 24.

(i) Con^., V, i5. ;

sait (i), elle avait, à son tour, pris le chemin de l'Italie, en compagnie, sans doute, de ses autres enfants (2). Pendant la traversée s'était brusquement déchaînée une violente tempête, dont les matelots eux-mêmes se montraient effrayés- Loin de s'en émouvoir, elle s'était appliquée à les réconforter, en leur disant qu'elle avait appris par une vision que tous parviendraient à bon port (3). Finalement elle rejoignait le fugitif au moment le plus propice pour reprendre sur lui sa première influence.

En arrivant à Milan, elle le trouva tout à fait détaché du Manichéisme, quoiqu 'encore fort éloigné du Catholicisme. Mais elle comptait tellement sur sa conversion finale que ce premier résultat ne la surprit aucunement. Quand elle eut entendu de lui le récit de sa récente évolution, sans lui en manifester aucun étonnement, et avec une pleine assurance, elle lui dit qu'elle avait acquis du Christ la certitude de le voir, avant de quitter ce monde, dans le sein de l'Eglise (4). Puis elle reprit, avec une ferveur croissante, sa vie de pénitence et de prière, pour obtenir plus tôt du ciel le retour du fils prodigue (5). Une foi si ferme contrastait étrangement avec le scepticisme d'Augustin. Celui-ci devait en subir d'autant plus l'influence qu'il continuait d'aimer beaucoup sa mère et que l'état d'incertitude dans lequel il se trouvait ne lui permettait plus d'opposer désormais une résistance sérieuse aux sollicitations dont il était l'objet.

Un fait très significatif montra jusqu'oir pouvaient aller ses concessions. Bientôt, en effet, il se laissa « arracher de son côté » selon sa propre expression, la compagne qu'il s'était donnée dans sa dix-septième ou sa dix-huitième année, et à laquelle il était, depuis lors, resté toujours fidèle. Son cœur, dit-il, en fut (( déchiré, meurtri, ensanglanté », et il en ressentit « une douleur tout à fait vive »• Mais on lui avait représenté que ce sacrifice s'imposait pour son prochain mariage, et il n'avait pas

(i) Un peu plus tard. Augustin parlera de a la déplorable misère n dans laquelle se trouvent les siers {Cont. Acad., II, 4)- V. supra, p. 8 et 5i, not. 2.

(a) Bientôt nous allons voir apparaître près d'Augustin son frère Navigius, ainsi que ses deux cousins Lastidianus et Rusticus (De vif. beat., 6).

(3) Conf., VI, I .

{^) Conf., VI, I. Monique faisait sans doute allusion à la vision rapportée plus haut par Augustin (Conf., III, 19, supra, p. a47-248).

(5) Conf., VI, I, fin.

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cru pouvoir s'y refuser (i). Or c'était surtout sa mère qui le pressait de se marier au plus tôt. Elle s'était dit que l'union conjugale serait pour lui l'introduction naturelle du mariage (2). D'autre part, elle n'admettait pas qu'un homme de sa condition se mésalliât. Sans doute aussi se disait-elle qu'une bru qui apporterait dans le ménage une dot convenable serait un aide fort précieux (3). Avec son ardeur coutumière elle s'était mise à sa recherche, et elle l'avait trouvée en la personne d'une jeune fille de bonne maison qui devait être nubile dans deux ans et qui fut tout de suite demandée en mariage (4). Ce fut donc elle surtout qui décida Augustin à rompre avec sa concubine. Un pareil résultat montre assez quel ascendant considérable elle avait su reprendre sur lui. Si elle était capable de maîtriser jusqu'à ce point ses sentiments les plus intimes, combien ne devaitelle pas avoir d'empire sur ses idées ! Au point de vue religieux, elle lui inspirait, d'ailleurs, une telle confiance que lui-même la priait de demander à Dieu une vision qui mît fin à ses doutes au sujet de son futur mariage C5). Comment, dans de telles conditions, n'aurait-elle pas fini par lui communiquer sa foi ?

Elle ne pouvait cependant pas se faire son seul guide. Sa croyance personnelle était trop simple, trop ignorante de la critique, pour suffire à un rhéteur déjà très cultivé, que la fréquentation du Manichéisme et de la Nouvelle Académie avait rendu fort exigeant. Un auxiliaire précieux lui vint bien à propos en la personne d'Ambroise, évêque de Milan. Ce dernier était un personnage considérable et jouissait d'un excellent renom (6). Fils d'un ancien préfet du prétoire des Gaules, il avait quelque temps gouverné, en qualité de « consulaire », les provinces

Ct) Conf., VI, 25.

(.2) Conf.. Vr. 23.

(5) Dans le premier livre des Soliloques, écrit peu de temps après sa conversion, Aug^istin, s 'interrogeant sur les progrès qu'il a réalisés, se demande s'il n'aimerait pas encore « une femme belle, modeste, cultivée, ou du moins susceptible d'une culture assez aisée, qui apporterait une dot suffisante » pour lui permettre de ne plus vaquer avec ses amis qu'à la recherche du vrai (Sol., I, 17, 18 fin.). Nous avon* sans doTite ici comme un écho des invites qui lui étaient faites pris auparavant par sa mère et par d'autres.

,. (4) Con/., VI, 23.

'(5) Cùnf., VI, 23.

(6) In optimis notum orbi terrae. Conf., V, 28.

CONVERSION IiNTELLEClUELLE 3B7

d'Emilie ei de Liguiie, puis il s'était \u brusquem-ent appelé à l'épiscopat par les sulîiages populaires. Ses nouvelles ionctions ne l 'empêchaient pas de jouer encore un très grand rôle dans les affaires politiques. 11 était très écoulé à la cour de Valentinien II, coihiik il lavait été îi celle de Gratien, et il venait d aifirnier avec éclat son autorité en faisant maintenir, malgré l'opposition du piéfet de Rome et dun grand nombre de sénateurs, un édit qui ôtait aux païens leurs derniers privilèges (i). « 11 me paraissait, dit Augustin, un lio7nme hexireux selon le monde, honoré par ce qu'il y a\Ml de plus élevé sur la terre (2) ». Sitôt arrivé à Milan, le nouveau professeur fît à l'évêque une visite officielle, et il trouva chez lui un accueil paternel quoiqu'un p€u réservé (3). Plus d'une fois, dans la suite, il revint le trouAer et il s'enteridit de nouveau avec lui (4). Mais il alla surtout l'entendre à l'église, où Anihroise prêchait chaque dimanche, et il devint bientôt un de ses auditeurs les plus assidus (5). Déjà il ne pouvait manquer d'être fortement influencé par le prestige dont jouissait le représentant officiel de la religion catholique- Mais il fut plus encore ébranlé par ses sermons. « Je l'écoutais disserter devant le peuple, raconte-t-il, non avec l'intention que j'aurais dû avoir, mais pour m'assurer si son éloquence répondait à sa réputation ou si elle était au-dessus ou au-dessous d^ ce qu'on en disait. J'étais, dans mon application, comme suspendu à Sii parole, tout en n'ayant pour les choses mêmes que de l'indifférence et du mépris. Je prenais plaisir au charme de ses discoîirs, bien que ceux-ci, plus érudits que ceux de Fauste, eussent moins d'agrément et de séduction, en ce qui regarde la diction... Cependant je me rapprochais peu à peu et sans m'en apercevoir. En effet, tandis que je m'appliquais, non à apprendre ce qu'il

(ï) ."^iir lou* ces faits on pr\\\ lin' p.ii tiruîirrcmr'nt Alb(M"t de Broj?lio,. Saint Atnhroisr, Paris, iSoq, in-iy.

(a) Ton/., VI, ^. init.

(.^) Sii>T<'pil me paterne... 'ol pereprinaJioiitm iiieani satis episcopaliter (lilexit. Coni., V. a.S. Le sniia ephcnpaJUrr est à noter. Ambroise témoigna à Auenstin la bienveillance coiitumière de l'évêque mais rien de plus. Sans doute fil-il peu d'atlenlion à ce « marchand de paroles » nouvellement arri\é. «uriout s'il sut que ('('tail Synimaque qTii l'avait fait, nommer et s'il connut ses accointances manichéennes.

(4) Conf.. Vf, 3. Saepe, cum adcssemus, non enim vetabatur qnisquam ingredi...

5) Conf., V. i.-,

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disait mais à entendre comment il le disait,... il faisait' entrer dans mon esprit, avec les paroles que j'aimais, les choses que je négligeais, et que je ne pouvais pourtant en séparer (i) »•

Or Ambroise, dans ses sermons, expliquait d'ordinaire la Bible, de préférence la Genèse et il le faisait en spiritualiste très déclaré. Commentant l'Hexameron, qui était son thème favori, il enseignait que Dieu est un esprit pur, qui, après avoir créé les choses matérielles, a fait l'homme (( à son image et à sa ressemblance » en lui donnant une âme incorporelle bien supérieure à l'organisme (2). Analysant la suite du texte génésiaque, il en dégageait par une méthode allégorique très ingénieuse, les plus hautes leçons. Le Paradis, expliquait-il, figure l'âme humaine. Celle-ci est plantée en Eden, c'est-à-dire sur la terre. Elle renferme Adam et Eve, en d'autres termes, la raison et les sens, et le mal y pénètre avec le serpent, comprenons avec le plaisir coupable (3). Caïn et Abel personnifient deux classes d'hommes, les pécheurs et les justes et leur histoire montre très bien comment les premiers poursuivent de leur haine les seconds, comment les Juifs ont mis à morl le Christ (4)- Noë est le type des gens de bien, comme les hommes de son temps sont les symboles des mécliants, et l'arche dans laquelle il échappe aux eaux du déluge représenle, jusqu'en ses moindres détails, le corps IniMinin, à l'inférieur duquel notr& âme opère son salut (5). Abraham, dont le nom veut dire « passage », nous fait voir par ses divers voyages, qui, commencés en Chaldée, s'achèvent dans la terre promise, comment l'âme va de l'état du péché à celui de la grâce (6). Isaac représente le Verbe divin, Rebecca l'âme humaine, et, c<omme l'épouse quitte le pays étranger, où elle est née, pour aller au-devant de l'époux, nous devons abandonner toutes les choses matérielles pour non? tourner unique-

Ci) Com/., V. 0.3.

(a) Con/., VI, r. et /| iriil.; De beat, vit., li. Cf. Hexnemeron. VI, 44 et /|5 init. Le commentaire ambroisien de l'œuvre des six jours n'a paru que vers 889, mais les sermons qu'il utilise ont pu être prononcés à une date bien antérieure. La même remarque s'applique à la plupart des écrits signalés dans les notes suivantes.

(3) De PariKliso, P. L., t. XIV, c. agi-SSa.

a) De Gain et Abel, ibid., c. 333-38o.

(5) De Noe et Arca, ibid., c. 382-448.

(0) De Abrahamo, ibid., c. 442-524.

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iiienl \(ts crllcs de l'esprit, où Dieu réside (i). Jacob sort vainqueur de toutes les épreuves, parce qu'il est béni du ciel ; de même le sage ne se laisse ébranler par aucune adversité, parce qu'il [ic compte pas sur les appuis extérieurs, mais sur Dieu seul (:i). l/iiiiioccul Joseph, envoyé en messager vei"S ses frères trahi par eux et devenu ensuite leur Sauveur, annonce évidemnieiil le (Ihrisf, et les bénédictions prononcées sur toute sa famille par sou ])èrc mourant se rapportent aux grands événements de l'histoire cliiH'lienne (3). Ainsi les enseignements les plus utiles Tessortenl pour nous de la vie des patriarches. Nous y apprenons à ne pas craindre la mort du corps, qui ne fait que nous affranchir des liens de la matière, mais seulement celle de l'âme qui nous en rend les escla\es volontaires (J\), à fuii- le monde, qui n'aime que les plaisirs sensibles et à vivre en nous-mêmes pour Dieu seul (5) Tous les grands personnages de l'Ancien Testament nous donnent des leçons analogues. Elie nous enseigne à jeûner (/)), \abolli de .Te/.raël à supporter l'oppression des puissants 17), Tobie à ne pas pratiquer l'usure (8), Job à reconnaître les misères de notre vie présente (9), David à faire pénitence de nos péchés fiol. Seulement, pour comprendre tous ces enseignements, il nous faut savoir aller au-delà des apparences que nous offrent les Livres Saints, pour en saisir le sens profond, car (( 1.1 lettre tue, mais l'esprit vivifie » (I Cor., III, 6) (11).

Uj Di- Isanc et (iriin)a, ibid., c. 5î!7-56o.

('•?) Di' Jnciili ri rita beata, ibid.. c. 627-670.

|3) De .Jdscpli l'atrlarrlid. ibid.. c. 673-704-

Cl) De bnini iiiDiiis. ibid.. c. 567-596.

(•>) De fiitic SiK'ciiJi. ibid.. c. 597-6?.4-

(0) /)(' EH;i el jejiiniii, ibid.. c. 731-76/1.

(7) De iiabdilie .Jesnieiifn, ildd.. c. 731-76/1.

(8) De Tnbiii. iidd.. c. 797-832.

(ç)) De Inlerpellalione Job et Dai'id, ibid., c. SSB-Sgo.

1 10) Aiiologid proplietue Ddvid, c. 891-926.

(Il) In P.^<am., XXWI, 80: In. Psalm., XLIII. 67; In Psalm., CXVIII, 36. etr. Cf. Conf., VI, 6. Augustin a souvint entendu Ambroise rappeler la même règle à propos de ce texte el interpréter d'une façon allégorique des pa'^sages dr la Loi et des Propliètcs qui, pris à la lettre, eussent été clioqxianls. Mais il ne dit pas quels sont les livres de la Bible qu'expliquait devant lui l'évèque de Milan. D'autre part, la chronologie de Tocuvie ambroisienne est trop mal connue pour nous fournir aucun rcn- ■fvignemcnt précis.

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Avec une telle interprétation de lEcriture, les difficultés sou levées contre elle par les Manichéens s'évanouissaient comme par enchantement. Aussi, Augustin, qui n'avait encore pas cessé de les considérer comme insolubles, fut-il extrêmement frappé par la prédication d'Ambroise. Tout d'abord, il trouva son exégèse ingénieuse, et il se dit que les textes incriminés étaient, après tout, défendables (i). Plus il l'entendit, plus il sentit cette impression première se fortifier (2). Enfln, un jour >int où il se dit qu'il n'avait, en principe, plus rien à objecter contre aucune partie de l'Ecriture, ni par conséquent contre l'Eglise, et qu'après tout c'était là qu'il pouvait avoir le plus d'espoir d'atteindre la sagesse tiint désirée- Se rappelant qu'il avait été fait, dès sa naissance, catécliumène, il résolul de le rester a en attendant de trouver la claire vérité » (3).

Là se borne pourtant l'influence que l'évéque de Milan a exercée ,5ur lui. Les textes mêmes qui la font ressortir en marquent les limites. Augustin trouvait la doctrine d'Ambroise très admissible; mais sans se sentir obligé dé l'admettre. 11 y relevait d'incontestables vraisemblances, mais sans être sûr d'y avoir rencontré finalement le vrai (/j). Par ailleurs, il n'y trouvait pas la solution du problème capital qui, depuis qu'il s'était abouché avec les Manichéens, ne cessait d'obséder son esprit. Il entendait dire que nous faisons le mal par noire libre arbitre ou que le nous le subissons en vertu d'un jugement divin (5). Réfli'chissanl sur cette théorie, il arrivait assez aiséinent à se convaincre qu'on ne peut pas plus douter de sa liberté que de son existence (6). Mais il n'était pas, pour i^ela, plus satisfait

(l ) Conf.. V, 2;'l.

(a) C.ofif.. VT. I-S.

f3) r.oiij.. VI. 18. Cf. \\)l(\., V , 3/1 c\ De util, cred., ■■>.o. C<^ dernier fpxie, po<t(' rieur seulement de cinq ans à la conversion d'Augnstin, par conséquent bien plus ancien que les Confessions, s'exprime à ce sujet dans des fermes pn2sque identiques quoiqu'un peu plus vague*.

(V; Conf.. V, 04 : VI. b et 18.

(5) Conf., VII, 5 init. Le propos pe\it être d'Ambroise (jui explique, à diverses reprises, que beaucoup de maux viennent de notre imonduite. et q>ie bcaueoiqi de tentations sont voulues ou permises par Dirii : Deus malum non créa vit sed nostra sibi mérita repererunt (Ea-pos. in Iaic, Vni, .SG). Ip-<' quo(pie ]jatiliu' iustos saepe tentari quo magis probentur tentalionibus eruditi (Jn P.sa/m., XLIII, 71)..

(6) Conf., VII, 5. Encore peut-on se demander si celte conviction était alors bien nette en son esprit. Elle ne commence à s'affirmer en

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du dogme (alhuliquo, car d s ubjet Util ensuite qu'un Dieu bon n'aurait pas dû nous donner le pouvoir de mal faire (i).

Plus d'une l'ois il eut l'idée d'exposer ses doutes et ses difficultés à Ambroise lui-même. Monique, qui avait pour celui-ci une, très grande estime, et qui l'aimait « comme un ange de Dieu » parce qu'elle voyait en lui un instrument providentiel du retour de son fds, ne pouvait qu'encourager une telle démarche (2). Augustin allait parfois, pour elle, soumettre quelque cas de conscience à l'évêque, lui demander, par exemple, si elle devait continuer de jeûner le samedi, comme à Thagaste, ou bien suivre plutôt la coutume contraire de Milan (3). Ambroise l'accueillait amicalement, répondait à ses questions, lui faisait le plus grand éloge de Monique, dont il vantait la religoin, et le félicitait d'avoir une telle mère. Mais il ne lui disait rien qui l'amenât à s'expliquer sur son propre état d'âme, et il ne s'en faisait d'ailleurs pas une idée : « Il ne savait pas, dit expressément l'auteur des Confessions, quel fils elle avait en moi, qui doutais de tout, et qui ne pensais pas qu'on pût le moins du monde trouver le chemin du vrai... Il ne connaissait pas mes inquiétudes, ni le danger qui me menaçait (/j) ». D'autre part, le jeune visiteur ne pouvait pas facilement prendre les devants et aborder avec lui ces graves sujets qui eussent demandé de lonirentretiens. En effet, quand il se présentait chez lui, il le trouvait entouré de « groupes d'hommes affairés », ou bien tellement appliqué à l'étude que, souvent, étant entré sans s'annoncer, comme tout le monde avait coutume de faire, et le voyant plongé dans la lecfuiT, il s'asseyait, attendait longtemps en silence, puis se retirait sans avoir osé le déranger (5). Les rapports personnels qu'il a eus avec l'évêque de Milan ont été, en définitive, très lointains, et n'ont guère pu influer sur son évolution. Peut-être, d'ailleurs, s'il eût pu s'entretenir librement avec lui.

ses écrits qu'à la fin du De quanfiiate aninvae et au début du De libero arhUrio. bien qu^ déjà dans le Contra Academicos l'occasion se fût naturellement offerte de la faire valoir. (i) Conf.. VU. 5. Cf. supra, p. 262.

(2) Conf., VI, r fin.

(3) Episf., ^X^^, 32.

(4) Conf.. VI. 2 fin., 3 init.

(5) Conf.. VI, 3.

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eût-il éprouvé une certaine déception, moins grande que celle qu'il avait eue autrefois avec Fauste, mais encore suffisante pour diminuer notablement sa confiance première. Ambroise, en effet, était un conducteur d'âmes et non un philosophe. II puisait largement dans les écrits de Philon d'Alexandrie et d'Origène, seulement il n'en retenait que ce qui pouvait servir ses fins pratiques. Il répétait parfois, d'après ses maîtres, que le mal consiste dans une simple privation du bien (i), mais sans s'arrêter à cette manière de voir, trop abstraite pour lui, il se le représentait habituellement comme une punition du pé( hi' ou comme une épreuve méritoire imposée aux gens de bien (2). Une telle conception pouvait suffire au but qu'il poursuivait. Son jeune auditeur la jugeait, au contraire, insuffisante. Il avait contracté à l'école des Manichéens une tournure d'esprit trop essentiellement spéculatixc jinui- se contenter de demies solutions. En toutes choses, il lemoutait, romme d'instinct, jusqu'aux premiers principes. Les problèmes n)oraux eux-mêmes se posaient à son esprit sous une forme métaphysique. Il avait donc besoin d'un système doctrinal assez vaste pour les embrasser tous et pour lui en fournir l'explication entière. Il le trouva dans le Platonisme, ou, pour mieux dire, dans ce qu'autour de lui on appelait ainsi, c'est-à-dire dans les doctrines néoplatoniciennes.

Augustin avait appris de Cicéron et de la Nouvelle Académie à faire une très grand cas de Platon (3). La prédication d'Ambroise, toute inspirée des grands Alexandrins, ne pouvait que

(i) Quid ergo est malilia. nisi boni inrligontia ?... Non onim mala sunt nisi quae privanfur bonis... Ergo indigentia boni malitia est et definitione boni malitia deprehenditnr (De hnac et anima, 60). Cette idée se présentait trop rarement dans la prédication d'Ambroise pour qu'Augustin ait bien pu la remarquer. En tout cas, il donne assez nettement à entendre qu'il ne l'a connue que par les « Platoniciens «, plus précisément par Plotin (Conf., VIT, 17-22).

(2) V. supra, p. 262, ont. 2.

(3) La nouvelle Académie prétendait continuer la tradition de l'ancienne. Cicéron notamment fait le plus grand éloge de Platon. V. siipra, p. 333, net. 2.

roiientei- dans le luèuie sens. De son temps les Platoniciens étaient d'ailleurs nombreux (i). Lui-même en comptait plusieurs parmi son entourage. Il était notamment très lié avec Manlius Théodore qu'il nous présente comme un disciple fervent de Plotiu (a), aussi remarquable par l'élévation de ses idées que par la perfection de ses écrits (3), et sans doute identi(iue avec un personnage du même nom dont Claudien a fêté le consulat par un panégyrique (l\). Il entretenait également des relations suivies avec Hermogénien, le destinataire de sa première lettre, avec qui il paraît s'être trouvé en parfaite communauté d'idées, après sa propre acceptation du néoplatonisme et qui professait donc aussi cette même doctrine (5). Enfin, il se plaisait à discourir sur les plus hauts problèmes de la métaphysique avec Zénobius, grand <( amateur du beau », qui bientôt, obligé de passer les Alpes, allait lui adresser à Milan deux longs poèmes consacrés à la discussion du problème du mal et à la démonstiation de l'immortalité de l'âme (6).

Dans l'état d'inquiétude oij il se trouvait alors, il ne pouvait manquer de subir largement l'influence de ces esprits cultivés, auxquels l'unissaient les liens d'une étroite amitié. Nous avons sur ce sujet son propre témoignage. Encore après sa conversion néoplatonicienne, c'est-à-dire en un temps où ses idées commencent déjà de se fixer, il déclare qu'il compte grandement sur l'assistance intellectuelle de Zénobius, qu'il fonde beaucoup d'espoir sur ses écrits, et il n'hésite pas à mettre ceux-ci sur le même lang que ceux d'Ambroise (7). Il demande sur une question particulière l'avis d'Hermogénien, dont la prudence, explique-l-il, ne peut êlre trompée, ni l'amitié trompeuse (8).

(0 Nnnr pliilosophos non fore videmiis nisi mit Cynicos, aut Peripnfpfico?, ant Platonicos rConf. Acnd., 111,^43).

(3) Loclis aniom Plotini (\. infra, p. 376, not. "4) paucissimis libris cuius to ossc stiidiosissimum arcepi (De vit. beat., ^).

13) De vif. beat:, /j init. et 6 fin. Cf. De ord., I, 3i. Dans les derniers temps de sa vie. Aujïuslin dont les idées différeront, sur bien des points, de celles qu'il avait lors de sa conversion, se reprochera d'avoir parlé de lui en termes trop élogieux (Retr., I, 2).

(^) C.<irinii^a, éd. .T. Koch, Leipzig, 1893, in-i2, p. 129-139.

(5) V. Epîst., I, 3 înit.

(6) De ord.. I. 4, 07: 11, i5; ,So/.. TI. 1C^ fin. ; Epist., II, init.

(7) Sol, II, 26.

(8) Epist., I, 3 init.

37 1 L ÉVOLUTION INTELLECTUEIXE DE S.U>T AUGL'STI.N

11 écrit enfin à Théodore : c Jai remarqué souvent dans les discours de notre évêque, quelquefois aussi dans les vôtres, qu'on ne doit rien s'imaginer de corporel quand on pense à Dieu, m quand on pense à l'âme, car celle-ci est la seule réalité qui s'approche de Dieu «. Il ajoute même, en parlant de ses incertitudes persistantes et du désir pressant qu'il éprouve de parvenir enfin au a port de la philosophie )) : « Pour arriver jusque là je tiens mes regards uniquement fixés sur vous et j'admire toujours >os aptitudes singulières... Je vous en prie donc par votre vertu, par votre humanité, par le lien et le commerce qui unit nos âmes, tendez-moi votre main... Si j'obtiens cela, j'arriverai avec un léger effort et très facilement à la vie bienheureuse, dans laquelle je présume que vous êtes déjà fixé (i) ». Quoiqu'on ne doive évidemment pas prendre de pareils compliments bien à la lettre, ceux-ci sont trop affirmatifs pour ne pas renfermer une part notable de vérité. Ils nous permettent d'entrevoir combien le milieu platonicien a influé sur le jeune rhéteur- Mais c'est surtout par l'intermédiaire des écrits de Plolin que cette influence s'est exercée sur lui.

A une date qui n'a pas été déterminée d'une façon précise, mais qui, très vraisemblablement, doit se placer vers le début de ?y^fi (a), Augustin, alors âgé de trente-deux ans, reçut d'un anonyme, « enflé d'un orgueil tout à fait monstrueux », disent les Confessions (3), « quelques livres des Platoniciens « traduits du grec en latin par Yictorin (.^). Lui-même explique ailleurs

II) De vit. hfinf.. h.

(a) Aufrustin n'avait pas cncnro fout à fait S3 ans. quand il alla à Cassiciacum (Voir De vit. beuL. 6: cf. Cont. Acad., III, /^3, un peu plus tardif). Or un certain temps s'est écoulé entre son départ de Milan et le fait dont il s'agit ici.

(3) Conf.. VII. i3: cf. VIII, 3 init. Ce détail a évidemment pour but de montrer que la conversion d'Augustin ne vient point de la sagesse humaine mais simplement de la grâce divine dont les insensés euxmêmes servent souvent les desseins sans le vouloir. Il ne peut guère s'appliquer à Manlius Théodore, à qui l'auteur du De vita beata écrit en parlant de Plotin : Lecfis autem Plotini paucissimis Hbris cuius te esse studiosissimum accepi {De vit. beat., i). Il ne parait pas viser davantage Hermogenien ni Zenobius avec qui Augustin ne fait pas la moindre allusion à ce philosophe. II doit se rapporter plutôt à quelque Platonicien inconnu, qui, par le seul prêt de ses manuscrits, aura exercé sur l'évolution intellectuelle de son ami. une énorme influence.

(4) Conf.. VIII, 3. On peut lire sur Victorin

G. Kauffmaii. De Mario Victorino philosopha christiano, Breslau, i88o, .in-8° ;

CONVERSION INTELLECTUELLE 37o

que les « Platoniciens » les plus célèbres qui ont écrit en grec sont Plotin, Jamblique et Porphyre (i). Rien ne montre qu'il ait lîi à ce moment, ou même dans la suite,, la moindre page de Jamblique (2). Par contre, il dut parcourir alors quelques fragments de l'ceuvre de Porphyre, peut-être son traité Du Retour de l'âme à Dieu, et, selon toute apparence, ses Principes de la théorie des intelligibles (3). Surtout il fit connaissance, comme il le dit expressément dans un de ses premiers travaux, avec les Ennéades de Plotin, éditées par le même Porphyre (4). De son propre aveu, pourt<int, il n'en eut d'abord que de rares

G. Geiger, C. Marins Victorinus A fer, ein neuplatonischer Philosoph, I-II. ATollen, 1887-1889, in-8° ;

R. Sclimid, Marias Victorinus rhetor and seine Beziehangen zu Auguslin, Kiel, 1896, in-S" :

P. lionceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, t. III, p. 37^-

La traduction dont parle Augustin est malheureusment perdue. Mais Victorin en avait fait une autre, celle de VIsagogue de Porphyre, dont d'assez nombraux fragments nous ont été conservés par Boèce (In Porphyriutn a Victorino translatum libri dao, P. L., t. LXIV, c. 9-70). C'est moins une version proprement dite qu'une paraphrase du texte grec. Le traducteur y commente et y modifie même quelquefois les idées de l'auteur. L'œuvre dont parlent les Confessions présentait sans doute le même caractère.

(i) De Civ. Dei, VIII, 12.

(2) Cependant on a attribué, avec une certaine vraisemblance, à Victorin, une version du traité de Jamblique Sur les dieux, dont plusieurs fragments sont cités par Macrobe (Satarn., I, 17-23), et qu'Augustin a pu connaître.

(3) D'après Porphyre lui-même (Vie de Plotin, 2^) ce dernier ouvrage est un recueil de <( commentaires », « sommaires » ou « arguments » des Ennéades. Il a donc pu faire corps avec elles dans la traduction de Victorin. Augustin en reproduit textuellement un passage, sans nommer l'auteur, dans le De Musica (VI, 4o). Il expose la doctrine générale du Retour de Vâme dans plusieurs passages de ses premiers écrits (Cont. Acad., m, 42 fin.; De ord., II, 47-5i ; Solil., I, 5, ptc), qui cependant pourraient n'être inspirés que de Plotiti. A une époque plus tardive, il cite et il analyse expressément le même livre (De Civ. Dei, X, 29, .n. 2 ; cf. 3o et 32), !a Philosophie des oracles, X, 23 cf. 9 et 10, 26 et 27) et la Lettre à Anubis (De Civ. Dei, X, 11). Comme il lisait très péniblement le grec, il a dû conna.*tre ces divers écrits par une version latine et d'après le passage déjà cité {supra, p. 374, n. 4) des Confessions (VIII, 12) celle-ci était sans doute l'œuvre de Victorin.

(4) Lectis autem Plotini paucissimis libris (De beat, vit., 4). Tous les manuscrits, à l'exception de cinq, portent Platonis au lieu de Plotini. Mais cette dernière leçon est certainement la seule acceptable. On comprend que le nom de Platon ait été substitué par des copistes ignorants ou étourdis à celui, moins connu, de Plotin. La substitution contraire ne se comprendrait pas. De plus, dans les Confessions (VII, i3 ; VIII,

fragments (i). Plus précisément, il lut alors, selon toute apparence les traités Des trois hypostases principales (2), De la Providence (3), Du Beau (4), De la Dialectique (5), Des Vertus (6) et Du Bonheur (7).

?i init.), Aupfustin rattache, s.i conversion à la lecture d'écrits de « Platoniciens » traduits par Victorin. Surtout, il en donne (Conf., VII, i3- 23) une analyse sommaire qui no peut convenir aux Dialogues de Platori, mais seulement aux Ennéodes.

L'œuvre de Plotin, recueillie et mise en ordre par Porphyre, a éff. traduite en latin par Marsilc Ficin, (Florence, 1492, in-fol.), puis éditée à Bâle, en i58o, par un anonyme (i vol. in-fol.), à Oxford, en i835, par Fr. Crouzcr et G. H. Moser (5 vol. in-4°), à Paris, en i855, par Dûbner (i vol. in-A", collection Didot), à Leipzig, en i856, par Ad. Kirchlioff (2 vol. in-12, collection Teubner). Toutes ces éditions, sauf la dernière, conservent l'ordre adopté par Porphyre et reproduisent la traduction de Marsile Ficin. Une traduction française des Ennéades, précédée d'une introduction et accompagnée de sommaires, de notes et d'éclaircissements, a été donnée, d'après l'édition de Creuzer et celle de Dubner, par M. N. Bouillet (Paris, 1867, 3 vol. in-8°).

(i) De beat, xnt., 4; cf. Cont. Acad., II, 5: Preciosissimi ungucnti guttas paucissimas.

(2) Enn., V, I. Augustin semble donner à entendre qu'il l'a lu lors de sa conversion (Cf. Conf., VII, i3-i4 et Enn., V, i, n. 3-7; Conf., VII, i5, à compléter par De Civ. Dei, X, i, n. i, et Enn., V, i ; n. i-^ ; Conf., VII, 16 et Enn., V, i, n. 1-2, 10 et 12; Conf., V, aS et Enn., V, I, n. II). Déjà il s'en inspire visiblement dans un de ses premiers tl'aités (Cf. De beat, vit., 34 et Enn., V, i, n. 6). Enfin, il le cite expressément dans la Cilé de Dieu (De Civ. Dei, X, 23 : Plotinus, ubi de tribus principalibus substantiis disputât; cf. Enn., V, i, n. i, 6-7, 10).

(3) Enn,. III, 2. Augustin paraît encore l'avoir lu lors de sa conversion (Cf. Conf., VII, 17 et Enn., III, 2, n. 2; Conf., VII, 18 et Enn., 2, n. 5 et 7: Conf., VII, 19-20 et Enn., III, 2, n. 3; Conf., VII, 21 et Enn., III, 2, n. là, 16, 2 et i3 ; Conf., VII, 22 et Enn., III, 2, n. 4-5 et 9). Il l'utilise déjà sans nul doute dons un traité de Cassiciacum (Cf. De ord., I, i et 2, et Enn., III, 2, n. 3 et 6; De ord., I, 3 et Enn., III, 2, n. 16; De ord., II, i2-i3 et Enn., III, 2, n. i5, etc.). Enfin il y fait nettement allusion dans le De Civitate Dei (Cf. De Civ. Dei, X, i4 et 3o, et Enn., III, 2, n. i3).

(4) Enn., I, 6). Augustin y lait peut-être allusion dans le récit de sa conversion (Cf. Conf. VII, 23 et Enn., I, 6, n. 1 et 9). Il semble s'en inspirer déjà à Cassiciacum (Cf. Solil., I, 22-23 et Enn., I, 6, n. 9 init. ; De ord., II, 32 et Enn., I, 6, n. i, etc.).

(5) Enn., 1, 3. Augustin paraît l'avoir également en vue dans les Confessions (Cf. Conf., VII, 16 et Enn., I, 3, n. 3 et 4). Il le met déjà à coulritution dans un de ses premiers écrits (Cf. De ord., II, 44-45 et Enn., I, 3, n. 6; De ord., II, 48 et Enn., ï, 3, n. 5).

(6) Enn., I, 2. Augustin semble s'en inspirer dès ses premiers écrits (Cf. Cont .Acod., III, 38 fin et Enn., I, 2, n. 3 ; De beat, vit., 32-34 et Enn., 1, 2, n. 2 ; De ord., II, 2 et Enn., I, 2, n. i fin. ; De ord., II, a5 ; SoUL, I, 16-22 et Enn., I, 2, n. 4-6).

(7) Kiin., l, ^. Augustin s'inspire particulièrement de ce traité

Dans ces divers éciils il trouva, luut dabord, plusieurs des enseignements chrétiens les plus chers à l'Eglise. 11 > vit notamment aifirmer, comme dans le quatrième Evangile, quoiqu'on des termes quelque peu diiïércnts, que dès l'origine le Verbe existait en Dieu et possédait la nature divine, que tout absolument a été L'ait par lui et que tout continue de subsister par lui, que c'est sa lumière qui éclaire les liommes et son action qui les fait vivre (i). En iovaiiilie, il n y vit point la moindre trace du dogme de l'Incarnation, tant allirmé par tous les catholiques. (2). Il > releva au contraire des souvenirs très nets du culte de la nature, si vigoureusement combattu par eux. Tandis que le Verbe y lestail tout à l'ait transcendant, la troisième personne de la Trinité y devenait n l'Vnie du Monde » et s'y morcelait en un très grand nombre de dieux (3). Mais la doctrine manichéenne l'avait lamiliarisé avec cette dernière conception et lui avait inspiré, par contre, une répugnance encore persistante contre toute idée d'une union de la a chair )> et de l'être divin Cl). A ce double point de vue, le Platonisme lui apparut comme un Christianisme plus logique et plus compréhensif que celui qu'il connaissait déjà, et cette première considération contribua beaucoup à le lui faire aimer.

Surtout, il découvrit dans les écrits de cette école qu'il eut alors entre les mains une solution élégante et vraiment radicale du grave problème qui lui avait été suggéré par les disciples de TNIani et qiîi depuis si longtemps l'obsédait. Il y lut. en effet, que tout ce qui existe vient de Dieu et participe, dans la mesure même de son exsitencc, à la perfection Au Principe divin, qu'ainsi le mal n'a pas de réalité positive, mais consiste simplement dans un manque de bien plus ou moins grand, en d'atilres termes, que toutes les choses sont bonnes par nature, quoiqu'inégalement, qu'on n'en saurait donc trouver aucune

dans lin de «rs premiors dialoo^up? qui porte le même fitre l'Cf. De beat. vil.. 11 et Erni.. I. 4 11. 4 fin.: De hcdl. rit., of) ot Enn., I, /|. n. 7: De beat. vit.. 26-^7 et Enn.. I. /j. n. i;ï: De beat. vit., ."^."-^/i et Enn., I, 4. n. iG).

(i) Conf.. VU. iT.-.i. Cf. Enn.. V. i. n. ,S 7.

(3) Cnnf.. VII. 14.

(3) Conf.. VII, i5, et De Civ. Dei. X, i. n. i ; 3, n. i. Cf. Enn., V, I. n. 2. 4, 7, II-

(4) V. siipni, p. 2f)2-263.

3/8 l'fVOLUTION INTELLECTUEIXE de SAIiNT AUGUSTl.'V

qui n'ait sa place plus ou moins élevée, mais toujours naturelle^ dans le concert du monde et qui, à sa manière, ne loue son Créateur (i). Sans doute, il ne vit pas, dès le début, toute la portée d'un tel enseignement (2). Mais il en saisit assez nettement les principes pour pressentir tout le parti qu'il pourrait en tirer, et il se les assimila si bien qu'à partir de ce moment son esprit commença de retrouver le calme (3).

Enfin, il s'initia avec les traités néoplatoniciens à une dialectique nouvelle qui promettait de le conduire directement à cette vérité dont les Académiciens lui interdisaient l'accès et dont il gardait pourtant le désir toujours très vif. Il y apprit que l'âme humaine occupe une situation intermédiaire entre Dieu, l'Etre parfait et infini, et la matière, essentiellement bornée et imparfaite, qu'elle est un pur psprit uni par accident à un organisme grossier, que son erreur initiale consiste à perdre de vue les réalités spirituelles pour se tourner vers les choses sensibles, que le salut consiste donc pour elle à se détacher des secondes pour ne chercher que les premières, à rentrer d'abord en elle-même et à remonter ensuite jusqu'à l'Unité suprême d'où tout provient (4). Augustin s'essaya à pratiquer cette méthode, et il fut tout de suite enchanté du résultat obtenu. Des perspectives immenses et tout à fait lumineuses s'offrirent à lui, qui contrastaient étrangement avec l'incertitude et l'étroitesse de ses vues antérieures. Dès ce moment il se dit que là était le vrai (5).

Dans ses Confessions, il cherche visiblement à réduire l'importance de ce fait, qu'il no peut cependant pas nier. Il ne mentionne en propres termes les « livres platoniciens » que pour montrer comment leur doctrine se borne, sur beaucoup de points, à reproduire celle de la Bible, en l'altérant d'ailleurs très gravement (fi). Quand il n'y trouve rien à redire, il évite de les nommer, tout en continuant de les analyser (7). Surtout, il donne à

(i) Conf., VII, 17-22.

(2) Cette conception se présente quelquefois clans ses premiers écrits (De be:it. vif., 8. 29-30; De ord., II, 11-12; Sol.. I, 2-5). Mais elle y reste très obscure et elle y tient d'ailleurs très peu de place.

(3) Conf., VTI. 20 fin.: Cessavi de me pnululum et consopita est insania mea.

(A) Conf., VII, 16, 23.

(5) (onf., VII, 16 fin., 23 fin.

'6) Conf., VIT, i3-i5.

(7) Conf., VII, 16-23.

CONVERSION liSTELLECTUELLE 379

entendre qu "avant de les lire il croyait déjà, d'une façon très ferme, non seulement à rexislcnce de Dieu et à sa Providence, mais encore à la divinité du Christ et à l'infaillibilité de 1 Ecriture, ou même, plus généralement, au magistère de l'Eglise (i)- Il ajoute, daiitre part, qu'après les aAoir lus, il était, sans doute, en possession d'un magnifique programme, mais sans savoir encore comment il parviendrait à le réaliser, et ,que cette dernière connaissance lui fut seulement fournie par l'Apôtre Paul, dont il étudia peu après les Epîires, et chez qui il rencontra une doctrine à peu près identique, mais plus complète et plus satisfaisante (2). D'après tout ce récit, il aurait donc été Chrétien avant de devenir Platonicien. Bien plus, il n'aurait adhéré au Platonisme que parce qu'il l'aurait trouvé d'accord, dans l'ensemble, avec le Christianisme. Il aurait même estimé, sans tarder, que les livres de Porphyre ot de Plotin étaient bien inférieurs aux Ecritures.

Tout cet exposé est fort invraisemblable. Si Augustin avait déjà cru d'une façon très ferme au Christ et à la Bible avant de lire aucun des traités traduits par Victorin, on ne comprendrait pas qu'après les avoir lus il se soit montré aussi peu renseigné sur la nature de la vie chrétienne et de l'enseignement biblique. En outre, s'il avait trouvé chez eux de si grandes lacunes, on concevrait encore moins qu'il ait éprouvé en les lisant un pareil enthousiasme. Lui-même se donne d'ailleurs, au cours de son récit, un démenti presque formel, car il y avoue, en gémissant, qu'après qu'il eut fait la connaissance du Platonisme, il ignorait encore les Ecritures et qu'il était alors tout « enflé » de sa nouvelle science » (3).

Un passage du Contra Acaclemicos, qui a été écrit bien avant les Confessions et presqu 'aussitôt après les faits dont il s'agît, Aient fort opportunément confirmer ces premières remarques. S'adressant à Romanien, qui était parti de Milan peu après le projet de vie commune si fâcheusement et si vite avorté (4), Augustin lui dit : « Lorsque vous vous fûtes éloigné, je ne cessai point d'aspirer après la pliilosophie et après cette "vie qui m'avait

(1) Conf.. VIT. Tr.

(?-\ Conf. Vil, r>..'i, 2G27.

(3i Couf., VII. 26.

(4) Conl. Arnd., II, ,5 in'd.

380 l'évolution intellectuelle de saint AUGUSTLn

agréé et convenu, sans plus penser à autre chose. Je le faisais avec persévérance, mais sans grande énergie, tout en croyant bien être sur ce point sans reproche. Comme je n'avais pas encore cette ardeur extrême qui devait me saisir, j'estimais que celle, plus lente, qui me brûlait, ne pouvait plus s'accroître. Mais sitôt que certains IIatcs bien remplis, comme dit Celsinus, eurent versé sur moi les parfums de l'Arabie et eurent fait découler sur cette petite flamine quelques simples gouttes d'une huile très précieuse, ils provoquèrent en moi un incendie incroyable, oui, Romanien, incroyable, supérieur à tout ce que vous pouvez croire de rnoi, et, que dirai-je de plus :* à ce que je pouvais en croire moi-même. Quel honneur, quelle pompe humaine, quel désir d'une \aiue renommée, enfin quel excitant, quelle attache de cette vie mortelle me retenait alors ? Je revenais tout entier vers moi et en louraut. Je me retournais alors seulement, je laA'oue, comme en passant, vers cette religion catholique qui avait été semée en moi el insinuée en mes moelles^ Mais elle m'entraînait spontanément vers elle, à mon insu. Donc, chancelant, impatient et hésitant, je prends l'Apôtre Paul : « Vraiment, me dis-je, ces hommes n'auraient pas pu accomplir de telles choses et n'auraient pas vécu comme on sait qu'ils l'ont fait si leurs é( lils et leurs pensées eussent été opposés à un tel bien ». Je lus le lout aussi attentivement et soigneusement que possible. Alors, si petite que fut la lumière répandue sur moi, l'aspect de la philosophie m'apparut tellement grand que, si j'eusse pu la montrer, je ne dis pas à vous qui l'avez toujours désirée avec avidité avant de la connaître, mais à votre adversaire..., lui-même, rejetant et abandonnant ses bains et ses jardins de plaisance, ses festins délicats et splendides, ses histrions familiers, enfin tout ce qui le pousse vers les plaisirs, eût volé vers cpIIp beauté comme un amant hors d'haleine et, brûlant fi) ».

A en juger d'après ce dernier texte, qui, par sa date et par son naturel, a bien plus de valeur que celui, plus tardif et fort tendancieux, des Conjes^sions, Augustin a donc adopté le Platonisme avant de donner son adhésion au Christianisme et il ne s'est rallié au second que parce qu'il l'a. api-ès examen, jugé con-

{i) Cont. Àcad., TT, 5.

forme au premier. Déjà avant de lire les Ennéade^, il admirait l'œuvre accomplie par les disciples du Christ et leur vie exemplaire, en d'autres termes, la catholicité de. l'Eglise et sa sainteté. Il inclinait, par conséquent, à se faire Chrétien. Mais il ne l'est devenu définitivement que parce qu'il a cru rester ainsi un pur Platonicien. Même dans la suite, il a tenu quelque temps à la doctrine de Plotin bien plus qu'au dogme catholique.

Les autres textes de la même période établissent ce dernier point d'une façon encore plus précise. Le nouveau converti y mentionne à peine quelquefois les « mystères » chrétiens (i), et le nom même dont il se sert est emprunté à la langue du Néoplatonisme (a). Par contre, il y parle à tout instant de la « philosophie )) à laquelle il vient de se rallier, et il la présente comme le plus haut idéal qu'on puisse rechercher (3), comme le « port » par lequel on arrive à la vie bienheureuse (4), le « sanctuaire sacrosaint » où les lettrés doivent entrer par des portes peintes et bien dorées (5), la a vraie et solide demeure » qui convient à ses disciples comme à lui-même (6). La sagesse, dit-il, se réclame tantôt de l'autorité, tantôt de la raison. La première impose la foi, la seconde procure, au contraire, la science. Mais l'une se trouve à la portée de la foule, l'autre n'est accessible qu'à une élite. L'une est donc utile et même nécessaire, l'autre demeure pourtant bien supérieure Aussi est-ce cette dernière qu'il recherche avant tout (7).

Encore, dans ses premiers écrits, ne se flatte-t-il pas d'en avoir une connaissance bien ferme. Selon ses propres expressions, il n'est pas un sage, mais il espère le devenir (8). Il a, en philosophie, l'inexpérience d'un enfant (9). Il vient d'arriver au port

(i) Conf. Acod.. II, I : III, i-2 ; De beat, vit., 18; De ord.. II. i5. 16,

(3) Enn.. VI, 0. n. 11. Cf. Bouillet. op. cit.. t. III. p. 608-610.

(3) Cont. Acad., I, 3; II, 3 init., 8 mit.

(4) De. beat. vit.. i-5. Cf. Cont. Acad.. II. i.

(5) De ord., I, 3i. Cf. Enn., I, 6, n. 7 init. et 8 init. <6) De ord., I, 9.

(7) Cont. Acad.. III, 43, rcr.s. fin. Cf. De ord., II, 26.

(8) Cont. Acnd., I, 3 fin.: II, 2 fin., 6 init., 9 fin.; III, is. 17, a3, 27, 43,

(9) De ord., I, i3 ; Epist., IV, 2.

382 l'évolutiom intellectuelle de saint Augustin

de la vérité, mais il ne sait où aborder (i). Même après avoir lu Plotin et Paul, il a continué quelque temps de regarder le probabilisme académique comme un système très solide et fort bien détendu ; il n'a été détrompé qu'à la suite de longues réflexions (2). Il n'a acquis encore aucune conviction bien sûre, car il hésite même sur la question de l'âme (3). Il sait qu'il doit mépriser les choses qui passent pour celles qui demeurent, mais il continue d'ignorer ces dernières (4)- Son ignorance est même si grande qu'il ne peut s'empêcher d'en pleurer et qu'il n'arriverait pas à sécher ses larmes, s'il ne comptait augmenter son savoir (5).

De telles réflexions sont significatives. Augustin n'a pas accepté d'emblée le Néoplatonisme: Il ne se l'est approprié que lentement et par degrés. Sa première lecture des Ennéades lui a donné une direction très spiritualiste mais imprécise. Elle a modifié ses aspirations plutôt que ses idées. Aussi devons-nous considérer particulièrement l'évolution qui a suivi et nous la représenter autrement que lui-même ne l'a fait au cours des Confessions.

{i\ De beat, vit., 5 inît.

(^) Cont. Acad., lïl, 34, init

(3) Dr hent. vit., 5.

ih) Soin., l. 5.

(5) SoJil., II, I.

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