‹ L'évolution intellectuelle de saint AugustinChapitre 42 sur 88 · CHAPITRE TROTSIS-ME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROTSIS-ME

Les divers travaux clans lesquels Augusiin a formulé ses convictions néoplatoniciennes se classent assez bien d'après les lieux même où ils ont été formés. Les uns ont vu le jo^r à Cassiciacum, dans les mois qui ont immédiatement suivi sa conversion. Les autics ont été composés un peu plus tard, à Milan, à Rome ou à Tliagaste. Et les premiers se présentent comme de sinipks ébauches, ils posent seulement des principes, tandis que les second?, plus |>r-('cis v{ plus rennes, lireut des ronclusions.

Les écrits de Cassiciacum reproduisent, pour la plupart, des entretiens réels, malgré certaines retouches inévitables qu'ils leur ( ni IViil ■^lihir. Ils nous permettent de suivre au jour le jour, peridaiil iiu laps de temps assez considérable, les orcup-itions (hi nouveau converti (i).

Peu de jours après s'êlre installé dans la villa de Verecundus (:>.), plus exactement le lo novembre 386. Augustin se dit que le moment est venu de fixer le::* idées qui s'agitent en lui.

(i) lis ont l'Ié .spi'ciulfment étudiés pai-

Fr. Woi'ttM'. Die Geistesentwickelan<] des hril. Aiir. Augnstinus, p. 75-162 ;

Olilman. De S. Auguslini rliaJogifi in Cnssiciaco ^crrptis, Diss. phiL, Strasbourg, 1897, in-8° ;

et W. TliiiTiiTie, Lifleivrish-dsliietisclie Bemerliuinjen 211 tien Diologrn Aiigastins, dans la Zeitsciirift fiir Kircliengesciiichte, 1908, p. 1-21.

(■?) Conl. Acod.. l, 4.

DOCUMENTS SLU i.E NÉOPL.VTOIVISMK d'aUGUSTIN 401

il Aout (|uc sa retraite soit féconde, comme l'a été, à Tusculum, iclif (le (!i('<''ion (i). Aussi a-t-il convenu avec ses amis que les causeries philosophiques qu'il échangera désormais avec eux seront mises par écrit. Il n'a cessé d'exciter Licentius et Trygetius à rechercher avant tout la sagesse. Pom- mieux les stinuiler il vient de leur faire lire V Hortensias. Il les trouve maintenant fort bien disposés, et il va essayer leurs forces en ouvrant avec eux lin i:i;!7id débat (-i). Après s'être muni d'un sténographe (3), il réunit en un lieu propice toute la petite société qui l'entoure, puis il demande aux deux jeunes gens si on peut être heureux siin> |i()ss('(ler le > rai (''i). Là-dessus s'engage nue 1res \i\e eoiitroNeis^. qui, sur la demande d'un des partenaires subitement pris au (l(''|Hiiii\ii, csl remise à plus lard (5). Le lendemain, la disiiission !(})reii(l sur le même sujet (tii. Mais, comme elle a commencé tard, elle doit s'interrompre bientôt, à la tombée de la miil (7). Le surlendemain (8), elle se renouvelh^ et se [)oursuit [)endant un temps plus long, jusqu'au moment où on vient annoncer que la table est mise. Aucun des deux adversaires n'est parvenu à l'emporter sur l'autre. On conclut seulement que, si. |i(<ui' être heureux, il n'est pas nécessaire de posséder le vrai, il laul. au moins, le rechercher. Augustin explique, en terminant, ipi'il \a envoyer par lettre à Romanien l'ensemble de cette discussion, pour lui inspirer un plus grand amour de la philosophie (()). Effectivement, dans la préface du livre, qu'il a com- }X)sée sans doute peu après, il exhorte, dans les termes les plus pressants, son ancien bienfaiteur à négliger tous les biens et les soucis du monde pour se tourner entièrement vers la « sagesse », c'est-à-dire, d'après le contexte, vers les enseignements du Néoplatonisme fio). Dans son plan initial, l'ouvrage semble avoir

*i) Son nom c-^f iii|i|)rli' (\i'< ]<• premier enlielien. Conl. Acnd -. J, '1. /'•/-

li'i Cnril. \c(iil.. T. I. fin.

( •> f'.nitt. icad.. r, '1. fin. '

i,.\) Conl. Acad.. T. .").

(5) Conl. Acad.. 1. m). fin.

(6) Conl. Anid.. f, 1 1, inil.

(-]) Conl. \>iiil., I. if.. fin.

(i*^) C.nnl. \('iid.. I. iTi. inil. i\\) Conl. \rad., 1. 'T).

VK») Conl. \iiul.. J, I, 3.

40i L "ÉVOLUTION INTELLECTUELLE UE SALNT AUGUSTIN

été coiiinie un pendant de l'HorLensius (i),bien qu'il boil devenu, peu après, .un « premier livre contre les Académiciens » (3).

Le i3 novembre, Augustin fêle le jour anniversaire de sa naissance (3). Après un déjeuner frugal, il réunit dans la salle de bains tous ses con\i\:-. Monique, Navigius, Trygelius et Licenlius, ses cousins Lastidianus et Rusticus, enfin son fils Adéodat, et, pour offiir à leur esprit « un nouveau repas un peu plus subslanfit 1 . il leur demande si on est toujours heureux quand on possède ce qu'on désire (4). Ils les amène bientôt à accorder qu'on no peut l'être vraiment que par la possession de Dieu (5). Il l'ail, chemin faisant, une irilique rapide des Académiciens, et. sni un bon mot de sa mère, qui leur reproche de tomber du haut mal, tout le monde se sépare en riant (fi). Le lendemain, après le repas du matin ('7), l'entretien reprend, au même endroit, sur la question de savoir quel est l'homme qui possède Dieu, mais sans aboutir, faute de temps, à une conclusion bien ferme fS). Le su7-lenderaain, connue les nuages des jours précédents se soni dissipés, la petite société se transporte vers une pelouse voisiiie (()) et revient sur le problème déJM posé, pour conclure que la possession de Dieu se confond âxor. celle de la sagesse, que celle-ci peut donc seule assurer le bonheur TioV Les trois nouveaux entretien'? nnt été encorf^ recueillis par un

(Il Liccnliiis rf Tin grelins ont lu ]'Horldisius (Cnnl. Ac. 1. 'i. fin.), mais no connaissent pas encore les Académiques (ihid.. VF. 10, 17, !iô). Loin- (lii'îcnfïsion no porto doiio pns diroolcmont <nT lo «ocond <lo ces Oiiyiajijos mais >siir le prcmior. Coliii-<i so froiivo dirocfonnont visé oii mis à profil iIjiiis nu ^'raiid iinriit)rc do passages, p. ox. Cotit. Acod., I, 5 (désir .lu honhour. d". De Trir,.. XIIT. 7 of Conl. .lui. PpI.. VI. 96. stipra. p. C\C) : di'diiiKioii du honhonr. cf. De Triit.. XTV. '11 ef Con/. .hi]. Pc.l.. FV. i'(. siijini. |i. 67-68), Coni. Ai-ad.. I, 7 (citation d'- Cioéron fait.»» pai' I.ioonliu^i. \. i| ri :>.>. disfinolion do la rochorclio ol i]o !;i po>ses^ion.. cf. Dr Tnn.: \IV, i*. snprn, p. 68) *Ac.

{■>:) p. t.. I. \\\II. c. 9O5-05O.

(.'i) De.-,hi-at. vit.. (1 iuil.

(4) De. beiil. ril.. Ti-jo. init.

(5) De ijvijil. ril.. II iiii.

(fy n./ hi'iil. rit.. l'î-iT) iin.

(~ji /}•' be(d. rit.. 17 init.

(H) D<: beat, vit., ■>:>. jiri.

((j) De beat- vit., ?.3 init.

(ro) lu- hcol. vit., 3.'t-35.

DOCUMENTS SLR LE NÉOPLATONTSME D 'AUGUSTIN 403.

>l('jiogia{)lie m), mais passalileinciil (■( ourtés (2), et, par cn- <lroils, alltMt's (3). Ils forment le livre De la vie bienheureuse (Ji), cjui complète le précédent, et qui offre plus d'une analogie avec le De jinibus bononun et uuiloruni de Cicéron (5) mais surtout avec le quatrième traité de la première Ennéade, également intiliili' : Du bonheur (0). Ils sont précédés d'une préface adressé© à Théodore et toute imprégnée de Néoplatonisme, qui en ex- ])lique rurii;iii(' el le l)iit e1 t[iii a dû être écrite vers le même temps (7).

Dans 1 "entretien du !."> novembre, Augustin a manifesté l 'inlent ion de se livrer pendant quelques jours au repos (8). Peu après, cependant, et sans doute dès le 16 (<.)), les circonstances l'amènent à ouvrir une nouvelle controverse. Il a coutume de s'éveiller, la nuit, d'assez bonne heure, et de réfléchir alors sur toutes sortes de sujets. Dans une de ces insomnies, il entend leau tomber sur des cailloux derrière la salle de bains, et il obserxe que le bruit de cette chute est très inégal. Il en fait la remarque à Licentius, qui vient de frapper près de son lit ]X)ur effrayer des souris importunes. Trygetius, qui couche avec eux dans la même chambre, et qui se trouve aussi éveillé, se mêle n l'entretien 'îoV Bientôt une di-cnssion s'enaraee sur l'enrhaî-

< I I 77.' hcal. ril.. i.ô fii,.

(i>.) P(> hcal. vit.. 7. cire, nieil. Plu- loiii ('3.3 cirr. med.). Aiiû^iistin iM[)[)ello nue parole de Monufue qui n'a été rapportée nulle part. I! tJit dans les Rélrni-lntions (I, a) au sujet de re même dialogue : Sane iilum lilunm nostro in codice interrnptum reperi et non parum minus hahere et sie a fraliibus quibusdam descriptus est.

L"'xposé est très eonfus pour la fin de la discussion du second jour el le eomnuMicement de celle du Iroisiènie jour. Looriipicincnt le paraoraplip 2/1 devrait venir après celui qui suil.

(\) P. L., t. XXXTT. c. 059-976.

(.">l Les deux traités poursuivent le même tiut général. L'un et l'autre St^ divisent en trois parties qui se situent i.mi des lieux différents. Comme Cicéron, Augustin traite dans la première des biens matériels, dans la seconde de la vertu, dans la troisième de la sagesse. Enfin, en plusieurs endroits, il s'in'spire vi^iMimenl du De finihns iY. Infm. p. V"). not. i et 2). -

(61 V. supra, p. 076. not. 7.

(7) De hent. vil., i-ô. Cf. Ilcir.. î, 2.

(8) De beat. vit.. 20.

(9) Le premier entrelien du De ordine (I, 8) rappelle une scène qui a eu lieu la veille et qui semble devoir se confondre avec un incident ■survenu dans la dernière des discussions précédentes (De beat, vit., 34).

luA De ord.. I. 6.

nemcnt des causes et des ell'els ainsi que sur l'ordre qui y préside, et elle se coiilinue jusqu'au moment où le jour parait (i). Les interlocuteurs, s 'étant levés, se dirigent vers la salle de bains. Ils rencontrent deux coqs qui se livrent un combat acharné, et leur entretien reprend de plus belle [-i). Puis, fatigués de parler el désireux de fixer le souvenir de toutes les réflexions qu'ils viennent d'échanger, ils s'empressent de les ci riic sur leurs idblettes, et ils ne font guère autre chose pendant le reste du jour (5). Le lendemain, de grand matin, ils reviennent au lieu habituel de leurs réunions et ils reprennent la même discussion tandis qu'un sténographe recueille leurs propos (/j). Mais, bientôt, Augustin, pris de malaise, doit s'arrêter. D'ailleurs sa provision de tablettes s'épuise. 11 prend donc un repos forcé (;■)). Les deux entretiens qu'il vient d'avoir formeront un « preinier livre de l'Ordre » (6), qui rappellera De divinntione et le De jato de Cicéron. (7), comme aussi les traités Du destin et De la Providence mis en tête de la troisième Ennéade (8).

Après « un petit nombre de jours » (9), deux ou trois tout au plus (10), Alype, parti dès le 12 à Milan (n), revient à Cassiciacum avec de nouvelles tablettes (13), et les conversations philosophiques reprennent de plus belle. Le 9.0 novembre, les amis se lèvent de bon matin, et, comme le temps est favorable, ils vont aux

(i) De ord., I, r>o, init.

(a) De ord., I, 25.

(?>) De ord., I. a6.

(>'i) De ord., T. ■:>.-. 59 cire. med.. 3o vers. fin.

(5) De ord.. I, 3o. init. et lin.

{(^) p. L.. I. XXXII, c. 977-993-

(7) Augustin liii-mèmr. y fait claiiriuriil allusion. De ord.. T, ip., init. Cf. ibid., 11 (Licentius).

(8) V. supra, p. .'^76, not. 3.

(9! De ord., II, i , init.

(10) CV-sf- ce qu'on peut conchnc d'un toxte du Cordra Acadenncos (H, 10. init.), qui suppose « sept jours environ de repos » entre l'interruption cl la reprise de la discus.sion concernant les Académiciens. Il n'y a 'U « repos » que par rapport à cette discussion, car le même texte ajoute que dans rintervalle Auirustin a expliqué les trois derniers livres des Géorgiques (cf. De ord.. 1, qC)) et qu'il a excité Licentius à abandonner la poésie pour la philosophie (cf. De ord., T. 8 et 33). • (iij Cont. Acad,, I, ô et 8.

(13) Il est déjà revenu (piand icpnnd la discussion du Contra Aendemicos (II, 10, cf. 20 fin.).

DOCUMENTS SL'R LE NÉOl'L.VTOMSME D ALlilJSTLN W.j

champs soccupur duburd dv quclqucb l.ra\au\ urgents. Là, ils lisexil au nouveau venu les conversations qu'ils ont échangées en son absence à propos des Académiciens, et, en rentrant à la maison pour le déjeuner, ils s'eulri'liciinent a\ec entrain sur le même sujet (i). Dans l'après-midi, ils vont dans la prairie, et ils reprennent leur causerie jusqu'au coucher du soleil (2). I,r Icndiiiiaiu, après h\o[v consacré im temps considérable à régler les affaires courantes et à écrire des lettres, connue ils on! encore (l^u^ heures de loisir, ils reviennent au même endroit, près de l'arbre oii ils ont coutume de se réunir, et ils discutent à fond, jusqu'à l'approche de la nuit, les questions de la veille (3). Ils les examinent encore de plus près dans la journée suivante, au (ours de deux nouveaux entretiens qu'ils ont, le matin et l'après-midi, dans la salle de bains. (4), et ils finissent par convenir que la vérité se trouve dans la philosophi'^ de Platon ressuscitée par Plotin (5). Les pi-opos échangés dans les trois causeries précédentes et dans les deux dernières ont été, comme d'habitiide, soigneusement sténographiées (6). Tls forment deux nouveaux livres Contre les Académiciens (7), qui constituent comme une contrepartie des Académiques de Cicéron (8). Augustin les dédie encore à Romanien, par une ample préface consacrée à l'éloge du Néoplatonisme (9), et il écrit, vers le même temps, à son ami Hermogéni-en, pour lui soumettre les vues qu'il a exposées à la Rti de son œuvre sur la continuité des traditions platoniciennes (10).

Presque aussitôt après avoir ainsi agité le pioblème de la certitude, |)ar un beau matin, la ])etite société reprend la question

(I) Coiit. Acad., io-i3.

{->■) Conl. Acad.. i4-24.

ÇA'\ ('.ont. Acad., sa hiif. cl 3o fin.

l-'i) Coiif. .\<ytd., ItL T init. et 6 fim: 7 inil.

(.')') Cnnl. Acfid., in, il. fin.

(6) Conf. Acad., III, i5.

(7) P. L.. t. XXXII, c. 910-058.

(8) Telle est bien l'idée que veut en donner Aucfuslin (Conl. Acad., 45) et e'est justement à cause de cela, pour avoir un pendant des premières (t des secondes At-adémique^, qu'il a fait de son dialogue inaugural un « premier livre roi^tre les .Acadctniiirnx ». V. supra, p. 4o2.

(0) Cont. AcaiL, I, ?>.

fi(.) hJplsl.., I, .3. P. h-, XXXTII, 62.

4GG l'évolutio-n intellectuelle de saint augustln

de l ordre du monde, qui avait dû être également ajournée Jusqu'au retour d'Aiype (i). L'entretien, interrompu par le déjeuner, se continue et s'achève au cours de Taprès-midi (2). Seulement, il dégénère très vite en un long monologue, dans, lequel Augustin écarté provisoirement le problème posé et s'attache à montrer qu'on agirait d'une façon désordonnée, si on voulait entrer dans le sanctuaire de la philosophie sans suivre le chemin qui y mène (3). Cette dernière partie constitue comme une esquisse de pédagogie inspirée de Varron (4) et des Platoniciens (5). Elle est trop précise et trop technique pour qu'on puisse y voir une improvisation. Mais la causerie précédente a été dûment sténographiée (6). L'ensemble forme un « second livre de l'Ordre », qui, comme le premier, doit être envoyé à Zénobius (7J. Une préface, mise en tête des deux, les présente à leur destinataire et accenture encore leur tendance néoplatonicienne (8). On peut en rapprocher la seconde des lettres d'Augustn, qui a été adressée sans doute un peu plus tard au même personnage (9).

Aux deux derniers livres du Contra Acadeniicos cl à l'épilogue du De ordine se rattachent de la façon la plus étroite les Soliloques (10), également écrits à Cassiciacum et commencés sans doute vers la même époque (11). « Depuis longtemps, raconte Augustin, j apitnis en moi mille pensées diverses, cherchant,

(i) De ord., IT. i. init., et 1. (•>■) De ord., II. iS fin., iç) mil. {'■'>) De ord.. Il, 24-62.

(4) Augustin le nomme deu$ fois expressément (De ord., II, 35 fin. et 54 vers, fin.) dans la partie intellectuelle de son programme. V. infra, p. 445, not. 4, 446, nol. 2, fin., 44?, not. 2 et 448, not. 6.

(5) Augustin se réclame d'eux en ce qui regarde la partie morale de son programme (De ord., II, 28: His enim (praeceptis vivendi) magnorum hominum et pêne divinorum libri plenissimi sunt). Mais il les suit aussi en ce qui concerne les règles de l'intelligence et il s'inspire parliculicrenient du trailé plotinien De la dialectique (T. mpra/p. 376, not. 5).

(6) De ord., II, 21 fin.

{-/) P. L.. I. XXill, c. 993-1020.

(8) De ord.. I. i-5.

(9) P. L.. f. XXXIII. c. 63.

(10) P. L.. t. XXXIÎ, c. 869-904.

(11) Retr., I, 2, n. i, init.

DOCUMENTS SUR LE NÉOPLATONISME d'aUGUSTLN 407

au cours de maintes journées, à connaître ma nature, ainsi que celle du bien et du mal, quand je m'entendis brusquement interpeller. Etait-ce par moi-même ou par un autre, au dehors ou au dedans de moi ? Je l'ignore et c'est précisément ce que je voudrais savoir (i) ». Là-dessus, il adresse à Dieu une longue prière (2), et il engage avec sa raison un dialogue très animé sur la nature de la certitude et sur les moyens d'y parvenir (3). Un « autre jour » il reprend son entretien solitaire (A), et, après avoir accordé que la vérité est éternelle, il se trouve amené à dire, avec beaucoup d'hésitation, que l'esprit qui la contemple doit l'être aussi /S). Là s'arrête son premier livre. Après un « assez long intenalle », durant lequel, dans l'impatience de son amour, il n'a cessé de « répandre des larmes », il se remet à converser avec lui-même sur cette grave question de l'immortalité, d'autant plus angoissante pour lui qu'il se sent malade et qu'il craint de mourir bientôt (6). Il tourne et il retourne l'argument qui lui a été proposé par la raison, mais il n'arrive pas à le trouver tout à fait concluant : « Je n'ai pas toujours connu la vérité, s'objecte-t-il encore. Je risque dès lors de ne pas la connaître toujours. Elle peut donc être immortelle sans que je le sois. Que gagnérais-je d'ailleurs à l'être moi-même si je dois vivre toujours dans l'ignorance ? » (7). Le second livre des Soliloques se clôt sur ce doute final. Seulement il insimie que la solution en doit être cherchée dans la théorie platonicienne de la réminiscence (8) et il annonce qu'à propos de l'intelligence une étude plus détaillée sera consacrée à ce grave sujet (9). Déjà le premier livre faisait de très larges empnmts

(i) Sol. I, I.

(2) Sol, I, 2-6.

(3) Sol, I, 7-23.

(4) Sol.. I, 2i inif.

(5) Sol. I, 24-3o.

(6) Soi., II, I.

(7) Soi., II, 34, fin.. 36. Les phrases mi.>('s ici entre parenthèses sont un résumé de la pensée dWugustin, non une citation.

(8) Solil, II, 3i-35.

(9) Sol., Il, 36, inif. : Ilaec dicentur opcrosius atque subtilius, cum de intelligendo disserere coeperimus,' quae nobis pars proposita est, cum de animae vita quidquîd sollicitât fucrit quantum valemus cnuclf-atum atqui discussum. Cf. II, r, cire. fin.

au Néoplatonisme (i), ou, plus précisément, au traité plotinien De la dialectique (2). L'idée même d'un colloque intérieur a sans doute a été suggérée à l'auteur par la lecture des Ennéades (3).

Augustin parle avec amour de cette œuvre nouvelle dans une lettre à peu près contemporaine adressée à Nébride. Celui-ci, resté, selon toute apparence, à Milan, a reçu ses premiers opuscules et l'a chaudement félicité : « Que serait-ce, lui répond-il, si vous aviez lu mes Soliloques ? Vous vous réjouiriez encore beaucoup plus... (4) ». Une autre lettre adressée au même destinataire parle des progrès intellectuels que le nouveau converti vient de réaliser et, à ce sujet, elle développe une idée qui s'est déjà présentée au cours du même ouvrage (5). Elle a donc été également rédigée durant le séjour de Cassiciacum. Elle donne à entendre qu'une correspondance assez active s'est alors échangée entre les deux amis (6). Mais elle est, avec la lettre précédente, le seul débris qui nous en reste. Ici encore nous relevons des indices nombreux de Néoplatonisme (7).

Tous les écrits qui viennent d'être éuTimérés présentent, au fond, un même caractère. Ils sont essentiellement vivants. Soit qu'ils reproduisent les propos qu'Augustin a échangés avec ses amis, soit qu'ils traduisent ses réflexions intimes, ils nous font assister, pour ainsi dire, à l'éclosion de sa pensée et nous permettent d'en suivre le développement. Augustin s'y montre au naturel. II parle pour s'instruire plutôt que pour enseigner. lî cherche moins à exposer des vérités connues qu'à mieux connaître celles que la lecture de Plotin lui a fait entrevoir. C'est qu'il se .sent encore loin de posséder la sagesse (8). II reste

(i) V(r.> le (lél)ut, (I, 9, init.), Augustin mentionne incidemment Platon et Plotin comme les vrais représentants de la philosophie. Plus loin (I, 23 vers, fin.), il fait encore clairement allusion aux Platoniciens et il invoque leur témoignage: Taie aliquid sapientiac studiosissîmis... magistri optimi faciunt.

(3) V. snpro, p. .5-6, not. 5. *

(3) Plotin engage fréquemment ses disciples à rentrer en euxmt^raes et à consulter leur raison. Voir par exemple Ennéades, V. i, 12, fin.

(4) Epist., ÎII, ?., fin. Cf. ibid.. 4- Ce dernier passage résume le second livre des Soliloques.

(5) Epist., IV, 2. Cf. Solil., l, 12, 23.

(6) Episl., IV, I, init.

<l) Episi., III, I, cire, med., 2 med. et fin., 4; Epist., TV, a. (8) V. supra, p. 38 i -882.

DOl.LMI.NIS >LH l.j; .MiOfLAlONiMAit I) Al (, L .s l'I.N 409

piMiondéiiient conNaiiiru de son ignorance et itrès défianl à l'égard de toul dognialisnie. Aussi no se prononcc'~-t-il jamais quavec beaucoup dhésitalions et. acconipagne-t-il ses affirmations de nombreuses réserves. Tl a conscience d'être sur le i liemin qui mène au \rai, mais il n'y avance que lentement et avec précaulion. Il se préoccupe avant tout de poser des jalons cl de régler sa marche. Ses premiers écrits ne se présentent guère que comme une simple introduction à l'étude de la philosophie néoplatonicienne. A tous ces points de vue ils se distinguent d'une façon tirs nette de rru\ qui Ic^ ojtt' immédiatement suivis.

Un ccrlain uombir d'autres dialogues ont été composés on ébauchés à Milan, pendant les quelques mois qu'Augustin y a passés à son retour de la campagne : « Du temps otî je me pré parais dans cette ville à recevoir le baptême, dit-il dans ses Rétraci/itiom^, j'essayai d'écrire plusieurs livres sur Les Arts libéraux. Je conversais là-dessus avec mes compagnons, à qui ce genre d'études ne déplaisait point et je désirais me servir des choses sensibles comme d'échelons pour m 'élever ou pour conduire les autres jusqu'aux réalités incorporelles. Mais je n'ai pu achever qu'un livre, plus tard disparu de ma bibliothèque, Sur la Grammaire, et six autres Sur la Musique, ou, plus spécialement, sur ce qu'on appelle le rythme. Je n'ai même achevé ces derniers qu'après avoir reçu le baptême et être revenu en Afrique, car je les avais seulement commencés à Milan. Cinq nouveaux écrits furent

également • ébauchés dans cette ville, Sur la Dialectique, Sur la Rlietorique, Sur la Géométrie, Sur l'Arithmétique, Sur la Philosopliie. Mais il n'en reste que les débuts. Encore ai-je égaré ceuxci. Je pense pourtant que quelques personnes les possèdent (i) ». L'ouvrage entier tendait à réaliser le programme tracé vers la fin du second livre De l'Ordre, et il devait utiliser les Disciplines

'li lirlr.. T. r>. Dan^ \r Dr Ordiue (II. .S5-5il. .\uguslin distingue épralcim-nf sept sciences, mais il fait entrer fariflimétique dans la musique et il ajoute l'astronomie entre la géométrie et la pliilosophie. Sur ce dernier point, le texte des Réiroctntions est donc sans doute inexact.

de Vairon (i) en les adaptant à la dialectique néoplatonicienne (2). La partie consacrée à la musique (3), qui se présente sous la forme d'un entretien du « Maître » et du '(( Disciple » (4), et qui s'élève de l'harmonie des sons à celle des idées, est sans doute la seule qui nous soit parvenue. On a souvent publié soiis lé nom d'Augustin un Abrégé de Grommmre (5), des Principes de Dialectique (6) et de Rhétorique 7 . ainsi qu'un traité des Dix Catégories d'Aristote (8). Mais ces divers ouvrages qui ne sont point dialogues, ni inspirés du Néoplatonisme, doivent être apocryphes (9). D'autre part, le sixième livre, tout au moins, du De Masiea a été composé en Afrique (10). Peut-être en est-il de

Il ■. supra, p. r>3o, not. 3.

(■>.) Per corporalia cupiens ad incorporalia quibiisdam quasi passibus cirlis vol pcrvonire vcl ducere (loc. cit.). ri) p. L.. l. XXXII, c. 1081-1094.

(f\) D'après d'anciens manuscrits, Tinterlocuteur d'Augustin serait Liccnlius. Ce dernier écrit à son ancien maître, devenu prêtre d'Hippone, au sujet des nouveaux livres qti'il attend de lui (Ang. , Epist., XXXIX, 3 fin.) ■'

Praesentem ipsa mihi te reddent, si mihi morem Gesscris et libres, quibus in te lenta recumbit \Tusica, tradideris, nam ferveo totus in illos.

(5) P. L. , t. XXXII. c. i385-i/iio. Une édition meilleure en a été donnée par Weber, Ars grammatica breviata, Marburg, 1861, gr. in-^**.

(C>) P. L., t. XXXII, c. idii-i420. Une édition nouvelle en a été donnée par H. Hagen, Codex Bernensis 363, Aaqustini de Dinlectica et de Bhelorica libri, Loyde, 1897. in-S". Cf. Léopold Delisle, Journ. des Srœ., 1897, p. 7^^9-750.

(7) P. L., t. XX'XII. c. i439-i/,48, et l'édition H. Hagen citée dans la note précédente.

(8) P. L., t. XXXII, c. 1429-1439.

,(9) Tel est aussi l'avis des Bénédictins (P. L., t. XXXII, c. i385). Cependant., l'authenticité de la Dialectique a été soutenue par Crecelius, Aur. Augustini De DiaJectica liber, Elberfeld, 1857, in-8°, par H. Hagen. Zur Kritik und Erklarung der Dialectik des Aagustins (dans les lahrbûcher fiir Klassische Philologie, 1872, t. io5, p. 757-780), par Prantl, Geschichte der Logik im Abendlande, Miinich, i85i, t. I, p. 666 et suiv., et par W. Thimme, Augustins geistige Entwickelung, p. 10, n. i. Celle de la Rhétorique a été également soutenue par A. Reuter dans les Kirchengeschichttiche Studien H. Reuter zum 70 Geburlstag geividmet, Leipzig, 1888, in-8°, et par J. Zureck, De S. Aur. Augustini praeceplis rhetoricis. Vienne, igoS, in-8°. Enfin, celle d'une partie de la Grammaire a été affirmée par Huemer, Der Grammaiiker Augustinus, dans la Zeitschrift fiir ôsterr. Gymn., 1886, p. 256, et par Od. Rottmanner. dans \' H istorlsr.h es lahrbuch, 1898, p. 894.

(10) Retr., I, C.

même du premier, qui s'y rattache étroitement (i), et après lequel nous voyons apparaître « comme un nouveau début do l'entretien » (2). Les quatre autres, qui traitent simplement « du rythme, du mèlre et du vers », n'ont pour l'histoire de la pensée augusLinienne qu'un intérêt assez restreint.

Plus important est un traité De V immortalité de l'âme, que le nouveau converti a aussi composé à Milan, dans les jours qui ont précédé son baptême (3). Ce nouveau travail n'était point destiné tout d'abord, 'à la publicité. 11 devait simplement servir de canevas pour la rédaction d'un troisième livre des Soliloques (II). Aussi n'a-t-il pas la forme littéraire et dialoguée des autres écrits de la même période, ni leur clarté habituelle. Il est, par endroits, tellement obscur et compliqué que l'auteur lui-même, le relisant vers la Rn de sa vie, a eu beaucoup de peine à le comprendre (5). Sa tendance générale est pourtant assez nette. Augustin n"y réalise pas le programme esquissé à la fin du second livre des Soliloques (6). Il ne cherche pas à établir qiie lame a toujours existé, mais seulement que- rien ne peut la laire disparaître. Sur ce dei-nier point, il ne fait guère que ropcodiiire des arguments néoplatoniciens. Dans ses écrits précédents il s'inspirait fréquemment de. Plotin, mais sans se Tattacher d'ordinaire à un texte précis. Ici, au contraire, il suit presque pas à pas le septième livre de la quatrième Ennéade, qui s'intitule également De VimmortaUté de Vâme (7). L'ouvrage n'en est pas moins fort instructif. Il montre d'abord comment travaillait Augustin. Il prouve, d'autre part, que le Néoplatonisme a exercé une influence de plus en plus grande sur l'esprit du nouveau coinerti. Peut-être celui-ci n'avait-il pu emporter les-

l'i ) V. iiifrn. p. 'i'\f\. not. 2 o\ 'i'i7, nof. t.

(3) Dp .¥».<?.. TI, I. iiv'1.

(3) Betr.. T. 5. n. r, inil.

(Il) Retr., T. 5, n. t.

(5) Bclr., f, 5, n. i. fin.

(0) .<?,,/.. II. 36, inif.

(7) Cette remarqua n déjà été faito par Bouillef, Les fjnnéades âe Plotin, 1 II. p. 607, et par Fr. Worler. Die Geislesenlwickelung des heil. Anr. \u(juf;tinus, p. i63. Elle a été contestée bien à tort par W. Thimme. cpii, on général, restreint beaucoup trop l'influence du Néoplatonisme dans les premières œuvres d'Aucrustin TV. Angiisiins qeisfige JRntwickelung, p. i34-i36).

écrits de Plotin à Cassiciacurn. En tout cas, il les a étudiés de plus près et il s'en est mieux approprié la doctrine dans le second séjour qu"il a fait à Milan (i).

Revenu à Rome, Augustin y a rédigé deux nouveaux dialogues, au cours desquels il s'entretient avec son ami Evode (2). L'un s'intitule : De la gj-qndeur de Vânie et s'attache à montrer que dans le principe de la pensée nous ne devons pas distinguer des parties mais seulement des degrés (3). Il se rattache étroitement au De immortalitale animae dont le dernier chapitre aborde le même sujet. Comme lui, il dépend du septième livre de la quatrième Ennéade, qui associe de même l'étude de la spiritualité de l'âme à celle de son immortalité (h).

L'autre traite (( du. libre arbitre » (5). Il se divise en trois livres dont l'étendue et rimportance vont en croissant. Mais la fin est de hui{ ans postérieure au début (6). Augustin a écrit à Rome le premier livre et sans doute aussi une partie notable du second 'H. 1-39), qui s'y relie' fort bien et forme un tout très cohérent. Dans l'une de ces deux grandes sections, -il montre que le mal vient du pouvoir que nous avons d'agir librertient. Dans l'aulie, il s'attadhe à établir que, malgré les imperfections de notre nature, nous devons admettre l'existence d'un Dieu absolument paifait qui nous a créés, qui nous conserve et nous gouverne (7). Il utilise ici plusieurs traités plotiniens, notamment le huitième de la sixième Ennéade, intitulé : De la liberté et de la volonté de ri'n, qui s'élève également de la volonté créée à celle du Créateur (8).

T'ne !ois revenu en Afrique, il a dû écrire sans beaucoup tarder presque toute la fin du second livre de ce même ouvrage (n. l\o- 5/() et le débul du troisième fn. i-ia), ainsi que deux autres fragments assez courts qui se trouvent enclavés dans la suite au

II) V. \\ . Tliirnino. LiteriiriscJi-nslhefii^rfie Bemerkiingrn :n dcn Dînlogeit Àuqiifstins. p. fi.

(•i) Beir.. T. S. 11. i. inlf.: 9. n. i. iitit.

(■"î) P. L.. I. \XX1I. c. 10,^5-ioSo.

(/\) Voir !-'iiii.. IV. 7. n. t et 9.

(.")) P. L.. I. XXXTI. r. loSi-L-^TO.

(6) Reir.. 1. q. u. t. 'mit. <-t fin.

[-) V. infr'i. p. 'i-G-'iSa et h8?>-^ç\'>..

{^'> V. iiifni. p. "i--. Mot. .'5: '179. not. 4: '|8o. noL r, de.

DOCUMENTS SUK LE .XÉOPLATOMSME D AUGUSTIN 413

milieu de textes plus tardifs (iS cire. i/iif.-26; 46 jin.-5o) (i). Dans tous ces morceaux, en effet, il se demande encore comment un Dieu souverainement bon a pu nous rendz'e sujets au mal et il répond en utilisant les mêmes parties des Ennéades et en dialoguant toujours avec Evode (2).

C'est sans doute un peu après qu'il a achevé son De Masica (3). Dans les dernières parties de ce travail, où il continue de s'entretenir avec son « disciple » anonyme, il s'attache à faire ressortir les conclusions qui se dégagent, pour un Platonicien, <ie son étude antérieure du rytlmie et il le fait en reprenant pour son propre compte les théories exposées par Plotin dans les traités Du Beau, De la Beauté intelligible et Des Nombres (4)-

Enfin, vers la même époque, il a rédigé vm nouveau livre, intitulé : Du Maître (5), dans lequel il s'applique à montrer, conformément à la doctrine exposée en diverses parties des ■Ennéade', que toute connaissance intellectuelle vient du Verbe (6). Il y reproduit, selon son propre témoignage, une conversation qu'il a eue avec son fils, alors âgé de 16 ans (7). Il a perdu Adéodat fort peu de temps après (8) et c'est pour avoir un souvenir de lui qu'il a fixé ici certains de ses propos.

Quoique composés dans un milieu nouveau oii la pensée d'Augustin devait subir des modifications profondes, ces derniers écrits ne font que compléter ceux qui ont vu le jour à Rome ou à Milan et ils en sont inséparables. Les uns et les autres présentent les mêmes caractères. Dans tous, sauf dans le traité De J' immortalité de l'âme, qui est un simple canevas, l'auteur conserve la forme dialosruée. Mais il est désormais presque seul à parler. Dans le livre du Maître il reproduit encore des remarques personnelles d'Adéodat. Mais c'est parce qu'il a tenu à recueillir quelques-ims des a novissima verba » de ro fîls prémalurément enlevé. Partout ailleurs, il fait de son

(1» V. infra. p. '19.-) et .suivante?;

l'a) V. Injra, p. ."ïon, not. ■? et h\ 5or, 110t. r> ; Bog, not. i, etc.

(3) Rpir., T, 6.

(/i) V. Injro. p. 4/46-/147. 48-4-/192 et les notes.

(5) P. L., t. XXXII, c. 1193-1222. Cf. ReAr., I, 12, n. i, irùt.

<6) V. mira. p. 49'i-490 et les notes.

(7) Conf., IX, i/|, cire. med.

{S) Conf., IX, i4, cire. med. : Cito de terra absliilisti vitam eiu3.

interlocuteur un simple figurant, ou, selon l'expression du traité De la Musique, un (( disciple » dont tout le rôle se borne à provoquer et à approuver l'enseignement du maître (i). C'est qu'Augustin subit moins qu'autrefois l'influence de Cicéron et se rattache toujours davantage à Plotin (2). C'est surtout que ses convictions deviennent toujours plus fermes et plus précises. Il a conscience d'être enfin arrivé à la possession de cette vérité qu'il a si longtemps recherchée. Aussi aborde-t-il résolument les plus hautes questions de la " métaphysique et les résout-iî avec une assurance imperturbable. A tous ces points de vue les écrits dont il s'agit ici diffèrent nettement de ceux qui ont été composés à Cassiciacum.

Nous pouvons donc distinguer dans l'histoire du Néoplatonisme augustinien deux grandes périodes. Dans l'une, l'ancien disciple de Carnéade travaille à se débarrasser des derniers restes de scepticisme qui subsistent en lui et à se familiariser avec l'esprit et la méthode de Plotin. Dans l'autre il s'élève avec les Ennéades des choses qui tombent sous les sens à l'âme humaine et de c«lle-ci à Dieu lui-même en qui il trouve le dernier mot de la sagesse.

(i) Dans les Bétractations (I, 9, 3), Augustin se reproche même une plirase d'Evode {De. lib. arb., II, i, fin.).

(a) Les réminiscences cicéronienncs sont beaucoup plus rares dans les dialogues augusliniens de Milan, de Rome et de Thagaste que dans ceux de Cassiciacum. Par contre les Ennéades y sont de plus en plusexploitées.

PREMIERE SECTION

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