‹ L'évolution intellectuelle de saint AugustinChapitre 44 sur 88 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

A L KCOLE DES ISEOPL.VTONICIEiVS

Avant de nous mettre en marche, explique Augustin, il nouî> faut savoir, dune l'açpn précise, où nous Aoulons aller et comment lUMis pourrons y parvenir. Dans nos recherches philosopiuques, il importe, en d "autres termes, de bien fixer d'abord le but que nous a\ons en vue et les moyens qui nous permettent <le l'atteindre.

Posons ,dès maintenant, en principe, sans ciaindre le moindre démenti, que tous nous aspirons au bonheur (i). Qu'est-ce donc (}u être heureux, sinon n'être pas maliieureux ? Oi' tout le monde s'accorde à dire que l'indigence est un malheur. On ne peut certes pas en conclure que lout malheur implique ime certaine indigence. De même que tout homme enseveli depuis im an est mort, et que pourtant la réciproque n'est pas vraie, on pourrait logiquement soutenir tjue tout indigent es! malheu- Teux sans accorder que tout malheureux est indigent. En fait, cependant, la seconde proposition est. aussi incontestablt^ que îa première (a). Seulement, [iour s'en rendre compte, il faut préciser l'une et l'autre. '

(i) Dr lirai. r,il.. lo. Le inôm»' principe a été nettement posé par Cicéron dans VHnrfcnshis (v. supra, p. 66) ol dans 1« De finihu.t, II, 27, 86: V, 2C). 86.

(3) D»^ beat. vit.. *J2-21. Cf. De fin.. V, >8, 84. La nn-'Hic idée était i?ans donio plus longui'nient exposée dans Vllortensiu.'i, où Cicéron étudiait les rapporls de la richesse et du lionh«^ur. V. supra, p. 66-67.

430 l'évolution INTEIXECTUELLE de saint AUGUSTIN

Celui qui possède la sagesse peut Jiianquer de plusieurs autrec? choses sans être malheureux. Il a assez de force morale pour nij point craindre la privation physique. Il l'éaiise la maxime de Térence : « Comme ce que tu a eux peut ne pas arriver, appliiiuotoi à ne vcniloir jamais que le possible » {Andr.. acl. lî. - \. 5-6). Aussi a-t-il toujours ce qu'il désire (i). D'autre part, il y a des gens qui mènent une existence misérable au sein de l'abondance, mais c'est parce qu'il leur manque la sagesse. Tel était cet Orata, cité par Cicéron. qui possédait toutes sortes de biens, mais qui craignait sans cesse de les perdiv. '-,! crainte lui venait d'un certain défaut de jugement. Elle supjjosail. par cela même, une grave indigence (2). En somme, c'est la folie qui constitue la véritable pauvreté. Elle vaul >;i peu qu'à son sujet on ne saurait employer le verbf avpir. Elle consiste en un état purement négatif. Elle est un défaut, ou i)lutô1 clic renferme tous les défauts. On peut ridentifier avec cette nequiiia qu'on fait justement venir de ne quidqnam parce qu'elle n'existe même pas (S). La sagesse, au contraire, doit être regardée comme la meilleure des richesses. Elle implique l'idée de plénitude (fx). Pour mieux dire, elle est à l'âme ce que la nourriture est au corps, et elle se montre, d'ailleurs, bien supérieure à tous les aliments matériels (5).

(I) De. heal. vit., aS (à ràpproclior de Cont. Acad.. III, :!). Cf. De fin., V, 26, 77; 28, 8^; 2Ç), 86-89; Sa, ç^B, et tout le cinquième livro des Tusculnnes. Dans le De Trinitate, XIII, to, Aug»i«tin, revenant sur la même question, mais dans un esprit to\it opposé, rappelle le même passage de l'Andricnne, (Cf. De Civ. Del, XIV, 26) et fait remarquer qu'il est mis en avant par les phiIo':ophes. 11 pense sans doute à VHortensiiLS de Cicéron, dont tout son exposé s'inspire visiblement et qu'il a même cité un peu plus haut (ibid.. 8). C'est donc san« doute également à VHortenf^iua qu'est empruntée la citation de Térence, dans le De. heata vita.

. (3) De beat. vil.. 26-28. Augustin fait ici allusion à un passage de V Hortensias, déjà cité plus haut (p. 66). Cf. TascuL, V. 6, 15-17.

(.V) De beat, vil., 29. 3o ; ibid.. 8; De ver. reh. 21. Augustin s'inspire ici encore de Cicéron. qui donne la même étymologie dans !es Tusrulanes (III, 8, 18).

{li) De l)eat. vit., .30, 3r ; Epist., III, 2. La même remarque se lisait sans doute dans ]'Hortensi.iis. dont un fragment, cité par Augustin (De beat, vit., 22) expose une idée analogue.

(5; De beat, vif., 7-8. Voir aussi De lib. arb., 11, 3.5. Dans le De dlvcrsis quaestionibas LXXXIH, (}. \ : Vtrum aniirtxil irrationale bealnm

A l'École des néopi atoniciens 431

Mais dans les banquets de l'esprit, coiuine dan> tous les autres, il iaut é\iter les excès. La sagesse suppose la (( frugalité » morale, que Cicéron identifie, à bon droit, avec la u modération » et la « tempérance » (i). Elle implique, en effet, un. a mode » convenable, un juste « tempérament ». Ne manquant de rien, elle n'a « rien de trop », car si elle avait quelque chose de trop, elle manquerait en cela de mesure. Elle se tient toujours dans des limites convenables. Elle évite tout ce qui nous distend, comme la luxure, l'orgueil ou l'ambition, et aussi tout ce qui- nous resserre, comme la bassesse, la crainte, la tristesse ou la cupidité. Elle est essentiellement bien réglée (2).

Mais la règle qui mesure la sagesse ne peut être mesurée par rien. Elle conslitup donc le Principe premier d'où tout provient. En d'autres termes, elle s'identifie avec Dieu. C'est donc dans l'Etre divin que se trouve la fin de l'âme humaine (3).

D'autre part, le « Mode suprême » auquel nous venons d'aboutir ne peut être véritable que s'il porte en lui la Vérité. Celle-ci, d'ailleurs, est identique avec la sagesse qui procède de lui et dont il est le « Père ». Il ne peut pas plus se passer d'elle qu'elle ne saurait se passer de lui. Entre rnn et l'autre existe forcément l'union la plus étroite (4).

Enfin cette Sagesse ^éternellement engendrée, sans laquelle nul ne voit Dieu le Père, a besoin, pouc se montrer à nous, d'un Monitexir secret," qui nous rappelle son souvenir, qui nous invite à la chercher, qui nous aide à la contempler, qui nous apprend à en jouir. Or cet agent mystérieux ne peut produire en nous de tels effets que s'il est tout puissant et, en même t.cn)ps. sointTaiîU'Uietit bon. 11 partiri|)e doiir à la |ietfectioii de

ef^se pnssit?. S.\i^uM\n fait niuarquir que !os bètcs iic oonnais«pnl pas h^ honlieui ■parce (firclles ne possèdent pas la science. T.a même remarque est formulée pnr Plotin, Enn., I, .'x. x et fuir.

(1) De beat. rit., ."^n-^i. Cf. Cicéron. Oml. jiro Deioiaro. 9, .-26 et TuscnL, m. S. iT).

(•i) De beat. i-il.. ^^-'o^. Voir aussi D«' Mus., î, 2. i5, inil. Cf. Tnscul.., IV, t6, 36-17. 07 el Enn.. f. >. 2.

(.1) De hml. ml., n/i, fin.: Cont. Arnd., U. •>.. f), jin.; Dr ord.. II, i4. Plotin fait r-ijalPTni'nf r'in-^isf.T |o Rien -njurnie cl;m« la mesuro (Enn., I, 8, 2 et 6).

(/i) De beat. rit.. ?,\. inii. Plotin établit un rapport analogue entrele BieMi suprême oti la u Mesure » souveraine et l'Intelligence (Enn.y I, 8, 2).

432 l'ÉVOLUTIO*'V intellectuelle de SAI.NT AUGUSTIN

la Jialine divine, sans perdre sa vie propre (i). C'est dire que la bonheur consiste, pour nous, à nous unir à lui, pour arriver par lui à la contemplation de la Sagesse et par la Sagesse à la possession du Mode suprême d'où tout provient (3).

CoiimuMit [Mjurrions-nous parvenir au but si désirablt^ que nous avons en vue, si nous n'invoquions d'abord l'auguste Trinité poui la rendre propice à nos vœux (5) ? Le Principe premier qui donne naissance à la \raie science et par elle à l'Amour }>euf seul dans sa bonté nous l'aire connaître la vérité et nous ïimener finalemeul à lui. (Vesl lui (jui nous a faits, qui nous éclaire et (|iii iirujs rend meilleurs. Tout ce que nous sommes, tout ce qui' nous savons, tout ce <]\w nous valons est son (cuvre. fie Dieu uni(|ue est tout pour nous, comme |>oui- l'ensemble des créatures, sans .avoir en lui-même besoin de rien, sans être soumis à nos vicissitudes et à nos changements. Prions-le donc

Ml Dr linil. ril.. '^'^. j'u pliisii'iii- iiiitrr.v nulroits, Aii^ii^iin préscutf i'i.Mlrrnctil ri;>|)iil (li\in conmic une sorte, do nientoi- inté.rieiir fSolil., I. :>, fin.. :\ cirr. i)u>d.. etc.). Il va jusqu'à dire fjue cV-vi lui (lui nous ., fail eomproudre » (SoVil.. J. i5). Tl se rnontrc porté Ti l'idenlilier avec la raison (S.olil.. ], i. inil.), ol il nofurne expresisément eello-ci .'i eôli' A<- « l'Infetli^euce « souveraine el du « Piirxipo » premier (De ■ord.. If. •>(i' . l'fi.' idi'e analf)S'ue, rpioiipTuii peu dilTiMenle de l'Ainc uuiver-cll.'. ( nni lie ciiiiiTue une Raison sup('rieTue (|ui dirige les êtres, se tiou\c (lie/ Plcliii Ihnii.. 11. ^^. i3; iV. /|, 3()).

Cil !)■ lirai, rfl.. .>.'). A [treiiiière vue cette doefiine trinifaire j'e*- .«enddf tellenieni à celle de rKglisc qu'aprè.s en avoir entendu l'exposé, ^foni(pi\ joxeusi' entonm- un verset d'une liymne amhrosienne :

Fove prerardes, Trinitas.

\\i fond l'Ile eji diffèie pour laul assez sensiblenieid.

(.'■îi Ciltr iii\oi;i(ion ouvre le premier livre de? Soliloques {\. 2-6), qiu se rallaelie ainsi élroilement à la lin du traité De ht vie bienheureuse, l.a doiiriiie Irinilaire présentée ici diffère pourtant un peu de celle qui vieni d'être exposée. Mais elle resie fort imprécise. Augustin ne paraît encore bien tixé que sur la néces.silé de la prière. Il revient avec insislanee suv le même sujet daiis un grand nombre d'autres textes de la ntènje période (Solil.. I, r>6 : TI, i. 9; Dg quant, anim., i3, 24; De lib. iirli.. I. '\. T '1 ; De Miig., 2, etc.). Cf. Enri., V, i, 6. Une iuvocalion ■analogu ' .s(^ lisait dans un passage de la Philosophie des Oracles de Porpliyre. qui a été édité pai- A. Maï et traduit par Cli. Levesque (Voir liouille^l. Les Ennéodes. t. 111. p. t.v>.6-G27).

A LÉCOLt: 1>KS MCOPLATOMCIENS 433

a^ec uiK- liimiiliié et une toiiruuict! (roulant plus- grundcs que c'est lui qui inspire nos prières cl, qui on iait tout le mérite (i). Disons-lui : « 0 mon Seigneur, ivum r(»i, mon jx ro, nmn défenseur, mou espoir, mon bien, itiou honneur, ma dcineuie, ma patrie, mon salul, ma lumière, ma vie, exauce, exauce, exaucemoi... .lai assez souffert, assez servi tes ennemis, assez été joué [Nir Ituis mensonges. Jleçois ce serviteur qui les luit, coniine ils ont leçu cet étranger (jui te fuyail. .le sens que je dois ret.ounier vers lui ; ou\re-moi la porte... .le n"ai îien que ma volonté. de nt- s;.is licii, si ce n'est que je dois mépriser les choses qui passent et qui s'écoulent poiii- clicrctici- celles (pii sont certaines et éternelles, .le lais cela parce (lue je sais simplement cela, .l'ii^rioie comment un airi\f Aers toi. Suggère-le moi, mont te le moi et donne-moi le viatique dont j'ai besoin (a) ». Ecoutons ensuite sa réponse avec grande attention. 11 nous parle souvent [>ar l'organe de ses serviteurs, de ceux surtout qui mèncn! une vie pure (.H). Mai- il se fait entendre mieux encore par le moyen de la raison, ipji est en nous mais qui procède directement de lui. Négligeons tous les bruils du dehors pour lio'us enti-eteiiir avec cette \nix intéiieurc (/|).

Ou.ind connaîtrons-nous l'Etre parlai! d'une façon ^i claire que nous n'aurons ensuite plus lien à demander ? Seul un examen critique des diverses branches du savoir humain peut nous l'apprendre (5). Serions-nous au terme de nos vœux, si 7.10US étions aussi bien renseignés sur Dieu que sni- le signe da7is lequel la lune se lèvera demain :' \on, car rien ne nous ÇFaranfii rpie le cours de la naluif ne sera point changé (6). Nous titjndrions-nous, d\i moins, pour satisfaits, si nous le vovions comme nous apercevons nos aniis les })lus jiroches ? 11 s'en faut bien ; nous ne saisirions ainsi que sa vie extérieure, non le fond de son être ^7). En loul cas. ne serions-nous pas

fi') '(Soin.. I. >. inU.'). L;i iloclrinf jmi^ii-rmii'iinc (!<• l;i j.m-;u-c s'ébauche ici t]'n\tr façon lié* nritc. Elle se laltarli.' .lir.'.t.MiiiMil aux conceptions ïK'Oplaloiiicicnrirs (Kîtii.. \. .1. 17. fin.).

('0 No/(7.. I. :>. r.f. //./</.. I. ,■^0: II. I. (). ■'- : Df onJ., b 10: H, 53.

i;>l Dr ril. h,;il.. iS: De <>ril.. I, iti, o): 11, i-'. 5'».

(V .'•'•</'/.. 1. 1. 'triil.. f. ^^^. if)- Cf. Knn.^Y, i, 12.

{5) Solil.. I. 7.

(0) SohI.. I. S. ' V

7; SoUJ., 1.7. (i'i.. S. init

4'i'i ^ l'ÉNOLLîTION intellectuelle de SALNT AUGUSTIN

heureux, si nous, possédions la doclrine que Platon et Plalin ont professée à son sujet ? Pas nécessairement ; nous savons ce que ces philosophes ont dit de lui, non ce qu'ils ont pensé (i). Aurions-nous encore quelque chose à souhaiter, si nous le' connaissions aussi bieu que les propriétés de la ligne ou celles de la sphère ? Cette t'ois, il ne garderait plus pour nous ;ui( un secret, et nous serions définitivement heureux (2).

(Hi"cs1-ce donc qui distingue la science géométrique ? Sa nature toute spirituelle. Nous ne connaissons les astres, les autres hommes, les écrits même des philosophes que par les sens (3). Or ce n'est point par eux que nous percevons les propriétés du cercle ou icllr- de la ligne. Ils n'interviennent ici que comme le navire qui < onduit au port, et on ne pourrait pas plus apprendre avec eux la géométrie que naviguer sur terre, lis rendent, d'abord, (juclqucs services, mais à la longue, ils sont plutôt nuisibles et on titube en les quittant, comme quand on descend sur le rivage après une longue traversée (.4). Les formes et les figures dont s'occupe la science sont purement intelligibles. A plus forte raison Dieu lui-même l'est-il. C'est lui, en effet, (pii les ni(mlre à notre intelligence, de même que c'est la lumirro du .jtjur (]ui rend sur terre toutes choses visibles. II joun dans le monde des idées le rôle du soleil. Commr cet astre matériel, il est, il brille, il éclaire, mais d'une façon spirituelle n ne peut donc être contemplé que par l'esprit (5).

fi) Sôlil.. T. <), hiif.

{->.) SoUL, 1. o-ir.

($) .'''o/;/.. I. fi-çt. r.f. l),' rlir., ,pi.aesL L^XXIII. i\. i\ : TJlnitn cornorrls Hens!:bii!i percipi veritos jiossil. Les sens ne Jioiis font, connaître fjuc lie- rlre^i (liangcMiils. Onand bien mt'me leur objet .serait élern^b il'; ne i;on> on «lonnoraionl <|u'nne ronnaissanre purement conjecturait'. Avec cu?i, on n'est jamais certain de n'être point la dupe d'une îmainnation plus ou moins fantaisiste. Ce n'est donc point par eux qu'on acquiert la \ raie science.

('1) So///., 1. ()-i''., iiiii. Dans le Contra Acndeniicos (III, 2-4), Auf^uslin tait une remarque analoi,'ue au sujet de la « fortune <i : CeJle-ri est nc'cessaiie ]ioui' parvenii- à la •;aee<»;e ; mais le saire n'en a aucun besoin.

(;")) Solil.. I. 1."). Ce.s coiisidéialjons qui se relient étroitement aux ' piécéilentes en sont séparées, dans 1(', texte des Soliloques, par des remarques, reUili\es à ta foi. à l'espérance et à la charité, qui })araissent avoir été insérées après coup et qui logiquement doivent leur faire suite. Aufirusiin lui-mèn)e fera plus tard remarquer dans la Cité de Dieu (X, ?>) que Piolin cou-.pari- rint.ellii<-enee divine n un soleil. Cf. Enn., Jl, 3, iS. ///(.; IV. ;>. 11: Y, S, 10. etc.

A. L ECOLE DES NEOl'EVrOMICIENS

CotiUîuiil s'opère celle eoiiteiupJutiou ? Nous n'aNons pour iiKUs en leiuiio rompte qu'à coiisuller les lois ordinaires de la \isioii (i). H faut d'abord avoir les yeux bien sains, puis regarder avet quelque attention, pour arriver linalement à voir (a). Or l'intelligence est comme l'ieil de l'àmc. Elle se trouve préseuicnu ut viciée par les passions. Avant tout, elle doit recouvrer la santt'. Et c'est seulenient à condition de croire en celle-ci, d'espérer l'obtenir et de la désirer qu'elle en aura souci. Une i'<;is revenue à son étal noirnal, elle ne portera le regard de la lais. Ml \eis les choses divines que si elle en admet l'existence sans encore les \oir, si elle compte les découvrir et si par aillent à elle y tient, flnfin, dans l'acte de la vision spirituelle, elle atteint l)i(Hi d'une laçon dii( c I " ; elle n'a plus par rapport à lui ni foi ni espivian e. inais seulement une charité d'autant plus ardente qu'elle, le (oanaît mieux. Cependant, même en le connaissant d'une façon parfaite, elle a encore besoin, tant qu'elle se trouve d,in> le corps, de croire que les sens pourraient, si elle n'y .t illait, la détourner de lui et d'appeler de ses vœux cet état blenheureiix (:ù libre de tout souci, elle n'aura plus d'autre ''C<upation que celle de l'aimer. Ces trois vertus théologiques constituent donc pour nous, dans tout le cours de notre vie présente la condition indispensable de la sagesse (3).

Certaines dispositions morales sont encore requises. Pour rerouA'rer la santé de l'âme il ne nous suffit pas de nous tourner vers Dieu. Il nous faut en même temps nous détacher des êtres inférieurs qui naturellement nous éloignent de lui. Si nous tenons à tarir la source' des maux spirituels dont nous pouvons souffrir, nous devons renoncer avant tout aux richesses, aux honneurs, aux plaisirs (^). Ces derniers restent toujours très dangereux.

1 SoUL. I. I-?, init. Cf. De ord. II.'io: Menti hoc est intelligere • [uod oculis vidcre. La même compai'aison se lit dans un passage du tiéoptatonicien Fonteius de Carthage, reproduit par Augustin. De div. 'luaest. LXXXin, q. xii.

(2) SnUL. T. lo. Cf. De div.- quaest. LXXXUI . q. xn.

(3) Soin., I, la-i'j. Cf. ihid., 5, fin. : Auge in me fîdem, auge spem, iiug*^ caritatem. Cette doctrine se rattache à un texte de Paul (I Cor., XIII, 8-1 3) qu'Augustin citera très souvent dans la suite. Elle a pu être directement inspirée par Monique qui l'a rappelée un peu auparavant (De beat, vit., 35, fin.).

(^) SoIiL, I, 17. Augustin a trouvé cette doctrine déjà exposée dans l'Horlcnsius (v. supra, p. 66-68). auquel il fait d'ailleur* expressément

436 l'évolution intellectuelle de S.VLNT augustev

même quand ils softïent à nous sous le couvert dune union conjugale parfaitement lionnèto. Kien n'est plus propre à faire déchoir l'esprit de riionime que les caresses d'une femme et cet enlacement des corps qui appartient à l'essence même du mariage. Peul-ètre un sage sm-de soi fait-il bien de chercher à se donner une postérité. Mais il est en cela à adtnirer plutôt qu'a imiter, ei nous trou\erioris plus de risque à tenter l'entreprise que de bonheur à y réussir (i). Nous n'aurions pus tort de désirer les richesses si nous en avions besoin pour nous consacrer ;'i l'étude du vrai. Nous ne devrions pas nous faire scrupide d'aspirer aux lu)nu(iir>, si nous espérions acquérir ainsi jtlus d'autorité pour instruite les autres et pour assurer à nos amis le moyen de mieux cultiver leur esprit. Nous pourrions enfin rechenher une épouse qui nous apporterait quelque aisance et (juelque considénilion, si. dans la poursuite de la sagesse, ille de\ait être pour nous un aide, non un obstacle. Seulement ces difféienls biens ne doivent j^as être aimés pour eux-mêmes. ll> ne constituent pas de véritables fins mais de siFuples moyens tpii se subordonnent à un but infiniment plus noble (2).

I..a même remarque s'applique à tout ce que nous possédons de plus (lier- en ce monde, à nos amis, à notre santé, à noire vie {^). \ous poux'ons tenir m nos intimes parce qu'avec eux nous marchons plus sûrement vers Dieu (.''i), à notre bien-être parce que la souffrance physique contrarie la recherclie intel-

:i!lii-i()ii M (itopos (les lioniiciirs. Mais il Tii vin- foruniir'c plus ncllpinent rncon- elicz Platon. Plu-don. 33. 3'j (S''. D-8'i B) chez Plolin. Enri.. 1, 2, 5, et «urtoiit chez Poiphyre, dans le traité Du retour de Vaine, qu'il citera plus (ani <iaMs la Cllé de Dieu. \. 39. -?. et X, 3o. CCf. Betv.. f. '1 .

(i) SoUL. T. 17.

i'i) Solil.. I. 1.S-19. .\rigustin reviendra souvent dans la suite sur la distinction des biens dont on peut « jouir « et de ceux dont on doit simpiemciit <( user ». Lui-même fait reniai quei qu'elle se confond avec celle de <( l'honnête » l't de <i l'utile », qui inspire te De officiis de Cicéron (V. De tUr. quuest. LXXXIÏF. q. xxx : Utrnrn onXnin in utUitatem hominis cveula .'ilnt ?)

(3) Solil.. I, iG. (•(■/•(". rneil.

(^) Solil., I, 20. Augustin a dit un peu plus liaul qu'il aime les hommes simplement à cause de l'àme raisonnabh; qui est en eux (SoUL,

A l'École des .nkoim.ai-oniciens W7

lecliicllL' t'I, s"opposù aillai au Bien supièinc U). oiifiii, à 1 exibteuce parce que nous craiudrioiis de perdre ei) mourant, sinon nos connaissances acquises, du moins la faculté de nous instruire en(^ore (2). Mais nous n'aurions (ju"à nous désintérescsr de tous ces biens s'ils ne pou\ aient nous servir à l'étude du vrai. Nous dcNtiims même eu [aire un entier sacrilicc s'ils nous détournai'ut Jamais de ce hul si désirable (3).

Seule la sagcsse se présente à nous comme une fin. Aussi mérite- t.-e Ile tout notre amour. Nous soubaitons la \oir dépouillée de tout voile et la leuir chastement embrassée. Mais quelle leiume nous laisserait jouir à son égard d'une aus.si grande liberli', si nous ne lui dounious lieu de crcjire que tout notre cœur lui appartient P N'ayons donc plus de désirs ((ue pour elle (/j). Aous voudrions conlemjiler la hitnière inteHit;il)!(> dans toute sa splendeur. Mais cotnment pourrions-nous jamais y parvenir si nous nous attardions au milieu des ténèbres de ce monde sensible ? Elle ne .se révélera à nous que si, de la caverne où nous sonmies enfermés, nous savons nous élever vers elle. Appliquons-nous donc à tenir les ailes de nolie esprit bien dégagées de la glu des choses iMah''ri(>11es et aussitôt elle viendra vers nous (5).

Que nous restera-t-il à faire ensuite, sinon à tourner vers elle nos regards (6) .•' Cela ne veut pas dire cpie nous l'apercevrons

(i) Stilil., I. M. A Cl' sujet Augustin invoque ici le ((''luoignagc (\c Cel>!e (cf. siiitnt. ]). :^'10. uot. :>") (l'i>prcs qui « l;i -agisse e>t le souverain bien el la douleur pliyslque le iiiiil suprême )>.

{•>.) Sitli.l.. I, 20. ///(. Augustin (l(''\i'!op[)era un peu pins loin eetle deinière idée (Solil.. II, i).

(3) Snlil.. I, ;>o-:>i. Augustin s'est, inspiré d<^ cette idée à la fin de s;i prièic inaugutate (Solil. . I, G).

(/i) Solil., T. 22. Cf. Enn.. I, 3. 2; I, G. -. \uguslin semble faire allusion à <e dernier passage dans un texte de la Cité de Dieu où il mrnlionne expressément Plotin (De Cir. Dri. \, iH").

(5) Solil. . 1, o/j-aô. Un progianHn<- de vie analogue, pins détaillé sur certains points, mais moins méthodique, se lit dans le De ordine (II, 35). Augustin y fait lui-même remarquer que ces règles ne sont point de son invention, mais que « les livres d'homme? «rrands et presque divins en sont tout pleins » (ibid.. II. :'.8). Il vise eerlainonient ici les Néoplatoniciens, soit Plotin, Enn.. I, 6, 8-0; soit Porpliyre, Du retour de Vaine, v. xupra, p. ?>~b. not. .1.

(()) .Soh7., I, ■:>.?>. Cf. T, 12, inil., <'t I, iti, init. Augustin dira bientôt d'une façon plus précise, que la dialectique impose deux méthodes,

4;)8 ^/i•:^OLUTtO^ INfELLECTUEIXE I ■' - .INT AUGUSTÏW

aussitôt dans toute sa splendeur. Certains hommes ont ia vue si bonne et si puissante qu'ils peuvent ouvrir directement leurs yeux sur le soleil. D'autres, sans être aucunement malades, seraient éblouis par l'astre du jour, et, ne pouvant en soutenir l'éclat, ils retourneraient, en toute hâte, vers les ténèbres. Ceuxci ont besoin d'un exercice régulier. Qu'on leur montre d'abord des objets éclairés seulement par une lumière étrangère, en allant de ceux où elle se montre très affaiblie, par exemple, d'un habit ou d'un iiiu!-, à ceux où elle brille davantage, comme à une pièce dargcii! ou d'or. Qu'on leur découvre ensuite ceux qui sont lumineux par eux-mêmes, en s'élevant du feu terrestre aux étoiles, à la lune, à la clarté de l'aurore. On les amènera ainsi plus ou moins rapidement, selon leur puissance visuelle, à fixer le soleil en plein midi sans aucune souffrance et puis avec plaisir (ri. Tic uiênie certains esprits d'vm heureux naturel parviennent sans aucun effort à la sagesse. On n'a pas besoin de la leur enseigner : il suffit de la signaler à leur attention (2). Mais ces privilégiés, dont le cas est à peine croyable, se montrent extrêmement rares. Les autres Tiommes n'arrivent à la vérité que par une voie lente et graduée. Ils doivent procéder avec méthode, prendre dos moyens adaptés à la fin qu'ils ont à atteindre (3). Telle est d'ailleurs la loi générale qui s'impose ici-bas. Nous ne saurions trop nous convaincre de cette vérité, car, pour l'avoir méconnue, beaucoup de gens sont tombés dans de graves erreurs Ç^j).

l'une morale, l'aiitre infelloc luelle (De ord., I, 26; cf. ibid., I, 24: animae dotatae flisciplînîs et virtute formosae, et I. t : vel vîtae merito, vel habilu quodam ernditionis inveniat). Cf. Enn.. I, .3, 6.

(i) SoUL. I, 23.

(3) Solil.. I, 53. Cf. Enn., V. 0, i. Augustin donne plus loin à entendre que Monique est du nombre de ces heureux élus (De ord.. II, 45, fin.).

(3) Solil., I, 20, fm.-ik, init. La même idée est reprise et développée t^lans le traité De l'ordre, qui ?e rattache étroitement à cette section des ScîUoques.

(^') De or:]., I, 1-5 (prologue): ihid., I, 27-28. Cf. Enn.. III, 2, 6.

CHAPITKE TKOISIÈME

Toul agit, avec ordre dans le inonde sensible. 1^'espril dote taire de même pour arriver à la sagesse. Telles sont, d'après Augustin, les deux vérités fondamentales qu'il nous reste à comprendre avant de nous engager dans l'examen approfondi des conceptions néoplatoniciennes (i).

Chez tous le^ èlres matériels s'observe une merveilleuse harmonie. Chaque cause s'y présente comme un moyen destiné à atteindre une certaine fin (2).

Les choses en apparence les plus insignifiantes ont un but réel, quoique souvent insoupçonné. Dans le silence de la nuit, j'entends le bruit irrégulier d'une chute d'eau occasionnée par un amoncellement de feuilles qui obstruent un canal voisin et je suis ainsi amené à réfléchir sur l'enchaînement des phénomènes. Près de moi, un de mes amis, déjà couché, frappe sur son lit pour effrayer des souris et m'apprend par là qu'il est éveillé, ce qui m'engage à lui faire part de mes réflexions. Que d'autres circonstances ont du se succéder depuis longtemps pour préparer cet entretien ! Ce que nous appelons le hasard n'est qu'ime Providence ignorée (3).

(i) Co chapitre ost une adaptation systématique du traité De Vordre.

(2) Augustin insiste d'abord sur l'enchaincment des causes (De ord., I, 6-1 1) puis sur la finalité qui s'y montre (ibid., i2-i4).

13") De ord., I, 6-i4 ; ibid., T, 22-26. Cf. Enn., II, 3, 7; III, i. i, et 3. 6; IV. 3. i5-i6 et 4, Sg.

440 l'évolution intellectuelle de saint AUGUSTIiN

Les désordres partiels que nous constatons ici-bas contribuent eux-nu'ines à i harmonie générale du monde. Quoi de plus cruel, de plus iiideux quun bourreau ? Cependant il est indispensable pour îfiire respecter et observent les lois. Qu'y a-l-il de plus repoussant et de plus \il que les l'enimes publiques ? Supprimezles et vous verrez le désordre des mœurs s'introduire partout. Les membres lionleux choquent la vue. Ils n'en restent pas moins nécessaires à la conservation de l'espèce et, tout en les reléguant dans une région inférieure, l'Auteur de la Nature leur a assuré une place dans le corps. Après une lutte de coqs, l'attitude humiliée du vaincu est disgracieuse. Elle sert pourtant à rehausser le triomphe du Aainqueur. Les poètes introduisent à dessein des soîécisnies et des barbarismes dans leurs écrits, comme pour leur donner plus de saveur. Un discours absolument parfait fatiguerait à cause de sa perfection même. Assaisonnonsle de quelques négligences ; il plaît bien davantage. Tout le monde réprouve les sophismes. Au cours d'une discussion sérieuse on gagnera i)ourtant à s'en servir. Le mal lui-même a sa place naturelle, ou, pour mieux dire, nécessaire dans l'harmonie du cosmos. Tout, sans exception, se montre bien réglé à travers le monde matériel (i).

Au contraire, Dieu n'est soumis à aucune règle. Il ne connaît ni imperfection, ni cliangement. Il est le Bien suprême et immuable. Il ne peut donc ni se subordonner à une fin, ni se mettre en mouvement afin de l'atteindre. 11 se suffit à lui-même et demeure immobile, tandis cpie tout gravite autour de lui (2').

Les esprits participent à sa Yve dans la mesure où ils arrivent à le connaître. Avec lui le sage domine donc le système du monde et il échappe aux lois qui y régnent. Comme l'ensemble des êtres matériels son corps va d'un endroit à un autre. Mais son âme, préposée comme un cavalier ou un pilote à la conduite

(i) /-).' onl.. II. r:--i.i. Cf. Enn.. II. 3, 18: III. 3. 5.

(2) Oi'. ortL, II, 2-3. Cett<> remarque est de Licentius. Mais Auj?ustin paraît l^ien racreptcr et c'est sans doute lui qui l'a inspirée à son jeune dis<iiple. Dans un autre passage il semble la rejeter, car il soutient que <( l'ordre a toujours existé en Dieu » (De ord., II, 28). Mais ce dernier texte manque dans beaucoup d'excellents manuscrits. Il sépare mal à propos deux phrases qui s'appellent logiquement et il se trouAc démenti par la seconde. — Plotin soutient également que Dieu se tient au-dessus de l'ordre (oui en le produisant (Enn., I, 2, i ; III, 2, 2).

de l'organisme, reslé, en dépit de ces i'onctions inlérieures, invariable meut attachée ù la sagesse divine pailoul présente en ce vaste univers. C'est à cette source unique de la vérité qu'elle puise ses connaissances spirituelles. Or elle se connaît elle-même. C'est donc là que réside la partie supérieure do son être, à laquelle, par ailleurs, les sens et la mémoire restent toujours soumis dans la personne du sage (i).

A ce compte, dira-t-on, la lolic, dont les représentants de la ■ sagesse ont assurément l'idée, qui existe donc en eux ({"mie certaine façon, doit exister également en Dieu. Les livres des doctes répondent avec beaucoup de raison qu'elle consiste simplement dans une absence de pensée, comme l'obscurité dans un manque de lumière. On ne perçoit pas lune |)liis que l'autre. On sent plutôt l'une et l'autre par l'impossibilité où l'on se trouve de rien percevoir. Or le sage voit tout en Dieu, comme il voit Dieu lui-même, directement et sans effort. C'est ce qui fait dire qu'il n'est point soumis aux lois de la matière (2);

L'âme encore dépourvue de sagesse n'en est point là. Comme elle ne connaît point Dieu, elle n'habite point en lui. Elle reste donc assujettie à l'ordre du monde. Aîais elle peut et elle doit se servir de cet ordre même pour en chercher l'auteur et pour entrer en rapport avec lui. Qu'elle procède avec méthode pour se rapprocher graduellement de cette Vérité suprême, qui doit être l'objol constant de ses efforts (3).

Deux grandes voies, l'autorité et la raison, mènent à la sagesse. L'une convient aux ignorants, l'autre aux gens mstruits. La seconde l 'emporte donc incontestablement sur. la première. Mais celle-ci la précède toujours, car forcément l'ignorance vient avant l'instruction (l^).

La véritable autorité, la seule qui se montre tout à fait sûre,

(i) De o;y/.. II. .',-7 ol 18-19. Cf. Enn.. I. p. 0-6.

(9.) De ord.. IT, S-io. Cf. Enn., T. S, 9.

(3) De ont. II. i5. fin., a4, fin.

(/i) De on/., Il, l'G: ibicl, II, 16.

412 l'évolution intellectuelle ])i: sAfiNï Augustin

est celle de Dieu (i). Elle ne se trouve pas chez les démons aériens, dont les oracles ou les miracles trompent souvent les âmes avides de richesses périssables, ambitieuses de fragiles honneurs ou trompées par de vains prodiges (2). Elle se rencontre plutôt avec le Christ, dont nos vénérables mystères nous exposent non seulement les actes surhumains mais encore la vie liumble et surtout les leçons salutaires (3). Nous ne devons pourîam pas négliger l'autorité des hommes vertueux, de ceux en particulier qui, possédant une certaine fortune, savent s'en détacher, ciw une telle façon d'agir les élève au-dessus de la condition comnume et suppose luie inspiration divine.. Or leur nombre est plus considérable qu'une observation superficielle pourrait le faire croire (4). Ecoutons-les. Recueillons avec soin toutes les doctrines salutaires qui nous viennent du debors. Les leçons de la foi nous apprendront à bien vivre, à nous détacher des choses sensibles pour ne nous occuper que des réalités intelligible<. Elles nous conduiront ainsi au seuil de la sagesse (5).

Alais seule la raison peut nous donner la science parfaite et par là même le bonheur (6). Seule elle nous apprendra à connaître sa propre nature, celle de l'InteUigence qui embrasse tout, celle enfin du Principe premier d'où tout procède (7). Fort peu de gens savent ce qu'elle est, parce que fort peu se détournent des objets extérieurs pour rentrer en eux-mêmes (8). Appliquons-nous à l'étudier. Nous verrons qu'elle consiste en un certain pouvoir d'analyse et de synthèse qui nous permet de ■distinguer et de grouper nos connaissances (9). Nous consta-

(1) De on/.. II, 27, init.

12) De on/.. TT. r>7, cire, iiiit.: Episl.. IX. 2-4. Cf. De vera religione, ■69-70.

(3) De ord., II, 9,7, cire, med.; ibid., II. 16; Cont. Acad., II. ^2, fin.

(4) De ord., II, 27, /in. -29. Augustin pense ici aux Catholiques et tout particulièrement aux moines, dont la vie sainte et te renoncement ont fait sur lui une forte impression (Cont. Acod.. II. 5, fin. ; Conf., VIII. i3-i5; supra, p. 385-387).

(5) De ord., II, 26. Cf. ibid., II, 16; Cont. Acad., III, 43, fin.

(6) De ord., II. 26. fin.: Epist.. III. i. Cf. Dr Un. bon. cl mal., II. i4, 45-47-

(7) De ord.. Il, 26, cire. med. Cf. supra, p. 432, not. i.

(8) De ord., II, 3o. La rareté des sages est également affirmée par Cicéron dans un passage cité par Augustin .(De Civ. Dei, XXII, 22, n. 4) <( emprunté sans doute à VHortensius.

(9) De ord., II, 3o, init. Cf. ibid., 48, cire. init. C-ette définition

teions qu clic procède de 1 aine (( raisonnable » et quelle s 'oppose au corps « mortel », selon une ancienne définilion de Ihoniuic 11). Nous remarquerons enfin que, selon une autre distinction Irès usitée chez certains sages, elle se traduit au dehors j>ar des oeuvres ou des paroles (c rationnelles » (2).

Observons de plus près ses manifestations extérieures. Elle se monire quelquefois jusque dans les objets perçus par l'odorat, le goût on le toucher, dans un parfum très fort destiné à chasser les serpents, dans une potion appétissante faite pour un malade, dans un Isaiu lièdc commandé par l'hygiène ; mais c'est seulement parce que tout cela se subordonne à une fin pratique (3). Au ronfiairc. elle s'affirme (i'unc façon directe dans une foule de choses i|ui plaisent à la vue (ui A l'ouïe iiidépendamment de leur ulililé, par exemiple dans une maison très syiuétriquc ou un chint bien rythmé, car c'est elle qui donne naissance à la beauté ainsi qu'à l'Iiarnionie (4). Elle» se révèle plus nettement cncorç, ^n dehors de tout yilaisir esthétique, dans les formes multiples du lancrage soit visuel, soit auditif, dans le jeii d'un histrion qui îni'me Vénus ou Cupldon, dans un vers quelconque de l'Enéide ; sans elle, en effet, tout manquerait de sens (5). Ainsi, la raison apporaîl. non seulement dans In recherche d'une fin pratique, qui est plut(M du ressort de la ujorale, mais encore et surtout (l;ins les sciences soit théoriques, soit didactiques (6).

C'est par (es dernières qu'elle s'est d'abord extériorisée. Appelée à \i\re dans une sociélé' dont les membres ne pouvaient

n'a rien (i* hiiii i)l;(toiiici(^n, il clic dilTère beaucoup de celle, qu'Augustin iTirt en avaiil dans d'autres écrits do la même période (Soh'L, T, i^, i3; De inini. an... 10; De ord., TT, 10). Il l'a pri^c aillour? que dans Plotin, poul-f^tto rlipz Varron à qui il a vriiî<ciid)l,iblcment emprunte lout IVxposî' qui <iiil r\^oJr De ord., II, 5/i"i.

(i) De ord.. II, 3i.

(:?) De ord.. II. '^l. (in. Vnyustin doil penser à Varron dont il s'inspin- vi<ihlcmcnt daus la <iiitc d<> Tcxpo'^c. V. infra. p. /|.^|8, not. G.

(.") De ord.. il. 32. ■

(Vi /><• (.;•</.. il. .H.^-.^'j /////. C.r. /}«; .l/».s.. t. :>. fin. Pour Augustin, le beau fdaîl â la vue, riiarnionic à rouie, et le plaisir que l'un et l'autre ,prQrun;ut est esseiilieilciiieiil di''-iiitéressé. Cf. Eriv.. I. tî. t.

■ ■ |5) De ord.. Il, .S',.

(0) De ord.. II. 35. iiiil. Cotte ckissilication générale des sciences doit être ('mpruiilcj- -inx Di^rijdiDr.^ de Varron. Toi! De ord.. Il, 5i).

444 i. 'ÉVOLUTION INTELLECTUELLE DE SAINT AUGUSTIN

ètir unis qu'à lu condition d "échanger leurs pensées, elle imposa aux clioses, dès l'origine, certains noms appropriés qui devaient désormais en suggérer l'idée (i). Comme les mots ainsi créés ne pouvaient être entendus que dans un cercle très restreint, elle permit aux gens les plus éloignés de les lire par le moyen des leltres. Elle ne pouvait inventer un liop grand nombre de signes sans surcharger la mémoire ; elle se soumit donc par nécessité aux règles du calcul. Ainsi s'ébaucha l'enseignement des « premiers maîtres », qui apprend à parler, à écrire et à compte;', el qui représente comme l'enfance de la grammaire (a).

Allant plus avant, elle distingua, parmi 'les sons articulés, des Mixcllcs, des senii-Aoyelles et des nmeltes. Elle passa en revue leurs combinaisons diverses, puis les huit genres de mots, leuis li-anslormations et leurs liaisons. Enfin, appliquant les lois du calcul, elle mesura le temps que durent les syllabes, admit des « longues » et des (( brèves », et en détermina très exactement les lois (3).

la science grammaticale semblait alors pleinement constituée. \hiis, comme elle s'occupe des lettres, ce qui lui a fait donner le nom de d littcralure », elle devait étudier aussi tous les événemonls de quelque importance qui ont pu èlre mis par écrit. Elle s'adjoignit donc l'histoire, qui, malgré sa simplicité apparente, ronfeiine une variété d'objets presque infinie. Elle devint ainsi plus féconde en souris qu'en agréments et en profits (4).

Heur(nisement, une fois sure de son premier domaine, la raison s'imposa une autre tache plus utile. Elle considéra comment par ses définitions, ses divisions, ses déductions, elle avait réussi à acquérir des connaissances non seulement bien ordonnées uîais tout à fait certaines. Elle analysa ses propres rouages et elle en étudia le fonctionnement. Ainsi se forma la dialectique, .-Otto Si i"n( 0 dos sciences, qui nous apprend h apprendre, ensuite

fi' /)'• on/.. IJ. ?,ô. inif. Pour Aiigu.slin, les langur.'^ sont, l'œuvre •V- la i;ii<o;i. Aussi sont-i'IIcs pleines de logique. Lt\ç noms conviennent paifoilniiciil jMix èfi(>s qu'ils désio-nonf. of la strnctum des uns nous fait péurlrir la nature (tes autns .V. supra, p. .'17').

(ui n,- on!.. ]]. 35. Cf. Cnnf., I. 20. cire. inii.

("n D,' or;/.. Il, M. Cf. De Mus.. lï. i. On petit se faire quelque idée du Dp fininini/itlci d'Augustin, aujourd'hui perdu (V. .supra, p. iog-Ziio) par le De niagi.^lro qui en €St comme raehèvcment cf où les théories grammaticales licunent une grande place.

(4,) De onl.. II. .S7. Cf. SoW.. II, 20.

ORDRE DES ÉTUDES 44;ï

à euseiguci', qui ?;iil lO que r'i'Sl que sa\()ir et qui seule peut faire les vrais savants (i).

Mais , d'ordinaire, les hommes tiennent moins à la vérité pure qu'à leur manière de voir et. à leurs habitudes. 11 ne suffisait doiK^ pas de les instruire, il fallait encore et surtout les émouvoir, l.i rhétorique fut créée dans ce but. Plus nécessaire que louable, elle s'appUque à séduire les foules pour les amener à mieux comprendre leurs piopres intérêts (3).

Avec elle se teiniine la série des sciences didactiques, nées du besoin où nous nous trouvons de nous entendre avec les autres hommes. Celles qui suivent sont théoriques par nature. Elles visent à l'agrément et n'ont en vue que les pures joies de la contemplation (^3).

La raison, voulant s'élever jusqu'à ce dernier terme, mais ne pouvant encore se passer des sens, se tourna d'abord vers l'ouïe, qui lui avait déjà fourni les éléments de la grammaire, de la dialectique et de la rhétorique. Elle considéra les sons, sans se préoccuper de leur donner une signification, et elle distingua ceux qui sont émis par la voix comme dans les chœurs de la tragédie ou de la comédie et en général dans tous les chants, ceux qu'on obtient avec la flût.e ou autres instruments à vent, et ceux que rendent les cythares, les lyres, les cymbales artisfement frappées '''iV

(M /),• or./.. II. 38. iiiil. Cf. Solil.. II. ru. CVst lont particulièrement sur la diali(ti(fiit' ({u'Aiignstin s'<>st appuyé pour niliquer le scepticisme (Y. siijji-d. p. '|i()-,i:!'>). T><'s Néoplatoniciens faisaient aussi le plus (jrand 1 as (le (■(■l|<' science. V. Etui.. 1. .">. .'( et 5.

I.T) De on/., n, .VS, fin. \uirustin a exposé sa eonception tic la rliéloriquc non seulement dans les fragments perdus de son De rtietorico mais encore dans le quatrième livre du Dr doririna chrhtiana et dans le De, rnlri'hizaridis riulibns. Seulement ces deux dernier? écrits sont l'ieaucoup j)lus tardifs.

|3) De ord., II, 38. fin.-Sr). init. Cf. ihid., /j/i, fin. Il est à noter que les deux séries se correspondent. Si la première compte trois sciences, la grammaire, la dialeclique et la rhétoriqu<». la seconde nous en offre «g:alement trois, la musique, la géométrie et raslronomie. Comme la îrrammaire. la musique présente trois foinies graduées. Comme la diak?ctique, la géométrie nous fait pénétrer plus avant dans rétiidc du monde intelligible. Gomme la rhétorique, rastronomie offre quelques dangers. La philosophie vient <>n septième cl ilernier lieu. Elle constitue le terme final auquel chacune de ces deux avenues parallèles doit aboutir.

(ii) De ord.. Il, 89. Cf. De doct. christ.. II. 27. Ce dernier passage montre que la distinction d<>s trois sortes de sons était déjà formulée par Varro-i i\. iiijn'. p. '['17. uot. ?.).

Elle vit qu'une telle matière resterait tout à fait vile si elle n'y introduisait une juste mesure jointe à une heureuse variété. Se rappelant alors qu'elle avait distingué, en grammaire, des pieds (i des accents, elle s'appliqua à les distribuer et à les ordonner selon des règles sûres. Pour cela, elle établit entre eux certaines divisions qu'elle appela des césures et des hémistiches. Elle traça aussi certaines limites qu'aucun d'eux ne devait dépasser et qui constituèrent les vers. A ceux qu'elle ne put enfermer dans ces bornes précises elle imposa, du moins, un certain rythme, qui régularisa leur marche. Elle ingcndis ainsi les poètes ; puis, elle reconnut la supériorité de leur art en leur accordant toute liberté dans leurs fictions ; mais, d'un autre côté, elle proclama leur dépendance .■! l'égard des disciplines inférieures en leui- donnant les granniKuriens pour juges (i).

Considérant de [«lus {>rès le ([ualrièmc degré de connaissances auquel elle venait de s'élever, elle constata que les nombres s'y niontrent partout et peuvent seuls produire l'harmonie <r le rvlhme. Elle se mit donc à les étudier aver soin frt). EIIp

(i) De ord., II, /io. La poétique au<?ustinienne se trouve exposée tout au long" dans les livres 9®, 3*, /i" et 5® du De Musica. Elle se réduit àluie pure môfrique, basée sur une théorie pythagoricienne des nombres. Elle est, en plusieurs pas.saeres iniil au moins, inspirée de Varrou 'V. siiprn. p. sSo, not. 3).

' l.i' premier livre du De Musica est en grande partie consn* m . C(-ll»' élude. D'après la doctrine d'Auguslin. l'un initial est le principe de tous les nombres. Pour Icui dormer naissance, il commence pa7- se reproduira! lui-même: i -f- i = 2. Il s'associe ensuite au principe qu'il \ient d'engendrer: i -f 2 = 3. La triade constitue im tout absolument parfait, car elle comprend un commencement, un milieu et une fin si i'nUmement unis (pron ne peut concevoir entre eux aueim intermédiaire et que le «econd se borne à répéter le premier, comme le troisième y servir 'entre l'un et l'autie de trait d'union. Elle préside à tous les nombres impaiis, qui ne peuvent jamais se diviser en deux parties égales.

Pour se faire d'elle une idée exacte, on doit remarquer que le i"' de ses ternies est au a'^^ce fpie le '>.^ est au 3®. On pose ainsi le i" une fois, le 9^ •^(o\^ et le 3® une fois: i + 2 + i = /i. I^a tétrade ainsi obtenue n'offre pas la même unité de nature. Mais elle pi'ésente entre ses diverses parties une proportion, une harmonie remarquables. En -elle, le commencement et la fin s'aéeordent fort bien avec le milieu: r -f .'î = 2 -f 2. D'autre part elle Aienl immédiatement après la triade. Elle est Jonc plus parfaile qiie les nombres qui suivent, et. comme elle peut se diviser en deux parties égales, elle préside à tons ceux qui '^ont pairs.

î'iiilin. les quatre premiers ('hiffi(^'~ iuiditioniiés i — ;> 4- 3 + ,'i donueiif. la décade, apiès laquelle recommence toujours une jioinelie série. Ainsi

ORDRE DES ÉTVDES 147

remarqua alors que tous soiil imiaorlels tl di\iiis. [)ixv nature (i). Puis, les voyant mélangés aux sons que se succèdent incessam- À.ient et ne subsistent point hors de nos souA-^cnirs, elle imagina la Gction poétique des Muscs, « lilles de Jupiter et de la Mémoire », et elle donna le nom de musique à l'ensemble de cette science qui parle en même temps à l'ouïe et à l'intelligence (2).

Elle explora ensuite le domaine de la vue, cl, portant son attention sur le vaste nnivers, elle aima en lui la beauté, dans la beauté la forme, dans la l'orme la mesure, dans la mesure lesnombres. Elle vit que tout cela demeure fort imparfait dans le monde sensible, que l'esprit en a une idée bien plus haute et peut seul connaître vraiitient la ligne, la sphère et les autres figures. Elle analysa, elle coordonna ces c'onnaissances supérieui' - ! elle en foriira une science nouvelle qui s'appelle la géométrie (3);

S 'élevant de la terre jusqu'au ciel, dont le mouvement exerçait sur elle un attrait puissant, elle étudia le cours uniforme du temps, la marche invariable des astres, leurs intervalles bien réglés, et elle remarqua que là aussi toiit est gouvonié ppr les mathématiques. Elle établit en ce nouvr;!!i do:^ .'in ■ des distinctions précises et "un ordre très régulier. Ainsi elle d'-nna naissance A l'astronomie, qui est un ârL'iuinuf niorxeil-

sr inanifoslc d.ins lo domaine dos niathriiKiliqii!-;. la ju>li' inr.-iiirc <rir<'\i^e la raison.

Toute fcttc aTi(lniii''lii|Uc c-l r-ans doulr ■■iiini niiti'c à Vainxi à (lui lo De ordine (11, o^i) affribiie une connai^saTirc cxacle do la doctrino pytlia- ^orîcjcnnc ot ipii a ôcril un traité Des nombres. Ello o*t on rapport étroit avec la pliiio«opliie et la ttiôolo.irit' d'Aiignslin.

il) Deord.. \i, '[i. Tout ]o '=i\ii"'m' 1i\ri' du !><■ Mu-^im r<\ i()ii-;;iii(' au dô.v(;]oppoinoii( de ootfo idi'o.

(9) De oiil.. If. /|i. fin. Cf. /'<• V./s. . 1. 1, fin. Auirn^lin cxpliquora plH« fard, d'après Varron. comnioni, en rôalilô. los neuf \In-;o<. an lioii d'èhc los filles de Jupiter, .sont l'œiïvrc do trois artisjos. dont chacun fit' trois statues destinées à êtrp placées ilans nn l(in|df d'Apollon, parce que le.- son, cause de l'iiarmonie, est produit par la voix, par le sotifile. ou par la porciission /'c itocf. i-hrisf.. 11. ?-). Dan.s li' D<? Miisica (I, 2-irO- il <i'''finit la MMS)(jn<' « l'art do Mon niodnlof » et il cxpli(]no longueruonl rhaoun d<- cr< b<n< mois.

(3) //«on/.. Il, 49. iniA. ï.os ron*id«'ralion« géoniôtriqnos tionnonf une assez grande place dans le De qnantiUilc miimae (io-r>i. v. infra, p. ./i68), san- doute parce qu'au temps où il composa ce traité .\uirustin rédigeait on venait d'écrire ses Principes de Qi'oméirie (Reir.. \. ù : snpra^ p. (.<9-4tO. kii)-

448 LKVOLUTION INTELLECTUELLE DE SAINT AUGUSTIIV^

li'u\ jn.ur If's 'jeiis religieux et un tcunr.'ent pour les esprits simplement curieux (i).

Enfin, comme elle s'était aperçue, dans ces jliverses études, qu'elle portait en soi une idée très nette des nombres dont le monde matériel lui offrait seulement une ima^e cliangeante et imparfaite, elle eut conscience de participer à leur nature immortelle. Comme d'autre part, elle ne cessait de les mettre à contributiori au cours de ses recherches, elle se demanda si c'était elle qui les engendrait et si tous ne venaient pas plutôt d'un Principe supérieur vers lequel elle devrait alors orienter ses efforts. Elle aboutit ainsi à la philosophie, qui ne fait, en définitive, qu'étudier l'Un en nous et en lui-même (2).

Cette dernière science, à laquelle on n'arrive que par les précédentes (3), implique en effet deux connaissances bien distinctes, celle de lame et celle de Dieu (A). L'une nous révèle noire nnliir(\ l'autre notre origine. L'une nous est plus agréable, l'autre j)lus utile. L'une nous met sur le chemin du bonheur l'autre nous le procure. L'une est le partage des étudiants, l'antre celui des doctes. La première constitue évidemment la condition indispensable de la seconde. C'est seulement en considérant notre être propre que nous pourrons nous élever à la contemj)lati()n du Principe suprême (5). Telle est, d'après Varron, la doctrine de Pytliagore (G), le premier maître de Platon et

( r) De. on!., il. r». /'".

(3) De onL, II, 43, 47- Cf. Episl., III, •>, cire. fin. Plotin pic.>îpnte ('■i,'aleniont la rcrrlirrrlio de l'Un comme Ir but final de toute philosophie.

''Si" De onl.. Il, 'jr>-j'i7 ; cf. ihid.. 17. La même idée est déjà affirmée par Cicéroii daris mm fragment de VHortensius cité par Nonius (Ed. Millier, fr. :>^>). Cf. Km,.. I. 3, i et suiv. ; VI, 6, 16.

(4) De un].. II, '\-. VS. Solil.. I, 7: Quid ergo scire vis'} — ... Deum ft animam seire eupio. — Nihilnc plus? — Nitiil omnino. Ibld., II, i: Deiis scmper idem, nnverim me. noverim te. Déjà dans le Contra Academicos (\, iG; cf. 10-22), Augustin a fait remarquer que la sagesse a été définie par les « anciens » : <c la science des choses divines et humaines )' Il pensait sans doute alors à VHortensius, dont il s'inspirait eonslamincTit au cours du même livre. Mais ici il doit penser davantage à Plotin.

(5) De ont.. If. .',7, m-rs. fin. Cf. Enn., IV, 3, i ; V. i, 2.

(6) De onl., II, 54, vers. fin. Cf. ibid., 53. Augustin se réfère très vraisemblablement ici soit à l'introduction des Disciplines de Varron, T'oit à son traité Des yotnhres. Ces deux ouvrages sont malheuieuscment perdus.

ORDRE DF'-' HTUniCS 449

-«fies Plaloiiiciens (i). Nous ambitionnons de découvrir un jour ce premier Etre infiniment parfait dont la claire vision fera

notre iKnilieur (-t). Travaillons doTic d'abord à nous connaître (3).

(i) \. sujtra. j). .'v>,'i. nul. (').

(a) [)<- on/., II, 5t.

(•S) V<Ts lu iiii du /Je onlun' [II. •if>-5o), Augustin ejiquisse un programme d'études psychologiques, qui vise, avant tout, à établir que l'àme •est immortelle. L^^ même sujet va être repris d'une façon plus précise •dans les dernières seclions d<'S SoliJnrjiit^^^ i\. >-■]], lin.) et surtout dan? ;le De irnrnortalitnte «niindc.

DEUXIEME SECTÏOK

LA VRAIE PÎIH.OSOI'llllî

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