‹ L'évolution intellectuelle de saint AugustinChapitre 45 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L AME

Pour Auguslin, le premier problèiiie qui se présente au sujet de l'âme est celui de sa destinée, mais on ne peut bien dire ce que notre intelligence deviendra sans savoir ce qu'elle est, ni comprendre sa nature propre sans remonter jusqu'à son origine. Dans ce domaine particulier comme dans l'ensemble de nos études, l'ordre dans lequel nos recherches doivent se succéder nous est tracé d'avance.

Avant t.jut, il importe de savoir si nous mourrons un jour définitivement ou si nc>us sommes immortels (i). Nous tenons à la vie part e qu'elle est la condition de la sagesse et, par cela même, du hcnheur. Aussi n'aurons-nous pas de repos tant que

(i) W. Heinzclmann, Augiistins Lehre von d(fr Unsterblichkeit and InnnaferialUat der Seele, lena, 1874, in-S° ;

et Fr. Wôrlcr, Die Unsterblichkeitlehre in d.in philosophischen Schrifien des Augustin, résumé dans Die Geisteaenlwickejung des heil. Aag., V. supra, p. m, not. 2.

nous ne Vi.'Jions pas, d'une façon très claire, qu'elle n'est point destinée à finir (i).

Or cette Aérité même, pour la possession de laquelle nous désirons toujours vivre, fournit en faveur de notre immortalité un argument tout à fait péremptoire (2). C'est elle qui rend une chose vraie, tout comme c'est la chasteté qui rend une personne cliaste (3). De même qu'un homme chaste peut mourir sans que la chasteté meure avec lui, le vrai qui est dans tel ou tel objet peut disparaître sans entraîner la disparition de la vérité. Mais le contraire ne se conçoit pas. Le vrai no saurait exister si la vérité venail à lui faire défaut (/|). Or il sera éternellement vrai que le monde iloit toujours subsister, ou bien il est vrai qu'un jour tout finira et il sera vrai ensuite que quelque chose a existé jadis, \insi l;i xérité est éfornelle par nature (r>). Ovi habite-t-elle

(i; Soin., If. 1. ;>3, fin. Danii cr dernier passage. Auguslin fait aUusion à uiio remarque de Cieéron. qui affirme que, même si notre Ame est morlelle. l'idée de la mort n'a rien de troublant pour le sage (Mort., fr. ()7. éd. Afiiller. supni, p. 6S ; Tiixcul.. I, 11). Il partage l'incerlifude de son niaîlie. inais il en souffre et il éprouve le besoin d'en sortir au plus tôt.

(a) Cet argiiiiietil est inspiré de Platon (Pliédon, 87, 80 B) et de Plotin (£•///)., IV, 7, 9-12). Phis loin (SoUL. If. aS), Augustin fait allusion à ces mêmes auteurs, qu'il qualifie de « grands pbilosoplies «, mais c'est pour critiquer vme autre preuve invoquée par eux. et il ajoute que « nulle laison, nul livre » n'ont pu le convaincre de son immortalité. Ici comm<' ailleiu's il reste donc liés libre à l'égard de ses maîtres.

(.'!) S,, m., l. ■>-: 11, o,,, Inlt.: De dlv. quncsL L'WXIIL i]. i init., ■j3 iriil. Cf. Platon: Phédon (100, C. D).

Cl) S,,Iil.. 1. :.8.

(5) Sdiil., I. :>S. (in. et 11. '. 38. Dès iiiaiiilenant, AugJistin se prcoccuf)e de dé-finir l'é-ternité et il la distingue ilii temps et de \'(ievum. Pour lui, l'éternité consiste dans l'immutabilité d'un être toujours pleinement réalisé, qui ne connaît ni passé ni futur, le temps et l'aevam dans la succession constante d'êtres mobiles ou tout au moins cliangeants. La pn'nvière de ces propriétés convient à Dieu, la seconde aux corps et la troisième aux âmes. Mais la première est imitée par la seconde et surtout par la troisième (SoUL, I, A, cire. med. : cf. De ord., II, 44)- Ces idées, simplement esquissées ici, seront reprises et développées au cours des ouvrages suivants (De lih. nrb.. II. lo-^o; De ver. rcL, i3, 35, 4?., etc.; De Mus., VI, 29; De Gen. conl. Mon.. I, 3-/| : De div. quaest. LXXXin, q. Lxxn ; De Gen. ad litt. lib. imperf., 8 et surtout Cou/., XI, i2-ii et XII, i5). Elles .«ont inspirées du Tiniee, qu'Augustin a dû lire dans la liadiielion de Cicéron (fnipra, p. 23i. not. 4) et surtout du 7*' livie de la (i'' Knnéude, intitulé: Du temps et de Véternité.

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donc ? Là où le vrai ne se nièle aucunejncnl au j'aux uj. Qu'estce alors que le vrai et qu'est-ce que le iaux ? On peut définir l'un siuipleiucnt « ce qui est » (3), l'autre ce qui l'imite sans bien lui ressembler » (3). Or, les sciences nous enseignent bien souvent des fictions qui n'ont que l'apparence de la réalité. Elles soûl vraies seulement en partie, dans la mesure où elles se conforment aux règles de la dialectique (f\). Mais cette dernière l'orme du savoir, qui domine les autres et qui nous met en garde contre les illusions possibles n'admet aucune erreur. Elle s'identifie donc avec la vérité (5). D'autre part, elle ne peut évidemment exister que dans l'âme (G). Or, quand une chose réside nécessairement en une autre, on (onçoit très bien que la première disparaisse parfois sans entraîner la disparition de la seconde, mais on ne saurait avoir l'idée du cas contraire. La forme que présente un morceau de bois n'arriverait jamais à subsister sans lui. De même, la vérité ne survivrait pas si lesujet en qui elle doit habiter cessait tout à coup d'exister (7). Puisqu'elle est immortelle, l'âme doit l'être aussi (8).

(i) SollL, I, 09. inil. ; 1], 18, /('/(. Ce principe, siiuploiiiciit iuïiiuu' d,ins le premier texte o.sl très nettement formulé dans le second. Il inspire toute l'arj^umenlation augustinienno.

(2) Snlil., II, 8, cire. fin. Cette définition vient à la suite d'une argumentation assez alambiquée tendant à établir que le vrai n'est pas ee qui est tel qu'on le voit, ni ce qui est tel qu'on peut le voir. Augustin semble la contredire aussitôt (Nihil ergo eril falsuni ; cf. Solil., I, 29, jin. : Quidquid falsum est non est). Mais c'est pour arriver au cours, d'une nouvelle <]iscussion à mieux la préciser. Il la rappellera plus tard à diverses reprises, sans formuler à son siijet lu moindre réserve (De iinin. ati., 19; De ver. rel., 66, fin., etc.).

(3) Augustin établit graduellement que le faux ne consiste pas dans une simple imitation, ni dans une simple négation (SoUL, 11, 10i3), mais plutôt dans mie certaine res.semblance mêlée de différences (ibid., II, i5-i8 init.). Il en conclut, incidemment, contre les sceptiques, qu'on ne peut donc le concevoir sans le vrai (ibld., II, 18; cf. Cont. Acad., III, 24, supra, p. 4 17).

(4) Solil. . ][, 19-20. Les critiques d'Augustin sont particulièrement dirigées contre la grammaire.

'yS) Solil., Il, 21. A la dialectique Augustin associera j)lus loin la géométrie {ibid., II, 33, init.).

(6) Solil., II, 23, iiiU. ; cf. ihid., 33, init.

I7) Solil., II, 22.

(8) Solil., II, 23-24; cf. ibid., 33, cire. mcd. ; Epist., III, 4- Le même argument est exposé tout au long par Plotin, Enn., IV, 7, 10,

4o4 l'évolution intellectuelle de saint AUGUSTIN

Ce raisonnement soulève pourtant quelques, difficultés (i). On ne songe guère à nier que la vérité soit immortelle. Mais on a plus de peine à accorder qu'elle s'identifie avec -la dialectique (2). "Admettons, comme nous 1 avons fait pour établir ce dernier point, qu'elle se confond avec le vrai toutes les fois que celui-ci ne se mêle aucunement au faux. En ce cas, ne devrons-nous pas accorder quelle existe en une foule d'êtres qui n'imitent aucun modèle et n'offrent,' par conséquent, rien de fictif, qui mènent cependant une existence fort précaire (3) P — iVon, répond la raison. En effet, en dehors de la science, nous ne pouvons admettre d'autre réalité que Dieu, les âmes et les corps, auxquels certains ajouteront le vide (4). Mais, par définition, le vide n'est rien (5). Il n'existe donc pas. D'autre part, tous les corps décrivent certaines figures qui imitent celles de la géométrie sans pouvoir les égaler jamais. Dès lors tous doivent être regardés comme plus ou moins faux (6). Dieu est la vérité même. Mais précisément personne ne ^conteste qu'il soit immortel. Si l'âme se trouve dans le même cas, notre cause est gagnée (7).

Admettons, dira-t-on, non seulement que la réalité est éternelle, mais encore qu'elle s'identifie avec la dialectique qui, dès lors, participe à son éternité. Pourquoi disons-nous que la science ne peut pas exister hors de l'âme (8) ? — A cause de sa nature même. Elle nous fait aller du connu à l'inconnu. Elle nous apprend, en d'autres termes, à raisonner. Or cette dernière fonction appartient à l'âme, non au corps (9). La raison,

(i) SoUI.. II, 25-27.

(» SoliJ., Il, 27-28.

(3) SoUL, II, 29-3 1. init.

(4) Solil., Il, .3i, c!rc. me<1.

(a) Solil., II, 3i, fin.

(6) SolU.. II, 32.

(7) SoUL. II. 33. init.

(8) Solil., II, 36. Ces remarques finales du second livre des Soliloques préparent le De immortalitate animne, qui leur est tout entier consacré. Elles ont été précédées par une autre objection qu'Augustin estime encore plus pressante (ibid., 33, fin.) et dont il esquisse déjà la solution (ibid., 34-35), mais dont il renvoie à plus tard l'étude approfondie (ibid., 36, init.).

(9) De iminort. anim.. i. cire. fin. Augustin rappelle ici l'argument général du second livre des Soliloques, mais en insistant particulièrement sur le point contesté.

en cffei, esl. immuable. A aucun moment, elle ne cessera d'enseigner que deux et d,eux font quatre, que deux el. qualre font six. Par suite, elle ne siuirait résider dans un sujet essentiellement changeant. Mais l'organisme d.emeure toujours exposé aux pi?es vicissitudes. Ce n'est donc pas en lui qu'elle peut exister (i).

Une difficulté nouvelle se présente : Si le corps n'est point le sujet de la raison parce (piil se trouve soumis au changement, l'âme ne le sera i^as davantage, parce qu'elle change avec lui en agissant sur lui (2). — Mais on peut opposer à cette objection une réponse tout à fait radicale. La constance, par définition, ne varie point, et pourtant elle agit, puisqu'elle est une vertu. L'âme peut donc bien demeurer immobile, tout en mouvant le corps (3). Le mouvement est fait de parties qui se succèdent. Mais une telle succession, essentielle au mobile, n'apparaît point toujours chez le moteur. Si ce dernier sait garder le souvenir du passé et prévoir l'avenir, il échai^pe complètement au temps. C'est précisément ce qui arrive en nous (4). Du reste, tout changement n'est pas incompatible avec une certaine immutabilité. Le corps se modifie longtemps tout en continuant de vivre. Pourquoi l'âme ne le pourrait-elle pas (ô) ? De fait, elle demeure toujours identique dans Le fond de son être, malgré certaines variations de surface. Les connaissances qu'elle pc-ssède dans les arts libéraux sont invariables par nature, comme les rapports des nombres qui servent à les constituer (6). Elle ne les perd pas en les communiquant, car le maître garde toujours pour lui ce qu'il apprend aux autres (7). Elle ne les

(i) De iintn. tui., 3.

(?.) L'objection ne se trouve point loimiili''(' d'une faeon exprcsso, mois elle est clairement supposée par la léponse qui suit. V. De. iinm. (in.. S, inlt. Dans la réponse, Aueu lin va rncttii' lar^cinenl à i)i'ofil le (>'" livi'e de la /i" Etinécuie : De l'irnjKissihiUlé (t4's cliosc.'.' iiieorfiorelle.^.

i'X) Le 'mun. an., ?>, init. Auijustin revient sui' la Acitu de constance dans un écrit à peu près contemporain (De (jauni, (ui.. oi, fui. -5?., inlL).

('i) De iniin. <in.. 3-/i inil. Hans un passade du De Ini^*'ntione ( fï ri3, it)o), qu'Auf.'-nslin reproduit ailleins (De die. (lunesl. LXXXIII, q. \\\\). cl dont il a dû s'inspirer dans les cnnccplioiis Irinitaires, Clcéron allril)ue à l'ànie douée de priidenc;'. la mi''nioi[c du passé, l'intcdlifjence du pressent et la pré\oyar.ee de l'aMMi'i-. Cf. Tiisciil.. I, •>- . C\C\.

(5) De Inmi. (ui.. 1, fin.

(f.) De inim. <m., o. Cf. De ord.. 11. '1 1 et S../;7.. II. •»!, o.>.

(7) De: iin'in. (ui.. 5. fin. Cf. Enn.. Ili. s. 3 ; V, i. G. etc.

456 LlhoiATIO.N iNTELLECTUKLLIi DE S VhNT VLGLI.STIN

acquiert pas davantage en s'instruisant, car le disciple n,e fait que prendre conscience d'idées qu'il possédait déjà sans le savoir (i). A ce point de vue, elle demeure donc foncièrement la même. Sans doute, elle subit, par ailleurs, diverses vicissitudes, qui lui viennent soit de son organisme, comme l'âge, la maladie, la douleur, le travail, l'incommodité, le plaisir, soit d'ellemême, comme le désir, la joie, la crainte, la tristesse, l'étude, l'instruction. Mais aucune de ces variations ne saurait l'altérer. Aucune ne l'empêche d'être ce qu'elle est. La cire reste de la cire, quoique de blanche elle devienne noire. Elle ne cesserait de garder sa nature que si, sous l'action du feu, elle s'évaporait. Les arguments précédents tendent justement à établir que lame n'a point à craindre le même sort. Rien n'empêche donc d'admettre qu'elle peut être unie à la raison (2).

En tout cas, dira-t-on, rien ne montre qu'elle doit toujours l'être, comme le suppose notre démonstration (3). — Cette difficulté est capitale. Il importe de l'étudier avec le plus grand soin. Qu'est-ce donc que la raison ? On peut la définir de diverses manières, mais toutes les définitions nous conduiront au même résultat. Elle est, ou bien un regard intérieur qui contemple le vrai, ou la contemplation qui s'en suit, ou encore le vrai luimême (/(). Evidemment, dans les deux premiers cas, elle ne

(i) Dr iiupi. (in.. (>. D'après lu fin des Snlilnqni's fil. 3/|-35). qui traite par aiilicipalioii le mémo sujet, la science ne vient pas de l'imagination, car celle-ci ne nous offre que des figuros changeantes d'une grandeur déterminée et d'un? forme toujeurs imparfaite; elle naît plutôt de la mémoire, car elle n'existe point avant le .souvenir, ele apparaît en même tenvps que lui et elk se perfectionne avec lui. Dans une d.' ses premières lettres (EpisL, VII, 2), Augustin prés<'nle cette idée comme une (( magnifique découverte de Socrale » et il la défend contre les gens qui objectent que la mémoire connaît simplement te passé e( que l'objel de la science est éternel. Il la prend encore à son comple dans ,1e De quanfifnte nniinae, 34, tout en la présentant comme a une grande question n qui demande une plus ample discussion. Il l'a .sans doute connue par le Phédon, 18 (72 E), 20-21 (76 C-76 D), 4i (94 E).

(2) De imn}\. an., 7-9. Cf. Enn., III, 6, i-5 et 9.

(3) Ici encore, l'objection est simplement supposée d'après la réponse. V. De hnm. an., 11. fin.

(4) De imm. an., 10, init. Augustin a adopié plus haut les deux premières définitions (SoUl., II, i3 : Aspectus animae ratio est;... ipsa visio Dei... est... ratio pervenlens ad finem smim). Ici il se rallie de préférence à la troisième, qui, d'ailleurs, s'accorde fort bien avec les deux premières. La <( raison » joue, dans le De iiinnorlnlilnlc (uiiiihae le même rôle que la (( vérité » dans les SuliliKjin's.

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saurait exister qu'au dedans de ràine (i). Dans le troisième, elle lui reste toujours inséparablenient unie. En effet, les vérités intelligibles ne sont pas situées hors de nous, à l'exemple des choses qui tombent sous nos sens. I^i raison n'est, point extérieure à l'Ame. Dès lors, ou bien l'une existe dans l'autre, ou bien elles constituent des substances distinctes (2). Mais, même dans cette dernière hypothèse, leur union ne peut être détruite. Par quoi le serait-elle ? Un corps reste trop faible, -trop inférieur, trop différent par nature pour produire jamais pareil effet. Un esprit plus puissant, qui serait lui-même uni au vrai, n'en jouirait pas mieux s'il en privait les autres. Un être également spirituel, qui ne lui serait pas uni, se trouverait, par cela seul, plus faible et impuissant (3). Enfin, la raison et l'àme seraient également incapables de se disjoindre par leurs propres efforts. La première n'est pas envieuse ; elle ne se refuse point ; elle se communique, au contraire d'autant plus qu'elle se trouve plus vivante. La seconde ne peut davantage se retirer. D'une manière générale, un être incorporel ne saurait se séparer d'un autre, puisqu'il ne se trouve point contenu en un lieu (4)-

L'àme, objectera-t-on encore, s'écarte pourtant de la raison, toutes les fois qu'elle se trompe. Elle tend alors vers le néant ; elle doit donc finir un jour par y tomber (5). — La conclusion est illogique. Un être i>eut fort bien avoir une certaine tendance sans la sui\re jusqu'au bout. Les corps sont divisibles et, en se divisant, ils perdent graduellement quelque chose d'eux-mêmes. Cependant, on aura beau le smorceler sans fin, on n'arrivera pas ainsi à les .méantir (6). Or l'âme l'emporle sur eux en per-

(i) De inini. au., m, (■//(■. med.

(•)) De iinin. an., 10, fin.-u. iiiil. C'csl, ce qu'Augustin voulait d'ivo au tléLul (1rs SoliUiqucs: Ait inilii sul)itn. sivc ego ipso sivc alius (pii'^ cxtrinsocus, negcio... Ait oigo niilii lalO. Il penche ici pour la seconde liypotlièse. Plus loin, il appelle la véiili' « la iivilité iinniiualile, l'èlre paifail et. premier n (I)i' iinm. an.. i->). « res<;ence, la substance preinièi-e n (ibid.. 18, 19), (c le l)ieii suprême \je » (ibid., 34). Il l'iiienlifK' donc ciaii'cmrni avec Dieu.

(3) /)(' imiti. an., ii, cirr. nird. T.e* mêmes considérations \ont l'cparaître un peu |)lus loin (ibid.. r>i-r>:>).

(Ji) De uuni. an., ii, cire. fin.

(5) l>e iniin. an., i2. //((7. ; i3, rire, iiied.

(G) De //»(;*). o»., la. Cf. Eiiisl.. III, •). I.a même id«'e se trouve professée par l^lolin. Enn.. IV. -, i ri 5,

4o8 l.'lhou T[0> INTEI.LECTl ETJ.E DE SAINT AUGUSTIN

feclion. On pciil donc encore moins s'allendre à voir son être s'amoindrir d'une façon constante jusciu'à aboutir au néant absolu (i). Les corps, il est \rai, sont moins constitués par leur matière cpie par leur l'orme naturelle (a). Mais, précisément, celle-ci reste, chez eux, indestructible. Ou bien ils existent par eux seuls, ou bien ils tiennent leur existence dun principe supérieur. Dans le premier cas, ils ne se sont point faits, car pour se faire on déviait à la fois être et n'être pas. Ils ont toujours existé. Dès lors, ils subsisteront éternellement (3). Bien mieux, ils ne pouii'ont jamais subir le moindre changement. On ne change que pour chercher à devenir meilleur. Or ils ne sauraient exister par eux-mêmes sans posséder la plénitude d,e l'être (Z|). Dans le second cas, le seul admissible en raison des variations incessantes qui s'obsei-vent chez tous (5), Leur auteur doit l'emporter sur eux comme la cause sur son effet. Il est, en d'autres termes, incorporel, par conséquent immobile. Il ne peut donc, après les avoir créés, s'éloigner d'eux, ni, d'autre part, cesser de leur donner l'être qu'il leur a communiqué en les créant (G). Ainsi, en aucune façon, les corps ne risquent de disparaître. A plus forte raison l'âme n'a-t-elle à craindre rien de pareil (7).

Sans retomber dans le néant, ne pourrait -elle pas mourir (S) .'' — Non, assurément. Nul être lïe saurait manquer de ce qui le constitue (0). Or l'âme s'identifie avec la vie, car, pour tout le monde, vivant est synonyme d'animé. Si elle était exposée à mourir, e]l<? serait, par le fait même, cjuelque chose d'animé, elle ne serait pas une âme. Ce dernier nom conviendrait plutôt . ■ principe de \\o qui, un jour, la (fuitteraif, et, chez lui, on

(1) Di' inini. an., ir>.

(:>) De iniiu. <in., ii>, hiil.: Tanlo onim maj^is est rnrpns qnanlo spcciosus csl alquc pulrhrius. Voir JhiiL, :>!')■, Episl., lit, /|, inil. CI'. Knn.. IV, 7, 3. Nous verrons jiliis loin qn'Anpnslin idcnliflo les « formes » (les êlres a\('é leurs « idées )>, qui. pour lui <nintn(' pour le< Plalonicicns, son! élernellos

(3) De iniDA. an., i/(.

(4) Ûe iDim. <ni.

(5) De iiUDi. (iii..

, l'i : quod

vere dicilnr : 1 ">

, in

(C)) De imni. en.

, i/|. fin.

(7) De ii)nn. an.

. 1.5, (in.

(cS) /)(■ inint. an..

t6. inif. ce.

Plaloti, Phéihin.

Molin, Enn., IV. 7,

[<j) De iniin. lin.,

, iG, iuil.

^7, ///). (88, IVl e

L AME

vertu du raisonnement qui précède, la moil ne serait poiiil à craindre (i). Si on ne comprend pas un Ici raisonnement, c'est parce qu'on ne voit dans la vie ou dans l'àme qu'une certaine harmonie de l'organisme (3). Mais une telle vue est radicalement fautive et ne peut s'expliquer que par l'absence de toute réflexion. En effet, nous pensons d'autant mieux que nous nous dégageons davantage de notre corps. Comment nous en dégageiions-nous si le principe pensant se réduisait aux quatre éléments et à leurs agencements divers (3). D'ailleurs l'objet de la pensée est incorporel et notre âme ne l'atteint qu'en s'unissant incorporellenienl à lui. Ou bien elle réside en lui, ou bien elle lui seit de sujel. En aucun cas, elle ne se réduit à un simple accident de l'organisme (Z|). C'est la vérité qui constitue sa vie. Elle ne mourra donc qu'en la perdant. Mais comment la perdrait-elle ? Ou bien elle la possède par nature, ou bien elle la lient d'ailleurs (5). Dans le premier cas, elle ne peut s'en dessaisir, car ]ud être n.e s'abandonne lui-même (6). Dans le second cas, elle n'en saurait être jamais mieux dépouillée que par une puissance contraire. Qu'est-ce donc qui s'oppose à la vérité, sinon l'erreui- >} Mais, justement, on ne se trompe qu'à la condition de vivre (7). Posons autrement ki question. Le vrai se définit (c ce qui est ». La vérité constitue donc l'être suprême et parfait. Dès lors, elle n'a d'autre contraire que le néant, qui, par définition, n'existe

• (i) Dr ininf. un.. iTi. Autrii-I in ne se pi'oposc ici que dr n'poiicrc a imc f.lijc!lion. M \ciil siniplcincnl nioulrcr que. si l'ànic conlimic d'cxis- Icr. elle i-oiilimiciii (le ^i\l■(•. Il a critiqiK- plus liani cnix ipi' pi"leiKJ.Mil élalilii- (rime l'aiTMi diiccle parle nii''nie ar<,ninieiil (pi"elle \ i\ la loiijour.s (Solil., II. :>;ii. l*ai- là. il faisail alhi^ion à i'Ialdii il'Itédon. c. 'i'\. .'î;! (Tofi. B-r). cl à l'Idlin {Ktui., IV. 7. 11).

{■>} De /■;»/)(-. an.. 17. iiiil.: ihiil.. :>. l/oh.jcelion es! (I(\jà exposée loni ;,u Uiw'j: par IMalm:. I'h<'ih>n. e. xxwi (NT) l'.-Sl'i D). l'.lle csl loiiji'Hefiieiil diseiiliM' par IMoliii. i'.iiii.. I\. 7. S.

(.■') />'■ inini. <ni., 17, eue. //(//.

Cl) Dr in)i)i. (iii.. 17. niril. ri fin. t.e hm'iiic ariiiiniciil sera liienIfM repris ilaii< le Dr ijiinni'ilalr imituar, :>;>-'^"), 'mil.

('•)] /-'(• hnn). <in.. iS, 'mil. Ce raisoiiiieiiieiil rappelle ccliii (jui a rW l'ail lin [i; u pin-; liaiil au -ii.jcl des corps iiliiil.. l'i-i.")').

((ij /)(' iinni. lin.. |S, e/'/c. niril.

I-) Ni-i ((iii \i\il l'alliliir ih'iuo i Dr innn. (ui.. iS. fin.). Nous \o\oiis ■^"aeeeiil lier ici I "a li^ii iiicii I (h'jà insiiiiK' dans le Conlni Arndrniirns (111. ■.'l. /'///. I. (ioiil I )e-.'-ailc< fera |ilii- lard la lia-c de '^Oll sysli'-nie I \'. siliira, p. A [7, llol, '1'.

460 l'évolution IIVTELLECTUELLE de saint AUGUSTIN

pas (i). Concluons donc que rien ne ravira à l'âme la vie qu'elle possède.

Sans mourir, au sens précis du mot, ne pourrait-elle pas au moins dégénérer et se transformer en un corps (2) ? — Comment le ferait-elle ? De son plein gré ou parce qu'elle y serait forcée ? Les deux hypothèses répugnent également à sa nature. Laissée à elle-même, l'âmé ne cherche qu'à vivre, à sentir, à penser, à agir dans la mesure du possible (3). Elle ne s'occupe de son organisme que pour le façonner et le discipliner. Elle se s,ent donc bien supérieure à lui et ne désire aucunement lui devenir semblable (/j). Seul un être plus puissant pourrait lui imposer pareille transformation. Mais, justement, il ne saurait la dominer qu'en prévenant ses goûts au lieu de les combattre (5). D'ailleurs, il aimerait bien mieux exercer sa supériorité sur un esprit que sur un corps (6). Enfin, s'il était absolument incorporel, il serait trop parfait pour vouloir du mal à un inférieur (7) ; si, au contraire, il se trouvait uni à un organisme, il dépendrait de lui, et il serait, comme lui, impuissant à faire déchoir une àme immatérielle (8). Objectera-t-on que le sommeil produii ce dernier résultat ;' Rien n'est plus faux, car il ne porto que sur la vie matérielle qu'il se contente de ralentii-. 11 a si peu de prise sur l'esprit qu'il lui laisse plein pouvoir de sentir et de penser, qu'il lui permet de se représenter les objets extérieurs d'une façon très nette et de raisonner avec une logique rigoureuse sur les sujets les plus abstraits (9). La déchéance redoutée ne peu^. donc se produire. Du reste, elle n'est même pas concevable. L'âme, se trouvant plus près de l'essence divine que tous les coi"ps, doit lui servnr près d'eux d'intennédiaire. C'est elle qui, directement, leur donne et leur consei-ve l'existence. Si elle

(i) De imw. nn., 19.

(2) De iin.m. un., 20, init.

(3) De imm. an., 20, fin.

(4) De imm. an., ao, cire. tned. Cf. Platon, Plicdon, r. '^3(gi B-go A).

(5) Nec ullo modo animusr potestati alterius animi nisi suis cupiditatibus subditur (De imm. an., 21). Cette pluast» contient en germe l'idée augiistinienne de la grâce.

(6) De imm. an., 21, fiii.

(7) De imm. an., 22, init. Cf. ibid., 12, inil.. i3, cirr. med. (S) De imm. an., 22, fin.

(\)) De imm. an.. 28.

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