‹ L'évolution intellectuelle de saint AugustinChapitre 48 sur 88 · MF · texte numérisé non relu

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d'ordinaire les \ieillards, qui ont l'esprit le |)liis liicidr, iiialgiV^ leur faiblesse physique. L'ànie ne peut pouilanl pas (Tuitic el décroître en même temps (ij. La première des deux objections qui ont été soulevées contre son immatérialité finit ainsi par se détruire et n'a plus rien désormais qui doive nous arrcM.ei-.

La seconde n'est pas plus décisi\e. A en croire ses partisans, le principe vivant qui anime le corps se li()u\e répandu en tous ses membres car il sent en cbacun (■2). Qu'est-ce donc (|iic la sensation ? On peut la délinir : (( une impression orgaiiKHic (pii est connue de l'àme ». Seulement, on doit avoir soin d'ajouter : (( d'une façon directe mais non scientifique » (3). Sans la {)remière de ces additions, la définition serait trop large. Elle compreadrait certains changements matériels par exemple, ceux de l'âg.f:, qui sont connus par divers signes mais non sentis (/j). Sans la seconde, elle deviendrait trop étroite. Elle ne s'appliquerait point aux animaux. Ceux-ci ont des sens tellement délicats que le chien d'Uly^sp reconnaît son maître après vingt ans d'absence. Cependant ils ne possèdent point la science car ils n'ont pas même la raison, qui seule permet de l'acquérir. C'est même seulement en cela qu'ils restent inférieurs aux hommes (5). La sensibilité apparaît chez eux plus grande que chez nous. D'une manière générale, elle se montre d'autant plus vive (pie la raison intervient moins, parce qu'alors l'àme tient davantage à son corps Aussi un enfant^nouveau-né aime-t-il à être pris et choyé par sa nourrice, tandis qu'il ne souffrira pas l'approche d'une autre femme (6). Mais revenons à l'objet direct de notre discussion. Les organes des sens sont impressionnés par des

(i) De quant, an., f\o.

(:>.) De quant, an., /|0, /('n.-'ir, (/i;7. Aiii^usliii icsicnl i.i ;i rol)j»^(lioii finale (lu De iinmorl alitât e animae (supnx, p. /jGi). M\h il la rrsoiil (rmn' fat;oii hcaïK-oiip plus radicale. Au lieu de répondre (|ue rame se trouve toute entière en eliaque membre, il (>\pli(jne (|u'elle ne ré-;ide. à \rai dire, eu aucun.

(3) De quant, an., f\o el suiv. Cf. Enn., I, 8, t5. Auf^uslin reprendra bientôt la même idée dans le De Musira (W . S-f.')\ Afais il (pialifi'Ta pliilc'il de sens;ilion ratteulion. que l'àme donne aux niodifi -alions du corps, on pour niicn\ dire, la connaissance ipii s'en suil. Sinlnnl il l'ai laclieia celle d(''linilion j)articulièi-e à sa lii(''ori.' Lri'ni'raje dis noinlirî's CL Knn.. \\. ',. iS-07.

dt) De (juant. an.. '|5-'S.

(5) De (juant. an.. 'ki-T'i. inil.

(Cy De quant, an., 5'i.

468 l'évolution ii\tlllectukllk iji: s\nT A^(;lSTl^

objets dans lesquels ils ne se trouvent i);is et ils ne peuvent même l'être que par eux. Mes yeux, par exemple, ne se voient point eux-mêmes et ils aperçoivent un ami en qui je ne suis pas. Ma vue se porte hors de moi dans toutes les directions comme une baguette démesurément longue (i). Mais si le corps possède un tel pouvoir, l'âme, qui l'emporte incomparablement sur lui et qui lui sert de modèle, doit en jouir encore davantage. Rien n'empêche donc qu'.elle se rende compte de ce ^qui se passe dans les diverses parties de son organisme, sans qu'elle réside, à vrai dire, en aucune (2). Cette conclusion semble d'abord absurde. Cependant elle a été soutenue par des penseurs éminents (3). A la réflexion, elle paraît très vraie. Seulement, on n'en peut voir la vérité qu'au prix de grands efforts (4)-

Mais nous n'échappons à une difficulté que pour tomber dans une autre encore plus troublante. Si l'âme n'est pas répandue dans le corps, d'où vient qu'elle se divise quelquefois avec lui ? N'est-ce pas elle qui fait mouvoir la queue récemment amputée d'un lézard (6) ? Nous pourrions répondre que les mouvements

(1) De (funnl. mi., 42-44; 09. (;f. De Mas., VI, 21. Celte curieuse théorie de la vision est exposée et riiseutéc tout au lon^ par Plolin (Enn., JV, 5, 4; cf. IV, 6, i). Elle est de provenance stoïcienne (V. Aulu-Gellc, iSoct. Alt., V, iV)).

(2) De quant, an., 69, fin. -60. Dans le De Musud (VI, 10. i5). An- <;ustin exposera sur le même sujet une autre opinion qui diffère notablement de celle-ci, sans cependant la contredire. Si l'âme porte son atleidion sur les orpanes coiporcls et peut sentir en <'U\, c'est parer qu'elle y trouve une matière extrêmement subtile et éUistiquc, qui lui est soumise, et qui s<' montre « lumineusec » dans les yeux, (c aérienne » dans les oreills, a vaporeuse » dans les narines, « humide » dans la bouche, a terrestre » dans le toucher. Si elle ne sient pas ilans les os, dans les ongles, dajis les cheveux, c'est parce que cet. « élément mobile )> n'y est point également répandu. C'est encore poui- le même niolif que les arbres et les plantes sont insensibles. Une théorie analogue est attribuée à Varron par la Cité de Dieu (VII, 23, n. i). Très vraisemblablement, le De Miusica s'inspire donc, ici encore, de cet auteur. Mais la conception de ce médiateur plastique était couiante chez les Néoplatoniciens (V. Enn., IV, 3, 9 et i5 et Bouillet. Ennéndex, t. I, p. 45/i-435j.

(3) De quant, an., 6. Les penseurs éminents auxquels Augustin fait ici allusion sont certainement les Néoplatoniciens et notamment Plotin [Enn., HT, 9, 3; IV, 3, 20; V, 2, 2, etc.).

(4) De quant, (ui., 61. Sur ce point délicat Augustin ne se piononci' encore qu'aM'c un certain embairas. Ses affirmations seront bientôt bcaucnuj^ plus nettes.

(5) De (]U(U'il. (ui., C>:> . init.

L aml;

dont il s'agit ne proviennent point d'elle mais dv l'air ei du fru. qui, retenus auparavant par son action vivifiante dans un organisme grossier formé de terre et d'eau, s'en i-clincut maintenant par la plaie béante afin de remonter vers leur premier séjour (i). Seulement, cette explication serait insuffisante, car l'organe amputé continue de viAre el de senlir. Partageons, d'un coup de stylet, un long wr de terre. Les deux morceaux se metleni à courir en sens opposés, comme s'ils se suffisaient parfaitement. Amusons-nous à piquer un d'entre eux. 11 se tord de douleur. Divisons-le encore. Chaque nou\eau tronçon continuera de \iMc et de sentir (2).

En présence de pareils faits, si nous n'avions d'excellentes raisons de croire à la simplicité de l'àme, nous n'hésiterions pas à la nier. Mais, du moment où nous l'avons clairement démontrée, nous ne devons plus la révoquer ,en doute. Qu'on nous prouve qu'un homme est très honnête. Nous aurons beau le rencontrer un jour en compagnie de quelquse brigands, sans savoir ce qu'il fait avec eux, nous ne lui retirerons pas pour cela notre estime. N'allons pas davantage nous déjuger ici (3). Du reste, la difficulté alléguée peut être levée au moyen d'une comparaison très simple. Dans le langage, l'idée est au mot ce que î'âme est au corps. L'une est intelligible, l'autre sensiblcv L'une n'a pas de parties, l'âme en renferme toujours un certain nombre. Or, s'il y a des mots ,qui, morcelés, en veulent plus rien dire, il en est d'autres qui, en se divisant, gardent un certain sens. On ne peut rien ôter à Sol sans lui donner la mort. Qu'on partage Lucifer en deux parties égales, Liici, Fer, chacune d'elles continuera de vivre. Le cas du ver coupé en morceaux n'a donc rien d'anormal (à). De très savants hommes ont donné une réponse plus, profonde, mais plus subtile, en

(i) Dr (jiinnl. fin.. Or;, cire. inll. Cf. Tiisciil.. I. 17, .'|o-'ii.

(•') Dr qiKiiil. (in., (i >. Augustin dit qu'il ;i fiiil « réc-emmont » celle exix'Ticnco dans une campagne âa la Ligurie où il se (iou\ail av(^- s'.s jeunes eompagnons, r'est-à-diro à Cassieiaeum. Il ajoute qu'il en a éi»' (( fort surplis n el qu'il s'en est enirelonu lies longuement avec Alype, cchangcani a\ee lui « ses sou\enirs, ses coiïjcclin-cs. ses re.-lu-rehes ». Son alteiilion n■a^ail donc pas t'neore été allin'.' ^ur v poiul.

ÇV) Dr. quant, un.. ('>.>-(. ',. Cf. Dr Mus.. \l. S. /;„.

(4) De quant, an., f.)5-l)8.

470 l'évolution intellectuelle PE SVINT AUGUSTIN

faisant remarquer que lame ne se partage point en elle-même mais par rapport au corps (i).

Ceci nous amène à nous demander s'il n'y en a qu'une, ou s'il en existe plusieurs ou si l'unité s'allie ici à la pluralité (2). La première hypothèse paraît insoutenable, à cause de la très grande diversité qui se manifeste parmi les hommes (3). La seconde ne saurait ètie prise au sérieux \k- un esprit déjà initié *-/ à la philosophie (4). On aura beaucoup de peine à montrer que la troisième n'est pas contradictoire (5). Mais ces problèmes demeurent trop abstrus et nous sommes trop peu avancés pour que nous puissions les discuter encore. Si nous voulons procéder avec ordre, il nous faut les remettre à plus tard (6).

(i) De qiKnil. an.. ()8, fin. Aiiirnstin fait ici cnroro claii'cmenl allusion aux Néoplalniii 'icns, iiolaniriicnl à Plotin (En».. T, i, 8; IV, 2, i, fin. : IV, 9, 1-5).

(■?.) !)<' qiirnd. un., (if). Pioliii pn>c la mrmo f|iieslion sou? une foimc idcriliquc (Eiin. Vl. :>., 11. i-;0. l'I i! se pi-onon;'c nrllt-mcnl eu fa\('ur <'(• la Iroisirnic iiypolhèse (Enn.. ]\ , .'>. 11. i -S \', ci IV, 9,

(.'•i) Di] quani. (m.. (19. Cf. Enn.. VI. 9. i.

(i) De ffiinnl. «n.. (19. C'est an? doulc à rausr de roidr<^ du monde, déjà mis en iclicf dans je De ordiin' (I, i-Jl, ;'..'i) ([u'Augustin rejfillo la pluralilé absolue di'S àmcs, coinmo c'<'sl à cause de riiarniouio. des diveis or^raiies de noire eorps qu'il l'ofiise d'admcltit; plusieurs pivrli^s en celle (pii nous l'ail \ivi'c (De innn. (in., a5). Cf. Enn., IV, 9, n. ?,-i>.

(")") /)(' ijiuinl. (in., (h). Malgré ce faux-fuyanl. Augusiin jiréfère visihlcmcnl. {ouimc l'iolin, la troisième liypollièse. C'est pour cela qu'au subtile » des ce geus très docles » d'a]u-ès lesquels le principe \ilal ne sujet (lu X'r coupé en moiceanx il a rappeli' la lli(''Orie (c profonde et se divise j)as en lui-même mais seulement par rapport, au corps. ]{n plusieurs aulres textes de la même période il admet, en pi'opres termes, l'existence d'ime Ame du monde, qui doit, forcémenl. englober plus ou moins, celles de tous les êtres ^ivanls iDc ord.. II. 3o : ips.nu qi!:ie in nobis ;nd usquequacjue est animam ; De inini. <in.. ^/i : l'er aniniain ergo corpus subslitit. et eo i]>so est quo animalnr, si\e univers ililei' ul nmndus, sive particulaiiler ul unumquodque animal inli;-. miindum ; De ^H'r. rel., 22: Copnis... per vilam manet, sive (|ua iniumquodque animal, sixc qiia nniversa mnndi natina administraiiu';. Voii' aussi De f',e]i. (1(1 un. imperf.. 17. cire. init. Cf. Enn., IV. 9, l] Tu : VI, /|, /( .':'.

(()) Comme Augustin a progressivement subordonné son \éopl.donisme à son Calliolicisme, il n'a jamais, dans la suite, exposé en détail celle Ibéorie, assez peu ortbodoxe de l'Ame du monde. D'assez bonne luure. il a même émis des doutes à son sujet (De cons. Evanq., 1, .H.5. //'//.). Dans les ]i(Uriicl(ili(ins (I, .'"), n. 3. //n.; cf. iliid.. I, 11, n. '1). il la ]U'ésente comme n lénii'iaire )) sans oser pourtant la condamner à fond.

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Contentons-nous, pour l'instant d'affirmer que l'âme n'est pas une matière essentiellement divisible, mais un principe spirituel loujouis capable de progresser, et, après avoir bien établi (ju'cllf ne se morcelle point, voyons comment, par contre, elle se peile( lionne (i). Pour simplilier notre sujet considérons-la simplement en nous, non dans les êtres inférieurs. Nous pourrons distinguer alors sept degrés principaux par lesquels s'affirme sa puissance.

Dans le premier, elle vivifie ce corps mortel ; elle en unit les parties ; elle préside à sa nutrition, à sa croissance, à sa rt'prodiicliou. Mais elle en fait autant chez tout être vivant (2).

Dans le second, s'élevant au-dessus desi simples végétaux, elle porte son attention sur le toucher, sur le goût, sur l'odorat, sur l'ou'ie, sur la vue (3). Elle éprouve ainsi tantôt du plaisir, tantôt (if la dimlcur ('i). \ des intervalles réguliers elle se recueille (hins le sommeil pour se lixrer aux fantaisies du rêve (5). Puis, elle se meut dans ses jeux d'une façon harmonieuse et elle rapproche les deux sexes dans une même communauté d'amour d'où naîtra la famille (6). Enfin, elle acquiert dans le

(ti De quant, an., 6g, init.

(2) Dr (iiKiril. «/(., 70, Cf. Enn., IV, 4, 18, iiiil.

( <) De quimt. on.. 71, cire. mit. Voir aussi De on/., II, .So-.S^S ; I>c qiKDit. an.. '\()-Ch>: De lih. arb.. II, 8; De Mu.':.. VI, 8-i.o. D'aprts ce dernier texte, toute sensation est active et consiste dans l'attention donnée par l'ame à l'impression que les objets extérieurs produisent sur l'organisme. Cf. Enn.. IV, 4, 22-27; ï^i 5, 1-8; IV. (1, 1-2.

("4) De (jiiant. an., 71, cire. med. Voir aussi De ord., II,32-,'53 et surtout De Mu.s. VI, 9. D'après ce dernier texte, le plaisir et la douleur consistent dans la facilité et la difficulté que l'àme éprouve à exercer son action sur le corps à la suite de l'impression que produisent sur lui Tes ohjets exiérieuis. Cf. Enn.. IV, 4. 18-20. D'après d'autres pa.s.'îaores (De lih. arb.. II. 8-10 cf surtout De Mus., VI, 5, 23-24), c'est le « sens intérieur Il qui .jouit ou qui s'offre. L'idée de ce nous eau sens est encore empruntée à Plotin (Enn., I, i, 7; IV, 3, 26; IV, 4, 18-20; IV, 8; 8).

(5j De quant, an., 71, cire. med. Augustin parle ici de l'imagination. Dans un texte sans doute à peu près contemporain, il ajoute que toutes nos images consistent en des sensations plus ou moins transformées par l'activité de l'àme et qu'elles sont réelles, fictives ou schématiques (Episl., VII, 2-7; IX, 5). Un peu plus tard, il explique que les premières (phantasiae) servent à produire les secondes (phantasmata) et que les unes et les autres constituent « l'opinion ». qiii <loit être toujours soumise à la raison (De Mu.s., VI, 32). Cf. Enn., IV, 3, 29-32; IV, 4, 20.

(6) De quant, an., 71, cire. med. Voir aussi De ord., II, 34. Augus-

472 l'évolution lntellectuelle de saint ADGUSTÎN

commerce des corps une certaine habitude, qui n'est détruite ni par l'éloignement ni par le temps et qui s'appelle la mémoire (i). Seulement elle agit de même chez tous les a'nimaux (3). Dans le troisième; qui est propre à l'homme, elle nous fait souxenir d'une quantité innombrable de choses, non plus en \ertu d'une simple accoutumance, mais par la réflexion et par l'étude ('A). Elle nous enseigne les dilTérents métiers des champs ou do la ville, lusage des signes, des langues et des livres, ainsi que rorganisation de la société fondée sur ces échanges, l'art du raisonnement et celui de l'éloquence, la métrique et le chant, la mesure, le nombre et le comput des temps (4). Ces nouveaux avantages sont fort précieux. Cependant nous les trouvons sou- \tnt chez des gens dépourvus, par ailleurs, de toute sagesse et de toute veiiu (5).

Dans le quatrième, qui marque le début de la moralité, elle apprend à se préférer aux corps même les plus parfaits et à se détacher de toutes les choses matérielles (6), à estimer les

tiii a ioi en vue l'appétit sensitif. Dans le De Miisiai. (VI, i.'vi/i), il le rattache aussi à l'iinaijination ou à l'opinion (>( il l'appelle désormais, en langage chrétien, la <( concupiscence ». Cf. F,nii.. 111, 0. 5: IV, 4. iç)-2i et 28.

(1) De quant, an., 71, vers. fin. Voir aussi De ord., Il, 6 et 7, init. Pour Augustin, la, mémoire sensible .suit l'imagination. D'après le De MiiSica (VI, 22), elle évoque les images du passé à l'occasion de quelque sensation qui leur ressemble, et elle les reconnaît à leur spontanéité et à leur faiblesse relatives. Cf. Enn., IV ,3, aô-ofi.

(2) De qnnul. un., 71, fin.; IbuL. /i9-5i Cf. Enn.. T, i, o-n.

(9 Eté (lit, ml. <in., ■]■.:, Inlt. Voir encore Ephl., VII, i-::. C'est de celte mémoire intellectuelle qu'Augustin a lait \enir la science dans plusieurs textes plus anciens déjà cités (Solil., II, 3!i-:\5 ; De imm. an., 6; De quant, an.. :\\). Dans une de ses premières lettres (Efii.st., VII, 1-2), il fait reni^ii(|iier (]trclle ne peut provenir de rimagination parce qu'elle se soiivient de choses éternelles qui ne. peuvent être imaginées. Plofin la distingue aussi de la mémoire sensible ou organique (Enn.. IV, ,i, 27 et Sa).

(4) De quiiiil. (th.. 70, résumé du De oriUne, II. ?^')-\{^. Cf. Enn., I, I, 7. Pour Augustin, tout cela est l'œuvre du laisonncmcnt, qui se distingue de la raison ou de l'intelligence et qui lui est, bien inférieur (De imm. an.,, i ; De quant, an., 52-53). Cf. Enn., IV, 3, 18.

(5) De quant, an.. 72, ///). D'après les écrits antérieurs d'Augustin (Cont. Àcad., III, 2-(5: Solil., I. 8; De ord., II. 4/)-5i), les sciences et les arts se iapi)ortent au monde sensible. La sagesse se concentre sur l'âme pour s'élever à Dieu. Voir aussi De mag., Sg. Cf. Enn., I, 3, 4-5.

(6) De quant, an., 70, init. Voir aussi Solil., I, 17-25. Cf. Enn., I, a, 3.

l'ame 473

aulifs allies cl à iif j)as leur l.iire ce ([ii'cllc ne \outlrait pas cjudii lui ,lîl 11), à ar<'('|)lrf, cnliii. 1 aiitoi ilr des sages en croyant bien que Dieu lui iiaiic pai- Icuc iiitciiiiédiairc (,2). Malgré la perfection de son iiumel clat, itlc ledoiile ])ourtant la mort ainsi que le jugeinenl iinal. parce (luelle résiste encore a\ec beaucoup de peine aux si'diK lions du monde (3).

Dans le cinquième, elle atlièxt- de vaincre ses passions et n'a plus (pi'à les empêcher de reprendre vigiieui-. Aussi se sentelle, désormais, bien tranquille el n'est-elle [)lus accessible à la craiDlc. Devenue conscienle de sa grandeur, elle s'avance vers Dieu avec une confiance prodigieuse. Mais elle ne peut enc(ue fixer ses yeux sur lui sans être aussitôt éblouie (!^).

Dans le sixième, elle a la a ue bien affermie et elle porte un regard serein sur ce, soleil intelligible, objet suprême de ses désirs. ]']]le possède, selon le langage du Prophète, non seulement un « cœur pur », mais encore un « esprit droit » (Psnlm., ].. ^■.>^. Sefi efforts Aont être définitivement récompensés (5).

Dans le septième, qui n'est plus simplement un degré, mais la station ultime vers laquelle elle tend, elle aperçoit le Bien suprême. De cette aperceplion soudaine et du bonheur qui en résulte nous ne pouvons rien dire jiar nous-mêmes, mais de grands, d'incomparables espiils qui y sont parvenus nous en ont parlé dans la mesure dû ils l'ont jugé bon (P>'). Ouand nous

II) Dr tjwiiil. (III.. -.'i. cire, nu'il.; Dr nril., II, ^5, cire. mejl. Aui.'iisliii iijoiilr un i)i'u plus loin, fiu nom do la morale catholique, (jii'on (loil ans.<i ;iirii< r les liomiiics et eln tcIum' à iciii' i'ain' ilu bien (De quant.

lin.. -S).

(2) Dr (jiKint. lin.. 7.1, cire. mcd. Aufïustin pen.«;c ici à la foi eliréticnnc, qu'il subordonne encore ,1 la pure raison. Cf. De ord., II, lO. 5G-37.

(3) De quant, nu., -i. fin. <]o (pialrième élat d'ùme e.«t celui dans lequel Auofustin se trouvait à Ca--siciaiuiii (Solil., I, o5 ; II, i-'jS). Il correspond à celui des « vertus pur^'alivcs » de Plotin, Knn.. I, :>., 3; lî. I, o3.

(i) De quant, on., -'[. Ce citiquiènie dctrré est celui auquel Augustin a conscience d'être maintenant arrivé. 11 correspond à celui des « vertus lie l'âme purifiée )> qu'admet éofalemcnt Plotin iKnn., l, 2, 4, inil.).

(5) De quant, an., 75. Cf. Solil., I, ■>.'^. Augustin se prcj)are à atteindre ce sixième degré. Il va étudier ses origines et remonter ainsi jusqu'à Dieu mr-ine. IMoliii s'expiimi-. ici encore, en termes presque identiques Œnn., I, 2, 4. eirr. nied.).

(6) De quant, an., 76, !/<(/. Augustin pense sans doute à Plotin (Enn., ï, 6, 7; III, 8. fin. et 10; VI, 9, 10-11 ; cf. De Civ. Dei, X, iG) et à

474 l'évolution intellectuelle de saint AUGUSTI^f

serons arrivés comme eux jusqu'à ce dernier terme, nous comprendrons combien l'Ecriture a raison de dire que (( tout sous le soleil est vanité des hommes vains » (EccL, I, 2). Nous verrons combien est substantielle et véridique la doctrine que l'Eglise professe à ce sujet. La matière ne nous apparaîtra plus que comme une oeuvre du Créateur, absolument soumise à sa volonté sainte. Aussi ne serons-nous pas moins convaincus de la résurrection de la chair que du prochain lever du soleil. Nous ne ferons pas plus de cas de ceux qui tournent en ridicule l'Incarnation du Fils de Dieu que des enfants qui refuseraient à un peintre le pouvoir de rien inventer (i). Si parfaite sera alors notre science que nous estimerons n'avoir auparavant rien su. Et pour qu'aucun obstacle matériel ne puisse plus nous la ravir, nous désirerons désormais la mort, c'est-à-dire l'abandon final de ce corps périssable comme un bienfait suprême (2).

De ces sept états le premier s'appellera l'animation, le second, la sensation, le troisième l'art, le quatrième la vertu, le cinquième la paix, le sixième l'initiation, le septième la contemplation. On dira aussi que le premier s'exerce sur le corps, le second par le corps, le troisième autour du corps, le quatrième envers l'àme, le cinquième dans l'âme, le sixième envers Dieu et le septième en Dieu. On expliquera encore que le premier se montre beau en ce qui ne l'est pas, le second par ce qui ne l'est pas, le troisième autour de ce qui ne l'est pas, le quatrième devant ce qui l'est, le cinquième dans ce qui l'est, le sixième devant la beauté elle-même et le septième dans la beauté. On les désigne en effet par des noms très divers. Nous n'avons pas

Porphyre (V. Bouillet, Les Ennéades, t. I, p. 27). Mais la suite du texte montre qu'il a surfout en vue Salomon, l'auteur présumé de VEcclésinsti'. et d<'S livres sapientiaux. à qui la Sagesse [las^e pour s'ètie ré^éléi; (Sap., VIII, 7-1 1). et l'apôtre Paul, qui affirme lui-même avoir été élevé jusqu'au troisième ciel (•?. Cor., XII, a-i).

(i) De quant, an., 76. En disant que l'intelligence de ces dogmes sera donnée s(>ulement dans ce septième état, Augustin donne assez clairement à entendre qu'il ne la possède pas encore. Il reste toujours plus ou moins obsédé par les critiques des Manichéens.

(3) De quant, an., 7G, fin. Augustin pense sans doute ici à un texte de Paul (II Cor.. V, 1-8), qu'il citera bientôt à ce même sujet dans le De Musica (VI, 5o). Plus tard, il se reprochera d'avoir admis que l'homm* peut, dès cette vie, arriver à voir Dieu (I Retr., IV, 3; XIV, 2).

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à nous en étonner, car il n'y a pas de sujet qui ne puisse être exposé de mille manières différentes (i).

Les mots ici importent peu. L'essentiel est de voir combien la partie supérieure de notre être apparaît grande, en dépit de sa simplicité. D'après ce qui vient d'être dit, elle surpasse tous les corps qui sont sur la terre ou même au ciel h). Elle se montre ou bien supérieure ou bien égale aux autres âmes, car elle vaut plus que celle des bêtes (3) et elle possède la même nature que les anges (/|). Au-dessus d'elle n'existe, en somme, que Dieu seul, principe immuable, sagesse immuable, amour immuable, de qui, par qui et en qui sont toutes cboses, qui a tout créé et en dehors de qui nulle créature ne doit être adorée (5),

(i) Dp quant, an., -ç). L'ensemble de ce pa.<ïsage montre qu'Augustin reproduit ici une tradition d'école, mais qu'il l'enlend et qu'il l'expose à sa manière. Je soupçonne qu'il déin'iid. sur cr point encore, de Varron, Un passage de la Cité de Dieu (VII, ^3, n. i) fait remarquer que ce dernier admet (lans l'univers trois degrés généraux, v'hn des corps, celui des êtres vivants et celui des âmes raisonnables. Servius nous apprend (Acn.. V. 4i''l qu'il avait écrit un traité De (jrndibus. Âulu-Gelle ajoute qu'il n\aif également composé un livre Des Hehdomades, dans le pro- Ingur (inquel il faisait ressortir les verliis i\u nombre sept (Nocl. Alt., III, io\ Quoi qu'il en soit, la distinction des sept degrés de l'âme proviiMil sans doute de la pliilosophie pythagoricienne. Mais elle a dû ])éiiélr('i- dans le Néoplatonisme. Les éléments s'en trouvent chez Plolin (Voir les notes piécédentes). Au v** siècle, le Néoplatonicien Olympiodore énumère, dans un commentaire du Pliédon, sept classes de vertus qui rappellent assez bien, malgré certaines divergences, la hiérarchie du De quantitnte animne (V. Rouillet. Les Ennemies, t. III. p. C.33-635).

(a") /'«• ijiKiil. l'ii., --. Cf. snpri'. p. '{C-n.

(3) /*(■ ijiiiiiil. un.. ~^. inil. (If. siiimi, \). 'i7:i, nnt. 2^

(/j) De (j\i(int. an.. 7S, init. Cette idée est affirmée ou supposée dans un certain nombre d'autres textes de la même période (De imm. an., i>4, 25; De lih. arb., III, -A); De Mas., VI, 58, etc.). Elle se précisera dans les pages suivantes consacrées à l'étude du péché et de la liberté. Augustin la désavouera plus tard ilietr., I, 11. n. /» : I, i5, n .7).

(5) De (juanf. an.. 77. La conception de la Trinité qui se présente ici est plus spécifiquement chrétienne que celles qui ont été exposées déjà. Elle idi'utifie la première di's personnes divines avec le « Principe « initial de la Genèse (I. i) et du (piatrième Evangile (I. 1), la .seconde avec le Verge Johannique (ibid., I. i), IttrilTiteicinc avec { TsprH (IVmour ; dTe Te~Verbe jolmnniqut- {iliid.. \. \): la troisiènn' .wee l'Esprit d'amour de texte de Paul (Rom.. Xî, 30). Quant à l'idée de la création, elle est étrangère au Néoplatonisme et ne vient que de lu tradition catholique. Plus loin. Augustin, nouvellement baptisé, commence à se demander pourquoi on baptise les enfants {De quant, an., 80).

selon la doctrine enseignée par l'Eglise à ses catéchumènes (i). Mais on ne saurait douter qu'elle ne soit bien inférieure à lui, puisqu'elle se présente comme son oeuvre. Plus précisément, on peut dire qu'elle le reflète, comme elle-même se trouve reflétée en son corps. Dans un cas comme dans l'autre, l'œuvre leproduit rimage de l'ouvrier, mai? d'une façon forcément imparfaite (2).

Ces dernières remarques restent très fragmentaires. Elles demandent à èfre complétées. Pour résoudre comme il convient tous les problèmes (jui se posent ;ni sujet de notre nature, il nous faut remonter jusqu'à nos origines.

D'oij vient que notre âme spirituelle et inmiortelle se trouve unie à un corps grossier et périssable •' Une telle situation est assurément fort anormale. Si nous ne lavions pas provoquée mais simplement subie, nous aurions lieu de nous plaindre et d'accuser notre premier auteur. Nous ne pouvons, pourtant, le faire sans blasphème. Concluons donc que noire déchéance vient de nous-mêmes, qu'elle est la juste punition de quelque faute librement consentie. Cette dernière idée est de la plus haute importance. Aii.ssi niérite-t-elle une étude spéciale f/i\

Remarquons, d'abord, qu'il v ;i des ;utes que tous les homme?

fi) l ihciiliii-; l'tiiiii Imiiioi' his \crl)i< (jiiilms inilii Iiiici- iii<iruui1a sunf (Dr quant, nu., 77, inil.). Nous s:nsissoii« ici riiiflnfrK^e PxtMcée p;ir l'Fjrli^io sur \i- nouvciiii ronvcrii.

(a) Dr qiiniit. an.. ?> ; cï. i. r\rr. fin.

(3) Cctlp ivin;irquç clôt le Dr qiianHlalr aniinar (80-81). Ellf a «évidemment pour luit de le rnltiiclier i\u Dr librrn arhilrio. où la question ' Ser.i repijse ,| disnilée. où. (rMillenrs. les inleiloculciiis n-slcnt toujours les mêmes. Il est à remiirquei que dans les tiiulés antérieur* \u}rusfin n'n jamais fait iuteiyonir la liberté dont l'idée l'olisédait pourtant depuis longtemps {Conf., VH, 5). Un silence si prolon^'é n^' peut guère s'ex- {)tiquer que par des doutes persistants. A <-e point de vue, le premier livre du De. lihero nrhitrio témoigne donc d'une évolution fort importante, que nous voyons s'accentuer dans divers autres textes de la même période. V. Dr dir. ifuarst. LXXiXill, q. 11: Dr librro (irhilrin: q. m: (trunt Dr.o nurlorr fit fiomo drlerior?: q. tv : Qiiar sil c<iu-'<n ut .si< horao dcterior?

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regardent comme incontestablement mauvais. Tels sont les adultères, les homicides, les sacrilèges. Pourquoi donc l'adultère csl-iJ un mal i' Serait-C(^ |i;ure que les lois humaines le condamnent ? Non, évidemment, car elles ne le condamnent que parce qu'elles le regardent comme un mal. Est-ce parce que nous ne devons pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas c|u'i>n nous lit à nous-mêmes !^ Pas davantage, car, si quelqu'un se ivontrait lellomrnt épris de la femme d'un voisin que pour la posséder il voulût céder sa propre épouse, il n'en serait que plus coupable. Est-ce à cause du jugement des hommes? Mais leur verdict s'est souvent exercé contre les gens de bien, contre les apôtres et les martyrs, contre le Christ lui-même {i). Toutes ces explications font résider le mal hors de nous. Or c'est plutôt en nous qu'il convient de le chercher. Si quelqu'un désire s'unir à une femme mariée et se montre résolu à le faire dès qu'il en aiirn le moyen, il se rend, par cela seul, coupable d'adultère, même si les circonstances ne lui permettent jamais de donner suite à son mauvais dessein (2). Sa faute est essentiellement constituée par un amour vicieux, en d'autres termes par la passion, (ui la cupidité (?>). On peut en dire aul;ml de tout acio ni.iuv.TJs. Tin auia beau chercher, on n'en frouvf'iM jamais aucun (|ui ne lé.disc la nirnto définition, ^'oici un serviteur qui se débarrasse de son maître simplement parce qu'il a peur d'être puni p;ir lui \nniv les divers manquements dont il se rend coupable. Il montre, par l?i, qu'il aime non seulement à ne point souffiir, ce qui, en soi, ne serait point un mal, mais encore it s'affrancliii' dr toute tutelle afin de satisfaire ses instincts déréglés ('ji. (Juand est-ce donc qu'un amour est vicieux et peut être qualifié de passion ou de cupidité ? Quand il s'attache à des objets qui ne dépendent point de nous et que nous pouvorfs perdre malgré nous (5). Cela est si vrai qu'on n'hésitera pas à condamner quelqu'un qui, pour défendre sa vie nu sa jindi^ur, va jusqu';'i tuer son agresseur.

(i) n<- iiJ>. arh.. I, r.-7.

{■}.) Di' lih. iirh.. T, 8. .\iipiislin s'inspiic sniis doiilr ici dr l'Kvanpilo (Mnll.. V, aS).

(?>) Dr lit), nrb.. I. <)• ''"' <'f. /''""•■ l- ^. ^'^ ; b ■'^. ^-9 <^1 t5, Hc.

(4) De lih. nrb.. I, 9-10. Cf. Krin.. T. S. i.'i : llî. H. '|.

(5) n<' lib. arb., I, 11. Cf. Enn.. VT. 8. .3-6.

478 l'évolution lntellectuelle de saint Augustin

Les biens qu'il veut sauvegarder sont méprisables, du moment où il se voit exposé à les perdre. Leur siège est dans le corps et non dans l'âme (i).

En pareil cas, les lois humaines permettent l'homicide. C'est qu'elles sont, par leur nature même, fort imparfaites (2). Nous n'avons, pour mieux nous en rendre compte, qu'à étudier leurs variations multiples. Faites pour des hommes changeants, elles changent comme eux. Elles se modifient d'une époque à une autre. Ainsi, dans une société bien réglée, où chacun subordonne son propre intérêt à celui de la masse, elles accordent très justement au peuple le choix des magistrats. Mais, du jour où cette liberté dégénère en licence et où les mœurs publiques se corrompent, un homme de bien, s'il en reste quelqu'un, a le droit de faire passer^ le pouvoir dans les mains d'une élite, ou de le prendre même pour lui seul. Les lois écrites sont essentiellement temporaires. Dès lors, elles n'ont qu'une existence relative et empruntée (3). C'est, dire qu'au-dessus d'elles il en existe une autre, à la fois éternelle et absolue, d'où elles tirent leur valeur. Cotre règle supérieure, à laquelle tout se trouve soumis, est comme imprimée en notre àme. Elle s'identifie avec la raison (/j). Quo demande-t-ello. en effet, sinon que tout soit bien ordonné en nous comme au dehors (^) ? Quel est donc l'ordre naturel de nos facultés ? Au plus bas degré viennent, assurément, celles qui président à la nutrition, à la croissance, à la reproduction, à la vigueur physique, car elles apparaissent chez tout être vivant.. Un peu au-dessus se rangent toutes celles qui s'exercent par la vue, l'ouie, l'odorat, le goût et le toucher, qui nous font rechercher le plaisir et fuir la douleur, puisqu'elles nous sont communes avec les animaux. Plus haut encore se

(i) De Uh. (irl)., I, II. Cette thcso n'est soutenue ici que par Evode. Mais Aupusfin l'admef un peu plus loin (ihid.. i3, fin.^. Il la professe ailleiirs expressément (Epist.. XLVTII, 5).

(2) Dr lih. iirh.. I. lo-i."? et 32.

(M De lili. (irh., I. i^. Augustin s'inspire iei de Cicéron (De le.g., \. 7. ?i-H). :>S : H. /(. 8-10) qui dép<'nd lui-même de Platon.

{W De lib. <irl)., T. i5. Cf. Cicéron: De leg.. I. fi, 7 et Plolin. Enn., III, 2, 'i cl i3.

(5) De lih. (irli.. [, i5. Cf. Ciréion. De letj.. 1. C. 7 et Plolin. Enn., dans la sccondi' [lailic du De or<lini: hiipru. p. /j^o-iAS)- Cf. Enn., II, 3, I7'i8,

L AME

placent celles qui n'apparaissent, que chez l'homme (i). Ici encore nous constatons une certaine gradation. La faculté de jouer et de rire est bien, sans nul doute, la moins estimable de toutes celles qui nous appartiennent en propre. L'amour de la gloire et du commandement vaut encore si peu que, s'il vient <à dominer en nous, il fait notre tourment. Seule la raison nous élève vraiment au-dessus des bêtes (2). Elle-même ne s'affirme, d'ordinaire, que d'une façon fort imparfaite. La plupart des hommes savent bien dompter les animaux, mais ils n'arrivent pas à se rendre maîtres de leurs passions. Une telle maîtrise est le privilège des sages. Mais c'est à l'acquérir et à la développer constamment en nous-mêmes que doivent • tendre tous nos efforts (3).

Nous en avons la lilierté entière d). En effet, l'ordre de la nature ne permet pas à un inférieur de s'imposer avec autorité à un supérieur. La raison, étant bien plus parfaite que la passion, ne saurait, dans aucun cas, être forcée à en subir la loi. Elle ne peut être violentée ni par un corps, ni par une âme asservie à ses sens. Elle ne dcviendia pas davantage l'esclave d'un esprit bien intentionné car ce dernier, en voulant l'entraîner hors de sa voie naturelle, tomberait dans le mal et se mettrait ainsi au-dessous d'elle. D'ailleurs, un être ne peut pas user de contrainte sur un autre s'il se montre simplement son égal. Seul un supérieur pourrait le faire. Or au-dessus de l'intelligence il n'existe que Dieu, et sa justice souveraine ne lui permet pas

it) De lih. (irf).. I, 18, inlL: De tjunnl. av., 70-75. Cf. Enn., I. i.

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