III
(2) De lib. nrh., I. 18. cire. mtul. Cf. De div. qurteKt. LXXMII, q. Mil : Qiio ilortiDifithi <'iiiislet , lioniines hrsiiis (mlrcrllrrr ? : « Piirini lt"S nombreux iHf^unu-nl* à l'aide desquels on peut montrer que l'homme l'emporte sur les lièles, en voici un (pie tonl le monde ju;/er;i ('\idenl. Los bètes pen\ent être domptées et apprivoisées pnr l'homme, mais l'homme ne le sera jamais par elles ». Cf. Enn., I, i. 7.
C^) Dr lih. (irli.. T. iS. /(■/». -i(). Cf. Enn.. 1, i. to.
(4) Dr lih. nrJi., I, ao, inil. Cf. Eim., VI, 8, 1-7. Dans les pror.iier» lemps qui ont suivi sa eon\ersion, Aupustin ne se prononçait pas d'une façon si absolue. A l'exemple de Cicéron. il <'stimait que. pour arriver à la sagesse, uni' ceilaine faveur de la « foihuie », eu d'aulres fermes, un liem'eux ( oneours de eireonslane.es extérieures, iiu'épendantes de notre volonté, est tou.iours nécessaire (Coni. .icnd., I, i-3; De bent. vit., I ; cf. De ord., I, 5). Dans les BétrncUdions (l, i. n.ii; I. :> ; I, 3, n. 2), il désavoue celle doctrine qui rappelle trop le vieux fatalisme.
480 l'évolution intellectuelle de saint AUGUSItN
de nous porter au mal. Rien absolument ne nous empêche donc de nous conformer à la loi éternelle (i).
A cause de cette liberté même que nous avons de pratiquer le bien, nous méritons d'être châtiés, si nous faisons le mal. L'ordre demande que toujours la vertu soit récompensée, mais aussi que toujours le vice soit puni (2). Bien mieux, il veut que tout bomrne se récompense ou se châtie lui-même. Tandis que les gens de bien trouvent leur bonheur dans la pratique de la vertu, l'àme pécheresse s'inflige de.s tourments incessants. En se portant vers le mal, elle perd la sagesse, qui l'eût rendue heureuse, et elle ne trouve en échange que des passions tyranniques qui causent son malheur. Tour à tour ballotée entre le désir et la crainte, la joie et la douleur, le regret du passé et l'attente fiévreuse de l'avenir, opprimée par l'avarice et dissipée par la luxure, captivée par l'ambition et enflée par l'orgueil, torturée par l'envie et assoupie par la paresse, soulevée par la fierté et abattue par ses humiliations, elle mène une existence lamenlable, mais elle le veut bien (3).
tlontre celle conception de 1a faute libreinenl ( ornmise et de sa sanction immanenle ou olijccte qu'uji liounne privé de la vraie srienre no peut lésister à ses inauAais penchants et qu'un autre mieux iusliiiit (bi mal causé par In cupidités ne consenfitail jamais à s'en faire l'esclave (^) .
\ la première objection il est permis de réplifpicr que nous possédions autrefois la sagesse et que nous l'avons perdue un joui- p-tr notie ])ropre faute f5V Si Jious en sommes aujourd'hui
(il 1)r lil). arh., î, 00- :u. T.-i inrino f|<'innnsli;itinii (]r l;i libprti- rst reprise nillcnis pm- Augustin (De Uh. arh.. lit, -',. i). iiiil.. 'Àç) : De div. q'KtcsI.. q. ii!-i\"). Plotin dé montre ]i;n- un luirnrncril .nialofïno l'iibsolue lilx'ili' ilii piiticipo , premier (Enn.. \]. ^. <^-()).
(a) De Uh. (irh.. T. :>•>. inil.: cf. iF), iitil. I.a rin'rnc idée esl fortement exprim.M' par- P'nlin, Eni}.. lit, 2. i3.
(3) !),■ ///). tirh.. I. 22. AiTgnslin ne se bissera [las de rappeler eetic dnelrinc (V. De Gen. roitl. Mfin.. F. .11 : De ilir. if<iiifsf. LWXUJ . q. \\vii : De Proruirniiii \ De ver. rel.. 20, ete.'). Il l'a erieore empi indT'c à Piolin. Eitu., U, 3. 8-9: IV. ,H. ifi.
(Al De Uh. m-},.. T. 2.3-2/1, Inll. Cf. Enn., 111. :>.. 10. Inii.
^(ô) De lib. !'.r!i.. I, 24: Auçusliri ne se proiioric' pas iei Iden nette-
m(>nt en faveirr de cette llièse ; il la présente même un peu plus loin
(■^r. //;).) comme » douteuse et très obscure ». Mais il penclie visiblement
à radmcltrc, et il la professera plus tard, à divci'scs reprises, sans aucune
x,'ame 481
clépollr^us, nous gardons, du moins, la Aolonté (i). En dcmandet-on des })reuves ? On ne poserait jias même la question, si on ne \oidait une réponse (-i). 11 est, d'ailltMiis, f;t( ile de répondre (pi'il n'v a pas d'homme (pii ne veuille être heureux (3). Or la volonté est, par sa nature nième, eu notre plein pouvoir. Rien ne rempèrhe d"ètre bonne i'|). De fail. beaucoup de gens la portent vers le bien, (lela leur sullil pour alleindre au bonheur. Quiconque aime la veilu esi d('j;'i \erlu(Mi\ ; il est, prudent et fort et tenipf'rant et juste ; il mène une vie parfaite ; il est lieui'eux (.")!. (/est dire (pi"on n'est j;ini;ii^ malheureux que par défaut de lioime \olonlé ((i).
Cette dernière remarque nous fournit une réponse péremptoire à la seconde difficulté. Sans doute, nul liomme ne peut s'empêcher d'aspirer au bonheui'. Mais beaucoup ne veulent pas prendi'e le cbeniin (jui y mène (71. \\> méprisent Toidif^ imposé jKir la loi (•leinelle. C'est précisément pour ce motif que les lois temporelles sont [iroiiuilguées. Elles n'existent pas pour les gens (if bien ({ui clierc heni î\ mener toujours une vie droite niais seulement pour ceux qui servent leurs passions au lieu de suivre leur laison (8). Elles ne se jiroposent que d'astreindre ces derni(Ms à une sage discipline, de. mettre un frein à leur cupidit", pour maintenir, dims la mesure du possible, la paix socifde. Enfin, elles ne les inmissent que dans la mesure nii chaïun d'eux cause du mal aux autres, et elles ne le font (fu'en le? pr^^ant de ces biens méprisables tant désirés par eux (<i).
rt'srrvc (De lih. nrh.. III, .'Hi-rv'). clc. : /)c 1 cr. Uclig., •! r-:»,''), etc.: Dr Cm. cntil. ]l„n.. U. '.'o-'ir. <'tr.\ Cf. /■-'nn,. III, ?>. ?i.
M) hi' lih. nrh.. t. :>r). inll.: ('.nnf.. VII. f). rirr. iiiil. Cf. Fi)i)..
IV, S. s.
'2) /)<> ///.. (//■//., I. ..ri. iiiil. d'il' ii'tiiiii i|iic rappelle relie qui a cî('' faite coiilce les stcpticfiies an sujet de rexisleiii'c. Pour (leiiKindcr si 011 existe, il faut forcément existei- iV. aiiprn, p. '117. tiot. 'i\
i^\ Dr lih. (irh.. \. ■?.^. Cf. siijini. p. '1 '<)•
(\) Dr lih. (irh.. I, :!(') : Oiiid enitn l;im in Miliiiilalc rjniim ipsa vo-
Imilas sita est? Cf. i:itu.. VI. S. 1 et siii\.
(.")) !),• lih. (/;•/).. I, 2-. Voir aussi C.oiil. Amil.. ]. -o ; De 1il>. nrh.. It. 5(1; l)v (lir. quarsl., q. xwr, etc. Cf. l'.iiii.. I. '|. f'i-iC.
(t>) /),. lih. nrh.. T. 28-20. Cf. Kini.. III, :-, 7.
(7) Dr lih. nrli., t. ?n<. Cf. liiin.. •>, to.
(81 Dr lih. nrh., I. 3i.
(O) Dr lih. «;•(.., I, 32-33.
482 l/ÉVOLUTION INTELLECTUEl-LE DE SAINT AUGUSTIN
Mais, comme la loi éternelle continue d'exister pour ceux qui la méconnaissent aussi bien que pour les autres, ses sanctions naturelles s'exercent aussi très justement sur eux. Encore une fois, c'est en nous que se trouve la source de tous nos maux (i). Mais celte liberté, qui nous rend heureux ou malheureux selon que nous savons bien ou mal en user, vient, comme notre âme, de Dieu seul. Nous ne pouvons nous connaître à fond sans remonter jusqu'à notre premier auteur. Il nous faut donc, après avoir concentré toute notre attention sur nous, le considérer maintenant en lui-même (2).
(i) Df lih. arb.. I, 34-35. Cf. Enn., III, 2, 7.
(2) C/oM ce qu'Augustin va faire, pour la première fois, d'une façon très neJle, clans le seeond livre du Dr lihcro (irhitrio, qui marque, à cet égard, un moment décisif dans son évolution inlellcctuellc.
CHAPITUK DEUXIÈME
Au Icriiie de son développement, remarque Augustin, la philosophie se transforme en une théologie. Ici encore nous rencontrons trois aspects bien distincts qui correspondent à la physique, à la logique et à l'éthique. Les remarques déjà faites au sujet de Dieu nous obligent à le considérer comme le principe de touta existence, de toute connaissance et de tout bien (i).
Pour nous élever jusqu'à l'Etre premier, nous n'avons qu'à partir de nous-mêmes (2). Aucune voie ne saurait être plus sûre. Si on me dit que je me trompe sur quelque point, cela même prouve que je suis, que je vis et enfin que je pense (3). On peut être sans vivre, comme la pierre, ou vivre sans penser, comme l'animal. Mais le contraire n'est point vrai, car la pensée
(i) Cillo division se trouve à la base di' la conception trinitairo présentée à la fin du De quantitatc oitinute (77, cire, init.), qui est reprise et développée dans plusieurs autres traités de la même période (De mus., VI, 5C) : De ver. rel., ii3, etc.). Elle sera exposée tout au lonp et rattachée aux trois parties de la philosopiiie dans la Cité de Dieu (VIII, 4, /"!•).
(a) I^'ur la manière dont Augustin établit l'existenre de Dieu on peut consulter particulièrement
Karl \on Endeil, Der GoUesbewei.'i in iler imlrislisilien Zeil tn-it l>esonderer Heriick.sichti(]iuiçf Aiigu.'ttins, Freiburfr itii li.. 1869, in-S**.
(3| De lib. arb., II, 7, cire. init. Le même argument a déjà été iuNoqué contre les sceptiques (p. /ii7, not. 4) cl en faveur de l'immortalité de l'àme (p. /JSij, not. 7). Mais il prend ici une forme plus nette,
implique la \ie, qui, à son tour, implique l'êlre. De là vient que l'homme l'emporte sur la bête, comme celle-ci sur une masse inerte (i).
Examinons de plus près nos moyens de connaître. Nous y trouverons une nouvelle hiérarchie dont le dernier terme nous conduira jusqu'au but désiré. Nous possédons d'abord les cinq sens de kl vue, de rouïc, de l'odoi-at, flu çroùl cl du loucher. Chacun d'eux a son objet propre, la couleur, le son, l'odeur, la saveur, la résistance, (ierlains peuvent avoir aussi un domaine commun ; c'est ainsi que, malgré leurs diversités naturelles, la vue et le toucher atteignent l'étendue (2). Tous ces sens externes se rejoignent en un sens intérieur qui les complète et ne se confond pourtant pas avec eux. En effet, nous percevons fort bien leuis propriélés respectives cl leurs divers rapports. Une telle perception suppose évidemment un pouvoir distinct de chacun d'eux, puisqu'elle porte également sur tous. D'autre part, elle est d'ordre sensible, car elle s'opère chez tous les .animaux. Ceux-ci ne sauraient ouvrir les yeux et les diriger vers un endroit déterminé s'ils ne se rendaient compte des conditions de la vision (3). i'ufiii, une aulre faculté nous élève au-dessus des bêtes ; c'est la raison. Elle ne peut pas plus fe confondre avec le sens intérieur que lui-même avec les sens externes (4). Ces derniers con-
(1) D<' lih. <(/•/,.. tl, 7. Cf. supra, i>. 175.
(■2) De lih. nrb., II, S. Dans le De Miisica (Y], 2-3, init.; cf. 5), Auîrustiii. traitant pHilicHli<''rcment de l'ouïe, distingue l'harmonie des sons prodiiifs in dcliors de nous (numeri sonantes) et celle de l'oreille qui \a, en quelque sotte, à leur rencontre pour les recueillir. Mais il y ajoute (Jhid., /|) celle de la mémoire qui les conserve et qui permet à l'imagination de les transformer plus ou moins (numeri recordabiles), comme aussi celle de la voix qui en produit beaucoup spontanément et qui ajiUcipe sur la iialure inunicii pidgicssnres). Cf. ibid., iH, //;(.
(3) De lil). arb., II, 8, fin. et 10. Aux quatre liarmonies dont parle la note précédente le De Musica (Al, 5) ajoute aussi celle du sens intérieur, qui éprouve du plaisir ou de la douleur à l'occasion des sons peiviis par l'ouïe, conscrvi'-s par la mcmoiic ou émis par la voix (numeri iudiciales... seifsualcs). Cf. ibid.. iG ///(., :>1 fin. Cette théorie du seni? intérieur est emprunt.'c à Plotin. Enncades, I, i, 7, IV 3, 23-20, IV, 4, 18-21, etc.
(4) De lib. iirb., II. 9-10. Le De Musica (VI, aS-a/i) distingue aussi le sens intérieur, simplement susceptible de plaisir ou de douleur, et ia raison qui ctierche la cause de ces sentiments pénibles ou agréables et qui manifeste par là une harmonie nouvelle (numeri iudiciales... lationalés).
naissent leurs objets mais non leur acte propre. Le sens intérieur perçoit l'un ri l'autre, mais rien ne montre qu'il se saisit lui-même. Seule la laison possède la science des choses sensibles, ictle (les di\rrses sensations externes ou internes et celle de sa jwopre nature (^^. I^i j.Madalion est ici manileste. Di'jà le sujcl sentant se montre supérieur à son objet, jiuisque l'un a la vie t l'autre le seul être i-».). I .e sens int('rieur l'emporte également "-III tous les sens externes. En effet il se prononce sur eux, comme etiv-mèi!ies sur les choses sensibles ; il remarque par exemple les défauts de la \U!', comme la vue ceux des couleurs. De là ^ient justement (jii'il lait ouvrir les yeux et qu'il dirige leurs mouvements (.H). Mais la raison le jupe lui-même puisqu'elle le met au-dessus de tous les autres sens. Elle se trouve donc
(i^ Di' lili. (irli.. II, 9-70. I,\iffirmafioii dr *a jn-oprc cxi^tfnce qu'.\uj-Mislin a opposée pln^iours fois aii.v sceptirpi.'s iCmil. A,iul.. HT, 2.I, fin.; SoUL, II, i; P' ; -ni. un.. 18; De lih. rtrb.. II. 71 \iciit donc poin'hii (le la raison et non du <rii< intime. Cf. Fnn.. V. .>, /|-G.
(■2) D,' lili. (irli.. II. 11. Dans !.■ />.> Miisini (Vf. 7-10), Augustin met an-;si l'ouïe lairi ;'u-di'>;-;ns de -ou objet. Qu'on n'ohjeele pas, ajoiile-lil. (jui' randilion est un simple elTel des sons pliysi(pi('s. Le eoips, étant inféiieur à l'âme ne sauiait exeicer aucune action sur olle (Cî. De hnniurt. au., i i 1. (]\<\ el'e. [)lin(M. qui agit sur lui. Elle iw peut le faire sans se ren(^|re allmlixe an\ di\ei-; étals de l'orgaiiisHU'. par conséquent, sans percevoir tes div.'rses modilications qui s'y [iroduisent. C'est cette perception qui constitue la sensation. Elle est un résultat de l'attention, non nu pur déeal<iu(i de« objets (Cf. Enn.. III. (\, i et a; IV, 4, 28 et <i, 1-2).
En s"ii»<piranl 'i\r< même-; principes. Augustin place encore l'ouï.an-dessus de la uié-uioire elle-tuèuie. ([ui n'en es1 qu'tm écho plus ou moins durable ((/(/(/.. VI. fi). Mais il la suboidonne à la voi.x, par le moyeu de laquelle l'àuie agit d'une fai;ou eucore plus spontanée, avant qu'aucune modillcaliou se soit produite dans le corps iibid.. VI, lOj.
{'M f>c lili. (iili.. II. i). La même idée se idrouve daus le De Musicii (VI, <i, inil.). \)'a]ii!-^ ce liailé. je sens intéiicuf règle l'exercice de la voi.v. vl tous les anlre< actes vitaux, dont il assure l'harmonie (ib'uL, VI. :'.o). Il préside à la iiconnaissance des >ouvenirs et les distingue des sensations plus ou moins semblables i(id oïd provoipié leur reviviscence, en tenant compte de la facilité avec hupielle tous se reproduisent, comme aussi de leur faible^.' actuelle (i/;/(/., VI. 3j.>). il domine dés lois l'audition elle-même, car c( Ile-ci se compose de parties successives dont l'une n'est déjà plus lorsque l'antre commence, (die ne peut donc être saisie sans Je secouis de la mémoire, qui est comme la lumière des surfaces temporelles et ({ui nous fait percevoir simultanément différents points de la durée, tout comme les rayons émis par nos yeux nous permettent d'<imbrasser d'un seul coup d'œil diverses portions de l'étendue {ibid., VI, 21).
plus parfaite que lui (i). Plus excellentes encore sont, pourtant, les réalités qu'elle contemple, car, à son tour, elle en subit la loi (2).
Cette dernière considération nous fait toucher au but. Elle demande donc à être précisée. Remarquons d'abord que l'objet de la connaissance peut demeurer fort distinct du sujet (3). C'est moi seul qui vois, qui sens que je vois et qui pense à ma vision (4). Cependant le spectacle qui s'offre à ma vue se présente en même temps à une foule d'autres hommes. Il faut en dire autant des sons qui frappent mes oreilles. Nous voyons tous le même soleil, nous pouvons tous entendre la même voix (5). Par contre, nous ne respirons pas exactement la même odeur. Le parfum qui affecte mon organe olfactif n'affectera pas celui de mon voisin. Nous ne goûtons pas exactement les mêmes mets. Les aliments que je savoure ne seront point savourés par un autre (O). Tout différent et en quelque sorte intermédiaire est le sens du loucher. Nous pouvons tous l'appliquer, mais seulement les uns après les autres, sur une même partie d'un objet (7). Pourquoi cela ? Parce qu'en touchant une chose quelconque, tout comme en la voyant ou bien en l'entendant, nous ne la changeons point en nous-mêmes. Au contraire, nous faisons passer en notre propre substance tout ce que nous goûtons ou respirons. D'une manière générale, il y a donc des objets que chacun s'approprie en se les assimilant. Il en est d'autres qui
(i) De ///). arb., II, i3. Le De Musira arrive à la même conclusion par une autre voie : La raison constate que le plaisir goûte par le sens intérieur tient à l'accord intime des actions vitales, des sensations, des souvenirs ou des objets eux-mêmes. Mais elle remarque aussi que cette harmonie i>st toujours imparfaite, romme tout ce qui se succède dans le temps, et elle en perçoit une autre bien supérieure et éternelle par nature, dont les choses sensibles ne peuvent offrir qu'une lointaine image (VI, ag-So).
(2) De llb. arb., II, i3, fm.-ilx. Cette affirmation, simplement insinuée ici. va être développée au cours des paragraphes suivants et dans le De MuH., VI, 34. Cf. Enn., V, 3, 2-4 et 9.
(3) Pour comprendre l'importance qu'Augustin attache à cette question, nous devons nous rappeler qu'au cours des traités précédents il s'est plusieurs fois demandé si la raison se confond avec la vérité {Solil., \, ï ; De iinm. an., 2, init. et fin., 11. etc.).
(4» De Ub. arb., II. i5.
(5) De lib. arb., II, 16; cf. 33 fin.
(6) De Hb. arb., II, 17.
(7) De lib. arb., II, 18.
restent conuuuns à l'ensemble des hommes parce qu ils se refusent à toute trunsformiition qui risquerait d'altérer leur ualure (i).
Ceux qu'étudie la raison sont dans ce dernier cas. Prenons les lois dt's nombres. Elles ne se laissent point modifier comme une nourriture ou comme une boisson qu'on s'incorpore. Elles se présentent plutôt comme un spectacle oiïert à tous, que chacun \oit plus ou moins iuais sans y rien changer (2). D'autre part, elles ne peuvent venir des sens. Ceux-ci perçoivent simplement ce (jui e.<t, noji ce qui doit être. Elles allîrment au contraire que se|)t et liois font et feront éternellement dix (3). Les nombres même qui servent à les constituer ne sont point empruntés aux données sensibles. Tous ne font, par définition, que reproduire plus ou moins l'unité. Or les corps même les plus petits ont une droite et une gauche, un haul et un bas, un avant et un arrière, lin milieu et des extrémités, en un mot, des parties multiples dont chacune se trouve formée d'autres parties également multiples (fi). Enfin, la suile de ces mêmes nombres manifeste des rapports constants et immuables. Dans la mesure où chacun d'eux s'éloigne de l'unité, son double s'éloigne également de lui. Tandis que cehii de i vient le premier après i, celui de 2 vient le second après 2, celui de 3 le troisième après trois, celui de 4 le quatrième après 4, sans qu'on puisse assigner aucune fin à celte progression. Or les sens ne découvrent nulle part une telle série. Tout le domaine des mathématiques est d'ordre lationnel (;">).
Considérons maintenant la sagesse que les Saints Livres associi'nr ('Iroileiuenl au nombre (EccL, \1T, 26 (6). Sans aucun doute, elle aussi est perçue par la pure raison (7). Or elle se présente comme la jiropriété commune des esprits. On peut la
(i) /)■■ 1!h. m-h.^, II. 10.
{2) /)(' ///). arh., II. an. Cf. Df imm. nn., 2. La même idée est reprise et dévolopprc (Iiui« le De Mimirti. VI, 35.
(3) De lih. uvb. II. :n.
CO De lih. nrb.. )', 22.
(5) De ///>. aih.. Ii. ->?,. Cf. Enn.. VI, 0, 4. /'«., i4. fin.
(6) De lih. arh.. 11. ■,\- De Mus., VI. 7.
(7) De lih. firb.. II, 2.'f. .\iifruslin n'éprouve pas ici le besoin d'insister sur ce point, parce qu'il s'en est déjà longuement occupé (Solil., I. 8-12; De ord., II, 3o-5i ; De quant, an., 72-77.
488 l'évolution intellectuelle de SAÎNT AUGUSTWJ
; .,. 1 nsembie des connaissances qui nous permettent d atteindre au Bien suprême (i). Tous les hommes tendent vers le terme final auquel elle conduit. Tous, par conséquent, désirent la posséder. C'est dire que tous en ont une certaine idée (2). Qu'on n'objecte point que le Bien suprême se laisse concevoir de façons fort diverses. En réalité, il est })our tous et il sera toujours ce qui nous rend heureux (3). Sa nature demeure donc forcément immuable. Mais, quand bien même il changerait, cela ne prouverait point que la sagesse qui permet de l'atteindre varie pareillement. Dans le monde visible, certains aiment les hautes montagnes, d'autres des plaines bien unies, des vallées sinueuses, de vastes forêts, ou la surface mobile de la mer. Il n'en est pas moins vrai que c'est toujours le même soleil qui permet à tous, de contempler ces spectacles divers. Ce doit être aussi la même lumière intelligible qui nous fait voir le chemin du bonheur (4). De fait, il y a beaucoup de principes moraux sur lesquels tous les hommes s'accordent. Nous voulons tous être heureux. Il existe un moyen de le devenir. Nous devons l'étudier avec soin. Il nous faut pratiquer la justice, faire passer avant tout les biens les plus parfaits, donner à chacun des autres la place qui lui convient. Ces maximes sont comme des flambeaux qui brillent aux regards de tous les esprits. Elles se trouvent aussi universellement admises que celles dont s'occupent les mathématiciens (5).
Pour mieux dire, le nombre et la sagesse ne se séparent point. Selon la doctrine de l'Ecriture, ils sont constamment côte à côte (EccL, VIT, 26) ; ils se rattachent à une même puissance (( qui va d'une extrémité à l'autre avec force et qui dispose tout avec
(i) De Ub. arb., II, 26, mit.
(a) De Ub. nrb., II, aS-aC. Augustin ira jusqu'à dire un peu plu? loin que « l'insensé connaît la sagesse « (ib'id., II. 4o). Il se trouve ainsi h l'extrême opposé des Académiciens, auxquels il reprochait jadis de soutenir qur le sage lui-même no saurait la connaître (Cont. .Arad., III, 5io; 3o-3î> ; supro, p. 420-421).
(3) De Jih. nrb. y II, 26, rire. init. ; De vif. benf.. o5-3r ; .fiipra, p. .\9.q-
(4) De Ub. arb., II, 27.
(5) De Ub. arb., II, 28-29. Souvent dans la suite Augustin fera appel au consentement universel, dans lequel il verra la voix, de la nature, ou, pour mieux dire, celle de Dieu, manifestée à l'ensemble des hommes (V . De ver. rel., 3-5, 10-12, 47; De util, cred., 35; De duab. anim.. i4. i5, aa, etc.).
DiÊC 489
douceur » {Sap., VIII, i) (i). Sans douU', l'un nous paraît bien inférieur à l'autre. Mais c'est simplement parce que l'un se montre jusque dans la matière et l'autre seulement dans l'esprit, car nous avons coutume d'apprécier les choses d'après leur rareté plutôt que d'après leur valeur intrinsèque. En réalité ils sont entre eux dans le même rapport que la lumière et la chaleur produites par un foyer unique (2).
La science des mathématiciens et celle des sages représentent de simples formes sous lesquelles s'offre toujours à nous la Vérité (3). Celle-ci constitue, en somme, l'objet unique de la raison. Elle se montre également à tous. C'est pour cela que ious nous devons la chercher. Les hommes se disent heureux quand ils peuvent presser entre leurs bras un beau corps ardemment désiré, étancher leur soif à une source pure et manger à leur faim dans un repas copieux, s'entourer de roses et d'autres fleurs doni ils respirent la douce odeur, entendre les sons harmonieux de la \oix humaine et ceux des divers instruments de musi(|uo. (lu \riir (le\aut eux des monceaux d'or, d'argent et de pierres précieuses. Ov la Vérilé se laisse également embrasser par Iruis, sans que personne ail besoin de dire à celui qui a le bonheur d'en jouii- : « Ecarte-loi, poiu' (|u'à mon lour je puisse l'approrl'.cr )). Elle se fait notre nouiiilure et notre breuvage, mais sans se partager aucunement entre ses multiples convives. Elle est pour nous comme un parfum exquis dont la totalité est offerte à chacun. Et tandis que des sons recueillis à la fois par divers auditeurs se font entendre les uns après les autres, ou qu'une image contemplée simultanément par divers spectateurs s'étend à travers ses nombreuses parties sans rester jamais toute entière en aucune, elle n'est morcelée ni par l'espace, ni par le temps. Elle se montre tout à la fois indivisible et éternelle (/»)• Elle se
(ij De lib. arb.. II, 3o ; De ver. reh, 100; De mor. Ecch cath., 27. r.f. En;.. V. 1.5: VI. 6. 9.
(3) De lib. arb.. II. 3i-3?.. Aussi Anj^ustin s'occupc-t-il uniquement (les nombres dans le De Miisica et de la sagesse dans le De r^era reUgione.
(3") De lib. arb., II, 33. En définitive, c'est par rimmufabilité de la vérité qu'Augustin prouve l'existence de Dieu, comme c'est par elle qu'il a prouvé l'immortalité de l'àme.
(4) De lib. arb.. II. 35-38. Cf. De dii\ qiwest. LXXXIH, q. xxxix : De «h'menfis-. De bonne heure, .\iigusfiu s'est convaincu que l'Etre divin fSt, par nature, incorruptible {Conf., 1, 4, init.). S'il s'est détaché des
distingue donc, par nature, non seulement des corps mais des esprits (i).
P 'autre part, elle ne nous est pas inférieure, car elle ne se laisse i)as juger par nous, elle règle plutôt les divers jugements que nous pouvons formuler par ailleurs. Elle n'est pas simplement noire égale, puisque nous changeons et qu'elle est immuable, puisque d'ailleurs elle nous juge sans se laisser juger. Elle l'emporte donc évidemment sur nous (2). Mais alors un dilemme se pose : Ou bien elle constitue la réalité la plus haute qu'on puisse concevoir, ou bien elle se subordonne à un Principe plus parfait (3). Qu'entendons-nous par Dieu sinon un Etre supérieur à nous que nul autre ne saurait surpasser ? De toute manière, donc, nous devons conclure qu'il existe f7|).
Manichiîcns, c'est même, en grande partie, parce qu'il leur repiochait (le le faire changeant et immnatjlc (Conf.. VIT. ;î ; De nior. Mon., af)). Il ne fait ici que reprendre la même idée, en la préci-ianl. 11 ne <c iasurra [tins désormais de rappeler qiie Dieu n"esl liinilc ni pai' l'cspaïc ni par le temps (V. De ver. reL, 8i ; De Mus., VI, ii'i-'^'» : De ^^iv. qiKiest. L\\\Uf, (I. \i\ : De Deo et creatura \ q. \\ : Di' Icco Dri). Cf. Knn.. i, S; V. 2-:<;"vi, 5, lo-ii ; VI. 8, 16.
(i) De Ub. arb., II, 34.
(al De Ub. urb., II, 34- Cf. De Mus., VI, 33, /(Vi.-30.
(3) De Ub. arb., II, Sg ; cf. ibid., i4. De ces deux hypothèses Augustin admet plutôt la dernière. Il identifie la Vérité .avec la seconde personne de la Trinité et, dans la suite du même paragraphi', il rap- }.elle et déclare accepter sans réserve la doctrine j)inff-;-éi' à ce sujet par l'Eglise. Mais il n'essaie pas encore d'en donn.i nw démonstration rationnelle. Dans le passage du De Musica que cite la note précédente, il se rapproche de cette démonstration. Il explique, en effet, que la Vérité, étant ahsolument imnmable, et, par conséquent, indépendante de notre ànie, doit résider en un Etre également éternel cpii ne saurait changer.
(4) De Ub. arb., II, 39; cf. ibid., i4. Dans le De \lnsirn (VI, 50^ Augustin \a encore plus loin et démontre, par la même mélliode, l'existence de la Trinité chrétienne. L'un, dit-il, est le piincipe du(|uel tous les nombres dérivent. En se posant une seconde fois, il engendre l'égalité, ou la ressemblance. Source de la beauté^ car rien n'est plus égal, ni pins senil)l.able à soi-même qur i + r on ■> : ("c^l par- l'iiifcrmédaire de ce nombn' nouveau qu'il donne naissance à tous les autres. Enfin, en se continuant jusqu'à trois, il forme un tout parfait, car, dans lonlc triade, on peut distinguer im commencement, un milieu et luie fin : la première unité et la deuxième, qui se suivent naturellement et dont l'union constitue la troisième, sont immédiateirienl suivies par elle et lui demeurent très unies, ce qui ne peut arriver dans aucun autre cas (Cf. De Mus., I, 20-22). Nous devons donc distinguer dans l'Etre suprême, chez qui réside toute perfection, l'Un originel, de qui tout
I/arj^ument qui nous a permis dr nous élever jusqu'à l'Ftro suprèuio nous inontre que lf>u( ce (iiii existe eu deliors de lui xicnl (le lui seul (i). (ioiisidi tous le (ici, la Icnc et la nier, e.iusi iiiii' les oiseaux, les reptiles cl les poissons qui s"y montrent saTis (•( <se. Aucun de ces tMres n a de rf''alit(' que dans la mesure f>ii il p(iss('de une certaine rorm(> (-ouslituée, à son tour, par des noiiiitics (■}). T.es produits de la il liuiuain ne se r('alisent que par certains calculs auxquels l'artiste a d'aboid apf)liqué son esprit, et à Inexécution desquels il a ensuite travaillé jusqu'au Tnomenf où son œuvre extérieure s'est trouvée d'accord avec le [ilaii l'Ialioré par lui i.')), ( loiisidi'ions inainlenanl cet liounne isolément et en lui-même, (hi'il s'agite pour un travail quelconque ou pour le plaisir de la danse, qu'il se meuve ou qu'il reste en repos, toujours il observe ime certaine arithmétique qui
po^ic'nt. iiiif « itiiii,;::»' >> de liniiiiMni'. i'ltiiIc (i «embliihli^ à Ini. p,\r I.HjtirlIi' il ,1 lout prdiiiiil, l'I iiii <c l(<''<f)r de linnh'- », ni qui l'un rt r;nilri' ■;"iiiii^-ciit il.iiis un [i;irf:iil iimoiir et fniit tout exisf(>r.
(H TliiniiiH- w'/). ril., p. i,S()-i()i) \()it (I;ms le tMisonnonif^nf qui suit une sccoiulc pr(MiV(' de l'existence de Dieu, qu'il .qipelle « en<tnol(iLrique » et (( ilri^totélicieiuie " [loin- l,i distiitiruef de relie (jui \ieiil d'elle expns('>" et qu'on peut (fu;dilief j)lut('il d' i' ()ntol(\i:i(pie » el d" " f)1;itr)uieienrn" •». l/m-frunicul. n'est pus s])('eiliqueiuent eosiuoloiriipie. ni même iu'i.stotéjieion. eiu' il ne s'iipplique piis seulenieni .'ui monde, mai.^ à l'ànie, et il vietil de P\ i!i;iy'oi-e eri pass.ini par le .\i'0[>l;douisme. De plus, il ne \ i<e pas à prouxrr (|ue Dieu existe, mais plnl(M que lout a élt^ fait par lui. poMr- eonelure linalemenl (pie le lilire ailiilre est tiieii son œuvre. Il e^t, .111 fond, i |iiili{|iie .i\ee icliii (pli a servi à t'Iahlir l'existence d(; •"l'Iic divin, .seuitiiient il se Iroiive. en quelque sorte, relomaK^. parce qu'il (dierciu' à ex|)!iipier l'exislence du monde.
(ti De lih. (irh.. Il, \'.. inil.; ihUI., .'l'i, \b : De rer. rel., 7^1-78; Di' ilir. iiiini'sl. LWMII. i\- ^' I Iriiw nttuir rnrpiis a Deo s'il? Dans \e De Mu:<irn (VI, Î}~-7)S\. Aui.'-uslin pK-eise ces (lonn(Vs, on rattachant sa preuve de In création à celle de la Trinité (pi'il ,1 donnée un peu plun liaul iVI. T)!"'!: La l'Tie. (jiii est. sans eoniredil, le ji'iis vil des éléments, offre dt'jà. dil-il. mie eeitaine triade. daii< laquelle ou doit voir comme le sceau iniprimé' sur elle par son divin auteur, lui elle, eomnif en .liaque eorijs, se iidine un picniier point indivisible, qui. en .«^e n^p»-lant. donne des dinu-nsions exactes et jifarde toujours un certain ordre. De plus, elle a une iialiire déterminée, elle se ressemble en toutes .ses parties et elle les lient toutes élroilcmeul unies, à leur place normale. Les mêmes remarfpies s'appliquent riiienx encore à l'eau, à l'air, aux récrions supérieures du ciel (pii hornenl cel univers, aux (''très inétendus tpii léfrissent l'espace et ne sr trouvent refais que par le temps, plus précisfimcnt. aux âmes vivantes et aux esprits bienheureux que rien ne sépare de leur premier jirincipe.
1^) De lib. <irb.. H, /j2 ; De onl., Il, 3i. Cf. I':nn., V, 8, i.
492 l'évolution intellectuelle de saint AUGUSTIO
s'étend dans l'espace ou se déroule dans le temps (i). Ces nombres divers, qui se manifestent ainsi à travers l'étendue et la durée, ne sont que des vestiges de ceux, tout à fait inétendus et éternels, que nous a>ons entrevus dans le sanctuaire de la sagesse (2). ils constituent comme la signature de l'artisan, et ils nous le font reconnaître en son œuvre (3). Les êtres en qui nous les trouvons sont essentiellement changeants, et, par suite, contingents. Ils ne se sont point donné la forme qu'ils possèdent. Ils ont dû,' par conséquent, la recevoir d'un autre (f\). Or ils ne peuvent la tenir que de celui qui seul est par lui-même et demeure immuable. Lui seul a pu les fjiirc ce qu'ils sont. Ces remarques s'appliquent aux corps inanimés et à tout ce qui vit, soit aux âmes privées d'intelligence, soit à celles qui en sont pourvues. Or, en dehors de ces êtres il n'existe que Dieu. Nous sommes donc bien en droit de conclure qu'il n'y a rien absolunienl qui ne tienne de lui (5). \us>i l'Eglise le présente-t-elle, avec raison, comme le <( Crrjilcui- de lnulcs choses » (6).
fi) Dr lih. nrh.. TI, \? ; Dr or,].. IT. .'^'i. Cf. F.nti.. V, 'S. ■>.-?>.
(2) Dr. llb. arh.. JI, /,o. //n. ; Dr Ui/.s.. VI. 3',. Cf. Enn.. V, 8. 4-5.
(3) Dr lih. arh.. II. /Î.VU; De ord., T, 0; U. .^,1. Cf. Enn.. V. 8, 5 e\ 7.
(4) De lih. nrh.. II. '|.") ; Dr iinni. ini.. 1 '1 : siiiini. p. 'l^ïS. Cf. Enn., V, 9, 2; VL 8, I',.
>5) De lib. arb., II, /|6. Dans Ir De Mnsica (VI, 67, init.), Augustin .ijovito à cet argument frônéial iloux cnnsidi'ralions iionvolies qui s'y rattachent (''troitcinonl. Vn artisan humain pmil hien flonncr à un tronc grossier la forme qui lui plaît; comment Tartisan (li\in, qui nous est infiniment suj)t'rieur, ne produirait-il pas la matière sur laquelle s'exerce notre action.'* Tout végétal, tout animal est engendré par l'àmc ; comment les éléments qui servent à le constituer et qui se trouvent bien moins parfaits si-raient-ils incrées i* Ceux cfui ne s'en rendent pas compte sont des esprits lents, poiu" ne pas dire daAantage. Augustin ne paraît point se douter que les Néoplatoniciens n'expliquent point le inonde par une création mais par une dégradation progressive de l'Etre divin. Lisant chez eux que tout vient de Dieu il en a conclu que tout a été fait par Ini et tiré du néant. Cf. Enn., I, 8, 7: II, 5, 17; II. 9, 12; III, 4. I ; V, o, 12, etc.
(6) Dr Mus., VI, 57, init. Augustin fait allusion au début de l'hymne ambrosienne : Deiis creator omnium, qui a fourni le point de départ, ou, pour mieux dire, le thème général du sixième livre du De Masicn (cf. 2, init., 23, cire, med.) et dont un A^erset avait déjà été cité par Monique vers la fin du De beata vita (35 fin.). La doctrine qu'il expose ici ne fait que préciser celle du De libéra orbitrio, oh l'idée de la création est déjà clairement affirmée (II, 46). Dans le De Genesi contra ManicIlocos (I, 9-12), il va plus loin et il enseigne que Dieu a produit d'abord
oiÊU 493
Dieu n'a pu produire les diverses parties qui composent le monde sans en avoir tout d'abord les idées. Ce dernier mot doit être bien défini. Il vient, dit-on, de Platon, quoique la réalité qu'il désigne ait dû être connue avant ce philosophe (i). Nous pouvons le traduire par <( formes » ou par « raisons m. Il signifie les formes initiales, les raisons immuables d'après lesquelles a été fait tout ce qui peut commencer ou finir et par la contemplation desquelles l'àme douée d'intelligence et exercée à la pratique des vertus arrive à la \raie science (3). Personne n'osera prétendre que Dieu n'a point agi d'une manière raisonnable en produisant le monde. On doit donc admettre qu'il en a préalablement contemplé les idées. D'autre part, il n'a pu les voir hors de lui-même et se régler sur des modèles extérieurs. IJne telle supposition serait sacrilège. Eternellement il a donc porté on lui le plan de l'univers (3).
A ce propos, on peut se demander s'il a seulement en lui l'idée générale de l'homme, ou s'il possède celle de chaque individu (4). Cette seconde hypothèse est la seuple admissible. Nos individualités sont très différentes. A. en croire Nébride, tandis
une mntière informe et chaotique .pui.-^ les formes divcr?"s qui constituent le monde.
(i) De div. quaest. LXXXHI. q. xlvi, i. Cf. Cort. Acad., III. 87; De Clv. Dei, VIT, 28.
(21 De div. qwiesl. L.Y.X\\7//, q. xlvi, ■.>, inU. Kn fait, Aupustin mentionne assez racmont les « idées •>•>. 11 parle plutôt des « formes » (De imm. an., i3, i4, 2/1, 25, etc.) ou des « raisons » (De ord., II. /|Sdg). Une terminologie à peu près identique apparaît ch<>z Plotin {Enn.. II, 6, •>; V, 8, 8; V, 9, 7-8, etc.).
(3^ De div. qiiaest. LXXXIII, q. xlvi, 2. Cf. Enn., V, i, 3-5; V, T., 1-2; V, 9, 3-6; VI, 2, 21; VI, 7, 8; VI, 8, 17.
(4'» Epist., XIV (ad Nebridium) 4, init. Cette question se rattache logiquement à celle qui est discutée dans les paragraphes précédents de ■< mémo lettre, bien qu'Augustin n'en montre pas le lien. El''^ e^t ^or ruement discutée par Plotin. Enn... V -. -^
494 LÉVOLuriUi^i INTELLECTUELLE DE SAINT AUGUSTIN
que le soleil et les autres astres suivent des voies très diverses, nous marchons tous dans le même sens. Mais, outre que les corps célestes se rencontrent sur bien des points, nous divergeons sur beaucoup d'autres. Nous n'avons ni la même démarche, ni le même pouls, ni le même visage. Les jumeaux les plus ressemblants, les lils de (ilaucus, ne peuvent se confondre {i). Dieu ne nous aurait donc pas appelés à l'existence, s'il ne nous avait, d'abord, vus en lui-même d'une façon précise. Pour dessiner un angle, il me suffit d'en concevoir un ; pour former un carré avec ses quatre angles diversement disposés, je suis obligé de me représenler chacun d'eux (3). De même, pom* faire l'honmie, le Créateur eiit pu se contenter d'en avoir une idée générale ; mais, pour former la société humaine, dans laquelle entrent des individus fort différents, il doit posséder une idée précise de chacun. Puiscju'il a produit non seulement l'ensemble des êtres mais encore les moindres détails qui se montrent en eux, il connaît inut sans aucune exception (3).
Bien mieux, nous ne pouvons rien savoir que par lui. Il est notre (( seul maître » Cj). Celle dernière affirmation est de la plus haute importance. Elle mérite donc ime étude spéciale. Mais nous n'arriverions pas à la comprendre si nous ne commencions par nous rendre un compte exact des lois qui président à tout enseignement (5).
La parole est le moyen normal dont les hommes se servent fiour s'instruire. Nous ne l'employons même que dans ce but. Si je parle à quelqu'un, ce n'est que pour lui apprendre quelque chose, et, jusfpie dans les questions que je lui pose, je ne cherche, en définitive, ((u'à lui révéler nion état d'ame (6). Si je m'entretiens avec moi-même, c'est pour me rappeler certains souvenirs, pour me donner certaines connaissances. Sans doute je
(i) Kpist.. MX. o. Cf. Enn.. V. -. :>. fw.
(a) Episf.. XIV, 4. Cf. De quant, on., t^.
(3^1 Epist.. MV. 4. (^f. Enn.. V. 7. .3. fin. rt V. 9. 10.
(^) Di' \fa(i.. '|ti. inif. Anpnstin fnif iri nllu.'îion au texte de l'Evangile (\fiilf.. X/XITT. 10): Magrister vester iinus est ChristTi?. Cf. Betr.,
rS) Tout le traiti' De ninghiro est consacré à l'étude de cette question. V. Ott., Vher die Schrift de.^ hpU. Auaustins De mafjistro. Hechingcn, 1898, in-8°.
(6) De Mag., i, init.
DIEU 49o
fredoimo j)arfois pour mon seul ogréiiicnl, mais je ne fais que mo livrer alors à un exercice purement; musical fort différent d'un nioiiolcyiic in. .Ii' ne puis lieii ,i|)|irrndre à Dieu. Aussi n'ai-je pas ;"i (in|)l<i\ei- des sons arliculés au cours de mes prières. Si les prêtres le font dans les assend)lces religieuses, ce n'est (pie poui- iHM-mettre au\ assistants de s'associer à eux, et si le (iliiist nous a donné la formule de l'oraison dominicale c'est seulement afin de nous apprendre sur quoi doivent porter nos dciiiaiides (■>.). Prenons une phrase ipK-lconcpje. \ous verrons que chacun de ses membres signifie (pielque chose. T,e mot rien lui-nièiiie a un ohjel déleiiuiné'. car, à déraut du néant qui, par délinilion n'existe pas, il di'signe une certaine impression de l 'espril (.l).
dépendant nous pouvons fort bien nous instruire sans parler. Si je \ous (hinande ce que c'esl ipTune muraille, vous n'avez, pour me répondre, qu'à m'en montrer une du doigt. Les sourds s'entretiennent par gestes sur les sujets les phjs diAcrs et les liislrioiis joiinil des |iir( ( s cnlirres avec leur pantomime Ci). 11 est vrai qce l(>s uns vl les aulies s'expriment, sinon avec des sons articulé^;, du moins avec des signes. Mais on peut le faire aussi en réalisant simplement sous les yeux de quelqu'un co qu'on veut !ni apprendre. Je vous demande ce que c'est que la marche A'ous n'avez, pour me le montrer, qu'à marcher devant moi, si loutei'ois vous ne le faisiez di'jà Ui). Quelques précisions sont ici nécessaires. Nf)us pouvons chercher à faire connaître soi! des sign-^s soit des ol)jets (tV). Dans le premier cas, nous sommes bien forcés d'employer certains signes. Ceux auxquels nous recourons alors appartiennent toujours au même genre que ceux qu'ils représentent, puisipie les uns et les autres signifient (pielf[ue chose (-). Ils s^uil (pi(d(piefois d'une espèce diffé-
(i) Dr Maçi.. i. Déjà dan? .''es f^nliloqups fl, i) .\iii.Mi?tin a expliqué qu'il .t'riitrcfrnnit avec ,';oi-mèmc afiji de mieux s'in«lruire. Cf. Epist., III. I.
(21 D,' ^r;;/.. :•. Cf. Epist. . CM.. 69 ; In Psalw.. HT. \ : V, p. : CXXXIX.
(3) Dr ^f^r|., :^-\. Cf. SnJil.. If, .-^i. fin.: Dr iww. nn.. îo.
(4^ Dr Ma<,.. ,f>. Cf. ^olil.. II. 18.
(5) Dr Mag., 6: cf. Sa.
(6» De Maçi., 7, inU.
(7) D^ Mna.. -.
496 l'évolution intellectuelle de saint augustln
rente ; ainsi, l'écriture s'adresse à la vue et les paroles qu'on écrit à l'ouïe ; de même, dans le langage parlé, le mot conjonction se range dans une autre classe que les monosyllabes ou, si, car, à moins que (i). Quelquefois, au contraire, les signes employés ont la même nature que ceux qu'ils désignent, mais ils possèdent une valeur plus grande, ou bien ils ont une même valeur, mais une origine différente, ou bien ils se ressemblent jusque dans leur formation et ne diffèrent que par le son. Ainsi, le substantif signuni dit bien plus que verhum ; d'autre part, verbuw. et nomen offrent la même extension, seulement lun vient de verberare et se rapporte à l'ouïe, l'autre dérive de noscere et concerne b mémoire ; enfin, namm c\ onoina ne se. distinguent que poiii' roicille {:>.). Arrivons au cas où nous voulons plutôt désigner des objets. Ceux-ci ne peuvent plus se confondre avec les signes qui les représentent. Si nous commettions pareille confusion, nous nous exposerions à la mésaventure de ce personnage légendaire, qui, ayant imprudemment accordé que ce dont nous parlons sort de notre bouche et étant venu à parler d'un lion, s'entendit plaisamment reprocher d'avoir vomi une si méchante bêle, lui (pii rfait un si brave homme (3) ! Les mots ne sont que des moyens d'appeler l'attention sur certaines réalités, car, de même qu'on doit manger pour vivre et non pas vivre pour manger, on doit parler pour dire quelque chose et non inversement. Tous sont donc bien inférieurs, sinon aux objets qu'ils représentent, du moins à la connaissance qu'ils font naître dans l'esprit. Sans doute, les noms de la boue et du vice ont plus de valeur que les choses qu'ils expriment, mais ils en possèdent beaucoup moins qtie les idées qu'ils évoquent (4). .\ussi ne sont-ils point nécessaires au but qu'ils se proposent. Une foule de choses peuvent fort bien être montrées sans eux. L'oiseleur peut révéler son art en l'exerçant, sans prononcer une seule parole. Sur Ips théâtres, on figure des scènes multiples sans employer un siL':no. Enfin, Dieu nous fait directement con-
CO Dr Miig., 8 iîiit. cl it.
(a) Pc \fag., 8-18. Dans les deux para^rraphes suivants (19-20), Adéodat ré.'^ume (rès bien cet entretien, qui, de l'aveu d'Auçnstin luî-m^'m- (21), était r-'j.-iSiiblcment confus.
(3) De Mnq., 22-u/i.
(4) De Maçi.. ?.5 >'^
nnître le ciel avec ses astres et la terre avec ses innombrables liabilants (i).
Non seulement le langage n'est pas le seul mode d'enseignement, mais encore il ne peut, par lui-même, rien nous apprendre. Il n'a, en effet, aucun sens pour les gens qui ne connaissent pas déjà ce qu'il peut signifier, ,1e lis quelque part : « leurs saraballes ne furent point altérées » {Dan., III, ()/;\ On m'explique que les « sixraballes » sont des ornements de la tête. Je ne comprendrais pas ce commentaire, si je no savais déjà ce que c'est qu'un (( ornement » et une « tête ». Or, je ne l'ai point appris en entendant prononcer ces divers mots ; mais j'ai saisi, plutôt, le sens de ces mots après avoir vu les choses qu'ils désignent et après avoir compris qu'ils scrvaienl. à les représenter. I.a connaissance des objets est si peu produite par celle des signes que c'est elle, en |>ren)ièr(> ;nial\se, qui lui fionne naissance (3). Comment s'opère-t-elle donc •' Par une intuition directe des réalités matérielles ou des idées, selon qu'il s'agit des sens ou de l'intelligence (8). Si ()ucl(|ii un ininliMioge su?- la nouvelle lune, ce que je pourrai lui en dire n'aura pour lui de sens (pi 'autant qu'il saura voir, et s'il me demande ce que j'ai vn jadis, mes souvenirs ne lui apprendront rien au-delà de ce qu'il aura déjà pu éprouver. De même, si quelqu'un me pose une question d'ordre intellectuel, la réponse que je lui ferai sera une énigme pour lui, s'il n'a aucun soupçon de ce que je veux lui expliquer. La parole ne sert, en définitive, qu'à nous rappeler ce que nous savions déjà ou à porter notre attention sur ce que jusqu'ici nous ignorions (l\). Aussi, quand quelqu'un nous
(i! De Mag., 29-32.
(ai Do Mag., 33-38.
(3) Di; Mng., 3(). Dans une Idtro adressée à Nébrido (Ep-ff.. MIÎ. 2-/1'. Âii<;»isfiii nippellc le niènir principe, et il <mi conrlnt qu'on ne peut admeUre, comme certains; pliilosoplies Toiif votihi, l'existence d'un corps subtil qui serait comme le vcliicule de l'àmc Aucun corps, dit-il. ne peut être perçu par rinlelligence, et celui ci ne tombe pas sous le.? sens. 1! avoue cependant qu'il a été jadis fort fierplexe à ce sujet. De fait, il a professé d'une façon «xpresse dans le De Miisicn (M. 10, i5) ; snjir'K p. 4*'>'^i nol. a) la thèse qu'il combat ici.
(\\ De Mag., 39-4o. Augustin ne soutient plus ici que toute connaissance intellectuelle est un ressouvenir. Il y voit, plutôt, une illumination iid(''ii(ure produite par le Verbe. Cette explication mystique, très conforme à l'esprit du Néoplatonisme et du Catholicisme, ne contredit pa$
parle, nous n'acceptons pas servilement ses dires ; nous prenons parli jHinr lui. si ridus coiislalinis (pi'il dit vrai, on conlie Uii, si nous estimons qu'il se trompe. \ous nous j)osons devant lui cc»rnnie des juges, n<)n comme des disciples (i ). Bien mieux, nous convprenoiis, parfois, le sens de ses paroles beaucoup mieux que lui-même. Nous pouvons, pai' exemple, nous convaincre de l'immorlalité de l'àme en l'entendant démontrer par un épi( iiiicii. (pii en cxiiosc les |)rcn\es sans y croire (3). Non seulement noiic irilcilo( iileuf iir saisit pas toujours bien ce (pi'il dit, ii ris(pie encore de ne \ouloir pas dire ce (|u'il pense, on de mal s'exprimer. D'ailleurs, les mois n'ont pas pour tous le mèiiie sens : lelîe phrase, prononcée avec une intention très drf»ite. peut èlre mal iuterprcfée. Enfin, sommes-nous tout à fait sûrs d'avoir bien entendu, de n'avoir ]ias pris un mot pour un aulre ? JamaTS nous ik^ pouvons iious flatter de bien entrer d;iii^ la pensée de cclni fpii ?ious parle (3). Quand même nous y réussirions, nous n'en sciions pas beaucoup plus avancés. Ce n'est pas pour se renseii:n''i' sur b^s opinions du maître mais poui- sinilier à la science <pie les enfants vont à l'école. L'essentiel est de connaître non les jugements d'autrui mais la vérité même f'i)- Nid ne |)eul nous l'apprendre sinon celui (pii seul la possède. Dieu est donc bien, selon ce cjui a été dit, notre seul maître, an sens ])ropre du mol T.")). Si nous donnons ce nom à reilains hommes, c'csl sinq)lemenl parce qu'.à mesui'e qu'ils nous parlent noir" esprit s'illumine. Cette succession immédiate de la parole et de la connaissance nous fait croire que l'une est la cause rie l'autre. En réalité, nos interlocuteurs ne savent (fue frapper nos oreilles par des sons extérieurs. Dieu seul nous ('(la ire inlérieureirient et il le fait en se montrant luiivième à nous. C'est dans sa propre lumière que nous contem-
|:i lliroric platoniricniH' dr la n'niiiii'^ci'nri' qui s'est afliniirc dans phi- '^i"i:!« (]<• SCS rcrits pi-écédcntï (Snli!.. II. ?>'\-?>'y: De iinw. an., (i : De (lii'iiit. (111.. ."/( ; Kpist.. VII. 2). mais elle la rciul ([('.«orinais iinililc.
(1) Ih- M(i<i.. '10.
(■i) /'<• Mnij.. /,T.
|3l /)<■ Mou.. ',:..'i'i.
('4^ De Miiq.. 45.
(5) Du Mnij.. ffC). inil. Au^Mislin fail remarquer ailleurs (De Civ. Dei. VIII, 7) que cette doctrine osl osscnliellcment néoplatonicienne. Cf. Enn.,