‹ L'évolution intellectuelle de saint AugustinChapitre 50 sur 88 · V. T. II · texte numérisé non relu

V. T. II

pions toutes les choses intelligibles, comme c'est dans celle du

soleil créé par lui que nous percevons tous les t)bjets visibles.

Etant, par essence, la Vérité nièine, il est pour nous le principe

(lu \ rai ( i).

Si Dieu est la source unique de loul ce qui existe et de tout ce qui se laisse concevoir, ne doil-ii pas être tenu jiour respousalde du mal que nous Taisons el de celui ([ue nous pouirons commettre i' Tel est le grave problème qui, désormais, se pose à S(>n sujet (:>). Mais les principes déjà établis nous en fournissent la solution.

Peut -on imaginer, demande-t-on d'abord, qu'un Etre essentiellernenl bnn nous ait doiun' le pouvoir de pécher (3) :* Oui. et on est uièine obligé de l'admettre, car la faculté dont il s'agit n'est pas mauvaise par naluie. elle constitue, au contraire, pour nous un précieux avantage (f\). Sans doute, on peut s'en sei\ir pour le mal. Mais il y a bien d'antres choses qui donnent lieu à lie multiples abus et (jui n'en sont pas moins excellentes. Nos mains sont nécessaires à l'intégrité du corps : cependant elles aident parfois à commettre des actions cruelles ou hon-

(i) De .)/«;/.. 38. .\ngustin vise p.irtirulièmnent ici la seconde personne de la Trinité clirétienne, conforménicnl à ];i parole, déjà citée, de TEvanirile : Maeister venter unns e:t Clui^tii.^ iMalL. XXITI, lo'i qui a iiispii'c son tiailé.

(2) I),' lih. i\rb., II, !\-. I/ohjectioii a été présentée depuis louf:tenips [lar I!\odc, an coins dn imwnc liailé (I, 35: II. i, /|). Mais Au- L'iistiii a l'ail ih- longs détonrs a\aiil (l"\ l'épondrc. cl c'est seidemont ici fpi'il en ai)oide la solution. ( )n rcnianpiera qvie la théoiic de la science di\ iur ipii viiiil iri'lii' n\\<r iii ri'liil' s'y li'onvc loj^iipicnicnt snj)post''e.

La proniière partie du De online a déjà discuté une objection analoiru<' (V. De uni., Y. i). Senlenieiil ellr traitait plutôt du mal physique, tandis (jue le De lU>eru arbiirio se pn-occupc nniqucnient du mal moial. Flic ne donnait pas de réponse tléliniti\e iV. De onl.. II. :>.'i), tandis que nous a\ons ici ime doctrine bien airètée. Kn comparant ces deux a-uvies, nous xeri'ons cnnibicn Au<,Mistin a cxolin' de Ciuic à l'autre.

(3) /).■ ///). iirb.. II. !^~, iiiil. Aiiiiii-tiii ,i mlcndu jadis li.-s Manichéens faire cette objection aux (latholiiiucs De Ceit. ront. Mait., II, ^s), et. mèini' après avoir rompu avec eux, il est resté longtemps sans pouvoir y répondre [Conf., VU, 5).

(4) De lib. arb., II, 4?, init.

OOO l'évolution intellectuelle de SAtNT AUGUSTU»

teuses. Nos pieds ne se montrent pas inoins utiles : avec eux pourtant nous allons peut-être faire du tort aux autres ou nous déshonorer. Nos yeux nous permettent de voir avec la lumière du jour les formes corporelles, ils sont, en outre, un merveilleux ornement du visage : malgré tout, ils se portent fréquemment sur des spectacles déshonnêtes. Si ces divers organes sont bons par eux-mêmes, à plus forte raison le pouvoir que nous avons de nous déterminer librement doit-il l'être aussi. Il l'emporte évidemment sur eux, car il se rattache à l'âme, non au corps et il est la condition indispensable de toute vie morale (i). Nous devons reconnaître cependant que, s'il se tient bien audessus de l'organisme, il demeure fort au-dessous de la moralité, car celle-ci. se présente à nous comme un but vers lequel nous devons toujours tendre et nul ne peut jamais en mésuser. Dans la hiérarchie des biens dont la jouissance nous a été donnée et qui se classent d'eux-mêmes en supérieurs, moyens et inférieurs, il vient seulement au second rang (2). Il apparaît doublement imparfait. D'abord, tout en usant des réalités matérielles qui s'offrent à lui, il doit user aussi simplement de lui-même, à peu près comme la raison connaissant les autres êtres se connaît elle-même, ou comme la mémoire se souvenant du passé se souvient d'elle-même. Il constitue, en d'autres termes, un simple moyen destiné à poursuivre une fin ultérieure (3). De plus, tout en pouvant se porter vers cette fin, il peut aussi s'en écarter par sa faute (4). En effet, l'âme se meut aussi bien quA le rrr-os f,5). Parfois elle s'approche de Dieu, mais parfois aussi elle s'éloigne de lui et c'est dans cet éloignement que consiste, à proprement parler, ce qu'on appelle le péché (6). On objecte que le péché lui-même, qui constitue incontesta-

(i) De Ub. arb., II, 48-^9. Cf. De ver. rel, Sg.

(3) De Ub. arb., II, 5o-5i. Augustin distingue ici des biens supérin^rs. des biens moyens et des biens inférieurs. Cette distinction est empruntée à Plotin, qui la rattache à celle de l'Un, de l'Intelligence et de r.\me du monde (Enn., I, 8, 2, fin.; III, 2, 8 et 9).

r3) De Ub. arb.. II, 5i ; De Mus., I, 12 ,init. ; De div. quaest. LXXXIII, q. x\\ Vlriini oinnui ni uHUtatem hominis creata sint., supra, p. 484- 4S6.

(4, De Ub. arb., II, 52-53.

(5) De div. quaest. LXXXIII, q. vui : L'trum per se anima moveatur?

(6; De Ub. arb., I. 34. Cf. Plotin, Enn., IV, 8, 3-4.

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blement un mal, est sans nul doulo nalurcl (i). Mais s'il l'était, il s'imposerait tatalcment à nous. Dès lors, on ne devrait ni le censurer ni reprendre les hommes qui s'y livrent. Il ne serait pas plu> blâmable que la chute d'une pierre. Or tout le monde s'accorde à le trouver mauvais. Il n'est donc pas un produit de la nécessité mais de la liberté. Il appartient à l'àme comme la pesanteur au corps. Seulement tandis que cette dernière est naturelle, il demeure purement volontaire et c'est de notie plein trré que nous le commettons (2).

On insiste en disant qu'il a été prévu par Dieu, dont l'intelligence pénètre toutes choses, que dès lors il doit arriver, car la science divine est infaillible, et qu'ainsi nous ne pouvons nous dis|)enser de le commettre (3). Mais la prévision que. le (Jréateur possède, sans nul doute, de ce qu'un jour il doit faire pour nous, n empêche pas qu'il ne le fasse très librement. De même, celle qu'il a du bonheur qu'il nous accordera plus tard si nous pratiquons le bien ne nous contraint pas à être heureux. Pourquoi celle qu'il a de nos fautes nous forcerait-elle à les commettre (A) i' S'il prévoit ce ([iic uous voudrons, et si sa prévision se montre infaillible, i)irn Inin d'en conclure que notre volonté en sera contrariée, nous devons affirmer qu'elle ne manquera pas de se réaliser, en d'autres termes, que nous nous déterminerons simplement par nous-mêmes (5). Du reste, chacun de nous peut deviner, en certains cas, qu'un autre péchera, sans le forcer, pour cela, à pécher. La connaissance de l'avenir n'est donc point nécessitante par nature (6). Celle du passé ne l'est reilainement f is. Or L-ieu voit toutes les choses comme déjà effectuées. De même que ce qui a été ne dépend point de notre souvenir, ce qu? sera ne saurait dépendre de ses propres prévisions. Et, de même que nous nous rappelons ce que noîjs avons fait .sans avoir fait tout ce que nous nous rappelons, de même il prévoit fout ce dont il est l'auteur sans être

(i) D,' Jih. „rl>.. III. I. init.

(3) De ///). (;;•/«.. III. i-3. Voir niissi D.- i}ir. qnarxl. I.WXIII, q. xxiv : l'Irmn peccnhun c/ n'cli- fncltim in lilirro .s(7 rnlunintis nrhUrio? Cf. Plotin, Erin., IV. 8. 5.

(3) D,- lib. urb.. III, 4-5.

(4) De lib. arh., III. 6-7.

(5) De lib. arb., III, 8-9.

(6) De lib. arb., III, 10

l'auteur de tout ce qu'il prévoit. Pour revenir à l'objet de la présente discussion, il connaît d'avance toutes nos fautes sans y prendre jamais aucune part active (i).

On objecte que les déterminations de notre volonté ne sauraient s'expliquer, si elles n'étaient point l'œuvre du Créateur. Livrées à elles seules, toutes les âmes, dit-on, devraient agir d'une façon identique, car elles ont une même nature. Or certaines se portent constamment vers le bien et d'autres vers le mal, tandis que beaucoup flottent toujours entre ces deux extrêmes (3). 11 est facile de répondre, d'après les juincipt'S déjà posés, que cette diversité tient précisément à notre libre aibitre. Elle ne peut s'expliquer autrement. Si nous cherchions une cause ultérieure, nous devrions en.suite en rechercher une seconde, puis une troisième, et nous irions ainsi à l'infini, sans pouvoir nous arrêter jamais. Toute cause nouvelle aj.nssant librement laisserait subsister l'objection initiale (3). Si elle se trouvait soumise à la nécessité, notre acte n'aurait rien de répréhensible. Serait-elle juste ou injuste ? Il n'y aurait aucune faute dans un cas à s'y soumettre, dans l'autre à lui résister. Agiraitelle par contrainte ou par persuasion ? Dans la première hypothèse, on ne pécherait point en la subissant, dans la seconde, on

(i) De Ub. arb.. III, 11. Dans Ip De dlversis qiiaestionibus LX'^XIII, q. XVI- : De scientia Dei, Augustin adopte, sur le même sujet, une thèse beaucoup plus radicale : « Le passé n'est plus, le futur n'est nas encore. L'un l't l'autre manquent. Mais en Dieu rien ne manque. En lui donc il m'y a ni passé ni futur mais tout est présent ». Cf. Enn., IV, 4- 11-12 et ifi; VI, 7. I.

(2) De Ub. urb., III, 47. Ce frag'ment de dialogue, transporté au milieti du traité, pour permettre de souder des morceaux plus tardifs et assez disparates se rattache étroilerneut à la discussion j)récédente. Il s'inspire de la classification manichéenne des trois espèces d'âmes (supra, j). l'i'O- Mais il hii donne une foinie chiétienne. car il la ramène à la distinction cornante des anges, des démons et des hommes. Cf, ibid., III, i/,-]5.

(3) /),- lih. arb., III, 48. Cf. Enn., III. .S, 3. Dans le De dioersis iinaestionibii.'i LXXXIII, q. xr : (''.uni aninuinun nutiird iina sit, iinde Itoniinnni diversne vnUiniatc.^? Au^nslin donne à entendre que la diversité des Nolonlés est ])ro(hiile {»ai' celle des habitudes, celle des habitudes par celle des résultats, cidie des résultats par celle des désirs, celle des désirs par celle des objets qui s'olTicnt à la vue, et celle-ci enfin par l'ordre naturel, qui, à son tour, vient de la Pro\idence divine. Cette idée, qui implique déjà toute une théorie de' la prédestination, s'accorde assez peu avec la remarque qui vient d'être exposée. Elle doit être bien plus tardive.

n'amalt pour \iv jias pécher qu'à ne j)as la subir. J)ir.i-l-on ipiClle pdurrait nous surprendre P 11 nous suflirail de nous Ifiiir siii uns tiardes pour éviler toute surprisé, et si cela nous (lait iiupossible, nous ne seiions aucunement coupables. Nous ne toml.ons dans le |)éclié que si nous avons les moyens de nous en garantir. De toute manière, donc, nous en somnies bien les auteurs responsables (i).

l!n tout cas, m- \a-t-on pas manquer de dire, un Dieu bon, prévoyant le mauvais usaiie (pic certains hommes feraient, du libre arliilie, Ji'anrait jKiint dû le leur donner (2). Rien n'est plus faux. Kn effet, l'ànu' souillée )iar le péché est encore prélérablc au corps \c plus pur, à la lumière même du soleil, dont ou ne peut pourlani [)as cnipéc lier de icndre grâces au Créat.'îir ^'^^. Si on en fait, lualgré tout, la critique, c'est parce qu'on lient compte de ce qu'elle aurait dv^i être el non pas simplenunl de ce qu'elle est. Prise en elle-même, elle possède toujours^ eu dépit de toutes .ses misères, une très grande perfection, et, loin de criliquer son divin Auteur, elle doit le remercier du don de l'existence (/|).

(i) De lih. (irb.. HT. ^q-So. Los Pé]agien.s opposeront plu? tard ces fléolaration.s si nettes à .\ugustin, qui en sera fort embarrassé et qui ks (lésavoJiera expressément (De nnl. et gruf., 80-81 ; De dono persev., 26-80; /?('//•., t. çi. .^'l. La suite immédiate du De libéra arbiirii, (III, 5i, suiv.) > appoil<» di'-jà des restrictions notables. D'après ce nouvel exposé, la !il)ertf' di'finie dans les chapitres précédents a exi.sté seulement chez le premier homme et elle a été perdue par sa faute. Nous sommes maintenant voués à l'erreur el à rimpuissance, sans pouvoir en sortir par nous-mêmes. Mais cet état malheureux est la ju.ste conséquence de la chute orifîinelle et nos actes n'en sont pas moins coupables. On peut ]iécher par ignorance et par faiblesse autant ([ue par malice (Cf. De die. qudést. LXXXIIL ip \xvi). Ces idées s'écaitent sensiblement de la doctrine générale du De libéra arbitrio. Elles suppos(>nt une évolution iion\eIle cl fort importante de la pensée d'Augustin.

(3^ De //■/«. arb., 111. jn, inii. Cf. III. (). fin. La même objoction était faiti' aux Catholiques par les Manichéens (De Gen. cont. Mon.. Il, .'1:!, siipro. fi. 176 et ^.Cii).

(3) De Ub. arb.. III. 12, cire. nied. Cf. iliid... i5 : un cheval qui bronche est préférable à une pierre inerte et un ivrogne à un vin excellent.

(li) De lib. arb.. III, 12, fin. La même idce est longuement développée au cours des paragraphes suivants (13-17). Ceux-ci ont dû être ajoutés après coup, car ils commencent et ils finissent très brusquement, ils abandonnent complètement la forme du dialogue et par leur contenu qs se rattachent étroitement au traité De la vraie religion.

O04 l'évolution intellectuelle de saint AUGUStli"'i

J'aimerais mieux, dira quelqu'un, ne pas être que me voir si misérable. — Tu mens, car tu tiens, malgré tout, à la vie (i). — C'est parce que je crains de devenir, en mourant, plus malheureux encore. — Mais, si lu l'es vraiment, lu le mérites bien, puisque tu critiques les dons divins, et tu ne le deviendras davantage que dans la mesure où tu l'auras voulu par ta projire inconduite. En aucun cas, par conséquent, lu uas lieu de te plaindre (a). D'ailleurs, si tu tiens à la vie, c'est bien jjlutôt parce que tu la trouves bonne, et, si tu le sens malheureux, c'est parce que tu as conscience d'être fort éloigné du Bien suprême Porte-toi donc vers lui, sans plus te soucier de ce qui passe, ( t tu seras heureux (3). Remarque enfin que tu ne peux i!iri]ic pas |>réf'érer ne pas être, car toute préterenc© se porte forcément sur un objet réel, qui nous paraît préférable à un autre et dont nous attendons quelque avantage. Or le néant n'est rien, par conséquent, il ne l'emporte sur rien et il ne saurai! nous rapporter aucun profit (/|). Sans doute, dans l'excès de leur infortune, certains hommes se sont suicidés. Mais cherchaient-ils vraiment à ne plus exister i* Plusieurs l'ont cru. Seulement la croyance est souvent illusoire. Le sentiment naturel a bien plus de valeur (5). Or ces gens-là ne désiraient la mort que parce qu'ils sentaient le besoin du repos. Ils aspiraient à la tranquillité et justement on y trouve plus d'être que dans l'agitai ion (6). \

En fout cas, objectera le même esprit critique, Dieu pouvait fort bien faire en sorte que je ne fusse point sujet à la misère. Si je ne suis pas heureux, c'est parce qu'il ne la point voulu.

(i) De lib. arb.. III. i8. Le fragment dialogué qui .siilt forme un tout très cohérent et se rattache étroitement à cehii qui vient d'être analysé.

(2) De iib. (irb.. III, 18-19. Cf. Enn., II. 9. o-

(3) De lib. arb., III, 20-21. Cf. Fnn.. II. 9. 9.

(4) De lib. nrb., III, 22.

(5) De lib. arb.. HT. 28. cire. init.

'ti) 1 >e lib. (irli.. III, 22, jin.-i?). Plolin avait composé un traité /'// Sui<-i(b\ doiil nous ii'avons, .selon toute apparence, qii'nn fragment, Enn., Il, 9 (Voir la remarque de Douillet, 1, p. i4o, iiof. i. corrigée cependant, mais sans doute à tort, à la lin de l'ouvrage, III, p. 698- 694). Augustin s'en inspire visiblement ici.

DIEU aOo

Il n'est donc pas souverainement bon (i). — A ce compte, fautil répondre, de toute la hiérarchie des êtres dont se compose l'univers, tu ne voudras admettre que les meilleurs. Tu demanderas doiu^ cui l)i('ii que tous les autres leur ressemblent ou bien quaut (111 nCxisIe on dehors d'eux. l,u première demande suppose que leur perfection ne suffit point. Elle se montre donc injurieuse poui- eux. La seconde manifeste une grande malveillance à l'é^'^ard de tous ceux qui occupent un rang inférieur. Elle lie iviir permet même pas d'exister. Au fond, tu associes ces dtniK attitudes. Tu es jaloux des êtres plus parfaits et l'envie qu(^ tu Irm |>(»(li's le rend mérhanl en\eis ceux qui se tiennent au-dessous d'eux. Pourquoi nv \cu\-lu pas cjue la lune se montre à côlé du soleil, alors surtout que tu veux bien avoir à ton iisape !iii( [làle lanterne })()ur le reconnaître dans la nuit (2) ;'

H Peu m'importe le sort de la lune. Elle n'est point, comme moi, nialliturciisc (.H). — ■ De même, le soleil ne peut pas, comme toi être heureux. L'exemple précédent n'en est pas moins signific.îiir. Il nous |)r<iu\i' que les êtres inférieurs ont ici-bas, comme les astres, Imir phu c naturelle. Le monde des corps resterait fort irii(un|)l('t, s'il ne montrait pas plusieurs sortes de lumières bien graduées. De même, celui des esprits serait très imparfait, si, à coté des ànies liienhcureuscs, il n'en offrait pas d'autres qui sor.t plus ou moins sujt^ttes à la misère (4). (h- l'univers étant l'œuvre (le Dieu, doit [io>si''der toute la perfection possible (5).

(( \insi, le mal (jui nous étreint se trouve demandé par l'ordre

h) Dr Uh. nrh.. TU, o/,, init.

(2) De lih. nrlK. III. :4. Cf. Enn.. U. o- '^ '>t i3-i4: HT. 3, 3.

(3) De liU. nrb.. llf. a5, 'mil.

{h) De lih. nrh.. III. 26; De, dir. <///.»,-.s/. LWMII. i\. wi : Cum ninn'm Ih'iis iiu-rrU. (jiiovi' non (irtjuolio fi'rii:' (',!'. l'.nn.. II. 3. 18: 11, 9. 8;

(ô) Ce pr inii|.c <•>! rlairoment supposa flmis le passago qui vient dY-tre rilé (De lib. nrh.. III. 90). U est affirnu' (l'une façon cxpre?.**' (;t assez longuement expliqué dans nn fragnieiil imjiorlant qni .<<; lit un peu anparavanl inai'^ «pii c?it sans doute un peu pins tardif {'ibitL. 111. i3V i)'a[)rès la doctrine ^^xposce là. Dieu étant souverainement parfait a dû faire le monde le meilleur qui se pût concevoir. Tout le bien dont l'idée s'offre à nous a donc été réalisé par lui. Lue remarque analogue avait été faite incidemment dan.< le /)*■ ijaunlitiite animae (73, fin., 80, e.T.t. fin.). Cf. De div. quneat. LXXXIIL q. n et iv, e.irc. me.d. Le même optimisme est expressément professé par Pluliu. Enn., II. 3, 18; III, 2, IJ et î/i: IV, 4, 36-37.

ijOf) l'ÉVOLUÎION INTELLËCl'UÉLLE DÉ SAINT AUGUSiîrt '

général ! N'est-ce pas dire quil se présente comme une institution directe du Créateur (i) ? » — Non, ce n'est point le péché, ni la misère qu'il entraîne à sa suite, mais la liberté d'oii il provient qui devait concourir à la beauté du monde. Seulement, les âmes, étant libres, suivent pratiquement des voies très diffé rentes. Certaines se portent, d'une façon irrévocable, vers It bien et jouissent ainsi d'un bonheur permanent. D'autres se fixent dans le mal et, par là, se rendent malheureuses. Beaucoup enfin vont tantôt dans un sens tantôt dans un autre et passent par les conditions les plus diverses. Grâce à cette justice immanente qui accompagne tous nos actes, nos désordres même entrent dans l'harmonie générale de l'univers. Ils contribuent à sa perfection, mais sans avoir été exigés par lui en aucune manière. Le mal dont nous nous plaignons est simplement notre œuvre, tandis que tout le bien qui est en nous comme en dehors de nous vient de Dieu seul (2).

L'Etre suprême ne se présente donc pas seulement à nous comme une Puissance souveraine, qui existe par elle-même et fait tout subsister, ou comme une Sagesse infinie, qui connaît tout et peut seule nous instruire, mais encore comme une Bonté inépuisable, qui n'ayant rien à désirer pour elle-même n'aspire qu'à se donner. C'est pour ce motif qu'il a donné l'existence à tous les autres êtres et qu'il a commimiqué sa science à tous ceux d'entre eux qui pouvaient la connaître. C'est aussi pour cela que nous devons tendre toujours vers lui et le considérer comme notre fin dernière et véritable (S).

(i) De lib. arb., III, 2C, init.

(2) De lib. nrb., III, 26. Cf. Enn., III, ■?., 5.

(3; Les paragraphes 18-26 qui viennent d'être analysés constituent un tout très cohérent et se rattachent, soit par leur contenu soit par leur forme, aux derniers fragments de dialogue du De libern nrbitrio. Ceux qui suivent (29-80) doivent être plus tardifs. Ils abandonnent complèt<'ment la forme dialoguée, et ils emploient avec insistance certaines expression.s auparavant inusitées: hinc fit ut (27, init.), ita fit ut (28, cire, med.), nec fieri potest ut (29, cire, med.), ex qao factum est ut ?to, init.), itn factum est vt (3i, cire. fin.). Surtout, ils subordonnent la philnsopliie à la religion. Ils ne font guère que défendre le dogme catholique contre les critiques soulevées par le problème du mal. Cette dernière tendance s'est, d'ailleurs, progressivement affirmée au cours du traité. La partie dialoguée du De libero arbitrio conduit tout droit au traité De la vraie religion.

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