CONTRE LES MANICHÉENS
créé pour la contemplation du pur intelligible (i)..Ainsi, sans être aussi décisive que l'étude directe de la volonté, la considération des antécédents de laclc volontaire se retourne à son tour, contre la thèse dualiste (■>).
Non iiidiiis (N)ii(luanlc isl l'analyse de? suites morales du [n'clié. Les Manichéi'iis aclnicKcnt n(in seulement la possibilité mais la ik'cc ssité de la péjiitencé. Sur ce point, la voix de la nature se l'ail oiilfiidre liop nettement pour qu'aucun d'eux ose la ronlesici. Parmi les deux âme? qu'ils imaginent quelle est donc celle qui se rcpent, la bonne ou la mauvaise ? Si c'est la première, elle se liome sujette au mal. Si c'est la seconde, elle ne se conçoit ]>as sans quelque bien, .\ucune ne peut regretter sa conduit!» (jue si elle a mal agi sans y être forcée, et le regret qu'elle éproii\e constitue un acte essentiellement bon (3).
De toute manière, les adeptes de Ma nichée faussent l'idée de l'homme comme ils ont auparavant faussé celle du monde. Ils tournent constamment le dos à la sagesse, tout en pensant la suivre. La dualité des êtres n'est qu'apparente. Tout vient de l'L'n et p;ir un juste retour, loul doit tendre Ners lui (l\).
(i) Dr (hiiih. (tnim.. ao.
(ji) Dr (lunh. (mit}).. ■}!. Pour Aiiirvisfin. I';irfruTiifnl tivr 'Iti f.iif <to la dôlibi'ialiDU i'<l moins concluanl quf (■••lui qui ^'appuii' «nr la iléfuiitioii do la volonti' il co dcrnipr l'e.^t nioin.'^ ••noon- <\\if rdni cpii si- fondo «iir lu connaissanco que nous avons do, l'ànio.
(3) Dr (luih. nnini., 32-23.
Cl) Soin., I. 2-5: De. inor. EcrI. fiil]i.. ■•■S, \C\ : De T>er. rel.. rç). inil., 2'|. fin., etc.
CONCLUSIOIN
NATURE DU NKOPl. VlOMSMb; I» AUGUSTIN
l.a (loclrine qui vient d "titre esquissée se montre essentiolienient néoplatonicienne et s inspije avant tout de Plotin. Elle MKidifi' assez sensiblement la doctrine du Maître }X)ur l'adapter aux enseignements de la foi catholique. Mais elle transforme encore davantage le Catholicisme pour le mettre d'accord- avec la philosophie plotinienne et elle ne le considère que comme une ferme inférieure de la sagesse, bonne seulement pour les intelliffences faibles ou encore novices.
Augustin lui-même se présente dans ses premiers écrits comme un (( Platonicien )). Déjà dans le traité Contre les Académiciens il parle avec enthousiasme de Platon, ce sage renommé entre lous, qui a exposé les idées les plus élevées dans le plus beau langage et qui a mis au service de la physique pythagoricienne et de la morale socratique la logique la plus nette et la plus vigoureuse. Il voit en lui le maître incontesté des plus grands chefs d'école et il se propose de suivre désormais ses leçons (i). Dans les Soliloques^, il se dit qu'il serait tout à fait heureux s'il possédait bien non seulement les écrits de ce philosophe mais encore le fond de sa pensée (a). Aussi s'applique-t-il à s'en bien pénétrer. Tous ses travaux de Cassiaciacum, de Milan
(i) Cont. Acmi., III, 87, cire, rnetl. V. supra, p. 424-425. (2) Solil., I, 9, init. V. supra, p. 434-
516 l'évolution intellectuelle de saint AUCUSTliN
ou de Rome s'inspirent de lu même doctrine. I3ans tous il oppose le monde des sens à celui de l'esprit et il s'efforce de s'élever du premier au second par une dialectique à la fois intellectuell;' el morale (i). Dans tous il affirme avec insistance que l'àme diffère essentiellement du corps cl il cherche à se convaincre qu'elle existait avant l'organisme il (pielle doit lui survivre (2). Dans tous il s'applique à établir ipie les êtres forment une hiérarchie ordonnée au sommet de laquelle se tienl le Bien suprême, source piemière de toute vérité et de toule beauté (3).
xMais ces idées ne se rencontraient pas seulemenl chez Platon. Elles avaient été vulgarisées jjar ses disciples et se trouvaient professées dans une foule d'écrits conimt- dans un grand nombre d'écoles. Pour les connaître, Augustin n'avait |)as besoin de lire les œuvres du fondateur de l'Académie. En fait licn ne montre (ju'il les ait beaucoup étudiées. Il dut parcouiir de bonne heure le Timée, et le Pliédon. Mais sa fréquentation directe de Platon n'alla peut-être pas plus loin (4). Il était si peu familiarisé avec la doctrine de ce philosophe qu'il Eidentifiait avec celle de riolin, pourtant fort différente (;")). Sans doute est-ce surtout par cette deinièrc qu'il la connut. Il puisa ses renseignements à plusieurs autres sources. Mais celles-ci n'étaient ni plus sûres, ni plus directes et elles avaient pour lui beaucoup moins d'importance.
Pour Augustin, les grands « Platoniciens » étiiient chez les Tirées Plotin, Porphvre et Jamblique, chez les Latins Apulée (6). D'Apulée il dut hre l'opuscule : De la doctrine de Platon, qu'un rhéteur africain, élevé à Madaure, ne pouvait guère ignorer. Mais il ne paraît pas en avoir gardé une empreinte profonde, car il sen écarte assez sensiblement sur des points importants (7). Peut-être parcourut-il quelques pages de Jamblique, par exemple le livre Des dieux qu'un de ses contemporains, Macrobe, cite assez longuement et dont le texte avait pu être traduit par Vic-
(1) V. su.j,r,i, p. /|37-/j38.
(3) V. supra, p. /j5r> i^t suiv.
(3) \. supra, p. ^fir, 483-/i9o. .lo.
Cl) \ . suprti. p. aSi-.^Sa.
(5; Coiil. A Cad.. III, /u, fin.
(6) //f Civ. Dei, VIII, 12.
(7') V. supra, p. 4a4, not. 5. , i
NATURE DU NÉOPLATO.XISME d'aUGUSTIN 51*/
torin (i). Cependant, il ne cilc jamais cet auteur et il différait trop de lui pour subir beaucoup sou influence. Il se familiarisa davantage avec l'œuvre, bien plus |)hilosophique de l'orphyre, Iradiiitc par \ ictorin (2) et il semble s'en être plusieurs fois inspiré au ((Uiis de ses jut-inicrs écrits. Dans les SoUloqaea, par cMi'inplf, il expose la ducliiiU' générale du lieiour de i'ànw (;>). Ailleurs il paraît avoiï- eu \ue la Pliilosofiliie des (//■(H /es (\). Il leproduit lextuellcincul uu passage des Principes (le la liiéoric des intelligiMes saus en nommer l'auteur CJ). Mais il ne voit en Porphyre que le disciple, l'héritier de Plutin. En somme, ce dernier est son maître principal et presque unique. Il le considère comme une réapparition, comme une incarna liiiii ni)u\(llc (If Platon (6). Aussi le coid'ond-il pratiquojnent avec l'auletir du Vhédon. Pour lui i-v> deux jienseurs se ressemblent dans leurs idées plus encore que par leur nom el, si l'on veul connaître le premier, on n'a qu'à lire le second. Son Plalfinlsme est essentiellement plotinien.
Sa connaissance des Ennéades date du jour où un exemplaire de Cl ! ouvrage est tondûé entre ses mains à Milan 171. Klle a suffi alors jiour déterminer s.i conversion intellectuelle, mais elle élail l'orcénienl 1res ini|)ai'. litr. Klle s'est complétée à C.assiciacum pai des lectures nouvelles et des méditations quotidiennes. (Cependant l'auteur des Soliloques reconnaît que la pensi'-e intime de Plotin, comme celle de Platon, reste pour lui i:n mystèîe (S). De l'ait, dans les autres écrits de la même période, il avoue ne pas être encore bien initié à la sagesse (9). Ses conceplions philosophiques se montrent assez incertaines. Divers courants s'y entremêlent et s'y contrarient plus ou moins. Il
(i) V. Snturn.. T. i--??,.
\'2) V. siipro. j). 3-5, not. 3.
(3) .So/(7.. I, 5. T7, etc. Cf. /),• C/r. Dr!. \. .ç), r>. il \. 3o. V. s;(/);-a, p. ;^35. [iol. '\ fin.
(A) .So/i/., I, a-6 (V. siiijni. p. '|3o, nof. 3 fin. De ovà.. I. 16. n) : H. 13, 97, 5.^4. Cf. De Civ. Dei. \. (>. 10. 23, o.O' et 27.
(^') De Mus., VI, lo. Cf. Poq.hyrr. Princ... XLIV, dan.s Bouillit. ICnrt., t. I, p. i.xxxv-i.wxvi et !{)/(/., f. il. |). 5 '1 '(-0/17.
(6) Cunt. Acnd.. III, 4i, fin.
(7) De bciit. vil.. '(. V. supra. [>. 37;'). iiol. ].
(8) SoliL. I. 9, inll.
[^) Conl. Acad., II, 2, 4; HI, 17, 27, 43, etc.
518 l'évolution intellectuelle de SALNT AUGUSTIN
pense encore très souvent en stoïcien (i) ou en disciple de Carnéde {-j). 11 continue d'utiliser Cicéron (3) et Varron (4). Et il éprouve beaucoup de peine à concilier leur enseignement avec celui des Ennéades. Visiblement celui-ci lui est encore assez peu familier. Il n'en possède bien que l'esprit général et les principes essentiels. Mais dans ses traités de Milan et de Rome il se montre beaucoup mieux renseigné et plus sûr de lui-même. 11 professe sur les sens externes et le sens intime, la mémoire et l'imagination, le raisonnement et la raison, l'appétit sensitif et la \(t!onté des théories très fermes et très précises, qui supposent une connaissance approfondie de la psychologie plotinienne (5). Dans ses premiers écrits de Thagaste il se prononce dans le même sens et dune façon encore plus nette sur les questions les plus élevées de la tliéolôgie, sur la nature de Dieu et celle des Idées, sur le Bien et le Mal, sur l'àme et la matière, sur l'être et le néant (6). Telle page consacrée à ces derniers problèmes s'accorde tellement dans son esprit et même dans sa terminologie avec les Ennéades qu'elle semble en venir et n'en être qu'un simple fragment. Si Plotin fait revivre Platon, lui-même revit en Augustin.
Cependant Augustin ne se confond pas plus avec Plotin que ce dernier avec Platon. Sur plus d'un point il s'écarte assez sensiblement de la pensée du maître.
Déjà la traduction qu'il a utilisée pouvait contenir des inexactitudes. Elle est complètement perdue et nous n'avons sur elle aucun renseignement qui nous permette d'en apprécier la n*»leur. Mans nous possédons une autre version du même auteur, celle de Vlsagoge de Porphyre, qui nous a été conservée en partie
(i) D(- bf(d. vit., 8, ïi, 25-27, 3i-32; D«> i>ril.. II, 25, n'j ; De quant, anim.. -i;. etc.
(2) Cont. .icod., II. 2.3; III. 12, 17, 20, 27, 43; De beat, vit., 5, etc.
(3~i 'Cont. Acad., I, 4 ; H, 24 ; III. 7, i4, 35, /n ; De beat, vit., 10, etc.
(4) De ont.. II. 35, 54; De quunt. <mim., 33. V. aupra, p. 448, not. 6. Cf. p. 475, not. i.
(5) V. supra, p. 471-474 et les notes.
(Q) V. supra, p. 489-490, 493-494, 499-5o3 et les notes.
NATURE DU IVÉOPLATOMS.ME I» Al m SUN S19
par Boète u '■ Victorin n y traduit paîs verbalt'inent U- texte grec, il le parapluasc d'une façon assez libre et il eu modifie quelquefois les idéo>. H a dû appliquer d'aufaiiL plus 1»' môme procédé aux Ftni.cadeA quv la dorlriiie ou rfait nmiiis liLridc <■! le texte nioiu> clair.
Mais Augustin lui-inènif a fait subir à la pensée plotinitune des niodilicalioiis nouvelles el plus profondes. Profondément con- \aiit«Mi. depuis sa conversion, . do la vérité du Christianisme, il s est dii (jiiaucua désiiccord ne pouvait surgir entre cette religion et la véritahU' philosophie (^a).. En conséquence, sur certains points (pii demeuraient obscurs dans les Knnéades et au sujet desquels la tradition catholique s'exprimait plus clairenieiit, il a interpréta les conceptions néoplatoniciennes conformément à l'enseignement officiel de l'Eglise.
D'après Plotin. l'Etre divin existe en trois « hvpostases « non seulement distinctes mais inégales par nature. Il est avant tout constitué par l'iîn originel, dont la simplicité absolue n'admet aucune délerminatiiiri, aueuiie dixisiou. tie qui, par conséquent, itn fie peut dire qu il est ceci ou cela mais sinq>lement qu'il est. De ce Principe initial naît l'Intelligence avec laquelle apparaît une «eifairie dualité, celle du sujet et de l'objet, et dans laquelle l'Etre en se pensant, revêt la forme des Idées, modèles éternels de toute existence future. Enfin, de ce « premier-né » procède r\me universelle, qui réalise les divins archétypes et qui se montre ainsi indéfiniment divisible, tout en restant essentiellement une (3). Mais tout être se fioiive inférieur à celui de qui il est issu "l il n'en donne qu'une image imparfaite. Des trois hypostases divines la dernière se subordonne donc à là seconde, comme celle-ci à la })remière (!i).
Augustin ne peut admettre pareille théorie. 11 sait que l'Eglise professe l'égalité des personnes divines et il attache d'autant plus d'importance à ce dogme qu'il l'a entendu défendre avec énergie par Vmbroise contre les critiques tenaces des \ riens ('i). Déjà dans un des entretiens de Cassiciacum, au cours duquel un de
(i) V. supro. p. S-^f]. iiot. 5 fin.
(a) Cont. ArnfL, TIF. .57. (in. Cf. De heot. vit., 4: fie orâ., l. Sa.
(3) KiiTi., V. I, 1-7; V. •?., 1-2. etc.
(4) Enn.. V, 2. 2 ; "V. \. i. etc. (ô) Conf.. IX. t5.
ô20 l'évolution INTELLECTUELLE DÉ SAI.NT AUGUSTIN
ses disciples a été amené à dire que le Verbe nest point Dieu au sens propre du mot, il proteste vivemejit contre cette assertion (i). Dans le livre De la vie bienheureuse, il explique aussi en terminant que l'Esprit qui se fait entendre au dedans de nousmêmes est absolument parfait comme le Père et le Fils et qu'en ces trois augustes personnes nous devons reconnaître « une seule substance )>. Il s'exprime en termes si orthodoxes qu'en l'écoutant Monique croit entendre encore l'évêque de Milan et qu'elle entonne dans sa joie une hymne ambrosienne en Ihonneur de la Trinité (•?.). Or le dogme trinitaire lormulé par l'Eglise se trouve intimement lié à une cosmogonie assez différente de celle que professe le Néoplatonisme.
D'après Plotin, c'est la troisième hypostase seulement qui a produit le monde. Tandis que dans sa partie supérieure, par sa « Puissance principale », elle contemple les Idées contenues dans l'Intelligence divine, dans sa partie inférieure, par sa « Puissance naturelle et génératrice », elle donne à ces Idées une forme sensible. Elle constitue ainsi la <( Raison totale » de l'univers, dont elle fait un tout harmonieux (3). Et, comme ce tout est formé de nombreuses parties, dont l'unité profonde n'exclut pas la diversité, elle se multiplie, mais sans se morceler, en une foule d'âmes individuelles, dont chacune joue un rôle analogue dans le corps particulier auquel elle est unie. Chacune de ces âmes est donc, par nature, identique avec la troisième hypostase et elle engendre à son tour l'organisme qu'elle doit informer (Zj). Ainsi les êtres matériels participent eux-mêmes à l'essence divine (5).
Ici encore, Augustin ne peut admettre la pure doctrine de Plotin sans aller à l 'encontre de la tradition catholique. Aussi sur ces divers points s'est-il de bonne heure séparé de son maître. Déjà dans ses premiers écrits il évite d'identifier l'Ame universelle avec la troisième hypostase, qu'il conçoit plutôt, à l'exemple de l'Eglise, comme une sorte de guide intérieur appliqué à nous enseigner la sagesse et par là même à nous ramener vers notre
(i) De ord., I, 29.
(2) De beat. vit.. 35. Cf. De quant, onim.. 77, cire. init.
(3) Enn., II. 3. i3-i8, etc.
(4) Enn., II, 3, 9, fin.
(5) Ennn., Il, 1,8: II. 3, i3-i8, etc. Cf. De Civii. Dei, \: 0..
NATURK nu NÉOPLATO.VtSAIE n'.VUGUSTTiN' î^21
inomicV l'rincipo (i). D'autre pari, il ne lui attribue jamais la prodûotion du monde. Pour lui l'univers entier est l'œuvre fommuno des trois personnes divines, du Père agissant par son Fils dans son Saint Esprit. II n'a point été engendré, mais créé, c'est-à-dire tiré du néant. Il diffère donc, par nature, de Dieu. Cette cosmogonie, foncièrement chrétienne, se trouve esquissée, d'une façon assez nette, dès le début des Soliloques (a). Et elle y est associée à une anthropologie qui ne s'écarte pas moins "Ip l'enseignement du Néoplatonisme.
D'apiès Plotin, les âmes raisonnables, qui se rattachent à la partie supérieure de l'Ame universelle, vivaient d'abord avec elle dans la cf.ntemplation des Idées. Mais plusieurs ont préféré s'unir à un corps. Par leur faute elles sont déchues du haut rang qu'elles occupaient (3). Kl, si elles continuent de mal se comporter, leur déchéance ne fait que s'aggraver. Celles qui ont mené ici-bas une vie criminelle passent, après la dissolution de leur organisme, en certains animaux dont elles ont affectionné les iuauvids instincts (4). Au contraire celles qui ont su réfréner leurs sens et leurs passions se dégagent, à la m.ort, de tous leurs liens charnels. C'est seulement à celte condition qu'elles peuvent arriver à la contemplation du pur inlelliirible (5). En effet la Sagesse n'habite pas dans un corps mortel. Elle est toute spirituelle par essence et ne se montre à découvert qu'aux purs esprits (6). Cependant elle se laisse déjà entrevoir en ce monde par ses véritables amants, par ceux qui la cherchent avec une intelligence droite et un cœur pur. Elle se rend même sensible aux hommes charnels par l'intermédiaire des vieux mythes, qui n'en sont que des images grossières adaptées aux besoins de la foule (7).
Sur tous ces points, Augustin modifie encore assez sensiblement la pensée du maître. Pour lui, comme pour le commun
(1) De beat, vit,, 35; Solil, I, 2. fin., 3, cire, med., i5: De quant. anim., 77, etc.
(2) SoUI.. l. 2. cire. init. Cf. De beat, vit., 35; Dp Afus.. VI. 5-: De ver. rel.. 36; De Gen. cont. Man.. I. 20.
(3) Enn.. IV. 8, 4-5.
(4.' Enn., III. 4, 2; IV, 8, 5. etc.
'5) Enn., IV, 3, 24, fin. ; IV, 4, 1-2.
(6) Enn., VI, 9. 7-8.
(7) Enn., V, 8. 10 et i3; VI, 9, 11, etc
des Catholiques, notre âme a été unie à un corps avant d'avoir péché. Elle ne peut jamais être associée qu'à l'organisme, humain- Mais elle entretient avec lui des rapports si étroits que, si elle s'en sépare au moment de la mort, c'est pour k reprendre plus tard et ne plus s'en séparer. La chair ressuscitera au jour du jugement et elle sera appelée à participer au bonheur des Elus (i). Elle est si peu une suite naturelle du péché que la Sagesse divine a bien voulu s'en tevètir pour venir à notre aide. Dieu lui-même s'est l'ait homme. 11 est devenu semblable à nous pour nous ap preftdre à revenir vers lui. Par ses prodiges, par ses exemples, par ses enseignements il a rendu la vérité accessible à nos sens (a). Mais il ne s'est manifesté ainsi (|ue dans le Cliristianisme. Les autres religions sont plutôt l'icuvre des c( démons aériens ». qui se servent des mêmes procédés ftour séduire les âmes trop atta chétis aux choses matérielles (3).
Si réels, si importants même que soient les changements qu'Augustin fait subir à la doctrine des Eiynéades, lui-même les juge peu non)breux et très superficiels. 11 estime que tout se borne à « quelques transpositions de mois et de lormules » T'O. De fait, alors même qu'il semble s'éloigner \c plus de Plotiu. il reste fidèle à sou espril, il cooçoit comme lui la nature de Dieu, celle du monde, celle de l'anie liuniaiTie. (/est dire que sur ces divers f.M:)ints son Christianisme est assez peu orthodoxe. Mènie quand il parle en Chrétien il pense plutôt en Néoplatonicien.
Il affirme bien avec les Catholitpies de son temps que les trois personnes divines nut une même n.ilure et sont également parfaites. Il n'en professe pas moins, à leur sujel. la théologie plotinienui . (jui les différencie profondément et qui les hiérarchise. Da?is le Père l<iul-pijis<aiil. il \(>it le Principe premier et absolu-
(i) I ><■ iiiiinnrt. iiniiii.. ''i: Dr tiuaiil. iiniiii.. ~C>.
Cl! Coiil. Ar,,/].. [fl. 'i' fin.; Dr On].. II. if, fni.\ De nunnf inivn..
{'M De nrd.. [I, r?7. cire, inif.: EpM., IX. r>-i Cf. De ver. reliq.^ 69-70.
Cj) De ver. relig., 7.