‹ L'évolution intellectuelle de saint AugustinChapitre 7 sur 88 · I.A FCUMAT[0\ n AUGUSTIN · texte numérisé non relu

I.A FCUMAT[0\ n AUGUSTIN

que (il! |)a>s où il est né (i). Par là. il montre clairenient coiiibieii il se sent apparenté à ses conipatriotes, combien il s'est laissé influeîiccr par eux.

Parmi les habitants de Tliagasl.e dont l'action collecli».': s'est exercée sur lui. un surtout, ]\omanien, a joué dans sa formai ion un îole tiès personnel. De\enu, vers sa vingtième année, le :i)-:!Ître d'un patrimoine fort important^ qu'administraient des intendants, il habitait une riche villa, pourvue de themies luxueux, et il donnait son temps au jeu, à la chasse, aux festins. Mais, au milieu, de ce luxe et de ces jouissances, il montrait un es[)rit cultivé et très noble, qui faisait passer le souci (( du heau et du bien )) avant toute autre préoccupation, et un caractère très fortement trempé, qui n.e cédait jamais à l'injustice et à l'adversité. Avec cela, il était d'une générosité proverbiale, ne sachant rien icfuscr à personne, allant même au devant des demandes. Il avait cliaque jour table mise pour tous ses visiteurs, et, plus d'une fois il fit donner des jeux d'ours et autres spectacles jusquelà inconnus dans la localité, pour amuser la foule. Aussi, ses clients, ^ ^ concitoyens, tous les gens du pays l'accueillaient au théâtre avec des applaudissements chaleureux et le portaient aux nu.cs, l'appelant « le plus humain, le plus libéral, le plus distingué, le plus fortuné des mortels », sans que dans ce concert d'éloges aucune note discordante s'élevât. On le proclamait le patron officiel, non seulement du municipe, mais encore d.es villes voisines. On lui élevait des statues, on le comblait d'honneurs et on lui conférait les pouvoirs les plus amples (2). C'est Augustin qui nous donne sur lui tous ces détails. Il déclare expressément qu'il a toujours admiré son <( heureux naturel » (3).

(1) /i>/.s/., Wll. :>.

(2) Cont. Arail., 1, i //;), 2, 'A 'mil. Trois insrriplions du .oipv i.mnicipal de Tliagasfe nous font connaitro des personnages analofriies. La première est dédié « à L. Juiiiis Viclor Modianus, de la trilni Papiiia », expressément qualifié de « patron » (C. /. L., t. VUl, n, 5i45, cf. 7o53) ; la seconde « à M. Amullius Opt;Uus Crementianiis. fils de Marcus, de la trit)u Papiria. elievalier romain, liomme d'une foi, d'une bonté, d'une munificence remarquables » {ibid.. n. 5i4G, cf. bià"] et 5i48), la troisième « à C. Flavius llilorius l'Y'lix, fils de C. de la tribu Papiria, elievalier romain ». (ibid., n. 5i5o, cf. 5i5i, Suppl., 17206 et 17218). D'autre part, un Romanianus apparaît sur une inscription du Musée de Souk- Ahras {ibid., n. 17226), avec le gentilice de Cornclius. qui ?-evicnt sur plusieurs autres inscriptions du même liej.

(3) Cont. Acad., I, i fin.

Aussi a-t-il dû, de très bonne heure, prendre exemple sur lui. Il était d'autant plus porté à le faire qu'il se trouvait allié à sa famille (i), el qu'il a souvent bénéncié de ses largesses (2).

Il a pourtant subi bien davantage encore l'action de ses parents. Ceux-ci ne pouvaient être dans l'alliance de Romanien sans occuper à Thagaste un rang très honorable. Patrice y avait le titre de (( décurion », qui était réservé dans chaque ville à l'élite des citoyens (3) et qui faisait de lui un m.embre du sénat municipal, de l'ordo splendidissimus Thagastensium, inentiouné sur plusieurs monuments (./|). Il semble avoir eu un assez grand train de maison, car son fils parle de plusieurs mauvaises servantes, qui, après le mariage de Monique, s'occupaient activement à la desservir près de sa bell.e-mère (5). Pourtant, le ménage n'était point riche (G). Ses ressources consistaient en qeulqucs champs de petite étendue (7) et une vigne que bordait un verger (8). Elles suffisaient à son entretien ordinaire, mais ne permettaient pas d'entreprendre beaucoup d'autres dépenses (9).

Les deux époux vivaient dans un parfait accord. Pas une fois on n '.entendit dire qu'une brouille quelconque fût survenue entre eux (10). Cependant ils étaient loin de se ressembler. Ils repré-

(i) Un nu (le rîomanini. iJcinlin-. lui ('ciil en rffef iEpisl.. WVI. ?>):

Sod nos praelorco qnod ab nna rxsurgimus urbc, Qnod donuis una lulif, quod sanguine tanpimur uno.

I.cs Bénédictins objcrliMit (1(7. Aug.. I. I. r. T. n. /| jin) que Paulin de Noie éeril à Licenlius. eu pailaul d'Ahpc el d'Augustin lEpht., XXXII. o):

Fiater Alypius est, Augu<liuiisque magisler: Sanguinis iiic consovs, hic sator ingonii esl. Mais Paidii) de Noie est assurément beaucoup moins renseigné que Licenliiis sur la paienlé d'Augustin, avec qui il n'a que des rapports lointains.

2) V. iitfrit. p. 23.

(3) Cnnf.. II. 5; Possidius. 1(7. Aug., i. Ci. Darenberg el Saglio. art. Senatus muiticipalis, I. IV. p. 1 200-1 2o5.

(4) C. I. L., I. VIII, n. 5i1ô, 5i46, 5i5o.

(5) Conf., IX, 20.

(6) ÇonJ., III, 5 et Serin., CCCLVl, 3.

(7) Paucis agellulis. Ephl.. CXXVI, 7. Cf. Possidius. 1(7. Aug.. 3: Placuit ei... ad Africam et propriam domum agrosquc rcmeare.

(8) Conf., II, 9.

(9) Conf., IL 5.

(10) Conf.. IX, 19. Cf. ibid.. 27: Valde eoncorditer vixcrant.

LA FORMATION D 'AUGUSTIN '

sentaient, au contraire, deux tendances opposées qui devaient longtemps se combattre dans l'âme d'Augustin.

Monique avait été élevée dans le Catholicisme par ses parents ^t par une vieille servante qui avait toujours vécu dans sa maison et qui -y jouissait d'une tiès grande autorité (i). Quand Augustin naquit, elle avait vingt-deux ans (2). C'était, selon toute apparence, en 354 (3). En ce temps-là, elle n'était point encore une sainte. D'après les Confessions,. Dieu avait simplement commencé d'établir en elle sa demeure. Elle avait fui du milieu de Babylone ; mais elle s'att-ardait dans les quartiers de cette lité du mal (4). Elle n'en était pas moins profondément crevante et très soucieuse de remplir les devoirs ordinaires que lui dictait sa foi. Aussi s'attacha-t-elle avec un grand soin à faire de son fils un chrétien. Elle ne l'apporta point, dès sa naissance, sur les fonts baptismaux, mais c'est parce qu'elle -craignait de le voir perdre prématurément, par quelques péchés de jeunesse, le fruit du sacrement de la régénération, qui, d'après la loi catholique, devait le conduire tout droit au ciel (5). Elle voulut, du moins, le faire inscrire sans retard au nombre des catéchumènes. Par ses soins, l'enfant fut marqué du signe de la croix et il reçut le « sacrement du sel » (6).

De bonne heure, surtout, Monique s'appliqua à l'instruire des choses de la foi, et elle lui fit sucer la connaissance du Christ en quelque sorte a^ec le lait, selon la forte expression dont luimême se sert (7). Plus tard, elle lui apprit les grands principes

(i) Les Itioîîrapilics de Monique sont Irè^ nonitjienses (V. Ulysse. Chevalier. Bin-RUiUograpIne, art. Monique). Mais elles ont été éerites dans un but édifiant plus que scientifique. T.a plus répandue est celle de M<ïr. Bougaud fAutun, i865, in-8°, et Paris 1866, in-8°. souvent réimprimée).

(2) Coiif., IX, 28 fin.

(?>) Auguslin mourut le 28 août ^So (Prosper Chron., P. L.. LI, 5ç)5). Or il avait alors 7(1 ans. (Possidius, Vit. Aug.. 3i, P. L., XXXII, 63). Il était donc né en 354, plus précisément le i3 novembre de cette année (De beat, vit., 6).

(4) Crmf.. TT. 6 et 8.

C5) Conf.. \, 17, iS.

(6) Conf.. I, 17. Cf. De Catechiz. rud., 5o ; De peccnl. mer. et rem., II, 42, et le 5*^ canon du 3" Concile de Cartilage, tenu en 897 (Mansi, Coll. Concil. III, 881), ainsi que le Dictionnaire de Théologie catholique t. II, c. 1972-1973.

(7) Conf., III. 8.

de la morale chrétienne, dont sa propre vie était une éloquente affirmation (i). Ses leçons furent d'autant inieux acceptées qu'elle avait, par excellence, le don de la persuasion. Très douce et en même temps très avisée, elle savait se rendre agréable aux gens les plus grincheux. A force de patience et de bons procédés, elle avait fini par gagner l'amitié de sa belle-mère, d'abord très fortement indisposée contre elle (2). Son mari avait un naturel ^iolent, mais elle lui témoignait tant de déférence et sut si bien le prévenir que jamais elle n'eut à souffrir de ses brutalités et qu'elle léussit au contraire à se faire aimer et respecter de lui (3). Elle viA^ait avec tout le monde en bon accord et excellait à mettre fin auX brouilles ,et aux inimitiés qui se produisaient dans son entourage (A). Comment son fils eût-il pu résister à un tel ascendant ?

Augustin se laissa gagner sans aucune difficulté par les enseignements qu'elle lui prodigua. Dans un de ses premiers écrits, il note que la religion du Christ a été semée en lui et a pénétré ses moelles dès le début de sa vie (5). Il relate à ce sujet, au côiirs des Confessions, un incident fort significatif. \n jour, étant lout jeune encore, il fut pris d'une telle oppression d.e poitrine qu'il faillit en mourir. Or, de lui-même, et avec une insistance qu'il aimait plus tard à se rappeler, il demanda aussitôt le baptême, et il l'aurait certainement reçu s'il ne se fût rétabli peu après (6). Dès ce temps-là, il était donc chrétien de cœur. Du reste, sa "famille partageait les mêmes sentiments et se laissait également diriger par Monique (7).

Patrice restait pourtant, comme beaucoup de ses compatriotes, en dehors de l'Eglise (8). Sans doute il ne croyait pas, du moins d'une façon bien ferme, aux anciens mythes du Paganisme. Il se montrait plutôt indifférent à l'égard de toutes les croyances, car il ne se préoccupait aucunement de la formation religieuse

(i) Coiij., IX, ■2:!.

(2) Conf., IX, 20.

(3) Conf., IX, 19.

(4) Conf., IX, 21.

(5) Cont. Acad., il, 6.

(6) Conf., I. 17.

(7) Conj., I, 17.

(8) Conf., I, 17. Presque toutes les inscriptions de Thagaste commencent par la formule païenne D. M. S. (Dis Manibus Sacrum).

LA FORMATION D AUGUSTIN . i

de ses eiilanls (i). Ainsi s'explique riniluence à peu" près exclui^ixe qu'à ce point de vue leur mère prit sur eux. Mais il était païen de mœurs, et à l'ascétisme prôné par l'Evangile il préfélail la vie plus libie du bon vieux temps. Là, et non dans des dilOcullés intellectuelles, devait se trouver le motif qui le tenait t'ioigné de l'Eglise. 11 goûtait p;'u la cliastelé ; la contrainte même (lu !u.ui;!g(^ lui posait, cl sa iemme eut à supporter de sa part plus (i'une infidélité (a). Un jour, s'étant aperçu, au bain, de la puberté naissante d'Augustin, il courut, plein de joie, en avertit- Monique- ([ui, animée de sentiments bien différents, fut saisie de IVayi'ur, en songeaîit aux da^igers dont était désormais menacée !;•. veitu de son fils, et qui s'empressa d'exhorter en ■secret celui-ci à éviter toute liaison illégitime, surtout avec des femmes mariées (3). Par ce seul incident, Patrice témoigne d'un naluialisme vigoureux, diamétralement opposé à l'idéalisme moral d," sa compagne. Il a\ail un caractère très bon, mais très violonl el il entrait pour de légers motifs dans de grandes colères. Aussi l(> compagnes de Monique, qui portaient souvent là trace des cou])s de leurs maris, s'étonnaient qu'il ne la battît ix)int, et l'aulcur des Confessions donne à entendre qu'il ne s'en fût ])as privé s'il ne l'a\ait trou\ée toujours soumise à ses moindres désirs ('!). Ces différents irails de son caractère sont à noter, car nous Les retrouverons, de très bonne heure- chez Augustin. Pahice aimait d'autant plus son fds qu'il voyait en lui sa propre image. Il l'admirait aussi, car il ne tarda pas à se rendre compte de ses brillantes qualités. Avec une perspicacité qui l'honore, il reuiarqua son génie précoce, et il, ne recula devant aucun sacrifice pour lui permettre de donner sa m.esure (5). Il

:']) CiillJ.. II. ."),': (■{. I, 17.

■' ) ToicNiiiil rnliili- iiiiiiiiii^. .. lA|i('i-liilKil .. . iil... crcdciis fiistinra- Tcliir... iCdiii.. W. ïç)). Pciil-tMic Aiii^iisliii pcnsc-l-il à son pcro dans iin (le «•« Scniiniis iT\. 10 if. '1 cl II) nu il fiiil i-cmaïqiici' que. « si qiiclqii'nii ■;<■ li\ic :"i l;i (If'liaiiclii"' inco SCS ?<'i\anfrs. cela <'st bien mi et aciurilji ;i\(c fii\cur- ». Ainsi s'cxpliqncrail très bien que Monique se <nit inonh'c ^i ,( loiriiuilc n à réfrard do Patrice. Elle recommandait à son lil- '( (le ne p;is foniiqner- sniloui avec ime femme mariée ». elle ^|e\;iil (jonc se nionlirr inilins s('\ère poni' les ;inlres '.'■<'ni('^ de c foini-

l.'îl ('.nui.. 11. 7.

(/() Co/i/.. 11. f).

(5) Cuui., 11. .0.

12 l'évolution intellectuelle de SAI.NT AUGUSTIN

eut pour lui de l'ambition et il en inspira à Monique, qui, tout en aimant les choses du ciel, ne dédaignait point, en ce tempslà, celles de la terre (i). Augustin lui en a été fort peu reconnaissant. Dans les écrits de son âge mûr, il présente sa mère comme un modèle de sainteté et de sagesse, et il va jusqu'à dire qu'il lui doit tout ce qu'il' a de bon (2). Au contraire il fait à peine mention de son père, et il ne parle guère de lui que poui 1 liiiquer sa conduite (3). Par là il se montre injuste à son égard. Il lui doit certainement beaucoup. On pourrait même dire qu'il lui doit tout, car c'est grâce à lui qu'il a pu développer ses facultés natives.

Si l'auteur des Confessions témoigne si peu de giatilud,'^ à Patrice, c'est parce qu'il lui reproche, d'abord, de n'avoir obéi dans ses projets qu'à une ambition purement naturelle, ensuite et surtout, de l'avoir orienté vers des études presque exclusivement païennes (/|)- A l'école de Thagaste, oh il ébaucha sa formation classique, il n'apprit pourtant rien qui pût (Mre choquant pour un chrétien. Il s'y exerça seulement à lire, à écrire et à compter, comme on le faisait de son temps, auprès des (( premiers maîtres » (5). Il y contracta même des habitudes très catholiques. Souvent battu par le magister et quelque peu raillé à ce sujet par ses parents, il se demandait avec angoisse où il pourrait trouver quelque assistance. De pieux fidèles lui parlèrent de Dieu comme d'un être très grand et très puissant qui écoute et exauce toujours les malheureux, et il se mit à l'invoquer avec ferveur^ quoique sans grand succès (6). En lui se formait déjà l'idée, qui devait lui être plus tard familière, de la grâce divine venant en aide à la faiblesse humaine (7). Mais l'école de Thagaste était trop élémentaire pour lui suffire. Dès qu'il fut familiarisé avec les leçons du « premier maître ».,

(i") Conf.. I. I '1 inlt.. iç) : Tî. '1 ///;.

(2) De benl. vit., fi.

f.S) Conf.. T, 17; II. ô fin. ; IX, 19.

(4) Conf.. I. i4.

(5) Conf., I, 2a. Cf. De ord., II. 35 fin. (G) Conf., I. i4.

(7) Voir (léjù les Soliloques I, 2-5.

LA rORMATlON MVLGUSTIN 1 •'?

son père IViiNoya étudier la gianiniaiie dans la ville \oisine de Madame, où renseignement devait être tout autre (i).

L'anlique Madaura qu'a connue Augustin se dressait dans la partie centrale de la \uniidie, sur une hauteur assez escarpée, d'où le jeune étudiant pouvait apercevoir au nord les collines de son pays natal et au loin veis le sud les premiers contreforts de Théveste dressés en face du désert saharien (2). Elle était reliée à ces d.eux villes jiar une giande route, qui, abandonnant tout près de la première, à Thagora, la grande voie intérieure de Cartilage à Ciita, s." dirigeait en droite ligne vers la seconde (3), en travî-rsant le leiritoire de l'importante tribu des Musularnii (Ix). Occupée d'abord par les Numid.es. .puis par les vétérans rduiains, et transformée iinalement en une (( colonie >> 1res llorissanle, elle était très fière de son passé et elle s'y rattachait jalous.ement (5).

Au milieu du n*" siècle, elle avait un é\èque (6) et par conséquent un certain nombre de Chrétiens (7). Dans l'ensemble

(i) Cijiij.. 11.5. /////.

(2) Voir C. /. L., A III, |). 472-907. (I iii-ci.. '1(172-/17(33 : tli'ul.. sniiiil.. p. 157(1. i(l()() cl inscr., 1G873-1690S : Si. (Isoll, Beçh. arch. en Mg.-^ Paris 1881. |). .155-060 et inscr. 52i-()7() ; St. (îscll ci R. Gagnât, Bull, arch. du com. des trav. liistor., 1896, p. 177-178, n. 57-59 ot p. 253-268, II. 119-180; .1. Martin, l ne inseriptioii de Mdniiiiriutcli . dans le liée. île In Snc. arch. de Const., 1909, p. 1-8: Franz (Jnniont. Lrie épitaphe Diéir'iijue de Madinire dans les Compl-Bendin de IWc. des Inscr. et bel. letl., 191 2, p. i5i-]56.

i3) V. Toussaint. Elude du résenu vniilier el des [iriiicipnles iiilin's de la réejUjn de I\hn?nissa. MduDuroindi . l'ifech . ksur Shehi. daiiv le liulL arch. du t-o/n. des Irav. hisinr.. 1S97. p. 262.

('[) Voir C. I. L.,.VI1I, :'|676 et Bull, nn-li. du com. <les ln:c. hlsInr.. i89t). 11. 210. Cf. J. Tontain. Le lerrUnire des M usiilnniii . i\:\i\< le- Méin. de la Soc. nal. des AnI. de Fr.. 1898, p. 2.7i-29'i.

(51 Apulé.', ApoL, 2'|. Cf. C. /. f... Mil, 4672.

(C>') Anligonc présonl an conrili' di' ('artliai.''»" di- 3'i9. ^. Mari-i. C.(}nc. eoll., lit. t/i,^. n

17) Parmi les inscriptions lron\t''cs à MiIaouroiK ii . cpiclqucs-uncs sont visiblement ( liiclicnncs. Voir C. /. I... Vlll. '1762, 4760: suppl.. 1(1907, 16908; Bull. arch. du cutn. des Irar. hislar.. 1896, p. 178. n. 09, et p. 260. n. i48.

14 l'ÉVOLUTIOx\ IISTELLECTUELLE de SVI.\T AL'GLSTI.N

elle restait cependant foncièrement hostile à la prédication évangélique. Par contre, elle tenait beaucoup aux anciens cultes (i). Elle \éiiérait particulièrement le dieu phénicien Abaddir (2), au service duquel se tenaient des prêtres particuliers, nommés les Encaddires (3), et qui était sans doute identique avec le Baal Addii-. ou Baldii-, de plusieurs inscriptions (4), peut-être aussi a\er ].:■ Baal Hammon des anciens (Carthaginois (5). Sur le forum de la \iile s'élevaieïit les statues des principales divinités de

I Olympe, nolamm.ent un Mars tout nu et un second armé de l)ied en cap, en face desquels un nouveau personnage levait une main . comme pour se garder contre eux (6). Le jour des Bacchanales, on voyait les décurions et les autres notables courant à travers la ville, dans un transport mystique, dépouillant les gens qu'ils rencontraient et se livrant aux excentrités les plus lii/arrc-- '-' ^'" ["•n/^Mii^mr' dévot élail d'autant plus accusé ([ue

Il A un-., I^ijisl.. CCXKXII. !.

(y) MiiljtT',' tiio^... l't in mimiiiihiîs Ali-uldiics. /./v'.s/., Wll, •. An

siij(>l (!f '•(• nom on pcnl voir 1^' Lcxiran loUiis liilinildlh de Foiccllini,

Pi-iln. I. V!i (181)7), P- -'-'^ \\ool(f!in An-lilr. jiir M. LexUfxj., I {i884).

p. VH") cl le Tln'sntinis LuKjiirc Ic'iiinc de l,( ip/ij^-, I. T (i()Oo) p. f\'i. On

II li()u\!'' à Miliana vino in-ciiplion dédiée « Al)addiri sanclo » par d<?s « cullorcs iunloiTS » (C. /. L., VJJi. sii[)pl., r!i-/58i). Le mol Abaddir est do provenanco ptiénicicnne et «lénifie « Père PnissanI ».

(.H) ...Et in sacordotibus Encaddins. Epist.. WII. :>. .le n:' IronM' iinllr j).nl aillcnrs ce dcini;'!- mol.

I '1 1 C.l.l... \!ll. r>'->.-(). <( Baldir Aug. sa-mm ». (lli[)p() lie^rins") ; ihid., :uj:ji\.. ir)i;)i, « Dec Patrio Baiiddiri Ang. sariiim »: if)!:?:?. « lîaiiddirs .\nii. Sancti Patiii W'\ ^latnaI^...»: i9ii?3 u l)(n Sando Pialiddiii... n (Si.ïns).

i.)i|)i's i)i>(iiplif)ns pliéniciennes (le (!irla. conserver^ ;iii Miist'T d" Emnre. sont répniiriemçnt dédiées « an Sei^nenr Baal ilanunon l'I à la (i|-anile Déo-^se Tanil Periè-Baal ». Or l'nnr d'elles esl (l(''di(''e |>lntùl au .■^eiiriH'iir lîaal Xddii il à la (iiaiide Tanil Peiiè-Baal ». Celle \ariinl' donne lien de i)enser qne Baal Addii' est ici id:'rdiqne à i5aal li.imrnon. V. FMiil. Berijei-, Lck inscriptions de Constiintinc au A/i/.sv'c du iMurrc, dans les Art. du ii*^ cong. dfs orifiil., Pai'is, 1897, 4® seel. p. 278-282. Sur les ins<Tiplions de Madanr<'. à défr.nl d'Ahaddii' el de iîaal Addir. Sainrte' se Iconve p!nsi(>nrs fois menKonni''. i\. .^1. risclj. /,•<•,/). cnli. m Alij.. n" 552 et 553). D'après St. (^sell il a [)n \ a\oii nn hinple éiip^é en riioiinenr de ce dieu à 600 mètres <'n\iion de la \iile anliijne. en un eiidioil ..ilu-.' SU!- la pente du l\ondiat-Ben-Sesson. où se \oienl ('leoie aujour-d'iini nn grand nombre île stèles (op. dl.. p. .'>7(i. note). Pliil. Berger fait par ailleurs justement observer qu'Adar étail le nom propre du dieu de la planète Saturne et qne celui-ci a éli' idenlilié |);!i- les Boina'n^ avec liaal llammon op. rit., p. 282).

(6) Epi.sL. Wll. 1.

(7) Epi s t.. Wll, /,.

LA FOUAIATIO.N I) 'AUGUSTIN i'Ô

la ti'\oliilioii religieuse' opérée par l'empereur Julien veiuiit do ranimer son ardeur avec ses espérances (i), et qu.e, plus précisément, entre ^^(^4 t?t 3O7, le légat consulaire de la Numidie, Pu i)lius Ceionius Caecina Alhinus, s'employait de son mieux à le laxoiiser (2). A.ugustin ne put manquer d'en subir l'influence, car c'est ^ers le même temps (pi'il dut tpiittcr Thagaste (3). •

Aladaure s'offrait, d'ailleurs, à lui comme une ville lettré.e, ofi le cuite des aiu-iens dieux s'identifiait mieux encore (ju'ailliMirs avec celui d.es grands ('cii\ains. Apulée y était lîé et y avait coTni);encé ses études, puis il y avait exercé les fonctions de duunivii-, de môme qu'autrefois son père (4). Après lui y Ai\ail une bourgeoisie élégante, dont la culture est attestée par les inscriptions métriques qu'elle nous a laissées (5). Dans ce milieu uès instruit pour son temps, le Christianisme était regardé comme une religion de Barbares, bien inférieure à celles qu'avait CQnnues et adoptées l'antiquité classique : « Je ne puis dissimuler, é: lit à ce sujet un certain Maxim.e de Madaure à Augustin, que j(> iv- saurais souffriî- une si grande erreur. Comment' supporter qu'à Jupitei- qui lanc(> la foudre on préfère Myggin (6),

I I ) Ophît. /)." schism. Doiuit. II, iG.

( ■> I V. (]!. Failli de Lcssci'l. /'Vi.s/cs </c.s provinces (ijriiaiiivs. t. II, •''■ piiilic. (içtoi), p. 327-32(). Ce personnage est à identifier, peul-èire, uvce le \ic)i\ i)onlife païen Ailiinu-;. doiil parle saint .lérôme dans une (le -^i< lellres ;/;///.v/. CVII. II.

( !-{ I La (laie [)i-(''cise de son (li''[)art n"e-l imlle paît iiiiliipr'"' (tin-; < 'S

( '1 1 \pilli'c. Mflniii. \l. 17: De ildijlii. l'Idl.. III. rifi- . iliil.: ef. Aiiir. Kji'isl.. r.lj. '^■>. Les insciiplidii^ de Madame mentionnent nn Apnleins Dalianns Pdtnpi >niaiiu< i''.'. /. /... \lll, 'iriii.'ii e| nn \pnlein< Hnfns (//</(/. snnpi.. iCiSS.'Vi.

l)"a|iiè< M. r. Moiiie;in\. (/.es Afrii-iiiiis. p. i'|.")). M.iili.!nn< (".apella, Tanleni- des \occ.s- de Wcnan' c/ i/e la i'iiilnlofjif . sciait iR' dans la nu'me \i':!e à pen piè< en nKane trmp- ipi" Xnirnslin à Tliagasle. \talhein'enseinciil son a-seiiidi) ne sr fonde i|ne -ni- raflirmation frrahiilc d'un l)io- ,i:iMp!ie fiai l;ndil'. \. Miirliinnis (jinclht. r.l. |-!\ sseidiaidl , inirod.. p. i).

Aîirr. Tonlolle ((jt'dÇj. dr l'Air, dirrl.. 1, 202) fait naîlic anssi. mais {]■(■< i^i alniiemenl . à Made.nic. le ,i.Tamniaiii:Mi Nonnins, que les manns- <iil> de ses (rn\r("< i|naliHenl pîuli'il de i< Tihmiieensis ».

I ."1 1 lli-r. \rcli.. iSây. I. \l\ . p. r>()-i\-2, 295-006. 355-36c>, 423-/i4i ; Bull, iirrli. ilii i-oiii. (les Irnr. Iiisinr., iS(|(i. n. 57-5o ", Franz Cninotit. '//•/. (•//.. p. (). n^' '1 .

I (i I ('. • Mv<^piii .ipparail ((iniinr niaiivr sur di\erses iiiseï ijilions de Nniiiidic. i|iii allcslenl eoinliii'ii v(,|i eidle a (''li'' populaire, à Bir Djedid

IG l"k\0LLT10N intellectuelle de SA1-\T AUGUSTIN

à Junoii, à Minerve, à Vénus ou à Vesta Sanae (i), et, horreur î à tous les dieux immortels 1 archimartyr Namphamo (2), de même (ju'tin lAuntas tout aussi vénéré (3), ou d'autres encore en nombre incalculable, aux noms déplaisants pour les dieux et pour les hommes," qui, ayant la conscience chargée de forfaits exécrables et ajoutant crimes sur crimes, ont trouvé, sous l'apparence d'une mort glorieuse, une fin digne de leurs mœurs et de leurs actes tout souillés. Voilà ceux dont des insensés visitent les tombeaux, tandis qu'ils délaissent les temples et qu'ils négligent les mânes des ancêtres ! » (4).

Assurément les esprits 'cultivés et réfléchis ne pouvaient pas prendre à la lettre la vieille mythologie, mais ils l'interprétaient d'une façon très large qui leur permettait d'en garder la substance : « La Grèce nous conte, selon une croyance d'une v;i leur douteuse, dit le même Maxime de Madaure, que le mont 01ymp:e est la demeui-e des dieux. En tous cas, nous voyons et nous constatons cpie le forum de notre ville est occnj)é pai- une foule de divinités salutaires. .\ vrai dire, il n'y a ([n'iin Di.eu souverain, (|ui n'a jioint commencé et n'a point

r\ ('Sic

(C. /. /,., \lii. S:>.g:>.), à ilcns(:liii-rl-ll;iiii;is<-|ia {ib'ul.. KiliSdi. h Tli, (ihi<l., siipi)L, i666q), à l*;i-Hassi (ibid., 18606), à Aïri-d ls.-ar- iSt. (I<i'll. Hccli. (irclt. cil Ahj.. 11" .118), à Aïoun-Bciiicli {Bull. nrdi. du coin, drs trav. /i/.s/(ir.. 1896, n° /|o) ot à Toxlcr tHiill. arch. du cnni. des Iniv. hi.slor., i8ij(), p. /|55).

(i) Colle sainte n'i'sl mi'iilioiiiii''c iiiillc pari ailliuis. mais uni' Irimnc (In nom dr « Saiinanil Mn-avis » apparaît snr une iiis< ri|)l i<in li<in\(''0 clans II' \<)isanj^'c de Madaure, à Heneliir diieragra^' iliiill. arrli. du auii. dt's Irnr. Iii.slor.. 1896, n° 5o), oîi une autre insei'i|)ii()n iiorlc l.s noms de (1 Miiiin » et de ce Meggcne » (iijid., n" 49)-

(t) (le saini •'•gali'menl n'apparail nnlle pari <ians les inserijilions latines de rArri(pie mais on y relève fréqnemmeni les non)s de Nam[)liaino. Nanipamo, Nand'amo, ainsi que ceux de .Nampliann'. NampanK-, Najnphamina, Aainplianiilla, Nampliadora (^Voir C. /. /.., ^ill. \<. io3o). A Madaure même, nous Irouvons un Nampliamo (Bull. arch. du nuit, des Irar. Iiishn-., 1896, n" 160), cl une Nampliadora (ihid.. n" :>■';-)■

(.>l t ne inseriplion trouvée aux environs di' Tlié\esle. dans les ruines d'iHie (''glise, pi'ès de l'aulel, et mutilée dans ses premiers mois, (jui (levaienl èlre « Hic mtmoria sanctorum » ou quelque chose d'approchant, donne les noms suivants a SilVani, Piimi, f)onali, Tnnnini, Felicis. I.uccalis cl Zalùnis ». (C. I. L., VIII, sufijd., j-^G'S'.^). \j- « Ijiccalis » mentionné ici pourrai! liieu èlre idenlique a\ec le a jjicilas » de Maxime.

(4) Aug-. EpisL, XVI, 2.

LA FORMATION D 'AUGUSTIN 17

de descendance, Père grand et magnifique. Qui serait assez dément, assez malade d'esprit, pour nier cette vérité absolument certaine ? Ce sont les vertus de ce Dieu, répandues dans l'œuvre du monde, que nous invoquons sous de nombreux vocables, dans l'ignorance où nous sommes du nom qui lui est propre. Dieu est un nom commun à toutes les religions. Voilà pourquoi nous lui adressons des invocations variées sous une l'orme fragmentaire, pour ainsi dire, en ses divers membres. Par là, en effet, nous l'adorons sans aucun doute tout entier d'une façon visible » (i).

Augu.4tin dut être d'autant plus séduit pai' cr |)aganismc lettré qu'à Madaure il le retrouvait constamment au cours de ses études. Les grammairiens, en .effet, consacraient la plus grande pailie de leur temps à expliquei' des auteurs pa'iens (2). Chargés à l'origine, comme leur nom l'indicjue, d'enseigner la grammaire, d'apprendre à parler correctement, ils avaient pris peu à peu l'habitude d'analyser les ceuvres des prosat.cuis et surtout des poètes qui s'étaient le mieux exprimés en grec ou en latin (3).

Derrière les voiles suspendus au seuil de son école (l\), le jeune étudiant s'exerça d'abord à traduire des passages d'Homère (5), par exemple, l'épisode du cliien d'Ulysse ([ui reconnaît son maître après une longue absence (0), peut-être aussi quelques fables d'Esope (7). Mais il n'alla pas bien loin dans cette voie. La langue grecque était, autour de lui, fort peu connue et, par là même, fort peu goûtée. Elle constituait le giand épnuvanfail dos écoliers africains (8). Augustin éprouva

1 I ) Aufr. Epst., XVI, I.

('i) ."^ans le dire expressément Aiigusliii li' doniir assez nellcniriil à entenilre par l'opposition qu'il «Mablit enire Icin rii-;eipii(iii(iil el cchii du Chrisiianisme (Conf., l, 25 v.g).

CV) D,' nnl. IL .■^6-.S7.

('il Ciini.. T, 19. Cf. Apulée. FInrid., 3o.

(5) Coiif. 1, o3, 90.

(6) De quant, oniin.. 5o. o'i : De Mus. 1. S.

(~) Sulufo Aosopus faetus suni iConf. Arad.. II. -). Painii le-^ aiihcs elassiques jïi'ees, Augustin ne menlionn<', dans ses |ireniiers l'erils, (jn'Aselépiade, Arcliiloque et Sapplio, et il le fait d'une façon purement ineidente poiu' expliquer l'oiipine des vers c aselépjadiqnes )>. <( areliiloquins » et <( snjiphiques » (De Mux., II, i.'i).

(8) Conf., I, 23.

18 l.'j'.\Ul-LT10.\ LNTELLECTLEI.LE DE SAI.VT AUGUSTIN

pour elle autant d'aversion qu'il en a\ ait autrefois ressenti pour les leçons de lecture, d'écriture et de calcul, ce qui, d'après son jHopre témoignage, n'est pas peu dire (i). Aussi ne Tétudia- 1-il que d'une façon assez superficielle. Il la connut assez pour en citer plus tard quelques mois et expliquer incidemment leur «tymologie (->.), pour déchiffrer même un certain nombre de pages d'auteurs ecclésiastiques (3), et pour collationner. le cas échéani, la version italique de la Bible avec celle des Septante (4). Mais lui-même a avoué qu'il était incapable de lire un ]i\ic c^ntier écrit en cette langue (5), et, dans un moment d'expansion, il est allé jusqu'à dire, tout bonnement, qu'il ne la savait point (6). En somme, il a à peu près complètement iiïn'Té la littérature, soit profane, soit religieuse, de la Grèce.

En revanche, il a acquis, auprès du grammairien de Madaure, une connaissance très étendue et très précise des classiques latins. Sous sa dir-^ction, il lui, de très bonne heure, soit dans des éditions complètes, soit plutôt dans des anthologies, les autours (jui passaient pour avoir le iniiux cuîniii et manié sa l.iUgae (■]). En tête du programme scolaire venaient les grands maîli/'s, (licéron dont tous les lettrés raisaiciif leur premier et

( I I Collf. . 1, 20. 23.

I :< i 'Ions k'S loxlcs visés iri, iiiih rimrs ;"i r;iii /loo, soiil groiipi's diins Toiiviagc tic II. Bcclicr iAiigusIin , j). i ■' i - i.i.i ). qui s'jippliqiic à montrer qu'AijgusIiii siiviiit foii Ijicii le grec. \a\ Ii<lc en csl assez courte, et elle ne conlient guère que des termes coiuanls. (innl h) signilicalion (ie\ail êti'c raiiiiiièfc à (|nic<)ii(ji!e a\ait fn''(|uenlc iiti laiii -oil peu les grauiluaiiieiis.

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