I -^ > ('.nul. .///'. l'cliKj., I. :'li
i 'i i l)i' .^l'fiii. L'ont, in nionl., I, 19. ôi ; ExpOH. cjiisl. cd Cttlal.. 0 ; l'.jiisl. (ul llotiuin. expfi>i. incii., 2; Conl Epiai. Mon., /i5 ; De dort, christ., 11. 10. 'i : l!l, :.
(.')) De Trin.. III. i.
(ii) Conl. lin. l'clil.. II, 91. liculer (Aikj. Slml.. p. i7o-i-:>) ci lîecker (AïKj.. p. i.'î(-!.i8) oui \ainenii'ul cluTclié à iiifiiiuer la poilé<' de col aveu. Holliuauner coiirlul a\i';- plus de raisou : << Augustinus war. \\ie Behb in Stiulio tiihiicd. 1. 221.'^. mil Becld sagi . tint a Good greek scliolar ))) Ziir Sprnchenkciuitnif: des liril. Aiiqiisl.. dans la Tlirol. Qiirirtnl.'irjir.. 189.^, p. 270').
(7) L ne aidliologie du \'' siècle, conipost'e à ('.ai-|liage cl destinée aux ^'"luiliaids africains, a été éditée par Riilu'cns (Pncl<\i> hilini tninores. IV, Leipzig. 1882, Coll. Tenbner). Malgré sa date nu prn lai-di\e, elle nous permet de nous faire nne idée assez précise de la formation littéraire d'Augustin.
LA FORMATION D AUGUSTIN lî)
priucipai modèle (i), Vanon, qui leur était également très cher à cause de ses connaissances encyclopédiques (2), Salluste, l'ancien gouverneur, do 1 1 Numidie, (jui a\ait raconté, dans son liistoire de Jugurtlui, la dernière des grandes guerres d'indépendance engagées par l'Afrique (3), surtout Virgile, le poète idéal (li), à qui on savait particulièrement gré d'avoir inséré dans Vl'^néide l'épisode très populaire de Didon (5), et qu'on étudiait dans les écoles à travers de nombreux commentaires, ceux, par exemple, de Cornutus, d'Âsper et de Donat (6). A leur suite t'-taient inscrits les classiques de second ordre, Horace (7), Ovide (8), Perse (9), Catulle (10), d'autres encore qui nous sont moins connus m Une très grande place était réservée
(1) Augustin le pn'.senio, dans ses- prcniicrs ouvrages, comme un t'crivain accompli et supérieur à tout autre {De mag. 16), qui, connaissant parfaitement sa langue {Cont. Adim., XI), excellait à prendre chaque mot dans son sens véritable et tout-à-fait précis (Cont. Acad., II, 26; De beat, vit., 5i).
(2) Varroni quis non credat ? (De ord., 11, â^). Au cour; de m s premiers écrits, Augustin cite plusieurs fois Varron et il l'utilise souvent <ans le nommer. V. Becker, op. cit., p. loo-iif).
(3) Augustin le qualifie de « lectissimus pcnsalor verborum » (De beat vit., Si) et il Je cite volontiers (Ccmt. Acad., III, 0(1: Cnrif.. ÎI. i3. etc.
(4) Virgilium pueri legum ut poeta magnus omniumque praecla- ' rissimus atque optimus, tencris imbibitus annis. non facile possit aboleri (De Civ. Dei, I, 3). Qui non solum nihil pcccassc sed ctiam nihil non lau- (iiibiliter cecinisse ab cis ctiam qui illum non intellegunt creditur (De util, cred., i3). Au coui'S de ses premiers écrits, Augustin partage ce jugement. Il présente plusieurs fois Virgile comme im auteur tout-à-fai( '< vi'ridique » (De Mus., l, 8; Dr nrd.. IT. ri'.^ et surinni il le cite souveuf V. Becker, op. cit., p. 63-73.
i5) Coiif., I. 27. Cf. Bahrens, Pcwl. Uil. :i:i}t.. IV. p. ?!7i-277 : Episi. Did. cd Aen. Une mosaïque représejitant les adieux d'Enéc et de Didon a été dccouverle à ?ou<=e <\ ('(udiée par P. ninicklei- fUrr. Irc/i.. 1^97. p. 8-22).
(6) De util, cred., 17 iiiH. Cf. Schanz, Gescli. der r/i;». Liter., Miinchcn. iStjS, t. HT, p. 171-173; t. II. 2" part., 284-285; t. II, 1' part. 85; cf. 27-28).
(7) De Cillant, ait., 4i : Dr Mas., IV. 18. 20. 35, 36: V. 1:2, 18, 28; Conf., IV, II, etc.
(8) Cont. Epist. Man.. 32.
(9^ De Mag., 28.
( 10) De Mas.. V, 5.
(11) Diverses citations poétiques faites par Augustin sont anonymes et ne se laissent pas identifier (De ord., I, 10; De .Mus., II, 22 et 2G 20,
î. t\0LUTiO\ I^TELLECTUELLE DF. SVLNT AUGUSÏIX
enfin aux Africains, anciens ou récents, en particulier à Téreiicc, <iont les comédies étaient encore fort goiitées (i), ainsi qu'à Apulée, qui devait être particulièrement étudié dans sa ville natale (2).
Augustin ne se contenta pas de lire ces différents auteurs ; il dut encore apprendre par cœur (3) et réciter sur le ton chantant qui était alors de mode dans les écoles (4) les pages les plus célèbres de leurs œuvres, par exemple, l'épisode de Médée la magicienne emportée au ciel par des serpents ailés (5), ou bien les aventures d'Enée et de Didon (6). En même temps, il étudiait les règles de la prose, que l'Africain Charisius exposait, vers cette époque, dans son Ars grammatica (7), et celles de la ix)ésie que Térentien le Maure avait jadis codifiées dans son poème De Metris (8). Il s'habituait surtout à appliquer les unes et les autres dans des exercices d'école oiî il exploitait à nouveau d'anciennes légendes, mettant, par exemple, en prose un passage de l'Enéide et faisant dire r. Junon (( sa colère et sa douleur de
25; III, 3, 5; IV, 2. 3. 16, 17.' 23, 26, 27, 29, 32; V, 7, 27; De dnct. c/ir/.s/., Hl. II).
U) De beat. vil.. 25, 32 ; De Mag., g : EpisL, XXI, 2 : /)*' dort. clirisl.. III, 58; Conf., I, 25-26. Cf. De ord., I, g (lÀcentius).
(9.) Dans la Cité de Dieu (IX, 4), Augiislin l'appelle « \iv elet;aiiti-^sinii infrenii et multae ae facundae scientiao » et il le rite soiiveiil comme un « j)lulosophe platonicien ». Il a dû le eonnaîti-e bien plus loi e| dès S(S anntkîs de collège comme un littérateur.
(3) Tenere cogebar Aenae nescio cuiiis encres (Conf.. I. 20 ///1). Libenter hacc didiei iTerentii), Itjid., I. 26 fin).
(V) Volantem Medeam.... cantabam 'Conf.. 111. iiV Cf. riasion Boissier. Joiirn. des sav., 1895. p. /jo.
(5) Augustin y fait souvent allusion (Solil., II, 29; Epist.. YII. 4; Co;i/. , III. 11; De cous. Evnng.. III, 53; Cont. Seriind.. 2(V) el il rappelle un vers s'y rapportant :
Angues ingénies alites iunctos ingo,
qui se dit déjà cliez Cicéron (De ini\, I, 19; cf. Augusf.. Epist., VII, 4) cl qui peut appartenir à une trag('(lie d'Eimius dont le même auteur cite d'autres passages.
(Cl) V. supra, p. 19, not. 5.
(7) V. Paul lionceaux. Les Africains, p. 4o8,
(81 V. P. MonceaiLx, Les Africains, p. 388-39fi. Augustin parle d(< ce poème comme d'une oeuvre classique qu'on expliquait dans les écoles (De util, cred., 17). Il le cite une fois ( V. SS-gS) dans le De Musica (II. 21), et c'est sans doute d'après lui qu'il cite aussi dans le même traité (IV. 3i) quatre vers de Pomponius Seeundus (cî. De Metris, V. 2i38- 2142) et {IV, 3o) deux autres de Gratins Faliscus, Phaliscus nescio qui (cf. De Metris, v. 2001-2002).
LA FORMATION I) 'AUGUSTIN 21
lie pouvoir éraïUT (ie l'ialie le nn des Troyens » (i).' Les clas- ^^i(|ues latins i csliiieiil , ici encore, ses modèles, car c'est à euv que ses n.aîires eni|)runtaienl leurs exemples et c'.cst sur eux qu il dcNuii lui-même se [régler.
Tous ces auleurs ionriaient son iutellig.ence et son goût Jitléraiic. niais conlrihuaient aussi à affaiblir en lui la loi ciiiéticnne (pi'il îenail de sa mère. Sans doute, il ne croyait aucunement à l'assomplion magique de Médée (2), et il savait fort bien que riiiiniitii'^ témoignée par Junon aux Troyens fugitifs était, comme on le lui a\ail dit, une pure légende (3); Son maître lui laissait, à cet égard, la plus grande liberté (A). D'autres poussaient même assez loin l'esprit critique et affirmaient qu'Enée n'a\ait jamais abordé à Cartbage (5). Mais, à force de lire et d'enlendre exposer gravement des fictions auxc^uelles les gens instruits ne croyaient point, Augustin se trouvait naturellement amené à penser que les doctrines importaient assez peu (6). Ainsi ^ il se détacliait progressivement du dogme catholique. Il devait d'autant moins y tenir que les lettrés affectaient volontiers d'ignorer l'Eglise et gardaient, à son sujet un dédaigneux silence (7).
Du reste, les grammairiens se préoccupaient beaucoup moins ■des doctrines exposées par les anciens auteurs que de la forme qui leur était donnée. C'étaient, avant tout, des stylistes, qui ne craignaient rien tant que d.e commettre quelque barbarisme ou quelque solécisme, et pour qui tout eût été perdu s'ils se fussent oubliés à dire ominem pour homineni ou inter horninibus pour infer liomines (8). Au quatrième siècle, et plus particulièrement en Afrique, ils étaient arrivés, par lour fréquentation assidue •des grands maîtres et leur constant souci de se régler sur eux, à une correction et une précision souvent très remarquables.
(i) Conj., T. 27.
(3) Conf., III, II.
(3) Conf., I, 27.
(4) SoUL, II. 20.
(5) Coni.. I. 22.
(G) Conf.. I. 20.
(7) Doux (l'cntro nix, Martianus Capolta et Macrobe. rontcmpoi ainsi •d'Aiiefustin, ont trouvé le moyen d'écrire de Ion":* ouvrages eneyclojpédiques sans en dire un seul mot.
(8) Conf.-, I, 28, 29.
Mais, trop sudxeul aussi^ ils s'écarluieiil tlu naturel et ils aijusaioni des procédés techniques. Jls avaient une habitude huheuse de jouer avec les mots, de les décomposer fort arbitrairement, de les opposeï- les uns aux autres ou de les rapprocher d'après de simples assonances et de fonder des raisonnements entiers suices oppositions et sur ces antithèses. L'esprit tenait chez eux la place de la pensée, et la recherche de l'effet littéraire les amenait très vite au mauvais goût (i). A ces divers points de vue, Augustin prit exemple sur eux. !1 sîiabilua si bien à leur manière qu'au terme d,e ses études il devait s'adjoindre à eux et professer quelque temps le même enseignement (2).
Avec leur indifférence dogmatique et leur souci exclusil d élégance, les grammairiens ne pouvaient avoir qu'une nioralc d'esthètes. Ils ne blAmaient que les fautes de goût. Ces gens qui n'eussent point admis le moindre solécisme ne trouvaient rien ;'i i, ilire aux peintures très libres et quelquefois fort licencieuses des vieux auteurs. Ils commentaient tout au long les récits poétiques des amours de Jupiter s^ns en être aucunement choqués. Augustin les écoutait avec une curiosité avide. Les tableaux des adultères du maître de l'Olympe se gravaient dans son imagination en traits ineffaçables. De sa vie il ne. devait pas oublieiles propos tenus à ce sujet par un jeune débauché dans une [)ièce de Térence : « Voilà ce qu'a fait un Dieu ! Et quel Dieu î (lelui qui ébranle de son tonnerre les voûtes du ciel ! Et moi, homme chétif, je ne le ferais point ? Je l'ai fait et d'un cœur lé,'i/;r ^?>) )i.
Quand il quitta Madaure, ces souvenirs classiques l'obsédaient. II était alors dans sa seizième année, en pleine crise de puberté (f^). Il resta d'ailleurs pendant douze longs mois à Thagaste dans un rep-^s forcé rv, proie à tous les rêves troublants qui assaillent
(i) V. Gaston Bois.'iier, Ln fin du paganisme, édil.. t. I. p. ir)(l-i.")S of Piuil Monceaux, Les Africains, p. 75-77, 96, clc.
(2) Possidius le (lit expressément (Vit. Aug., i) et son témoignage est liop précis pour qu'on puisse le contester,, comme l'a fait Bindemann (Dcr iieil. Aug., t. I, p. io5, not. 2), bien qu'Augustin paraisse dire le contraire dans un passage d'ailleurs fort vague des Confessions (tV, 2 cf. 1 inii.). Les Bénédictins (Fif. Aug., 1. I. c. 7, n° i) allèguent à l'appui du texte de Possidius un autre passage des Confessions (III, it). Malheureusement, l'interprétation qu'ils en donnent semble bien arbitraire.
(3) Conf., I, 26. Cf. ibid., 28, 29; Ëpist., XCI, 4; De Civ. Dei, II, 8. ' (A) Conf., II, G.
LVFORMVTIO.N d'aLGUSTTN 'i.y
une àiiif d'adolescent. Ses iiaiciils voulaient le mettre à l'école dtiii ihéteiir de (larthage pour l'aire .ensuite de lui un avocat \l;iis comme ils n'avaient pas d'argent ils durent s'ingénier pour s'en procurer et cela leur demanda du temps. Enfin, au bout d'une année, grâce aux sacrifices qu'ils s'imposèrent, grâce surioul à la libéralité de Romanien, qui offrit un gîte et un [lelii pécule à son jeune client, Augustin pïil le cIumuIu de la >ca[)itale (t).
Il[
[.a Carthage romaine, bâtie à l'époque des premiers empereurs sur les ruines de celle d'Annibal, s'élevait à l'ouest de I "Chique proconsulaire proprement dite, ou de la Zeugitane, cl à l'extrémité méridionale d'une presqu'île qui se terminait'là en un vaste triangle (2). Enserrée d'un côté par la mer, de l'autre par des remparts puissants (3), au delà desquels s'étendaient de populeux faubourgs, elle avait son centre naturel dans l'antique Bvrsa, que des rues très droites et très régulièrement espacées reliaien; à ses autres quartiers (/4). Sur la célèbre colliiie Au- ^ gustin voyait se dresser le temple du dieu Eschmoun, devenu maintenant Esculap.e (5), et un peu plus loin, sans doute dans la partie orientale de la ville basse, celui de Tanit Astarté, "identifiée parfois avec Junon, mais plus souvent surnommée
(Il Ci'iif.. II. 5, 6. 8; Conl. AnnL. Il, 3.
in Sur (".arihage on pful consuifci' parliiiilièremont Aiip. AikIoI- Iciil. ('nrUi(i(ji' roiuainr, Paris, 1901. iii-N".
il Doii) U. Luclctcq, article C(tiili(i<ii\ daii-i le Dirlidiinaiii' d'Ap.-li-'nlofi'ir clirétienne. t. II (iÇ)io) c. lUfio-'ùvH).
1;^) Dr 7'n/i., I\. 10.
(V) (.!«'-ofîraphe anonyme dn /|® siècle dan* (". Millier. Géographi (inii'ci minores t. II. p. ôaO (Andollenl. op. cit., p. -SX).
(')) V. Apulée, Florid IV. 91': C. I. L.. I. VIII. SiippL. n. i.'iaai et 1,3.187; Bull. arch. du com. des trar. Iiislor., 1900, p. CLXXX et suiv. ; Andollenl, op. cit., p. 280-280, 84o ol 84C. Cf. È. Babelon, Le Dieu Esrh moun. dans les Compt. rend, 'de VAr(ul, des Inscr. et bell. lett., iqo4, p. 190/i, p. 282-239, ^t D'' Raym. Neveu, Le culte d'E.'iCutape dans VAfrique roniidne. Paris, 1910, in-S".
24 L"É\0LUTIO^ IM'KLLKCTLELLK 1)1-; S \ I N T A l (. L STI>;
la (( déesse (lél.este » (i), ainsi que celui de Baal Hanunou^ le (ihionos ou le SaUirne des Giecs et des Romains, qui avait t'ait donner au cjuartier Aoisin l.e nom de a aicus Senis » ou « Aicus Saturni » {■>.). A l'est de cette acropole \énérée, il pouvait admirer de \asles thermes santés pour leur liaîcbeur ^'^|. puis d'immenses citernes, alimentées par un merv.eilleux aqueduc qui allait piendre à douze lieues de là l'eau lu^cessaii'e aux hevoins de la ville Ci). Vers le iioid s'offraient à lui un grand ll'.i'àlre à ciel ouvcil, où Apulée avait prononci'' un de s"s discours h's plus célèl)i'es (:">), et un Otléon entièrenieni c;:!;\ert, (]ui ;',\ail été construit en ■>.](), au te:n[)s de Terlu!lien ({')). \eis l'ouest, son attentiuii élaii surtout attirée par un amphithéâtre de dimensions colossali's, où jadis des martyrs avaient été exposées avix bêtes (7), et par un cirque non moins Aaste où se donnaient des courses de chars très populaires (8). Erdin, dans le quaitier du sud, le cours de ses promenades ramenait au i'oruni, tout bordé d.e porticjues et encombié de
(Il Auiloiiriil, (1^). (•/'/., j). :H):^-;M'ir). ^i(i((-oi).'>. ('t. l'Iiilippc Bcf^rci', 'l'niiil Pi'iir-Bdiil {Jfiiirn. As'uil., 1S77, j). i'i7-i(h)) cl /.es i^r-ratos de Taiiil 'i (.'.(irilinge, Paris, 1^77, iii-'i"; Hené Gagnât, Lf Cnpihili- au Icitijil,' ilr JiiiKin CélcsU' à Carlliaife [lU'w crcli., iHc)'!. p. i<SS-i()5) : .\u<>:. Aiidollcni : /-(■ culte (le f'dcirsiis n Home idaiis Eiii. Cnmnr., liée, des (iiic. rJèr. ilr lu Far. des lelt. de Pai'.. içtoi. p. .H-12)'; D"" Carton, f.r sniirliuiirr de 'l'mi'il à Kl-Kliriitissa. I';iris. i()(i('i. iii-S".
(2) De cons. Evang., I, 36. Audollent, o/*. ril., p. Sgo-Zioo. Cf. Pli. lîcrgci- cf R. Gagnât, l.e fttinctiKtire de Saluriie à Ain Toungd {Bull. arch. du coin, r/c.s Irtir. Iiislar., i88((. p. 207-265; ,1. 'i'oulain. Le sniichuiire de Sfdiirne Ihdcdnuiensis <iu djebel Briu-Knur'iiein (Mél. d'urdi. cl d'iitsl. île Vie. jnuie. de ]h>nie, MF, 11892), p. 3-i2/i) cl De Sdliinii dei in Africo ronuma rullu. Paris. i8()'i. in-8°.
(3) Ail. I)<>n<d. f)(:sl. i-iilhil.. .")8, cf. '|,S cl Bn-riculiis cnllil. cuni Ihin<d., i, i.'i. Cf. P. (i;mcl\lcr. Le ijuarlier des lliennes iLAntfniin à Carllnrge (Bull. arch. du curn. i/cs Irin-. hislor.. ipd.'i. p. 1 lo-'f'o) : Aii(loll<-ril . op. cit.. p. 26.^^-266 ft 8/|3
('1 1 Audollent, op. cit., p. 242-255; 261-262.
(5) Apulée, Florida, IV, 18- 83; cf. Métnm., X, 29, 34. Augustin parle très vagucuKMit des u llicàtrcs » (De nwr. Man., 72). It dcsigni', sans douli'. par là le thcàlrc proprement dit et rOdéon-
(6) Tertultien. De resiirr. curn., [\-2; Scorpiace, 6; De l'ullio, 4. Cf. AM<lollenl, op. cit.. p. 257-268, corrigé et complété p. 845-846.
(7) Tertultien, De spect., 2, 3, 12, 19, 20-23, 26, 28-3o. Cf. Aiidoir lent, op. cil., p. ,'Vii-,jo/i et Dom Liclcrcq, art. cit., c. 2277- 2280.
(8) Df inor. Man.. 72; De calecli. rud., 25; Enar. in P.^Kdm., XXXIX, 8, 9. II et suîtout le sermon pseudo angiistinien De .^ivinbolo lui Colecliunienos, 3. Cf. .\ii(lolIenl. op. cit., p. 3o5-30§.
LA FOUMA'l'ION 1) AUIJUSTIN 25
s'aliies, où les étudiaiils vonuLejit surioul flâner (i); puis, plus liin, aux (jiiais de l'ancien poil, doiil les dépendances s'élen- (•dient d'un côté jusipTau lac \oisin et de l'autre loul le long (is la cote orientale {-.i).
Dans cette dernière paille do la vill(\ ou plus exactcm.ent sur tout le littoral, L'rouill.iil une population de marins on de mai'- ( iiands, venus de l'Italie ou d." la (irèce, de la Gaule ou de [Espagne, de l'Egypte ou d(^ la Syrie, et au milieu d'eux allaient eî. Ncriaiciil des légions de débardeurs, issus des anciens indij'.ènes ou amenés comme esclaves de l'intérieur de l'Afrique. A',ers la campagne vivaient, au contraire, de riches propriétaires, .'ont beaucoup avaient déserté la province pour jouir des douceurs d(> la capitale, et qui habitaient là des palais luxueux ou de coquettes villas entourées de jardins verdoyants. \u centre :iîème de la cité, les descendants des anciennes familles carthaginoises se mêlaient aux fonctionnaires récemment débar- (lués d'Italie ,et le punique se parlait encore couramment à coté du latin. Toutes les races- se trouvaient là représentées (3). Toutes les religions aussi vivaient côte à côte dans la métropole africaine. Le Christianisme y avait pénétré depuis longtemps .et il s'y montrait fortement établi (4). De même qu'à Rome, la ville était divisée en a régions » ecclésiastiques, dont chacune avait son organisation et son personnel distincts (5). Aussi possédait-elle un assez grand nombre d'églises et de chapelles disséminées en ses divers quartiers. Les écrits d'Augustin signalent la Basilica maioriirn (6), la Redituta (7), dans laquelle
(I) Co/i/., VI. i/|. (If. Audoltonl, op. cit., p. 3r-!(3-:>32.
(a) C'est là qu'à 29 ans Anpiistin s'eml)arqua. de nuit, pour l'Italie (Conf., V, i4-i5). Cf. Andollont, op. cit., p. 198-221. '
(.'Vi P. Monceaux, Lps .Africains, p. !iCi:'i-'\Gb.
(II) P. Moneeanx. ///.s/, lill. de VAjr. clircf.. t. I. p. 1-12 ; Dom Lcrlercq, art. cit., c. 2202-2209.
. (5) Une lettre d'Augustin mentionne la seconde (Episl., CXX^IX, i). Cf. Gesla coll. Carth., (de 4ii), IH. 5, P. L., XI, i3G4. Son i5« sermon a été prononcé d.ins la troisième. Six sont signalées pai- divers docurnenfs. V. Ooni Lcclercq, art. cit., c. 2270-2272.
(G) Serin. XXXIX, CI.XV, el CCLVIll : ad basilieain niaioreni (pour maioiuin .•*). Cf> Dom Leclercq, art. cit., c. 2233-2252 et Pillet, Le.s mine.s de la Basilica majorum à Cartfiaye (Compt. rend, du Congr. scient, intern. des Caihol., Paris, 1891, 2* »ect., se. rel., p. i58-i6fi).
(71 .SVmi.. XIX, XXIX. XCll, CCLXXVil; Act. du conc. de Cartk. de 397 (Mausi, up. tit., 11 î. t. iîfeiw. tf. 7^2 «t 91 5), de 398 (^c. 967), de Sgg
26 l.'É\OLLTIO> lAiTELLECTUELLE DE SAINT AUGUSTIN
se coii^crxciient les tombeaux des saintes Perpétue et Félicité (i), celles de saint Pierre de Carthage (2), des martyrs Scillitains (3), ou de Célerine (4), de Fauste (5), de Gratien (<>), dHonorius (7), des Tertullianist.es (8), des pavillons (g), et du forum (10). Ils mentionnaient aussi la <( mensa Cypriani », érigée sur le lieu du martyre de Cyprien (11), une « meinoria r.ypriani », qui s'élevait sur son tombeau (12), et un autre sanctuaire du même nom, qui se trouvait sur la côte méridionale, tout près du port fi3). Les Chrétiens formaient donc, à Carthage, une masse imposante. Mais ils y étaient divisés, comme dans
(c. ()7(), cf. -')■' ri IV. c. '|S 'I. <!•■ 'i<>i ic. Too.S, cf. -bj. 770 et IV, /183 cl '19(1 ). «le '|oS ICI ifi."^. cf. Sio et IV, ô(o), (le fiiÇ) (c. 823, cf. IV, 435 et 5oS);Vicl. (le Vil.. Hist. persec. Vaml.. I. i5-i().
(i) L(; Concile de Carthage de Sgo a ('té lemi dan,^ la Basilicn l'i-rpi'fiiue ri'stitiila (Mansi, loc. cit.). Victor de Vite, Inc. cit., appelle la Ha.^iliijue de sainte Perpétue Ba.silica maiordm, d'après un manuscrit (BnsiUcum mciiorem. d'aprè? les autre?). Certains arclK'ologucs se sont appuyés sur ce? deux textes pour identifier la BasiUca tnaiorum et la BasiUcn restilulii. Mais d'aiilies \cidrnl qu'on les dislingue. V. Dom Lcclcrcq, art. cit., c. ■>.:iô-2-22iu .
(2) Serm..\\.
(3) Scnn.. CLV, cf. CCLXXXIII.
(4) Senn.. \LVIII, CLXXIV. L'identiti- de ces deux basiliques semble all(^stée par un texte de Victor de Vile (I, f)), qui mentionne la Basilica Cclerinae vel sciililanorum.
(5) Scrni., XXIIl. CXI, 2 fin. CCLXI. Cf. Mansi, op. cU., III, c. 690, 810: IV. .^77, 40:2, 477. 5o4; VIH, 808: Prosp. d'Aquit., Chron. Min.. 1. 35; Vicl. de Vil., Hist. persec. Vand.. I. ■'.:>, il, 18, 48; III, 34-
(G| Serin., CLVI.
(7) .SVn/i.. C.LMII.
(8) De Haer.. L\>^XVI.
(9) Serin., \J\ : Einirr. in /'.s«/m. WXll seciiiidd, serin., li, ^9. Cf. K!orus. Expos, in Epist. uti Eph., 3.
(roi Serin.. \1V ; Brev. coll. cam Donal.. IM, i;>. Cf. Vict. de Vit., I, ...ô.
(11) Seim.. Mil. \L1\. CX1\ , CXXXI, CLIV, CLXIX, CCCV, CCCX LXXX. 4 ft 23. Cf. Senv. ined., (pseudo-augustiniens-), XIV, XV (P. L., t. XfV, c. 862, Sfif)).
(12) In Psnlin., XXXII. Ennrr. Il, serm. 1, 5 (cf. P. L., XXXVI, not. a) et II, 9; Seriu. CCCXl, CCCXII, CCCXIII. Cf. Serm. de mirac. S. Sleph. d'un anonyme contemporain et disciple d'Augustin, II, 9 (P. L., t. XLI, c. 848); Fulg. Rusp. : Serm., VI, i (P. L., t. LXV, c. 740).
(i3) Conf., V, i5. Sur les églises cypriennes 'de Carthage on peut lire paiticulièrement P. Monceaux, Le tombeau et les bimliques de saint Cyprien ù Cnrthage (dans l'Hist. litt. de VAfr. chrét., t. II, p. 373).
LA FORMATION d'^^VUGUSTIN '11
beaucoup (Tciicltuils de l.i l'rdeonsulaiie el de la >uiiiitlir. r;i deux grands parlis, celui des ( lai holiques et celui des Douatistes, qui se livraieut, d.epuis plus d'un demi-siècle une guerre acharn-e et s'accusaient uuituellement de ruiner l'Evangile. Les uns et les iiulres étaient trop occupés de leurs discordes pour exercer au dehois uue propagande bien active (i).
Autour d'eux, la grande masse restait, comme à Madaure, foncièrement païenne. Son paganisme était même, daus l'ensemble, de ()ualilé fort médiocre. Les magiciens abondaient, promettant d'écarter tous les maux ou de procurer tous les l)ieus désirables, au moyen de cérémonies, d'incantations ou d'aiiuilettes ;i]i|iioj)riées (2). V leur suite \enaieiit les arusj)ices cl Irs augures tpii lisaient l'axeuir dans le vol d.es oiseaux ou dans les euliaillcs de diverses xicliincs animales (.')). Tour les gens que ces recette^ vieillies n'étaient plus capal)]es de satisfaire, s'offraient encoi." les astrologues. On les appelait jadis les « génethliaques », parce ipi'ils expliquaient la vie entière de cliaque individu jiar la nature des coiislellations qui avaient présidé à leui- conception où à leui- naissance Ci)- A l'époque d'AugusIiu, ils étaient plutôt connus sous l.e iioni de « matbématiciens », parc^ qu'ils se li\ raient, dans leurs boroscopes, à des calculs très compliqués sur les 'Mk) parties du ciel occupées, d'après eux, à tomner le long du jom- autour de la terre, et sur I,i position exacte occupé.-^ par (diacmie d'elles à cbaque beiaré du jour et <à chaque niimite (5). Leui- étiipietle a\ait cbangé, mais ils gardaient toujours, au regaid de la foule, la même doctrine et le même prestige f{)). Fiinn. c"rl;iins de\ins jiassaieul |ioni' jouir
M. \. P. Mnii'T.nu. Ilisl. Illl. ,!,■ r\ir. rln-i'l.. I. IV H.Jl'f: /..- /)r.;/«lt'isme.
CM Ciiiii.. W . W: /).■ iUu-l. rhrisl.. II. 'if) et .s'.'/vu. . (".(".CWlll. .'v "n a li(ni\(' (laiH deux ciniclièics païens d dans des fosses de l'ampliil li(''àl rc de iio:nlii('us('s iiisciiiiiiniis, ^Taxi'cs siii' des lamelles de |)!iii>iii. (jiii l'orlindeill di\e|--;ev iiupicM-al i( iiis (-(iiili-e eeiiailis coelier^ riii eerlailis elie\ail\ de eirqiie afin d'assiirei leur di'l'aile. \. ('.. I. 1... I. \lfl, siijipi.. n" l'ôn'ii:?5iT el Aiiir. ^iidoilenl. ] )i'fi.ri<)iiiiin Inlu'llm' (juolijuol iiindUirriiiil Inin in GriK'ris (trirulis (junni in Inliiis ( )rriili'iiHs [ini'iibiis. Pai'is. lo.'j, in-S°.
(.'v Sfi-ni. I\. 17. Cf. Cniil. \,;i(l.. I. K) : f.oiii.. IV. 3. ( '1 I /)-• (/<>,/. rliiisl.. II. .vi /;,//. (5» /),' ,lir. ,i,Htrsl lAWIII. u. \IA. :■.
(fi) Aux (exies si^Tiali's dan-; les deux noies jirc'-eéderdi's on peut joiiidie TJr Gi'ti. liil.. II. '^t•) : ])<■ i-mis. ErDiiij.. J, 3(3: Etuirr. iit Ps<ilnt.,
i2(S L'jhOLtTiON I.^TELLHCTUEr.LE DK S VINT AUCICSTTN
de pouNC'ifs suiliuiiiaiiis. Tel cet Albicéiius, qui se fit, pendant de longues années, une réputation exceptionnelle par l'exactitude avec laquelle il répondait à tous les consultants. L 'interrogeaiton SUT- un objet perdu ? Il en indiquai! la nature, le possesseur cl la cacliette exacte. Puis, si un commissionnaire infidèle ne lui len 1.1 liait (|u"une partie du pourboire attendu, il l'obligeait à avcuci' I" vdl, a\anl même de connaître la somme qu'on lui destinai! cl (l'en avoir rien toucbé. Un jour, Flaccianus, homme savani cl dislingué, ayant engagé des pourparlers pour l'achat d'une i( lie, lui demanda s'il connaissail l'affaire. Mbicerius la lui exposa avec une précision stupéfiaiUe et lui donna même II' Udin de la lenc, dont l'^'lrangeté ('lait telle (pie Flacciaims s'en souxen.ii! à peine. Une autre IViis, un étudiant lui demanda uaicpioiseiiient : (( A quoi pensé-je ■' » « \ un vers de Virgile », répondil-il, et c"! homme qui avait à peine vu parfois en passant l'école des grammairiens se mit à réciter ce Aers avec la plus grinde assurance. Certains disaient bien qu'il n'était pas ird'aillihic, (|u'i! commettait de nombreuses ni('|)iises. Il n'en <(intiiiii;iil pas moins de s'attirei' de très nonihreux clients (i).
Mais ia ((infiancc de la foule se portail de pi'éférence vers les dieux (lulenips jadis, lleicule gaixlait iiu ofe ses dévots, et il a\ait, en [)l,"iiie ville une statue dorée, sur hupielle son nom ress(;ilai! en lettres très visibles (3). Cybèle, la HKKjnn mater (Icoruit) nnuiiiini ('tait plus vénérée encore. A. l'équinoxe du j)i intenifs. au jour des FerciiUi, de nond)icu\ fidèles allaient proccssionnellenicnt baigner son image, selon le lilc traditionnel i.'l , cl l'on \(i\.nl SCS prêtres émascidés, aux cheveux hu-
l.\t, li : /// lohn,,. ri-'inj.. Ir. Vllt. lo-ii : /J/^i.s/.. C.CXt.N. ■-. Cf. lînncli'' T.i'ch iTii. \. I.'iisl rahui'ii' ilinis If Mniiilc l!i iiiiili ii . I';iri-. I^i)". ill-ï^° l'cxli-ut <li' la Hrriir hislnnijin' 1.
( 1 I ('i)iil . \i-(i(l .. I. 1 7-1(1.
I ■•. I Si'nn.. WIV. .'i. (\. ]j< iii^ciiplions afii-Miiic-; [)iili'i'i^ pu- \\ iUniaiin III) !- innMirciil le iiille d 'liciciilv Ile* ii'piuidii- cii \fiirpi.'. fVoir
riTl(l(A (lu C. I. [ .. t. Vtll. ni liMit illM lll-i.
(.'il /)(' cir. /'(■/' tl. ■>('!. l lie iiis!-ii[i| i<i!i (•(iiisiKT'.''e h la \li:liT di-iini mu- (jnn l.'nri ■iii-i ijiTà Alli^. cpii [)i()\iciil il'imr ri'-;laiiraliiiii l'aile (lar im [H'(ic()ii>iii l'ii i\'" sI^tIi', a ('h' Iroini'c -m la [leiil ■ (inidcnla le ili' lî\r-a I C.'o/Ji/W. n'iiil. ili' I' \ri!<l. (les iiiscr. rt lirl. Icll.. 1^07. [>. 7 :^.'i-7 ■•!."> ). I ne aiilre iii (riplioii décoiiveilc (];[f\< lu n!("''mc ii-uioii i(!. I. 1^.. I. \!!i, siipjii.. 11° i'>r)7(0 piM'lc (t'iiii (( (li'iulropluirc. », nom 1 (''sri\ i'- aii\ iiiciiilir '.s il'iine conri-rTie (II' la mèiiii' il/'cs'^c. ipii pnriaiciil . Ims ilr sa fèl-", t'arljrc .-^acii' (t \llis et qui son! mciilioiuii's ('gaiement dans uni' loi de 1 !i('-f»dos(i
e!ali\e
l'AfriiHie iCul. Thrnd., t. xvT, lit. \. n" ■■o).
LA FORMATION l) 'AUGUSTIN 29
midcs, ;m \ isayr hl.iuclii, aux membres alanguis, à la démarche iémiiiirie, ([uèler publiquement sur les places publiques et dans les raul»()uit;s jus(|iic parmi les gens du peuple (i). La « \ ierge Céleste >:, surtout, ('lail eu grand honneur et conlimiail, avec Saliniie. de (( régner sur la \ille » (2). f^es basiliques chrétiennes les plus inq)ortantes devaient paraître bien modestes à rôle de son sanctuaire ([u'uu contenqxnain d'Augustin nous nionlre d démesurément vaste, entouré d'édifices de toutes les dixiiiiié^, avec une place dallée, ornée de colonnes et de murailles très riches, occupaul une étendue d'en\iion 2.000 pas » (o). Surtout, les disciples du Christ comptaient à peine en face des dévots (l( raiili(|ue Astarté. (les d.erniers étaient légion. Un autre auteur de la même époque, le prêtre marseillais Salvien, pouvait écrire au sujet des Carthaginois, après l'invasion des Vandales : (( Ils avaient au milieu de leui- cité un bote criminel ; je veux dii-e cette déesse Céleste c[ue j'appellerai le démon des Africains. ()u\ donc, parmi eux, n'était pas adonné au culte de cette idole ? ()ui ne lui était pas Aoué dès sa naissance et sa conception Tuème ? Te ne parle pas seulement des gens qui appartcfiaienl au i'aganisme par leins mœurs, par leur profession et jiar leur nom. Parmi ceux-là même qui s.e disaient Chrétiens, quel est celui qui n'adorai! |tas cette. déesse Céleste, soit après le Christ, soit même, ce (pii es! bien pire, avant lui (4) P »■
Le culte de Tanit n'avait rien, pourtant, de bien évangélique. Tl était, au contraire, fort licencieux. Mais il n'en gardait que plus de charme pour la masse. Ses solennités attiraient une foule nombreuse qui n'y cheichail pas seulement des émotions juystiques : « Sur le devani du temple, dit Augustin, l'image de la (h'esse s'offiait à la \ue. Les gens affluaient de tous les côtés. \ous nous placions comme nous pouvions et nous regardions avec la plus giande attention les jeux qui se célébraient,
Ml Dr Cir. Ilri \ II. ^(i.
I '^ I Pu'i.'-riiilial S;iliMiin-~ in iiiiillis In miiiii hii- iicijiiiim ( '.ai'l'sl is (|iiate
'l'a! Car! Iia;.;'ini ! \l',iiiirr. in l'xnliii.. \('.\lll. 1 '|.
(.il l.il>. lie jn-niii.. m. '1', ,!>. I... I.l. s:;.'),. Cf. 1;. Ca^riial cl I'. Caiiclilcr. l.cs Miiiiiinirnls hislnr'niiii'^ i/r /■; Ttiiiisii-, i'' partie: /,('.\ iikiIi uiiii'nlf; '(/(//(/ui'.v. i. f,CN /(■////)/c.v jKi'ifiis. Paris, iS()S. iii-l'ol.. p. ■>')-ai). pi. \I-\!V, ■ Le ti'lUfilr (If r.di'lrslis ilr I >iiii<itiii \.
('11 Dr Cuhrrii. Dri iV. L., Mil. ■■ : C. s. !•:. I... Mil. .j-i.li. Cf. Aug. Eniirr. in l'snlin.. I.\ll. -; /// l'snln,.. XCVIII. 1 '|.
30 i/rhoLUTioN intellectuellh: de sai.nt Augustin
porlanl nos yeux tantôt sur le cortège des courtisanes, tantôt sur la déesse vierge. A celle-ci on offrait des hommages suppliants et devant elle on accomplissait des rites honteux. Nous n'avons pas \u là de mime réservé, ni de courtisane plus retenue. Tous les devoirs de l'ohscénité étaient remplis. On savait ce qui plaisait à cette divinité virginale et on lui en servait assez pour (pic les matrones rentrassent plus instruites du temple à la maison. Par pudeur, quelques-unes détournaient leur visage des mouNements impurs des histrions : elles n'apprenaient l'art du crime que pai' des regards furliCs. A cause des hommes, elles n'osaient pas arrêter délibérément leur vue sur ces gestes impudiques ; mais elles avaient encore moins le courage de condamner avec im cœur chaste les rites proposés à leur vénéralion. ('.vii\ (pi'on leur enseignait là publicjuement étaient tels, poiirtanl. (ju'ou n'.eùt osé les accompli)' hors du l'oyer fi) )>.
Des scèn.es du même genre se passaient dans d'autres cultes, notainment ,dans celui de la Magna Mater : a Devant la litière de celte déesse, au jour solennel de son al)lution, dit encore AuiTusIiti, il.e \ils histrions faisaieul eiilendre des cliauls d'une natur(> telle qu'il eût été honteux de les ('couler non seulemejit à la Mère des dieux, mais à celle de tout sénaleur- et de tout ciloyen honnête, à celle même de ces histrions... (leux-ci n'eussent pas osé répéter ch.ez eux, devant leurs mères, pour s'amuser, les paroles et les actes obscènes dont ils donnaient là une représentation publique, devant la Mère des Dieux, au vu et au su d'une uriillilude considérable de personnes des deux sexes (2) ».
Les g.ens (pii prenaient goût à de pareils spectacles ne pouvaient être des ascètes. Chez eux, le .sensualisme se donnait libre cours. Augustin parle avec effroi, après sa conversion, du (( gouffre des m(Teu7's carthaginoises », du « brasier des honteuses amours » au milieu duquel il a jadis vécu f.'^). A son tour, Sahien nous en trace un tableau fort chargé : (( Qui ne voit, dit-il. que les .\fricains sont, dans leur ensemble, des impudiipies .■' Peut-être faut-il en excepter ceux qui se sont convertis
(^^) /)(? Cir. Dei , II, ^. Augustin parle ciicoïc NMiginnirnl (ic la « Mèn»
des -tpcux », ou <lp Cyb('l(', cl d'Allis. -011 ainaiil. daii-; la <[\\\r du uiême ouvriigc (VII, a/i-aG).
(■'Vi ('.oui., m, 1 mit.: VI, 11, rire, itird. '
LA FORMATION DALCILSTIN .'31
à Dieu, ccst-à-diie ceux qui on\ changé de loi ei de religion. Mais il est aussi larc de coiistafer un pareil changement quje de voir Gdïus irètre plus (iaïus ou Seïus u'ctre plus Seïus. Un Africain qui n'est pas impudique n.e se rencontrepas plus qu'un Africain qui n'est pas Africain. Le mal de l'impureté est là si rommuu que (juiconque y échappe paraît un étranger. Je ne pa^sserai pas en chaque endroit. Je n'examinerai pas toutes les cités... Je m'en tiendrai à une seule qui est par rapport aux autres leur maîlicsse et l.oui' nière... je \eux parler de Cartilage. Je la Aois d('>hordanle de ^ices, houillonnante d'iniquités, pleine de gens mais plus encore de turpitudes, comblée de richesses mais surloul de vices. J'y Aois des hommes plus criminels les uns que les autres, luttant tantôt de rapatMté tantôt d'impureté, ici engourdis par le vin ^t là gonflés de nourriture, parfois couronnés de fleurs, parfois aussi ensevelis dans les parfums, mais toiijours ]i]ongés dans la pourriture de la débauche... (Hiel quartiei' de la cité ne regorgeait pas de ciimes, ipielle place ou quelle rue ne (onstituait pas un mauvais lieu :* Tous les carrefours tous les chemins étaient tellement creusés par les fosses de la luxuie nu couverts par ses rets que ceux-là même à qui elle inspirait tme parfaite horreur pouvaient à peine ré\iter... Tous ses citoyens puaient, pour ainsi dire, la sale volupté et exhalaient, dans Imirs rapports mutuels, l'odeur iniu onde de l'impudicité, mais sans en avoir liorixur, parce qu'ils en étaient trop pé^m'lrés. On aurait pu croire que là se trouvait la sentine unique des passions et de^. fornications, le réceptacle commun de tous les dépôts d'immondices et de tous les cloaques Ti) ».
Dans ce monde a\ide de plaisiis, les jeux ]mblics étaient si recherchés que de riches propriétaires vendai.ent leuis villas pour en faire donner et pour gagner ainsi la faveui- de la foule (2). ]Les Chrétiens eux-mêmes désertaient l'église pour s'y rendre (3). Dès qu'une coursé de chars était annoncée, la ville entière se partageait en deux laclions rivales dont cliacune prenait parti pour son favori. Le jour du spectacle, on se ruait dans le cirque, pour assister au d('|iart solennel du cocher préféré, et, quand il
d) De Gubcrn. Dci . (P. L.. VIT. ^C^-^- : C. S. V. L.. (>.',-7'i).
(1 Enorv. !i> l'salin.. CM.VIl. 7.
{•^\ Knurr. in Psnlni.. !.. i. //(//..• in l'sdlin.. l.\.\\. :'-3.
'M l/l':\OLLTIO-N I.NTKIJ.KCTL l^r-LI-: I>i: SS.IM' ALGLSTIN
conuiic'iiçait à prendre de l'avance, quand surtout il arrivait triomphalement au but, laissant derrière lui son rival épuisé et Naincu, un véritable délire s'emparait de tous ses partisans (i). On ne se passionnait pas moins pour voir, dans l'amphithéâtre, des hommes luttei- contre des animaux, et, par exemple, deux gladiateurs tenir tète à neuf ours (2). Augustin devait plus tai-d le constatei- en la personne d'un de ses compatriotes. Celui-ci aimai! beaucoup ce genre de spectacles, mais, sur la critique qui lui en a\ait été fait", il y avait renoncé. In jour, il lut entraîné presque de lorce par (pielques camarades à un combat de gladiateurs. Kii cnlranl dans l'amphitliéàtre, où l'assistance était déjà nombreusi' cl tK'missante, il ferma les yeux pour ne pas être témoin de ce (\u\ allait s.e passer. Mais, à un certain moment, une grande clameui- se fit enlciidi-e. Cédant à la curiosité, il oinrit les yeux. 11 \il un tiladialeur (jui venait de tomber et il ne |iul (h'inurncr- di'sormais ses ri'gards de la' lutte sanglante engcigée devant lui. Il en suivit les péripéties avec une anxiété croissante, criant s'excitanl, s'cnriannnant, comme fous ses voisins, et ([uand il sortit de reiiceinte, cv fut avec le désir ardent d'y retourner bientôt C^).
Le théâtre avait aussi un grand altrail pour la foule, l^es représentations en étaient fort \ari('.''s. Tantôt des histrions y sautaient >ur des coides et y taisaient, au grand amusement du l'ublir, mille tours piodi.iiieux ('\<. Tanlôl des panlon imes y exécutait lit d.i's danses syndioli(pies^ dorU le sens, autrefois expliqué par un inteiprète officiel, ne l'était plus que par des voisins co7nplaisanl>, mais ipii n'en obtenaient pas moins un grand succès (5). Tantôt on y incitait en scène les amours de Jupiter ((il. (Il l( V tia\aii\ d Hercule (7), les axentincs d'Aga-
II' \<)ir li's 11 \!;'s ciL's plus liinii. p. ''1. iiot. 8.
I ! I De ('.iilcfli.. liiiil.. ■>') : V.tiiirr. in l'sdiiii.. \\\f\. ><. in: lu l'^-ihn., ('II. !.'■>. r| siirlnjit Siiiii.. (Il- syiiili. luI f'.nli'i-h . . f).
I '■'■>] (jiit f. . \ I. I I - 1.'^.
I '1 I i'.iiitrr. iti l's:ilni.. \\\l\. i) : /;( lnliiin. ilniinj.. \('.\U, 3; De >ymli. (1(1 Cdtci-h .. '].
1.")) />!• (Iiicl. cliri^l.. 11. .'i.s ; EiKirr. 'm l'saliK.. (,111. i.i. Cf. In Ps.ilni., WMI. i-i((irr., II. SiTin.. I. 1 fin.
( (') 1 />(■ synili. (1(1 (','!l('ch . . \.
(71 Solil.. II. |S : (■.(„, I. \r(„l.. III. I-. ■>:'.
LA FOHM\TU)^ J)"\l(il STI\ '.VA
irieiimoii (u cl d' \(lii!li' [-a), de l'iiaiii et d'ilécubc (Aj, dlieclor et d Androiuaiiuc ('i), -relies d Kri(''c .dcsceTidii aux enfers (5), les réparties plaisaiiles de ['aniiciioii on de (dircines (d), et iiiillc autres sujets aussi tiadiliounels. Parfois on y donnait des séances d'apparat (pii attiraicul un pid)lic d'élite. C'est ainsi qu'à l'occasion d'un grand coucouis de poésie, habituellement très disputé, le jiroconsul lui-nu'ine y. déposait la couronne convoitée sui- la ièle de l'heureux laui('at, aux applaudissements d une l'dule n( mihreuse (7).
Le jeune étudiant d.e Thagaste connul el aima Ions ces divers spectacles. \ peine arrivé à (-arthage, il l'iétfuenla assidûment le tlii'àtie cl il goùla Inrt les pièces (pii s'y jouaient : « J'étais captivé, ]'aconl.'-l-il a\ec l'accent du lepenlii'. par les jeux scéniques, pleins des images de ma misère et des aliments de ma pas^on... J'y partageais les joies des amanl< (jiiand ils jouissaient criminellement les uns des autres: je m'attristais, par compassion, de leur Iristesse, quand ils venaient à se perdre, et je prenais plaisir à ces deux sentiments, bien que les scènes représentées fussent imaginaiies... Les fictions (pie j'entendais semblaient effleurer ma peau ; mais, comme les ongles qui grattent profondémenl. elles amenaient à leur suite une enflure brûlante, du )"us /'t une plaie luurible (8) ». Il prit aussi un vif plaisii- aux jeux du cirtpie et de ramphitliéàire (()). Souvent même il alla, avec une curiosité inquiète, voir les cérémonies païennes qui se célébiaierd, sur l'.Vcropole ou dans le voisinage, en l'honneur de la A ieige (li'deste ou de la Mère des dieux (10).
A cette époque, malgr(' loul, il restait oncore Catlmlique (11). Mais il était si peu atiaché à sa religion, si p.eu soucieux de s'en
(Il De Srnn. Dimi. in iiiinil.. 11. 5.
(■>) Soin.. II. ,Sr.
('?>) .S'r. /(■/.. II. iS.
Cl) Snlil.. II. iS.