SV/7/1.. ('.(AI. II
rCn Epi si.. VII, '|.
171 C.iinj.. I\ . I. .'! iiiil.. .") iiiil.. (!!'. \nl|ii<(n-;: Cm'.. 11.
8i Cl. ni., m. ■>. ;;. ',.
(9) Elinrr. in l'salni.. (!\LV[|. 7: KliijiiaïKlo no< ibi qiioqnc sedimus <t insLiiii\ iimis.
(lO) De Cir. lui. II, 'j. r.f. snpi-n. p.
(III Dii iilil. cri'il., -2.
34 l.lhOLl TION INTELLECTUELLE DE SALNT AUGLSTIN
instiuitv, qu'à dix-neuf ans^ après avoir étudié tous les auteurs classi(|ues, il ne savait à peu près rien de la Bible (i). Lui-niènie raconte, dans les Confessions, que, dans les premiers temps quil passa dans la métropole, il entra un jour dans une basilique et y assista à la (( célébration des mystèr.es ». Mais il ajoute, avec un grand repentir, qu'il y était occupé (( à concevoir des désirs coupables et à négocier pour se procurer des fruits de mort » (2).
Ce dernier détail est à noter. Sitôt jeté dans le (( brasier des amours » de Carthage, Augustin y a subi l.i loi commune (3). Dès sa dix-liuitième année, peut-être même avant (/j), il s'e.'^t donné une concubine qu'il devait garder au moins pendant douze ans (5). C'est sans doute avec elle qu'il a\Mit (( négocié pour se procurer des l'ruils de morl » pendant la célébration des mystères cliréliens, car, après a\nii- lappch' cette aventure lointaine, il ajoute que Dieu l'en a puni par de lourds châtiments et il a fait auparavant, au sujet de sa liaison amoureuse, une lemaïquc à peu près identique ((]). Sa compagne partageait cctiainement sa foi chrétienne (7). Mais elle l'Iail de condition trof) modeste |)oui- devenir sa femme (S), \ussi ne put-elle influer beaucoup sur son évolution intelle(Mu('lle. Cependant, par l'affertiou certainement très vive qu'elle lui té'moigna (ç\^
(I) iloni., III. () inil.: liisliliii .iiiiiniiiii iiitiiidii'' in Si 1 i[)lin;i> saucl;is, lit \ idcrcii) (|ii;ilos f'^srnt.
{■>.) (Uiitf., m, .") //*(.
C^) Conf.. lit. I fin.
(1) Qiiaiiil Aiipii-liii irciil \i- li.iplrinc. c'< ^l-à-ditv an ronuM' niciii(;iil. i//(! Si! 'MV Kum'-c (Cditt. ArinL, Jll. '|,^ : Sulil.. I. 17 (■//■.■. 'mil..:, ('.ail.. IX, a(< fin), le tils qui lui éhiit ix' de sa coiicnliiiii' i\. in Ira. \>. .iô. n. i avîiit ciixiron iT) ans (Conf., IX, i/j). Il Taxail donr m ilr- ^a iS'' aiin<''i'. on, au plu»; fard, dC-s le di-bul de la n)''.
(ô) Aufiriisliu a\ail au uioiii^ .'^<i ans ipiand il <'c~l sc'pan' d'rllc C"///.. Vï, 18, cf. i>3 inil.. cl ■^:^ in-il).
(<M Cf. Cdiif.. III. I ///( <■( III. .") fin.
(~) Quand flic dul le qiiillci-, clic s'cii<fagea pat \icn à ne [dus « connaili'c aucun iiouiuic » [Conf.. VI, :<5). A ce nuinient là elle clail doue ("atholiquc. Or- clic n'avait pu te devenir sous rirdhi<rii e d'AujrusIin. qui \eil,',il à peine di- |-i)tn[)ic a\ec les Ma nicln'-in^ el lai-ail pi ol'cs<ir>lf de s'.-c|)licisnir.
(S) (Vcsl p(inr ce nmlil' qn' \iii:ii-l in linil |)ai- se si''parer d'elle, aliir d'cpousci' une jiurie lille de coiidiliDn iLieilIcnie iC.onl., \l, ni lin.. :<■'. 2.S, :..5).
(«)) l-ll amalus sinii 'Conf.. III. 11. Vo\eus (i!ii alinin <!■ \iruin ncsciluram [Conf., VI, 2.Ô).
LA FORMATION d'aUGUSTIM 35
ni ij;i\!l( sul lin inspirer, elle dut exercer sur l'ensemble de sa \ic iiiu' li'ès grande action.
Ue fort bonne heure, au plus tard dès sa dix-neuvième année, Augustin cul d'elle un lils, nommé Adéodat (i), qui contribua ^ans doute, pour une large part, à orienter le cours de ses idées. i.ui-nième nous donne à entendre qu'il ne l'avait point désiré, mais il ne put, en le voyant, s'empêcher de l'aimer (2). Il s'intéressa doiu- tiès \ivement à lui, à l'éxeil de ses sens et de son intelligence, à ses premiers balbutiements et à ses première pas. Près de lui il s'initia à de multiples détails de psychologie inl'antile sur lesquels nous le verrons pus tard revenir voloniieis i.'îi.
L'entietien d'une t'amille constituait, pour le jeune étudiant, une charge très lourde. Augustin avait perdu son père pres- ({u 'aussitôt après avoir (juitté Thagaste (4). Il recevait quelques subsides de sa mère mais il savait combien les ressources de Afonique elle-même étaient précaires (5). Plus que jamais il \i\ail des libéralités de Romanien (6). Une telle situation était trop anormale pour qu'il pût la prolonger longtemps. De toute nécessité il devait s'assurer au plus tôt, pour lui et pour les siens, une existence indépendante. Le sentiment de cette obli-
111 Ce noîii ,1 pu rli ', ;"i l'oriolnc un,' simple traduction de latanbaal f)ii lie Millimliiiiil. M;iis il ne se présente^ ilaiis les Jeux volumes édités par Willniann (\\iv sur t\r< inscriptions ehrétieniies. Cette eireonstanee qui s'explique loi I Itien par le sens religieux qu'il otTrai! aux croyants dfjinio li'Mi (ie penseï- que e'esl une pensée eatlioliqui' qui l'a fait doinier au lils d'Auj.;us|in. Mais une telle pensée se conçoit heaiicoup moins eh< z Anj.iusfin lui-même que elle/ sa concubine.
(3) Conf.. I\ . 9. fin. Aussi l'a-t-il gardé toujours auprès de lui. même après 1<' départ de sa concubine (Conf.. VI, 25; cf. De i^it. beat., (i fin; Cnnf., I\, l'i. cf. -'.g) et s'cst-il appliqué, avec un sohi Jaloux, à son vàu- ( al ion. C'est ce que montre le traité De Mngistro où il a recueilli peu de temps après être retourné de Rome en Afriqiu^ [Retr., I, 12; cf. ibid.^ T. 10, i; 1, II, 1) un entretien qu'il avait eu peu auparavant avec lui, alors qu'Adéodat n'avait encore que seize ans, c'est-à-dire dans l'année qui a suivi leur commun baptême (Conf., IX. i4). ?on amour paternel se trahit aussi, longtemps après la mort d'Adéodat, ilans le passage, itéjà plusiems fois citt'-. d(>s Confessions, on il paile a\('c orgueil tics biillantes qualités de ce « fils de son péché », cpii lui a été repris par Dien à la lleur •de l'âge (Conf., I\, i4').
(3i Voir surtout Conf., I, 7-18.
[!\) Conf., III, 7 fin. Cf. Cent. Acad., II, 3.
(ô) Conf.. 7 fin. Cf. Conf. Acad., II, 3.
(6) Conl. Acad., II, 3.
'ACt LKvOLLTiON INTELLECTL EI.LK 1)1: S\I\T AUGUS'tIN
gcilion lui iil forcémenl liàk-r le cours de ses études (i). 11 contribuci surtout à mûrir très vite son caractère.
Paniii les jeunes gens qui suivaient les cours de la métropole, beaucoup se faisaient remarquer par une extrême tuiLulence. On les appelai! l/s u Démolisseurs ». Ce nom, (jui constituait pour eux comme un <( certificat d'urbanité », leur convenait très bien, disent les Confessions, car ils détruisaient tout el ils se conduisaient comme de \rais démons (3). Souxeut ils se présentaieul en bandes luinultueuses dans leur classe, sans se mellre aucunement en peine du règlement établi par le maître, et ils se livraient à de nombreux excès que la loi aurait punis si la coutume n'eût été là pour les couvrir (3). Ils se plaisaient surtout à jouer de mauvais tours aux gens du debors, qui, ne les connaissant point, ne songeaient pas à se défier d'eux et, ils en faisaient ensuite des gorges cbaudes (Ji). Leurs procédés choquèrent profondément Augustin. Aussi^ tout en entretenant des rapports amicaux avec certains d'entre eux, il se tint constamment à l'écart (5).
I",ii rexanclic, il suivit avec une très grande assiduité les leçons du maître d'éloquence à l'école ducpicl il sélait mis ((')). Les iliéleurs enseignaient l'art de bien dire, comme les grammairiens celui de bien écrire et, par certains côtés, ils ne faisaient que continuer l'œuvre de ces derniers. Comme eux, ils se préoccupaient beaucoup moins des idées dont ils pourraient avoir î prendre la défense que de la forme qu'ils devaient leur donner pour les rendre acceptables. C'étaient de beaux parleurs plutôt ouc (les [tenseurs. Mais, conmie ils poursuivaient ur: but spécial, ils a\ aient aussi leurs caractères distinctifs. Appliqués avant tout à former des orateurs experts, capables de conv.iincre et dp persuader, ils attachaient aux règles de la dialectique une importance extrême. Seulement ils s'appuyaient d'ordinaire sur
(1*1 (,"i'<l afirr^ rlic rcloiiiiif à I liairiisl!'. il par' ses S"iils luoyciis. qu'.\tijjfusliri a attordé les Catégories (fAii-lotc dont ses amis ru' [)ifnai('iif. connaissance qu'à l'ccol«' de? (( maîtres » cl *oii>i leur- (lir( lion. Cdiif , III. uS. Cf. irtjra. p. 45.
(■>.) Corif.. tir. 6.
(.S) Conj., Y. i4.
(il) Conf., m, 6.
(5) Cf./i/., lit, a.
{t)) Go/»/., IM, 6.
\ LAFO[iM\TIO\ I)' \l Cl STli\ ,'i7
les coju-cssioiis de leurs achersaires plutôt que sur des priiicip.es bien établis. Leur arguiiienlalioii, très souple et pénélranle, dégéiiéraii sou\eiit en pur sopliisnie. Dans leur manière de s'exprimer, ils visaient constamment à l'effet et ils n'aboutissaient (ju"à (le \aiaes déclamations, où la soiioi'ité des liiots el le Tracas des rniag.es contrastaient singulièrement avec le Aide des idées. Leurs qualités n'allaient donc pas sans de graves défauts. Mais ils jouissaient alors d'une telle vogue que leurs défauts même piissaieiil pour de très grandes qualités. A travers fout l'Empire ou prolossait pour leur art une sorte de culte (i). Peut-être cependant u étaient-ils nulle part aussi écoutés qu'en Afrique et surtout à Carthage, qu'un témoignage contemporain nous présente comme la capitale de la cliicane (2)^ Dans ces conditiou:-., Augustin n.e pouvait ({ue se sentir fort attiré vers eux. II le fut tant et si bien que, lorsqu'il eut terminé ses études, il préférait leur profession à toute autre et qu'après avoir professé un.e année la grammaire à Tbagaste, il enseigna, pendant Irei/.e ans, la rhétorique, à Carthage même, à Rome et à Milan (3). Bien plus puissante encore fui l'action exercée sur lui, au terme de sa formation scolaire, par Cicéron. Le grand orateur se présentait, pour les rhéteurs de son temps, comme la personnifie al ion parfaite de l'éloquence. Il était leur modèle principal et presque unique. Tous ne faisaient guère qu'expliquer ses écrits (4). Dans l'exposé qu'ils en faisaient, ils suivaient un certain 'idrc (onsacré par l'usage. Ils allaient de ses œuvriCS oratoires, qui étaient d'une intelligence plus facile et d'une utilité plus directe, à ses travaux philosophiques, qui constituaient pour eux comme le dernier mot de la sagesse et le couronnement SL'prènio de fouie éducation (5). Près d'eux, Augustin étudia donc, d'abord^ presque exclusivement ses traités d'éloquence et SOS diverses plaidoiries. C'est là surtout qu'il apprit l'art de
(Il Dr iiiil. i-reii., ifi: cmn fif-r totiim orbt'm rlictonim scholae acJoi<>s ■l'iiîiijni jjrt'jïihus porsitcpiiiil. Cf. CastoM RoiscitM'. [.a fin du jxiganistuc. t. T, p. i93-i()7.
(a) Voir i(> f?<-opiaplic ;iiioii> me (irjà citt' p. 23, noi. 4 «ian* A»(ioiii-nt, op. fil., p. 78.3.
(.H) Conl., IV, I init. ; V. i/i init., u?> inif.
(/i) De util, cred., 16.
(f)) Cvnf., ni, 7 : « l'sitato iani discfruli or(fine. pw>t>nMîirr! iii iiin iiin qiu'mUiim CietTook... tt v©eai|^r Hortei^lus.
bien dire. Nous n'avons, pour nous ^en rendre compte, qu'à voir comment, dans ses premiers écrits, il. les cite à tout propQs et dans les termes les plus élogieux (i), tandis t[uil ne fait aucune allusion aux autres « institutions oratoires », pas même à celle de Quintilien (2). Une fois familiarisé avec la rhétorique de Cicéron, il se tourna vers sa philosophie. 11 hit d'abord l'Hortensius, qui en était l'introduction (3). Or il y décou\iit des horizons nouveaux, qui devaient lui faire bien vite dépasser le cercle étroit dans lequel se mouvaient les rhéteurs de sou temps. C'est avec ce livre qu'il apprit à penser. Mais nous ne saurions comprendre l'ébranlement qu'il en reçut et le profit qu'il en retira, si nous ne commencions par nous faire une idée précise de liétat d'esprit dans lequel il se trouvait alors.
(1) Conl. AcdiL. I. 7; II. ■j.:i. :>G ; III, iB. i(i, .Hi, 'M\. 'i> : />.■ h.'i'l. >■//., 10. î>2. 26, 3i ; De Orâ.. II, 22: De div. qnocsl.. lAWlII, (), XWI, i-,'>; Dr 1)1(1(1.. i(i: f)e rcr. ici.. 77: De iilil. rred., ,'î ; Cciil. Xdhii , \! : Ciiij., I, ■>') : III, 7, S; IJp. \\. i: XVII, ,S. Les cifiilions |i()r|in| |i;Hli.-ii!i('i'monl siii- les li:iili's De iiii^enlioiie rt De Onilore. aitisi que sur les discrmis /'/•() /•(■;/(' Deiolara. l'ni l/ujario. In \erreiii. et l'ia Siilln.
'■>■) Il ne cite en (k-liors de Cicéron que deux oraliiiis DhMiirs, Caocilins et Knuiiis. dont le second a été ridiculisé dans le Pro Vi'reno cl il ne pai'lc d'eux qu'aliin de faire rcmai'quer qn(^ ce n'rsl [)niiil c!i;/ eux (iiToa lia apprendre l'éloquence.
i:îi Conf.. III. -.