‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 12 sur 76 · BU · texte numérisé non relu

BU

1} M. Ldvs, U Cerfoiu il ses fonction». Paris, 1876, p. 100.

Si l'eafant Irùpig^no ilans les derniers temps de In grossesse, s'il s'ngît«

«vec une inquiétude d'nulont plus impétueuse et plus continuelle qu'il est plu*

TïTant et plut fort, ce n'est pas parce qu'il m trouve k l'i^troit et mal d l'aise dons

la matriiie...; mus ses membres ont acquis un certain drgré de force, il sent !■

do les encrcer. • (Casahis, napjiorU du physique et du moral île i'kvmmt

Uiéuioirc.)

8 LÉVOLCTIÛN INTELLECTUELLE,

déjà apparu, mais soos quelle forme rudimenUire. on le voit, 1^ deux opérations essentielles de toute évolution menlale : d'une part, l'excilationdu dehors provoquant une réaction de la force intérieure; d'autre part, la spontanéité, la vitalité interne aspirant dVlle-méme & l'action.

Ces mouvements d'ailleurs, soit réQexes, soit spontanés, suppo- ' sent déjà une organisation au moins rudimentaire du système nerveux et du système musculaire, el un exercice approprié de leurs ' appareils. Mais la question est de savoir si ces phénomèDes s absolument plongés dans la nuit de l'inconscient, restant uniqi , ment et exclusivement matériels, ou si, au contraire, ils ont déjà u I enters et un endroit, les deux faces, l'une matérielle, l'autre s tuelle, de tous les faits psychiques ; si enfin une lueur de conscienct les accompagne et les éclaire, suffisante pour qu'ils produisent' ' d'infiniment petites sensations de douleur ou de plaisir. Nous inclinons vers la seconde hypothèse — quoiqu'il soit impossible d'en i établir la réalité — an moins pour les derniers mois de la gestation, f alors que les mouvements se sont assez souvent renouvelés pour I que leur choc répété excite au moins un léger tressaillement de f conscience. Persuadé — el il est impossible de ne pas l'être — que ] la conscience comporte un grand nombre de degrés, qu'elle ressemble I exactement au jour grandissant qui succède à la nuit, après qu'ont I été franchies toutes les nuances du crépuscule et de l'aurore, noua I ne voyons a prion aucune difficulté à admettre que les premiers T jalons de cette lente évolution sont posés avant la naissance (1). Ce [ qui tend à confirmer cette supposition, c'est que l'enfant, dès qu'il I paraît, se montre prêt pour le plaisir et la douleur. Il est permis, une fois le rideau levé, d'après les premiers fails et gesles de l'ac- ' teur qui entre en scène, d'induire et de conjecturer ce qui s'est préparé I derrière le Ihéûlre. Or les cris de l'enfant ne sauraient être interprétés ne des actes absolument mécaniques el inconscients. Les cris, I son premiersatut à la vie, qui expriment la soufi'rance ou tout au ' moins une impression désagréable produite par la surprise d'un I milieu nouveau, et que certains philosophes ont traduits ainsi : K Je souffre, donc je suis » ; les cris témoignent tout au moins d'un

(II C'est l'avis de la plufiart dea psychologues. Notons cependant des aCIinna- I tions cootrairei : - Dans k-s derniers mots de la grossesse, le ftrtus bunuùn est F iculeoient susceptible de motilité ; il s'agite, réagit bous le choc, mais inccns- L ciemment, ■ (LtrouiiNEAC, la Sociologie. Paris, 1880, p. 520.)

LE NOUVEAU -NK. 9

Emmcncement de scnaibililô qui a dfi, dans une certaine incsui'e, se pri'parer et s'exercer dans la vie intra-utérine.

Hais, quelque bonne volonté qu'on y motte, et en poussant luême jusqu'à l'extrême faveur les conjectures sur l'état de l'embryon, il paraît impossible de lui accorder autre chose qu'un automatisme musculaire, dont les ébranlements sont plus ou moins ressentis (laas le système neneus ; rien, en tout cas, qui ressemble à l'intelligence, A la perception claire et distincte (1). La nature sans doute n'est pas restée inaclive. Elle a constitué, agencé les instruments. Toutes les parties essentielles de la machine sont & leur place, prt'Ies à fonctionner. Les divers organes du système nerveux, et le i-rrveau lui-mc^me, ont atteint un degré déjà élevé de développement. El cependant tout reste à faire, pour que les germes intellectuels et moraux déposés par l'hérédité passent do la puissance à l'acte.

Ces germes d'ailleurs, est-il vrai qu'ils soient en partie transmis

I embryon par une communication mystérieuse dérivant du cerveau la mère, comme le prétend l'autour de l'Éducation antérieurel ie FrarJ ère, avec son imagination complaisante, grossit quelques ils faits assez insigniOants, leur attribue une portée qu'ils n'ont h el conclut qu'il a découvert une idée nouvelle « dontle dévelop- Deot, dit-il, laisserait entrevoir tes plus heureuses conséquences pour l'avenir de l'humanité (2) ». En effet, s'il dépendait de la mère, par les pensées et les sentiments dont elle occuperait son propre esprit, de furonneràson image le petit être qu'elle porte dans son sein, on aurait presque trouvé le secret de faire à volonté des artistes dans tODS les genres, et au point de vue moral, des hommes doux et ifis. C'est sur la communication des impressions musicales que kde Frariôre insiste particulièrement. Pour expliquer les disposijlis merveilleuses de tel ou tel musicien de talent et de génie, il ait de se souvenir que << madame sa mère faisait ou entendait force musique pendant sa grossesse (3) ». Mais ce n'est pas tout : J'inflaence des impressions reçues « dans les limbes maternels a tendrait & toutes tes facultés de l'enfant.

is ferons d'abord observer que la théorie de M. de Frarière, qu'il

ien surtout qui ressemlilB à • la conscience du moi ", que Cabanis atlrlu fœtus, sous prétexte qu'il a dfjà reçu les premii.Ves « im[>ressions dont sa Misent ridée de iv'aislance et celle de corps étrangers *.

■ F»\BltRE, op. ri/., p. !.

) Ibid., p. UO.

L■ÉVOHJTIO^ IMKLLECTL'El.LE.

croy ai t nouvelle, n'es l que la réédition des rêveries de Malebranche, qui, nous l'avons déjà dît, s'imaRinail lui aussi que le cerveau de la mère modèle à sa ressemblance, au physique et au moral, le e corps de l'enfant. L'auteur de la Recherche de la vérité racontait même à ce sujet d'invraisemblables histoires, par exemple, celle d'une mère qui ayant considéré avec trop d'attention la tète de sr'jt Pie, accoucha d'un monstre qui avait le visage d'un vieillard [1). Hais, pour n'être pas nouvelle, la fantaisie de l'éducation antérieure n'en est pas plus solide. Assurément la santé physique et morale de la mère exerce une action indirecte sur le développement normal de l'embryon. Et voilà pourquoi les médecins multiplient leurs prescriptions, pour recommander aux Jeunes mères toute sorte deprécautioaif dans leur régime physique et dans leur régime moral. Uni dence matérielle, un excès quelconque, comme aussi une comoiotiof morale, une crise nerveuse, peuvent coûter la vie à. l'enfant, en prâ voquant un accouchement prématuré, ou encore lui infliger pni^ toujours soit une déformation organique, soit une maladie consti-" tutîonnelle. Mais personne ne songe plus à soutenir que les sentiments doux, joyeux, le calme et la sérénité d'esprit, qui sont les conditions d'une grossesse heureuse, puissent transmettre directement à l'enfant des dispositions de même nature (2).

Ce n'est pas dans un échange mystérieux qui s'accomplirait pendant la vie double de la mère enceinte, ce n'est pas non plus, malgré l'expression populaire, en suçant le lait maternel, que l'enfant acquiert les penchants, les dispositions latentes, les tendances instinctives qui dorment dans l'embryon et ne se réveilleront que lentement dans le nouveau-né. C'est la génération, non moins mystérieuse il est vrai, qui, avec la vie, fait passer dans l'être engendré et conçu les qualités universelles de l'humanité, et aussi certaines particularités de race et de famille. Montaigne savait déjà que la génération nous transmet, « non la forme corporelle seulement, mais les penss^ ments et les inclinations de nos pères (3) ». S'il y a un fait étabilH aujourd'hui, quoiqu'il soit inexplicable, c'est que, grâce à l'hérédlt^B les manières d'être corporelles et mentales passent des ascendan^f aux descendants. ■

(1) • ... 1[ avnit le visage d'un TÏeillanl, nutnnt qu'en est capable ua eurrrni Q^| n'a poiat df barbe. » [ttec/ierche de la vérité, I. 111, ch. vu.} ^Ê

(!) Cabanis a pourtant lui aussi accepta cette ainguliâre liypotliêse. Vojeii^|

pasBBge dpB Rapports du plnjdqve el du moral (10" mûnioire) qui débute aïn^^f

■ Je ne parierai pas des all'eclions sympathiques, engeodrÉcs dana le tœtua par l^H

iotiinet rapports avec la mi're, " etc. ^H

LE NOUVEAU- NÉ

Mais bien entendu, rien dans la vie utérine ne trahit l'existence lies dispositions héréditaires : c'est seulement après la naissance (jue ces germes enveloppés pourront se déployer. Cabanis a beau dire que " le fœtus, avant de voir le jour, a déjà reçu, dans le ventre di> la mère, beaucoup d'impressions diverses, d'où sont résultées en lui de longues suites de déterminations; qu'il a déjà contracté des habitudes; qu'il éprouve des appétits et qu'il a des penchants (1) ». Les appétits et les penchants, il ne les manifestera qu'une fois né, et il les tient de la nature, non dimpressions antérieures. Les habitudes, elles se réduisent à des dispositions dans la tenue de ses metnbres,et elles pravJennent de la situation où son corps était placé: il tiendra les jambes plus ou moins recourbées, en forme de sabre, et quand on le mt-tlra au bain, Il aimera H appuyer les plantes des pieds l'une contre l'autre. Quant f aux longues suites de déterminations H, c'est pure chimère ; et ce que Cabanis appelle ambitieusement I' K état idéologique » du fcelus, équivaut, pour ainsi dire, i zéro. L'enfant qui nait est table 7-ase (2), non pas seulement par rapport au monde extérieur qu'il n'a point encore perçu, mais relativement aux Impressious intérieures, qui, à supposer qu'elles aient existé et qu'elles aient vaguement provoqué un conimeucemenl de conscience, n'ont du moins laissé après elles aucune trace, I aucan souveoir, ayant passé comme des ombres.

^^HLr psychologie de l'enfanl ne commence qu'avec la naissance. Dès ^^B moment va s'opérer lentement un travail d'adaptation, d'accom- ^^^pdation du petit être humain au milieu oit il est appelé à vivre. ^^B système nerveux, dans la mesure où il est déjà constitué, et à- ^^woportion qu'il se développera davantage, répondra aux excitations, incessantes des objets extérieurs. Le cerveau, qui prend chaque jour plus de consistance (3), deviendra peu à peu le régulateur des

Bj Cabanis, op. cit,, 10' mémciire.

p) Bien entendu, l'enrsnt n'est laUeraaû que par rapport à la vie utérine; noua

longeons nulletiient û nier rinnéité et l'hérédité. V. plus loin, p. v03. Jb) Sur le développement du cereeau ekes iei enfants ita premier dge, voyea, aoua Elitre, lions les Archivta d^ phyiiolugie normale el paihotoi/iqut, 1810, n» h et S,

I observations de M. Pahbot. 11 résulte de ces recliercties que » le ceneau

L'ÉVOLUTION INTELLECTCELLE,

actions de renfanL et le siège de sa conscience. Dès le début, k>s instincts s'exerceront, préparant insensiblement l'apparition de la TÏe consciente. Les sensations succéderont aux sensations, de plus en plus claires et nelles, déterminant par leurs impressions répétées un sens intime, une conscience individuelle: conscience intermittente tout d'abord, qui se noue et se dénoue, se fait et se défait sans cesse, avec les alternatives de la veille et du sommeil, et qui ne peut guère se consolider, tant que le sommeil absorbe la plus grande partie de l'existence enfantine. En un mol la trame psychologique va se tisser, fil par fil, avec lenteur, semble-t-il, si l'on suit pas à pas les acquisitions quotidiennes, avec une merveilleuse facilité, si l'on considère le néant du point de départ.

Il ne faut point l'oublier, en eifel, c'est presque à partir du niveau zéro que s'accomplit de jour en jour le développement mental du nouveau-nÉ. De même que nous ne cédons pas aux illusions des poètes et des mères — l'amour maternel esl le plus décevant des poètes — qui veulent voir une merveille de beauté dans le tout petit enfant, dans ce « je ne sais quoi de rose, mais aussi de grimaçant et de ridé n, comme dit M. Gustave Droz (1) ; de même nous ne prêterons pas gratuitement k la pauvre oréature qui vient au monde des sentiments et des émotions que ne comporte nullement son dénuement moral. « En même temps qu'il quitte les ténèbres et qu'il voit pour la première fois la lumière, disait Malebrancbe (2), le froid de l'air extérieur le saisit ; les embrassements les plus caressants de la femme qui le reçoit offensent ses membres délicats; tous les objets extérieurs le surprennent ; ils lui sont tous des sujets de crainte, parce qu'il ne les connaît pas encore, et qu'il n'a de luimême aucune force pour se défendre et pour fuir. Les larmes et les cris par lesquels il se console sont des marques infaillibles de ses

d'abord mou, aemi-transpai'cnt, rricible, tris aqueux, de tuinte à peu près mû- ■ forme et d'apparence homogtne, be condense peu à peu, preod une solidité p grande, et que deux cotorationa y apparaissent «. De mois en mais les progt ■'accusent. Un (ait important à noter, c'est que » le développement est plus coce à droite qu'à gauche u. Et à ce propos M. Parrot rappelle que la i droite est mise eu mouvement par l'hûmisphi'TC gauche, que l'organe du langa articulé siège dans l'hémisphère gauche. " Or, dit-il, il faut bien remarquer q la pi-édominance de la main droite, de uiËme que ta parole, ne se manifeste q longtemps aprùs la naissance, c'est-â-dife apcùs une longue piîriode ds pBrfe9*9 tionn émeut. "

|l) M. Gl'Stavb Dnoz, VEnfmt. Paris, 1B85, p. 50.

(3] Malebrancui, Rech. de la vérité, I. II, ch. vni.

LE NOUVEAU-NÉ. 13

peiues et dp ses frayeurs: car ce sont on efFel des prières que la nature fait pour lui aux assistants, afin qu'ils le défendent des maux qu'il soufTre et de ceux qu'il appi-éhende. » Sans doute c'est une conception séduisante, celle qui, poétisant les premiers jours de la vie. rèveuiienlantcapabled'éprouver desétonnements, des frayeurs et des peines 1 Comme elle serait dramatique, la prise de possession de l'existence, si au monde qui s'ouvre pour la première fois devant lui, le nouveau venu présentait déjà le regard d'un spectateur intelligent et sensible I Mais pour que ces émotions, ou effrayantes ou charmantes, fussent possibles, il faudrait que, dans le nouveau-né, il y eût quelqu'un : et le malheur est qu'il n'y a encore personne. C'est la nature, ce n'est point encore l'individu, qui se manifeste dans les premiers mouvements, dans les premiers cris de l'enfant. Ses sens, sauf le toucher, n'entrent pas tout de suite en exercice. Il est sourd, it est aveugle ; il est muet aussi, malgré ses cris : car c'est ftre muet que ne pas savoir donner de signification aux sons que l'on émet. Ses mouvements sont de purs réflexes, dépourvus de toute intention consciente, déterminés tout au plus par un instinct machinal. Hésignons-nous à ne pas chercher un petit homme, où il n'y a encore qu'un automate.

Quoique détache du sein de sa mère et vivant désormais d'une vie indépendante, l'enfant, dans les premiers temps, n'a rien encore d'individuel ni de personnel. Les premiers jours ne nous font assister qu'au développement des germes héréditaires et ne nous montrent rien qui ressemble à une physionomie mentale distincte. On peut dire de l'enfant ce que les naturalistes disentde l'animal : « L'activil6 psychique du l'animal n'a rien de personnel; elle se transmet, sans changer de forme, de génération en génération; l'instinct est donc au plus haut point héréditaire... Mais dès que la conscience se développe, l'intelligence proprement dite appnratt; elle croît en même temps que la conscience ; une activité psychique personnelle se combine à tous les degrés avec l'activité héréditaire; l'intelligence se superpose il l'instinct, le modifie, le transforme de mille manières : le canevas primitif se cou\Te de broderies (t). » Le canevas primitif, cliet le nouveau-né, se réduit A quelques instincts, dont l'évolution se renouvelle sans cesse sous les mêmes formes. De même que les médailles sortent une à une d'un même creuset, portant les mêmes em-

fjl M. Enstwn PunnmB. dans la rrfface, eiir ÏÈvoliilhii mentale, du liire de UNES, rlaltlUgenca des animaux, Iradutllon rraiifaise, Paris. 188", p. xxiv.

14 I/EVOLITION I.NTKLLECTfELLE.

preintes et la ini>mc efligie, les généraliona successives de l'humanitii répètentde siûcle en si(>cle le même rôle, ou encore, dans leur vie naissante, épelleul, pour aiusidire, le même alphubet. S'il est vrai, comme l'asaurenHes anatomistes.que les embryons des espèces animales les plus diverses, en y comprenant l'espèce humaine, ont entre eus un air de ramîlle très prononcé et peu flatteur pour notre vanité, il n'est pas moins certain que tous les nouveau-nés se ressemblent, trall pour trait, dans leurs actes instinctirs. L'innéité, je veux dire la nature personnelle avec ses caractères originaux, l'innéilé, ce premier antagoniste de riiérêdité — l'éducation sera le second — ne se manifeste pas encore. C'est l'impulsion de rhérédil.é, c'est la rie de l'espèce qui triomphe, n'ayant pas encore rencontré, soit dans les circonstances d'un milieu spécial, soit dans l'éclosion des disposilions particulières, dans le développement de ce que les médecins appellent VidiosyncrasU, les forces contraires qui la modifieront plus tard.

Il n'y a pas à se le dissimuler, si la vie du nouveau-né est d'abord exclusivement instinctive et automatique, c'est qu'il n'y a pas encore de centre d'action et de direction organisé dans le cerveau. L'activité enfantine va se manifester d'abord dans des opêraliiins locales, pour ainsi dire, répondant au>c besoins ou à la sensibilité propre de chaque organe : mouvements non coordonnés des membres, mouvements réglés que détermine l'instinct de nutrition, premières impressions des sens. Le nouveau-né est bien, comme l'a déBni Virchow, « un être purement spinal » ; et ce n'est pas sans raison qu'on a pu le comparer à un animal décapité.

Ce qui prouve bien que l'intelligence proprement dite, même sous ses formes les plus humbles, est encore absente, c'est ce fait significatif que des enfants, destinés par la nature, les uns ii devenir intelligents, les autres à être idiots, présentent au début les mêmes apparences.

Voici, par exemple, comment M. Espinas nous peint au naturel un enfant étudié des la première minute de son existence (I) : « 12 mars, naissance à terme, sexe masculin, constitution normale, poids moyen. Dès le premier jour, un certain nombre de mouvements délinis se rapportant à la fonction du nutrition. Préhension buccale du doigt qu'on lui présente. Tend la léle en bâillant vers la poitrine

{1) M. A. EsriNAs, Obtemationi sur un nuuvcau-ité, dans les Annalet de la Faculté lies leth-es de Bordeaux, lgS3, p. 3SS.

de la |>ei'?oiine qui le lienL, cherchant le sein sans doute, Moiivemeulsdiïsbrasnoncooriionnés; se heurte la ligure avec ses doigts...»

Plaçons, à cUé de ce portrait d'enfant normal et prédisposé â acquérir régulièrement toutes ses facultés, une observation prise par .M. Bourneville sur une petite fille prédestinée à l'idiotie : « Nais- -.tnce avec relardd'unmois... Pendant les sixpremiers mois, l'enfant l'essembtail h tous les autres enfants. A partir de là, les mouvementa ont diminué jusqu'à arriver à la presque immobilité des membres. La physionomie, qui exprimait la vivacité et les autres caractères communs aux enfants de cet âge, changea. Elle prit an air d'imbécillité qu'elle conserve encore (1) ".

Ainsi, dans la vie animale des premiers jours, de même que dans la vie végétative de l'utérus, rien ne trahit encore l'homme futur ; et il n'est pas toujours possible de pronostiquer si l'on a affaire h des enfants normaux ou anormaux (2).

La vie instinctive du petit enfant a, d'ailleurs, des caractères propres qu'il convient de signaler. L'instinct humain n'est pas doué, ^emble-t-il, au même degré que l'instinct animal, de cette spontanéité, de cette infaillibilité qui dislingue les mouvements et les actes des petits animaux, et d'nfi il résulte qu'en un clin d'œil l'établissement des opérations instinctives est chez eux un fait accompli. Chez l'homme, même en ce qui concerne Les instincts, il y a, pour ainsi dire, des préparatifs, des gradations et des périodes. " Si nous examinons dilTérents animaux au moment de leur naissance, disait Bichat. nous verrons que les instincts spéciaux à chacun d'eux dirigent l'exécution de mouvements particuliers. Les jeunes quadrupèdes cherchent les mamelles de leur mère, les oiseaux de l'ordre des gallinacés saisissent immédiatement le grain qui est leur nourriture appropriée; tandis que les jeunes oiseaux carnivores ne foui qu'ouvrir le bec pour recevoir la nourriture que les parents apportent au nid. » Le développement de l'instinct affecte, chez l'enfant, des allures plus lentes. Les nourrices savent bien, par expé- Bricace, que pour amener les nourrissons â saisir le sein, il faut

,) U. Je D' UoiBNEViLLE, Atiocialion ffut^aUe pow l'avancement des acienett, (, seconde jiBrlJe, p. 831, Il ya grand profit à tirer, pour l'étude das questions nous oc^ctipent, des observations minutieuBes et précises que le D' Bouiiiee poursuit depuis quinze ans soit à la SïIpitriL'i'e, soit a BîcStre, sur les cafnuts

c'est là l'cxceplioD, et que le plus souvent le

Ifi Vt\OUmii!i IXTELLECTtKLLK.

praudrc toulo espèce de précautions et de soins, les placer dans m poHÎlioii cii^-luriiiinée qu'ils sont lotiabiles à trouver d'eux-mêmes : une Horln d'uppruntiHtage, une véritable tactique est nécessaire, u Dans l'ospàco humaine, le nuuveau-né est passif; l'activité est tout erts llère du cAlâ de la mère (I) ••.

Quelle dilTéronce entre le petit auimal qui, à peine né, marchs déjû, qui sait retrouver sa mère, courir après sa nourriture, i enlin, se tiro d'alTaire tout seul, et te pauvre petit être hiunain. q no peut rien Taire par lui-même, el qui périrait infailliblement, si si par«nl& ne lui venaient en aide ? « Le petit d'un oiseau ou d'u miri)rt> vient au monde avec une quantité el une précision de cot naissauci^is ancestralcs qui sont vraiment étonnantes... Les poussin d&s les premiers jours, suivent de l'œil les mouvements d'insecli rampant & terre, tournant leur tête avec autant de précision qu'a Tolatile adulte... Ils picorentdes miettes ou des insectes, montr qa'ils i^int la perception instinctive de la distance, et aussi la facut it la mo&urvravcc une exactitude presque inraillible. Ils s pas d'atteindre des objets hors de leur portée, comme les enfants qi Irndeul les bras à la lune, et l'on peut dire qu'ils atteignent tnv» riablrment les objets visi's : ils ne les manquent jamaiâ de ptusd l^pkisseur d'au cheveu, et cela même lorsque les points visés ne soa •i plus gros ni plus visibles que le plus petit point sur un i (%).n isdu même ^nre nous montrent tout autant de p i iti$linrU\'e ciiez les petits des mammifères, sans qu'il soit po k 4'expliquer, soit par une éducation rapide, soit par une îmilt •ni», ta pertecliou de leur activité (3).

it aati« spe<.-tade que nous offre la faiblesse de l'en^l t Bi liHiir la léle droite, ni disposer de ses membres pût iiott[M>uriam«rche (4\ ni percevoir les objets, eteoro r ta distance. Pour eiqilîqorr cet état d'inférioritl, I t p*s d'ûivoqiier l« prtBâpv que plus nu être a de fom Ihms ékvics, flws ssft évolaUM «si luBçoe et pénible : i) ne sligi ■• «€«t. kî, lise 4e ItectMS w «a f; i l'animal et à l'hoaiau

BiiMt **vt W. > tSpaldiug.)

mm

LE NOUVEAU-NÉ-

n'a point atteint, dans son organisme, le méms degré de raalurîlË et d'avancement, que les petits des animiiux.

L'inslinclesl une tendance naturelle à accomplir certaines aclions. UD iiisus, un stimulus spontané; mais il a besoin, pour s'exercer, d'iaslruments appropriés ; il suppose un certain développement des p-jrlies physiques, et particutiôrenient du système nerveux. De là VappariUoo tardive, môme dans les espèces animales, de certains instincts, par exemple, de la faculté de voler qui, naturellement, ne se manifestera que lorsque les Jeunes oiseaux auront des plumes. Do li aussi les hésitations, les tâtonnements de l'instinct chez l'enfant. Supposez, pour un moment, que le nouveau-né, au point de vue de iL-xcilabilité nerveuse et de la force musculaire, soil assez avança pour tenir la tête droite, et surtout pour diriger ses jambes et mar- (■li«: cl vous le verrez courir vers le sein de sa nourrice avec la

t munie impétuosité que les jeunes mammijôres vers les mamsIleB de leur mèi-e (1). Un fait, entre autres, qui montre bien les relations de l'exercice de Tinslinct et du degré de force des organes, c'est ijue l'enfant né avant terme est incapable de saisir le mamelon du N'JQ nitilernel (3),

* quel moment, dans cet enfant chétif et dont l'activité est encore ■i restreinte, la conscience commence-t-elle? Posé sous cette l'orme .itisolue, le problème est insoluble (3). 11 ne saurait être question, en

l ne ouitni pas des entant»

, data la Crilique filiitoao-

(ij • Qui suit si dans plusieurs aiîllici'a

:nTCtiïnl toutaeulsî» (M. DAintiAc.i'Jnie dt, l'urne, 1886. t. Il, p. 356).

|7| Viclionnaire de médecine du D' Jaccoud, article Allaitement, déjà cité,

I!) Coït une question du m£ine genre que celle qui q tant préoccupé les théolu^etu et les achniastiques ; > A quel moment et de quelle manière l'âme est-elle lulroduïle dnna le corps humoiiiî n On sait que deuxopiniont conti'aires ont suc- 'tiÙTcineDt prévalu sur oc point : l'une, le Iradudaniame ou le g(n(raliim'ame, iibnel que latraneuiissiunde l'&me s'opùre ilu pÉre aulili. C'est l'opiDion de Terlulllea, desiùnt J^i'ime et de ta majeure partie des premiers docteurs de rfCt^IJae. luUicr a replis la mi^nie thèse, que Leibniz «érable avoir acceptée lui nus«i : |J« croirais que les âmes, qui seront un jour Ames humaines, ont exista dans les etdans les ancêtres jusqu'à Adam. » [Eaaais de thiodieir, l" partie, g 91. ajoutait que ces âmes purement sensitives ou animales ne devenajenlies qu'au moment de la génération des individus auxquels elles doivent . L'autre opinion est devenue la doctrine ntCrielle des Ibéologiens : 'Mt le crialianiame, qui veut que toutes les âmes soient créées directe m en l par Mru. . Ln formule au moyen de laquelle les écoles de thil-otogie la dêllnlasont est 'i^-Q simple : Dieu crée les Imes quotidiennement et les infuse dans les corps, uKin des mères, lorsque les corps sont prÉts pour l'animation, a (Jean Revmaci), 'trri et ciel, p. 15*.) Déjà saint Thomas écrivait : Hefeticum etl dicere g ■'klUeliwt Iradueatw euin semine. Ce sont les dilûcuttÉs de tout oi'dr

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