CHAPITRE II lES FREnÈRES FOKHES DE L'ACTITITË : lES HODVEHENTS
I. Les mouvements, première manifestation de la i peur. — Extrême motililê de l'eofnnt. ~ La vit! vements correspondent dans une certaine mesure — Contre-épreuve dans les observation» faites : rbologîque des mouvements. — Classification "des n
'. — Période initiale de torile et la réguiarili^ des moalux aptitudes in tel iec tu cl les.
r les idiots. — Valeur psy- II. Qu'il n-j
tt pas seulement des mouvements réOeies chez le petit enfant. spontanés qui t^moigoent de l'énergie intérieure. — Mouvements autoiuatiquei et instinctifs. — Caractères des mouvements automatiques; ils sont sans but; ils ne sont pas coordonnés. — Ces mouvements ne disparaissent pas avec Tenlanee. — Mouvements purement r^Qe^ces : qu'ils sont plus compliqués que les mouvements automatiques. — Pourquoi, à rorigioe, l'action réflexe est-elle limitée et paresseuse? — L'été rnuc tuent, type de l'action réflene. — Autres actes réflexes. — De quelle partie du système nerveux dépendenl-iU 1 ^—111. Mouvements instinctifs. — Deux excès contraires : de ceux qui voient partout des instincls ; de ceux, qui n'en voient nulle part. — L'action de têler, type du mouvement instinctif. — L'instinct préexiste a toute excitation extérieure. — Précision remarquable des premiers mouvements de succion. — ModilicQtion rapide des instincts. — La conscience et le désir. — L'évolution des pbéneménesmotcura prèrèderévolutiondes représentations conscientes. —~ IV. Autres mouvements de l'enfiint. ^ Les cris. — Diverses interprétai ion s des cris. — Qu'ils sont en partie spontanés, en partie réUeies. — Qu'ils n'ont pas d'abord de signification morale. — La prûbension des objets.
Le mouvemeot est une des premières manifestations de la vie cheï l'enfant, la première même, à vrai dire, « le mode primaire » de l'aiïLîvilé : car les cris, l'étemuement, les pleurs, sont aussi des inouvemenla. La force intérieure qui plus tard sera senliment, ré- Uexion, pensée, ne se trahit à l'origine que par de polilcs tensions muBCulaires. Tout est encore endormi dans la conscience du veau-né, et déjà l'activité de l'Être vivant se révèle dans une pi fusion extraordinaire de mouvements, dans une multitude de g\
maccs, de contorsions, de gestes de toute espèce; plus lard, quand l'enfaDt sauru, marcher, de sauts et de gambades. Saus doule, il y a une première période, où il semble que le sommeil complet do la \ie intra-utérine se prolonge dans une sorte de torpeur habituelle et d'assoupissement sans fin (1). L'enrant est engourdi et presque inerte. Mais le moment arrive bientôt où, selon l'expression vulgaire, il ne fait que « gigotter •>. On volt apparaître, non seulement des mouvements déterminés et utiles, tels que les mouvements des lèvres dans la succion, les mouvements des paupières pour soustraire les yeux à. une lumière trop vive qui les blesse, mais un grand nombre de mouvements désordonnés et irrèguliers. Quand il ne dort pas, quand il n'est ni malade ni fatigué, l'enfant de quelques mois est tout mouvement (2) ; les bras et les mains, les jambes et les pieds, les yeux, les lèvres, la tète, le corps entier, tout se meut, itabolais a beau dire que l'enfunl partage son existence entre trois c-lioses : manger, boire et dormir; il oublie tout au moins une de i"" occupations essentielles, celle qui consiste à, se mouvoir, à sa muvoir tantôt sans but et par une sorte de jeu automatique des muscles, tantiït pour une fm précise et conforme à ses besoins.
Celle extrême motilité, qui est la caractéristique de l'enfance, ne cessera pas d'ailleurs avec l'éveii et le progrès de l'intelligence. Même quand l'enfant est capable de gouverner son attention, le mouvement reste comme l'accompagneinenl obligé de ses petits elforts intellectuels. Nous avons vu une petite fille qui ne consentait à prendre sa leçon de lecture qu'à une condition : c'est qu'il lui fiU permis d'avoir en même temps ses doigts occupés et qu'elle pût coudre et tirer l'aiguille, tout en épelant les lettres de l'alphabet (3).
(1} D'après les observations de M. Prejer, pendant la premier mois, le soinmeil eslde seize heures par jour ; pendant le troiaiimo mois, de quatorae heures. Ladif- Terpace du soiuineil ÏDtra-utL'rin et du somiueil du nouveau-në provient priocipilement, comme l'ardit observer le D' Sikorakl, de ce que, daus le preuUer cas, les iipparcila des organes dea sens sont à l'ahri de toute excitation exti;rieure, Uudis que chez le nouveau-né le sommeil diJpend de la fatigue qu'éprouvent Irùs as leur foililesse les organes sensitUs. Le travail des muscles de la respitravEdl qui n'existe pas dans la vie faitale, parait 6ti-eunedea sourcua les constdÉrabies de la Tat^e ressentie par l'enront.
trois mois et demi on mettait uia petite fille au grand air sur un lapis le jnrdin; 1i, couchée sur le dos ou sur lo ventre, pendant des heures enti^ -Ile s'agitait des quatre membres... » [ii. Tauji, Heviie philosophigae, t. i, p. 5.) .>« • Qiinnd les eafiinls apprennent à écrire, dit Darwin, ils tirent souvent Isl nugiie et la contounieol d'une monkVe risible en suivant les mouvements da leurs d.'isls, »
cris- ■PoJ
24 L-EVOLL'TION rNTELLECTL'ELLE.
Et lorsque les mouvemtinls ne sont pas volontatros, concertés, comme dans l'exemple précédent, ce sont des mouvements incohérenta, déréglés, qui, pour ainsi dire, font cortège A l'attenlioD naissante. Entre/ dans une école maternelle — je ne parle pas desrécréalioDs, où tout est pétulance et sautillement, mais de la classe elle même, pendant que la maîtresse donne sa leçijn — voyez comme tout ce petit monde s'agile, se trémousse, comme il se rattrape de l'immobilité relative qui lui est imposée, ppudanl qu'il est assis, par toute sorte de mouvements de eontrebaiide : les regards se portent à droite, à gauche; les bouches grimacent; les doigts se crispent ou s'étendent: les tètes se balancent...
L'étude des mouvements constitue doue un des chapitres impo] lants de la psychologie de l'enfance. Et cette étude, intéressante elle-même, offrira plus d'attrait encore, si l'on considère qu'il un rapport étroit entre l'évolution particulière de la faculté mol et l'ensemble du développement des forces intellectuelles et moi les dont dispose l'enfant. En règle générale, ta vivacité et aussi régularité des mouvements chez le nouveau-né ne sont pas seulement un signe de santé physique pour le présent : elles sont un gage d'activité intellectuel le pour l'avenir. Chez l'enfant normal, les mou- I vemenls présentent ce double caractère qu'ils sont très nombreux, ; très variés, et aussi que par le développement spontané d'une nature saine, non moins que par l'action de l'éducation, ils passent assez vite du désordre, du chaos des premiers jours, à un état de coordination progressive. Chez t'enfant idiot, au contraire, les observateurs constatent, ou bien l'inerlie, l'immobilité obstinée, ou bien un défaut absolu de coordination dans des mouvements aussi déréglés qu'abondants. Le petit être disgracié qui, plus tard, ne pourra manifester ni intelligence, ni volonté, témoigne, dés les premières années, de la faiblesse et des vices de sa nature, soit par la pauvreté, soit par l'excès confus de ses mouvements : ou bien, il ne bouge pas, languissant et morne, assis sur sa chaise ou couché dans son lit; ou bien, et c'est le cas le plus ordinaire, il se livre à une véritable débauche motrice, il se meut sans trêve ni repos (1).
(1) Voyei sur ce point la Ptj/chologie de l'idiot et de l'imbécile, par le D' SoLtrER. Paria, Alcan. tS9l, p. 87. De même M. Rosan», dans l'Éiiatution mentale chei les animatu [p. 17S] : « Un des faits, dit-il, qui doivent le plus frapper quiconque visite un asile d'idiots, c'est le caraclère eïtraoï'd inaire et la variété des Uca inutiles et inconaiilârëa qu'il voit de toutes parts autour de lui. n
LES MOîîVEMENtS. 23
lounmes de régulateur, les diverses parties de la machine s'agitenl daas tous les sens.
Les mouvements possèdent donc une véritable valeur psychologique; mais, outre leur importance, ils ont sur tous les autres phénomènes de la vie enfantine cet avantage qu'ils sont apparents, qu'ils tombent directement sous la prise de robservalion. En attendant que l'enfant sache parler, ils sont, comme dit M. Marion, « les seuls signes possibles de ce qui se passe en lui (1) ». Il y a donc inlÉrèt à les étudier tout d'abord, puisque c'est à travers les mouvements que nous pouvons atteindre les phénomènes de la vie intérieure et particulièrement les premières émotions. 11 n'y a que ce que fait l'enfanl qui puisse nous apprendre ce qu'il est.
Nous n'avons pas d'ailleurs à nous préoccuper ici du mécanisme matériel des mouvements. C'est l'aflairo de l'anatomiste ou du physiologiste de décrire les organes ou d'expliquer les l'onctions de la motilité. Ce qui est au contraire de notre domaine, c'est de rechercher les origines cachées, les principes des mouvements : principes parfois obscurs, en tout cas très divers, mais dont la diversité même permet de classer en un certain nombre de catégories distinctes des phénomènes en apparence uniformes (S). En eux-mêmes, eu effet, les mouvements ne sont jamais autre chose qu'une excita-
^■ion nerveuse suivie d'une contraction musculaire : mais ils diffé-
^^BA profondément par leurs causes.
^^Plaus la psychologie de l'homme fait, un travail de classification des mouvemeuts parait assez simple; on se contente en général de distinguer deux grandes classes : les mouvements volontaires et ceui qui ne le sont pas, ces derniers d'ailleurs provenant presque tous de l'habitude.
Chez l'enrant, il n'est pas contestable que les mouvements, dans
^leur première apparition, ne soient tous involontaires : aucune idée,
^^bçuae représentation intellectuelle, aucun choix ne concourt b. les
^^Hl] Repue icitntifique, t. XVL, p. TGD et siavaiites, article de M. Mabiob, la ^^Wmvements de l'enfant.
(7) Ilnrlley, qui n le premier essayé une classification des mouvements au point de vue de l'état mental qui tes précède, distinguait seulement deux sortes de ■Hravements : auloinatiqucs et volontaires; les premiers dépendant des aeiisundsàes idôes. Kartley n'avait pas vuqu'ilya des mouveuienls autow qui sont dus li des iuiprcisions non senties. La sensation n'est pas néceiint l'aatfcf-<dent de tout inouvenicnt iovolontaire. Et par contre des nious automatiques peuvent avoir pour condition beauciiup plus qu'une sen- : une idée, par exemple dans le rii'e que provoque une idée comique.
LÉVOUTIOS INTELLECTVELLE.
produire. Mais, sous ce caraclère comronn, les diversités d'origine apparaissent. Il y a diverses formes de l'involontaire, comme il y a -■ dit erses tormesde l'inconscient. Parmi les mouvemenis enfantins, les uns sont dus à une h excitation «, à une « impression «, nous n'osons pas dire à une n sensation » extêrienre : nous les appellerons des mouvements réflexes (1); les autres témoignent au contraire d'une vilalitê innée, d'une impulsion interne : ce sont les mouvements ipontanés. Mais ces mouvements spontanés à leur tour sont de différente nature : les uns, indéterminés, sans but. ne relèvent que d'une activité automatique; les autres, très déGnis au contraire, très coordonnés, révèlent des instincts profonds, des besoins qui réclament satisfaction et trouvent tout de suite les moyens de l'obtenir : d'oO deux autres catégories, celle des mouvements purement automatiques, et celle des mouvements instinctifs.
Ce sont ces modes primitifs du mouvement qu'il convient d'étudier tout d'abord, en ajournant l'étude des mouvements volon taires (3), de ces mouvements dont il suffit de définir les condition] pour comprendre qu'on ne saurait les rencontrer dans les commeif eements de la vie enfantine. Les mouvemenis volonlaires. en effet répondent à une période beaucoup plus avancée de l'évolution p chique, puisqu'ils supposent, à des degrés d'ailleurs très variables, li représentation intellectuelle du but à atteindre et celle aussi d l'action appropriée A ce but M. Preyer en a déterminé le lyp parfait avec une précision riftourcuse, quand il a ramené à quatr les conditions essentielles du mouvement volontaire : i" une îdé qui le précède et qui en est la cause ; 2° la connaissance préalabl du mouvement à accomplir; 3° un but dëSni; i" la faculté d'étn arrêté, B inhibé n, par d'autres idées, au moment où il va s'accom plir. Il n'était pas inutile de rappeler dés fl présent les caractère
(1) Noua timitiiDs à dessein le sens du mot ri/lexe. - Lea actions rëOeies. i M. Bain, ont pour signe l'absence du caractère propre des actions volontalm c'est-à-dire du stimulus d'un scnlimenl directeur. » A ce compte, toute axsQo involontaire serait réflexe. Littré dêfiDÎt de mfme l'action n^Oexe, quand il dl I qu'elle est ■ celle l'ùi indépendamment de llntervenlioa de la volontâ, suce ' Mit à des BensalioDB, soit à des phênomËnes de sensibilité sans consdenee i, Nous demandons à circonscrire encore, dans l'intéri't de la clarté du sujet, le sei du mot réflexe. Nous ne l'emploierons que pour di-sïgncr les mouvements q ■ont roinmc des riîponses de l'organisme à une excitation produite à la pËripbéri Cl provenant d'une? cause extérieure.
(3) Voyez plus loin, cliap. xn.
LES MOUVEMENTS
F^e l'arlivilé vcilonlairc. afin de mieux mesurer l'espacn que l'activité E^le l'eiirant aura à franchir, avant de s'élever jusque-14{l}.
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Cesl une letilatiftn a.=seï naturelle de troire que tous les mouvemenls du nouveau-né sont purement et simplement d'origine réflexe, qu'ils ont toujours pour caractère d'être provoqués par une excitatioTi périphérique, que le petit enfant, en un mot, ne se meut is par lui-roéme, qu'il est mfl, pour ainsi dire, par des causes exieures. Cette thèse peut flatter dans leurs préjugés les adversaires de rinnéilé, mais elle est démentie par les faits. Il y a incontestablement quelque chose de spontané dans l'activité motrice du nourrisson. Ses actes dépendent souvent de causes internes, et l'innéité des mouvements est comme le prélude de l'innéité des émotions. Ici imme partout, il y a sans doute une part à faire aux influences da lehors, mais une part aussi, la plus considérable assurément, l'action du dedans. On ne rendrait compte que d'une petite partie de la motilité de l'enfant, si l'on ne considérait que les mouvements purement réflexes. L'excitation de la lumière, par exemple, qui par son éclat trop vif blesse la délicatesse du l'œil, peut bien suffire pour expliquer que les paupières se ferment, mais elle n'explique nullement pourquoi les paupières s'ouvrent, pourquoi d'eux-mêmes les muscle» l'œil, quand l'organe a acquis asseï de force, relèvent le rilau qui cachait à renfant la vue de la lumière et le spectacle des loses.
Cette activité innée, cette tendance naturelle au mouvement se lie surtout, en attendant les mouvemeuts volontaires, dans les luvements définis, réglés, qui peuvent être considérés comme des . ts instinctifs, l'action de téter, par exemple ; mais elle ijfeste aussi, et cela, dès le premier jour, dans un assez grand ire de mouvements, qui , trop peu réguliers, trop peu déterminas inr être attribués à des instincts véritables, sont en même temps ip spontanés pour être confondus avec de pures actions réflexes, témoignent déjà, A leur manière, de l'énergie intérieure. Ce il les mouvements que M. Bain appelle précisément « spon-
Ml} H. PRBTEH, Oj
Itaoés (!) », M. PreytT a impulsifs (2) », el qje, d'accord avec M. Ma- ^TÎon, nous appellerons « automatiques».
Le caractère des mouvements automatiques, c'est qu'ils devancent ■toute sensation, c'est que, en tout cas, ils se passent d'elle, qu'ils ne Csupposent en aucune façon une excitation préalable des nerfs de la vue' ■ou des autres organes des sens, qu'ils surgissent tout entiers des Icouches profondes de l'organisme, doni l'énergie se dégage dans ■les nerfs moteurs. Ils seront d'autant plus nombreux que l'enfant Jesl mieux portant, mieux nourri, qu'il a plus d'activité à dépenser, e sont des mouvements de ce genre qui se produisent déjà dans le? Ffœtus, concurremmentavec les mouvements réQexes que peut provo- ■quer un contact, une pression. Chez le nouveau-né, il est assez facili Jde les reconnaître et de les distinguer de tous les autres : en effet, in'ont pas dL' but précis, et ils ne sont pas coordonnés. Tels sont les I mouvements d'extension el de flexion dos bras et des jam.bes, mou- Ivemenls superllus, de luxe pour ainsi dire, qui agitent à tout instant pes membres de l'enfant, même pendant son sommeil. Dès le premier r on voit le nouveau-né se heurter le visage avec sa main, oib iien agiter ses pieds au hasard. On pourrait être tenté de souteni^ Mu'îl n'y a là que les premiers lâlonnemenls maladroits d'une împul- 1 instiuL-tive (par exemple, dans les cas cités, de l'instinct de la I préhension et de l'instinct, de la marche); les instincts eux-mêmes
■ n'aboutissant pas d'emblée chez l'homme à une précision parfaite
■ dans les actions qu'ils déterminent, Nous croyons pourtant que, [dans la motilité spontanée de l'enfant, iî y a autre chose que la pré- I paration et l'essai encore gauche de 'l'activité instinctive. Il y a, 1 comme le dit M. Bain, l'effet d'un trop-plein d'énergie qui se dé- I charge pour la première fois, aveuglément et à l'aventure (3). Il y a
(I) M. Bain, Senies and intellecl, oh. i". H. Sdllv les appelle unprompled aivl ^Ttmdoot monemenCs {Oullines of piycAologi/, p. 533),
i Les mouvements impuliîTs, dît M. Prejer, se diatingueot de tous les autres B qu'ils se produisent sons e^icitalion pËriph^rlque préalable, et en ce que cause réside exclusivement daus les processus nrgaaiijues, nutritifs et I «utres. Il {Op. cit., p. 164.)
(3) 1 Je regarde les uiouvemeuts des petits enfants comme dus en grande partis I A l'action spontanSe des centres. La mobilité de ces petits êtres est très grandi
I et elle ne peut provenir que d I les sens, ou d'une émotion, i ' que Isa deux première
s ne soient p<
I de l'eiirancc, mais je ne crois pas qu'elles
le pouvons attribuer les
stimulus Tenu du dehors pw
force spontanée. Il n'est pas douteus
ir quelque chose dans la gesticulation
expliquent tout à fait..., 11 est des cas
enfantins nu'A la vivacité, à l'exu-
a II
LES MOUVEMEflTS.
eonim(> le débordement d'une force qui n'a pas encore trouvé son emploi, d'un courant qui n'a pas été canalisé.
Ce qui peut servir i corroborer cette opinion, c'est que « ces mouvements de hasard », comme les appelle ingénieusement M. Sully, ne dispîiraissent pas avec l'enfance. Même chei l'adulte, alors que lu volonté et l'habitude ont pris possession des muscles, la moti- Uté spontanée exerce encore ses droits. Sur veillons -no us un instant ■'0&QS notre vie ordinaire, cl nous constaterons que sous l'impulsion ■ de itimuli organiques, nous nous abandonnons sans cesse, à ub ' grand nombre de mouvements sans but et sans caractère bien délini : nous étirons nos bras, nous nous remuons sur notre siùge, nous dégourdissons nos jambes, comme on dit ; et ces mouvements n'ont rien de commun, ni avec les actions que nous accomplissons volontairement, ni même avec les manies musculaires, avec les tics que noQs avons pu contracter. Il y a, autour de nos mouvements déterminés et voulus, tout un cortège de mouvements parasites, comme dans les champs une végétation de mauvaises herbes, autour des plantes cultivées. Lorsqu'un enfant apprend A écrire, a observé U. Lewes, il lui est impossible de ne remuer que les mains: il fait mouvoir en même temps la langue, les muscles de la face et même les pieds [1). Le temps et le progrès de l'âge alLénueront ces mouvements inutiles, mais ne les supprimeront pas complètement. C'est après le sommeil surtout, quand les forces motrices se sont rafra!- ' chics dans le repos, que celte gesticulation automatique est parlicu- Uërement active. N'est-il pas naturel que, au matin de la vie. alors que la vitalité est dans sa fleur et que les règles directrices de l'action n*oiit pas encore emprisonné les muscles dans les liens de l'habi- «le. la force motrice se joue spontanément et librement dans toutes » parties du système musculaire?
Mais pour n'être pas les seuls à se produire, les mouvements réflexes n'en ont pas moins une grande importance dans le premier ifçe. Assailli par les excitations du dehors, le petit être qui recueillera plus tard dans ces impressions extérieures la matière de ses lées. n'y trouve tout d'abord quo l'occasion d'un grand nombre de moavements. Il est à remarquer pourtant que l'opération réJlexe,
:e des torceg musculaire et cérébrale, qui montent oi D de I& vigueur et de la nutrition du système nerve inUlUcl., cbap. i.) ■ (I) Lewes, Frohltmi of llte mind. Third séries, p, 37.
[ aO L'ÉVOLUTION INTELLECTUELLE.
' quelque mécanique qu'elle soil, quelquû simple qu'elle paraisse, n'est pas aussi aisée que l'opéralioD impubive. Dans le mouvement
automatique, l'impulsion part des centres moteurs et se propage par les nerrs jusqu'aux muscles; il n'y a pour ainsi dire qu'un seul courant d'action, il n'y a qu'une voie descendante à parcourir. Dans le mouvement réflexe, il y a des préliminaires : il faut qu'une impression venue du dehors excite les nerfs sensitifs, qu'elle remonte jusqu'aux centres moteurs, d'où elle reviendra pour suivre le même chemin que tout à l'heure. Il faut, en d'autres termes, comme dit très exacLementM. Preyer, pourque le mouvement ait lieu dans ces conditions, toute une série d'opérations qui comprend o des impressions eensitives, des processus centripètes, intercenlraux et centriruges ».
■ Notez d'ailleurs que chez le petit enfant, au moins dans les premiers jours, les impressions du dehors sont assez rares. Si l'aclion réflexe est relativement faible, tente, paresseuse, ce n'est pas, comme l'affirme le D' Sikorski, que l'imlabilité des nerfs moteurs soit mé-
■ diocre (1 ) ; ce n'est pas, comme le prétend M. Marion, « que la vitalité soil moindre, ni parce que ces mouvements, comme tous les autres, se perfectionnent par l'habitude »; c'est plutôt, croyonsnous, parce que les nerfs sensitifs sont encore obtus, la sensibilité h peine née. Nous verrons ailleurs que, grâce à cette torpeur de la eensihililé, l'enfant n'est pas entièrement à, la merci des soUici-
' talions trop pressantes du monde extérieur, et qu'il se trouve comme protégé contre ce qu'aurait de trop brutal une révélation brusque du monde sensible (2). A proportion que la sensibilité se développera, les occasions de se produire se multiplieront pour l'action réflexe. Mais d'autre part, le développement de fa sensibilité aura pour conséquence le progrès des idées, et le progrès des idées à son tour tendra à la suppression, à l'annihilation des réflexes, qui ne peuvent précisément exister, avec leur caractère fatal et mécanique, que grâce à l'absence des idées.
Il n'y en a pas moins chez le nouveau-né de nombreux et impor^ tanls mouvements réflexes. L'action réflexe, nous le verrons tout à l'heure, joue assurément un rôle jusque dans le développement des mouvements instinctifs et des mouvements volontaires eux-mêmes. Mais elle se manifeste seule et sans mélange dans des phénomènes
(I] Voyei Itevut litiiloaopliigue, t. XIX, p. 533, urtic^lc du D' Sikorski, h D6Bt- ] lopperi-enl psycltiqug de l'enfant, i (3) Voyez plas loin, cliap. i:i. J
LES MOUVEMENTS. 31
tels que rL'tornuem(!nt,la Iouk, le hoquet, le bùillement, le cri, et ^éme, si l'on en croyait Darwin qui, sur ce point, se trompe, dans li'actîon de téter {!}.
L'éternuement, qui est souvent le premier acte de l'enfant à son entrée dans le monde, présente dans toute sa pureté le type de l'action réilexe : il n'est que la riposte immédiate de l'organisme provoqué. Chez te nouveau-né, il osl délerminé mécaniquement par impression de froid, par la brusque invasion de l'air dans les .poumons. Plus lard, il peut résulter de causes très diverses. « J'ai vu, t M. Preyer, l'éternuement se produire au trente-huitième jour. Après que j'avais aspergé le front de mon fils de quelques j^outles ^'cau tiède; au quarante-troisième jour, quand j'avais répandu dans LVftir des crains de lycopode; au cenl-soixante-dixième, lorsque je ^ufflais simplement sur son visa(;e. Une pareille susceptibilité est ire chez les adultes (2). «
Un autre exemple très net d'action réilexe eslceluique cite Darwin:
i« h» septième jour je touchai la plante du pied à Doddy, avec un
lOrceau de papier : il retira vivement son pied et en même temps
il recourba ses orteils, comme le fait un enfant beaucoup plus âgé,
quand on le chatouille. >>
D'autres luouvements doivent encore être considérés comme des .féflexes : d'abord, bien entendu une grande partie de ceux qui se Itachent aux opéralions de la vie organique (l'autre partie devant Atre attribuée A des impulsions instinctives), et qui dépendcnl, soit des muscles qu'eu physiologie on appelle « involontaires ", les mouvements de la circulation, des organes digestifs; soit des muscles volontaires, les mouvements de la respiration; et aussi des mouvements qui se rapprochent davantage de la vie mentale : le clignement des paupières pour garantir l'œil d'une lumière trop vive, les contractions des membres pour se dérober à une impression pénible iQ contact, les déviations de la tête pour éviter un heurt ou un mp (3).
■ Pendant les seiil premiera jours, mon petit enfant nccoinp lissait déjà p!unira actions rétlexes, telles que ctllea d'éternuer, d'avoir le lioquet, de biiller, •*iSUrer, et naturellement de lèler et de crier. ■ I) M. PnsvEH, op. cit., p. 179.
I] Voici deux Toits de mouvement automatique observas par M. Binet chez dea ititea filles de six mois et de liuit mois : « Lorsque l'enrant avait la main ouverte, it da gratter légèrement la paume de la main pour que les doigts itendus se IcbtsjieDl et la main se fermât; au contraire, lorsque la main était d'nbord bruiée, une liigùre excitation mécanique sur la fucc dorsale déterminait Irè*
m L'ÉVOLUTION IMELLECTL'ELLE.
W A rorigine, et dans leur simplicité primitive, les actions réflexes front point d'antécédent psychique, à moins qu'on ne veuille prendre Epur tel l'excitaliort obscure et inconsciente des nerfs sensitîTs, ■QÎ n'est encore qu'une impression, et non une sensation, encore Bioins une perception. Mais quand la sensibilité a grandi, quand les w-ganes exercés donnent naissance à des sensations agréaTjles ou fiésagréables.racteréflexe,quoique toujours involontaire et machinal Ht bien qu'il s'accomplisse fatalement, peut être consécutif au plaîkr ou à la peine ressentie, & la conscience vague d'un dangerredoutë BU d'un avantage recherctié. L'enfant assis sur son banc et plongé Bans sa lecture, si un rayon de soleil trop chaud vient lui Trapper la Ute, se détournera pour se mettre à l'ombre; de m(>me si le froid Kagne ses jambes, il les resserrera l'une contre l'autre pour sa Këchauffer.
I 11 y a donc des degrés à distinguer dans les opérations réflexes, et p est certain que les parties du système nerveux engagées dans les Rnouvements de cette espèce ne sont pas toujours les mêmes. ■I. Bain estime que les uns, les plus rudimentaires, sont entretenus Bar le système des nerfs et des ganglions sympathiques ; d'autres le ■eraient par la moelle épitiière ou la moelle allongée; d'autres enlin Bar des centres encore plus élevés du système cérébro-spinal, comme M mésocéphale et les tubercules quadrijumeaux (1). Dans l'état actuel pes recherches physiologiques, il n'est guère possible d'arriver sur ke-point à une précision absolue. Mais bien que nous soyons d*aofcord avec Virchow (2) pour admettre que, dans les premiers mo- Bnents de son existence, h le nouveau-né est un être purement
b^idemeut l'extension des doigts. Cette petite expëiience réussïssut dans le* b)nditiona les plus diverses, que l'eûfant Tût râveillË au endoriai, qu'il îbt attenQt B ce qui se passait dnns sa. maiD ou que son a.tteatian f&t occupée ûlleurs. Dik becond exemple d'Automatiame est It focilitË avec laquelle on peut provoqua niez un petit eofant, pendant qu'il est distrait, des mouvements coordoonés dost W n'a pas conscience. C'est ce que je voyais maintes fois chez plusieurs petites Biles. En voici un exemple pris entre plusieurs. Une petite liUe de huit mois mgiu-de uttentlTement une dame qui lui fait des sourires : sa main est ouverte et HD pronatioD. On glisae dtias Is psume de !a main un petit objet, une clef, ans. Bigle, etc. L'enfaut occupe ailleurs ne parait s'apercevoir de rien, mais ses petitt' Kâgts se replient autour de l'objet; ils se serrent et tiennent l'objet suspendV'i Bcndaut un certain temps, quelquelois penditnt plusieurs minutes ; puis la miiiB Houvre lentement ou brusquement, et l'objet tombe par terre, sans que l'enfant K soit douté de rien. <• K(l] M. Bais, op. cil., p. HO.
B^2] C'est aussi l'opinion de M. IIihot, les Maladie) de la volonlé, p. i.
spina' " i:X que son activité est placée sous la dépendance de la moelle épiûière, il n'en est pas moins vraisemblable que le cerveau joue très proinpt>?inent un rOle dans la production des réflexes (1). Ce qui est certain, en tout cas, c'est que malgré des analogies apparentes, il ne saurait être question de confondre Tacle réilexe, même !(.■ plus simple, avec les mouvements purement mécaniques qui se pi'oduiseot parfois dans certaines espèces du régne végétal. Sans doute il y a quelque ressemblance entre l'action du nouveau-né qui l'-ternue ou qui cligne les yeux, etle frémissement de la aensitive, qui au moindre contact replie ses feuilles. L'enfant, qui serre les doigts autour des objets placés dans sa main, peut être comparé à la diunée allrape-niouches., qui ferme ses fleurs dès qu'un insecte s'y est posé. Mais il n'y a là que matière à comparaison, el le mouveiitL'nl rêûene le plus élémentaire suppose toute autre chose que la ~iuiple contractilité des tissus : il dérive d'une harmonie préétal.lie, d'un ronsensas de diverses parties du système nerveux; il met L'o jeuun véritable organisme, et ce qui suffirai ta. le prouver, c'est le phénomène, décrit par M. Preyer, de 1' >• irradiation des réflexes ", c'est-à-dire des mouvements concomitants, qui, par exemple, ac- ' compagneut l'éternuement, le chatouillement (2).
Quoi qu'en disent certains physiologistes — Vulpian parexemplo (3), qui se demande, sans dissimuler son embarras : « Où finissent les actions réflexes sensilivo-molrîces? Où commencent les phénoniéoes instinctifs? •> — les mouvements imputables à l'instinct se reconnaissent à des caractères très nets, lis se distinguent des mouvements automatiques, en ce qu'ils sont coordonnés et tendent manirestemenl h. un but défini; et des mouvements réflexes, en eu liii'ils ont leur principe, non dans une excitation superficielle, venue ilii ftehors, mais au plus profond de notre être, dans les habitudes
il) > L'automatisme a dté considâré pundant longtemps comme appartenimt I vi-1uaivement ù lu moelle épini^re et aux centres nerveux Becondairoa. Mata les [r-iïniu clii D' Cnrpenter et du Df Laycok ont établi que le cerveau possède aussi une activJld automatique (lui lui est propre, et qu'île ont désignée sous le nom de * rêriibriitiûn ïnconscieiite » ou > activité précoDscieale de l'âme •>. (M. Etieor,
nitr*diu, p. au.)
lît .M. PnEïim, ap. cit., p. 183.
(.1) Vuu-Mîi, P/iysioloçie itii lyslèmn nm-vaix, p, 'ni.
hérëdilaires ou les (endaDces ianées de la nature humafae. Bî?n avant que la volonté personnelle apparaisse el se saisisse des muscles pour les soumettre à une direction intentionnelle, l'iostiDcl a déjà établi une certaine régulaiilé dans les monvetnenls de l'enrant. C'est que l'instincl, quelque involontaire et trréÛéchi qu'il soit en luimême, est déjà une puissance coordinatrice, un agent régulateur. soit qu'on le considère comme le résidu de toutes les volontés accumulées des générations passées, soit qu'on y voie l'effet direct de la volonté prévoyante de la nature.
Dans l'élude des instincts de l'enfance, il faut se tenir à égale distance, et de ceux qui en voient partout, et de ceux qui n'en voient presque nulle part. M. Perez, par exemple, prétend que » l'éternuement ne peut guère ^tre séparé de l'instioct (1) « : il y aurait donc, sinon un dieu, comme chez les anciens, au moins un instinct de l'étemuement. D'un autre côté. M. Rabier déclare que chez l'homme « l'instinct n'existe pas ou existe à peine (2) «. Le dissentiment provient surtout d'une définition équivoque de l'instinct. Aux yeux de U. Rabier, en elTet, l'instinct supposerait toujours, comme conditions et antécédents, des représentations intellectuelles, •■ une série d'images qui se déroule dans la conscience ». Nous pensons, tout au contraire, que, dans sa forme primitive, l'instinct est absolument aveugle, non seulement parce qu'il ignore sa Do, mais parce qu'il s'ignore lui-môme. Dès que des représentations inlelleotuelles sont possibles et que la conscience est apparue, Factiou instinctive chez l'homme fait place au désir, et le désir s'achemine peu à peu jusqu'à la volonté (3). M. Rabier n'est dans le vrai que s'il entend parler seulement de l'adulte, chez qui la raison el l'habitude ont fait disparaître presque complètement les impulsions de la nature animale ; mais chez l'enfant, qui par tant de cAtC» n'est encore qu'un petit animal, l'instinct est in cou Les table ment !■: principe d'un très grand nombre d'actions (4,
(1) ■ Une des premières iictions rêilcxes à uoter chex l'enfant et qui parnlt au premier aiiord ne pnuvuir gu^re être séparée de t'iastinct, c'est r>:(eraueuienL M. Ferez, op. cit., p. 48.) (S) M. Rabier, Paychologif, p. 6G6.
(3) n S'il s'interpose entre une sensaUoa aa une idâe et le mouvement qa* peut évoquer un senlimeut d'un ordre émotionael connu bouï !i ce mouvement a droit au titre de mouvement volontaire. • (Cii op. cit., t. II, p. 171.)
(4) Cunférei ce que dit Maine de Etiran, dans l'Introduction de son âalhretKilogie, SUT les caractères de ta vie â ses UÉbuts : ■ Cette eiiateoce purement sen-
LK& MOUVEMENTS
in Je Dous rendre bien compte de la naluro des mouvements insUncIifs, prenons un exemple : l'aclion de ttUer el de sucer (1). M. Bain affirme bien que l'acte de léter est un acte réflexe qui se transforme en acte volontaire (2). Mais la première partie de son affirmation est inexacte, et on ne saurait douter que dans cette opération essentielle de la vie de nutrition, de laquelle dépend l'existence de l'enfant, il n'y ait plus qu'un mouvement consécutif A une excitation extérieure. La meilleure preuve qu'on en puisse donner, c'est qu'autant l'enfant, s'il a faim, est prompt à rechercher, soit le sein maternel, soit le biberon, autant, s'il est rassasié, il se montre disposé à le repousser. La présentation de l'objet est sans doute nécessaire pour que, au premier jour, le nouveau-né soit déterminé à satisfaire son instinct; mais elle ne suffît plus pour provoquer le mouvement, si le besoin intérieur, qui en est la vraie cause, a disparu. L'instinct préexiste donc à l'excitation extérieure, puisqu'il n'agit plus, quoique celte excitation persiste. Faut-il aller plus loin encore, et accepter le témoignage de certains observateurs qui prétendent que l'enfant, par certains signes, manifeste de luimême l'instinct de téter, en dehors de toute sollicitation qui l'y excite? M, Espinas est de cet avis, et il croit avoir observé que le Douveau-né, sujet de ses expériences, dès le premier jour de sa vie, Il tendait la tôle en bâillant vers la poitrine de la personne qui le tenait dans ses bras, cherchant sans doute le seiu »; cbez le même enfant, nourri pourtant au biberon, on aurait encore constaté au quatorzième jour « le même mouvement de la tête vers le sein (3j •>, Sans compter que les mouvements cités peuvent avoir été provoqués par l'odorat, il nous parait que les observations de
siUï«, ces ftppétita tu traînants, ces penchmta aveugles antiirieurs é. toute eipé
rïcnce. enfin tout cet ensemble de déterminations et de mouvements outomatiques
< ut se inanifeslent & l'origine de l'existence et antérieurement même à la nais-
iLice de l'individu, peuvent être compris sous le nom d'instinct ou de principe
v^isitif: titre vogue sons doute comme cxprimnnt la force qui iigite l'organisms
li dedans, force aveugle qui s'ignore elle-même dans son exercice le plus oner
L;].|iie. > (Maixe de Bihan, Œuvres inédites, édit. Naville, t. III, p. 332.)
■\'i ■■ Cesl sons raisonner qu'un enfant qui tête ajuste ses lèvres et sa langue de
iniuûÈre ttt plus propre iUrer le lait qui est dans In mamelle. ■> (Bossl'bt, Cun-
iifi'sianee de Dieu el de gai-méme, V, S.)
'.:] U. Btra, op. ât., p. 311. — Bien entendu nous n'employons toujours le mot r^flexr que couine synonyme d'une action provoquc^e par une excitation extd-
[3) Obsermilionn eur tin llo'dtaux. IS83. p. »S3.
u-n^, dans les A
laks df I
Fncullè des lellre
M. Kspinas auraient besoin d'être contrûlées et renouvelées : il se peut que des mouvements fortuits aient été confondus avec des mouvements inslincLirs. 11 n'est pas nécessaire, en toutcas, qu'elles soient démontrées vraies, pour que le caractère instinctif dis l'acte de téter ressorte et éclate. Chez les animaux eux aussi, l'instinct le plus déterminé réclame pour agir des impressions qui l'excitent. « Le poussin, dit H. Marion, n'exécute pas sur un tapis le mouvement de gratter avec ses pattes; il l'exécute aussitôt posé sur le gravier, comme si la sensation des grains de sable était nécessaire et suffisante pour mettre le mécanisme en mouvement. »
Dès le premier moment, les actes assez compliqués que suppose la succion s'accomplissent avec une précision remarquable el, comme dit Bossue t, u de la manière la plus propre â tirer le lait qui est dans la mamelle ». M. Preyer, qui n'attend même pas que l'enfant soit tout & fait venu au monde pour commencer sur lui ses observations et ses expériences, M. Preyer nous raconte le fait suivant : " En décembre 1870, trois minutes après le dégagement de la tête, qui cria faiblement dès que la bouche se trouva libre, je touchai la langue de l'enfant; je promenai le Ijout di> mon doi^'t sur la face supérieure de cet organe : l'enfant cessa aussitôt de crier et se mit fe sucer activement (1). » Objectera- t-on, pour contester le caractère instinctif de la succion, que l'enfant, ce qui est vrai, ne réussit pas toujours du premier coup à saisir le sein de sa nourrice, qu'il faut parfois l'y aider? Mais ces hésitations de la première heure se rencontrent aussi chez les animaux. D'ailleurs elles proviennent, nous l'avons déjà dit, soit de l'insuffisance des organes de l'enfant, soit des difflcultés d'adaptation avec d'autres orgaues. Les défauts d'un organisme anormal, chez des enfants particulièrement chétifs et malingres, ne sauraient rien prouver contre la réalité de l'iustinct, dont cet organisme n'est que l'instrument. En quelques joura d'ailleurs tout e.st réglé, toute trace d'hésitation a disparu, et le mouvement s'exécute avec une régularité mécanique parfaite. Il en esl du moins ainsi chez les cnfanls normaux. En un sens, l'iatelligence future se révèle déjà, qui le croirait? dans la façon dont l'enfanl tète. Chez les idiots de naissance, en eifet, on remarque une véritatile difflcullé k téter : « Il semble, chaque fois que la nourrice leur présente le sein, que la chose soit nouvelle pour eux, et chaque nou-
[l) M, Piurisn, op. cir., p, SI4.
LES MOUVSHEnrs. 37
\t'lle expérience ne s'ajoute pas à la précédente pour déterminer chcï eux une idée, si peu couBciente qu'elle soit (1). «
La force de l'inslinct. dans ce qu'elle a d'aveugle et de mécanique, oclale encore dans ce fait que l'enTanl suce tout ce qui lui eat offert, 11- doigt, une poupée de linge, un objet quelconque, dés que cet objet f-st placé au contact de sa langue et deseslèvres. H. Preyer rapporte, (-11 le blâmant d'ailleurs, l'usage des habitants de la Thuringe, qui. pour apaiser les enTants, leur laissent sucer pendant des heures une bouteille de caoutchouc vide. Bien que la succion, dans ce cas. ne produise pas l'effet attendu par la nature, qui veut se nourrir, la mouvement se prolonge quand même. On peut rapprocher de ce fait robser\ation d'un médecin parisien, qui affirme que •■ le nouveauné mesure son degré de satiété, non à la quantité de lait qu'il a absorbée, mais à la sensation de fatigue que lui procure la succion ; quand il a fait le mouvement des lèvres pendant quelques minutes. ^^L se croit satisfait, même s'il est venu peu de lait. Beaucoup de ^^■Uuvaises nourrices se trompent ainsi elles-mêmes (2). " ^HtAprès avoir insisté pour établir le caractère machinal et aveugle ^Tts mouvements de l'enfant qui tète, il faut se hâter de reconnaître que les choses changent rapidement de caractère, que la conscience be montre, et que le nourrisson se suspend bientôt au sein de sa mère, len plus sous l'empire d'un instinct obscur, mais avec le souvenir du ■isir qu'il a déjà éprouvé, le désir de retrouver ce plaisir et la présentation vague des mouvements qu'il va de nouveau accomplir, ;ilm de satisfaire les besoins de la nutrition. Chez l'enfant, les phénomènes se modifient sans cesse dans leur caractère. On n'a pas plutôt dé fipî uu étal passager de sa nature mobile et toujours en voie de heloppement, qu'il faut se hftter, pour rester exact, de définir un l différent, sinon opposé. L'enfant est comme un livre dont on |tUIelt<! les pages successives, sans pouvoir jamais s'arrêter dans I lecture. Il n'est plus aujourd'hui ce qu'il était hier. Ses actions. Sî su premier abord paraissent uniformes, toujours les marnes, se isformenl sans cesse dans la réalite de leur manière d'être, et elles itde physionomie, si on les observe avec soin. Tout se mélc t le petit enfant : des vestiges de vie animale et des commencei de vie intelligente. Aussi, quelque disposé que nous soyons
j/p, diins le journal le Tein/is, n' ilu
LTiVOLUTrON INTEI.LECTLf.l-l.i;.
voir dans l'aclion de léter l'effet de rinstincl, force nous est de i constater que les opérations réElexes y ont aussi leur part : le fait de fermer et de serrer les lèvres autour du mamelon est un pur ré&ese que stimule lii simple contact. El de même, quoiqu'il nous paraisse certain qu'aucun antécédent, ni sensution de Taim, ni idée quelconque, n'a précède le premier élan de l'enfant vers le sein maternel, il n'est pas douteux que, peu de temps après la naissance, l'enfant ayant désormais conscience de ce qu'il fait quand il tète, n'est déjj plus sous la domination exclusive de l'instinct. 11 n'agît pas encore Tolontairement, mais le désir, l'envie d'obtenir de nouveau c lui a été tant de fois donné, dirige, anime ses mouvements. 11 connaît . déjà cette demi-volonté qui implique, sinon le choix entre plusieur actions, du moins ta poursuite consciente d'un but connu. Et la ' preuve, c'est que la présence de la nourrice surexcite son désir ; I l'enfant, qui tout à l'heure ne songeait nullement & téter, réclam I avec impatience le sein, dès qu'il voit apparaître la personne qa , l'allaite.
Les psychologues contemporains ont mis en lumière cette loi qu
tout état de conscience tend à se traduire au dehors par des mouve
! ments. Chez l'enfant, et dans l'évolution originelle de nos facultés
c'est, au contraire, le mouvement qui précède la conscience (I);
la répétition du phénomène moteur inconscient qui semble appelé
i. produire l'ëlat conscient, émotion, désir et plus tard volonté,
i Ce n'est certainement qu'après avoir plusieurs fois pria le sein ma
' chinalement, que l'enfant qui tète devient conscient du mouvemen
i qu'il exécute. La vie mécanique devance et prépare la vie cou
■ Bciente (2). Les enfants se comportent d'abord comme s'ils désiraient
( comme s'ils voulaient; et ce n'est qu'après avoir traversé ces simu
r lationsde l'instinct qu'ils parviennent h la réalité du désir et de l
, volonté. Il ne suffit pas de dire que parmi les mouvements involon-
[. taires de renfant les uns sont conscients, les autres inconscients:
I vérité est qu'il y a des degrés dans la conscience ; il y a des état
I subconscients, demi-conscients, qui flottent, pour ainsi dire, eniT\
I l'obscurité et la lumiëre-
(1) Nous entendons par là, sait la conntiissance de l'acte au moment où il I produit, sait la faeultË de se le représenter avniit c[u'il se proiluiso.
(2) Conférez M, Minn.LiBit, article de la Beuue icienlifigue (1831), p. 308) sur I [ Phénomènet moleiira H la volonté: a L'évolution des phénomène! moteurs préi
: celle des représenta lions. •
LES HOCVEMENTS.
L'étude des aiilr;>s instincts do l'enfaat révêle la même complexité p\ l'intervention des divers principes d'activité propres à l'homme. L'habitude elle-même, quelque inattendue qu'elle soit chei un être qui commence à vivre, ne tarde pas a jouer un rôle dans la direction de la motililé, Nous avons déjà vu (1) que, dans l'attitude générale de 5on corps, dans la position que ses jambes et ses pieds recherchent de préférence, et aussi dans les mouvements par lesquels il porte les mains à son visage, l'enfant obéissait aux souvenirs musculaires de la vie intra-utérine. De même, les actions nouvelles qu'il accomplit, une fois né, sous l'empire de l'instinct ou de l'activité automatique, peuvent devenir, elles aussi, des habitudes. 11 n'est ntdiement nécessaire, pour qu'un mouvement s'accomplisse par habitude, que la volonté ail présidé à sa première manifestation. Toute action volontaire ou Involontaire, une première fois produite par une cause ou par une autre, tend ù se répéter, à se renouveler inconsciemment. Il n'est pas rare d'observer, chez les bébés aussi bien que chez les vieillards, de véritables tics, de petites manies musculaires, qu'il est difficile de corriger, si on laisse prendre pied à Thaliitude. Les observations faites sur les idiots, — les tics, les grimaces sans lin qu'on renconlri; chez eux, — nous montrent, comme dans un miroir grossissant, le caractère de ces mouvements d'habitude qui, chez l'enfant normal, peuvent être assez promptement réprimés par l'action de l'inteSligpDce etde b volonté naissante, mais qui persistent et se perpétuent, quand la nature laisse dominer u la partie de l'homme par laquelle l'homme est machine ».
Les analyses qui précèdent permettent de se reconnaître au milieu des mouvements si variés qui, dans les premiers mois, constiluenl presque esclusivemenl l'activitéde l'enFanl. Plus tard, chez l'adulte, U vie intérieure se suffira jusqu'à un certain point à elle-même. Sous vivrons au dedans de nous-mêmes. Nos réflexions, nos soucis absorberont notre activité, et ils ne se traduiront pas toujours au dehors. Le langage, d'ailleurs, sera l'instrument régulier du besoin que nous avons de communiquer avec autrui, le canal par oii s'écouleront les sentiments et les pensées. Mais l'enfaniqui ne pense
(I) Vojfx chapUrf
L'EVOLUTION INTIiLLECTi:EU,E.
pas, qui ne parle pas, que ferait-il, pendant les heures inBeusibk' ment plus longues qu'il dérobe au sommeil, s'il ne se mouvait pas? La perception extérieure sans doute, la sensation tout au moins, va de plus en plus occuper une partie de sa vie éveillée. Mais cette activité des sens elle-même est accompagnée de mouvements. Chez Tenfant, il y a beaucoup de mouvement» sans idée, mais i) n'y a guère d'idée, c'est-&-dire de perception ou de sensation, sans mourements.
ËsaniinoDS donc, sans avoir la prétention de les analyser toutes, dans quelle catégorie pourraient être raiiffées les manifestations de Ta motilité dont nous n'avons pas encore parlé. Peut-être de notre exanien résultera- t-il la conclusion qu'elles participent toutes plus ou moins des différents types que nous avons esquissés.
Les cris, par lesquels l'enfant débute dans la vie, et dont il aura tant de peine à se déshabituer, nous sont représentés par M. Pi-eyer comme de purs réflexes. Il n'est plus question, assurément, de leur attribuer une signification morale, d'y voir, avec des littérateurs trop poétiques, ou même avec des philosophes trop symbolistes, la plainte de la créature jetée dans le monde pour y souffrir. Kant luimême n'avait pas échappé à cette illusion. Le cri, d'après lui, serait chez le nouveau-né le signe de l'irritation et de la colère : h Ce n'est pas qu'il souffre, disait-il, mais quelque chose lui déplaît; sans douli-. il voudrait mouvoir ses jambes, et il sent son impuissance, comme il sentirait une chaine qui entraverait sa liberté (1). Quel a pu ôlre le but de la nature, en le disposant à pousser des cris qui, pour la mûre et pour lui, à l'état de nature, seraient des plus dangereux? » Et il ajoute ailleurs : « Si un animal, en venant au monde, criait comme font les enfants, il deviendrait infailliblement la proie des loups et des autres bèLes sauvages qui seraient attirés par ses cris, u Nous accorderons volontiers à Kant que le but de la nature est ici assez obscur, et qu'il est difficile de découvrir l'utilité des premiers cris. Mais nous ne saurions les interpréter avec lui comme les signes expressifs du mécontentement d'un être faible, qui s'emporte contre sa
(I) Kant a varié daos son interprétation des cris. Parfois il seuible n'y vtât qu'un pbÉnométie méciLoique : « Par leurs cris les enfaols facilKeut le déploîemeut des parties inlérieurcs de leur corps. On )i;ur rend par suite un trèsmau- ▼Bis service, en cbercbant i les spaiser aussitôt qu'ils crient. >• {Traité de pittagn' gii-, É-lufalion physique.) Ailleurs il dira ; <• Lorsque l'enfant est capable de rire et de pleurer, il crie avec nSûeiion, si obscure que soit eucore cotte réllexioii. 11 pense toujours qu'on veut lui foire du mal. d
LES MOUVEMENTS
faiblesse, Faul-il, d'autre part, avec M. Proyer. les considérer simplement comme des réDexes respiratoires, causés par !e refroidissement de la peau ou par toute autre impression désagréable? Nous pensons qu'il y a quoique chose de plus dans ces cris qui se prolongent. qui ne cessent que pour recommencer aussitôt, et qui sont assurément hors de proportion avec les impressions de souffrance que peut ressentir l'enfant. Ils sont spontanés et automatiques en grande parlie. Ils dérivent, chez le nouveau-né , du besoin général d'action, et peut-être aussi d'un besoin particulier d'affirmer son existence, bien qu'ils soient dépourvus, non seulement de toute significalion intenlioDoelle, mais, àroriglne, de toute conscience. Et quand, par la répétition fréquente, grâce au progrès général du système nerveux, ils ont pris conscience d'eux-mêmes, ils sont si loin d'exprimer un sentiment de faiblesse, comme le pensait Kant, qu'ils deviennent pluti>t la manifestation naïve d'un sentiment de force. L'enfant qui ie a souvent plaisir à crier. Désagréables pour tout le monde, exilé poiirlui, qui s'y complaît, les cris font partie de cet ensemble de naturels, sons de voix variés, petits grognements, murmures et gazouillements, qui sont les préludes du langage : simple gesticulatioD vocale, au début, en atleudant qu'ils deviennent des signes ^"oppel, lorsque rinlelligenco aura compris de quelle utililô ils peuil être.
sourire, le rire, nous le verrons ailleurs, ne sont que des
'tivements automatiques, avant de devenir l'expression définie
d'un sentiment de plaisir ou d'alfeclion. Les pleurs de même. Les
sanglots et les soupirs, qui se produisent d'assez bonne heure, n'ont
l'abord aucune portée expressive (1). On ne saurait trop y insister :
une loi générale que l'activité de l'enfant, jusqu'à t'&ge de
ire ou cinq mois, n'offre rien qui ait véritablement un sens moral,
;ôre moins rien d'intentionnel et de voulu. Le mécanisme réflexe,
ttomalique ou inslinctif, s'organise d'abord : la pensée et la volonté
emparent ensuite.
Prendre ia mamelle avec les lèvres, c'est affaire d'instinct ; prendre objet quelconque avec les mains, pour le saisir et le palper, c'est
li()) Nous ne nous uccupei-ons pus de certains inouveinents qui se produisent
luenunent chez l'c^urnnt, purs rùQeies, qui n'ont pua de valeur psycliolo-
ae, le rosOenieiit, le Itàillisment, le hoquet, etc. ; pas plus que des mouveiuents
iipiratoires qui dèriTCiit d'une (onction purement phjrsiologique. Quimt aux
>iiTeitient) qui accompng tient l'cxerdci: des sens, vo^^es! plus loin, chapitres ni
mt^^ l'évoll'Tios istellectpelle. ^^^
aussi un acte insliDCtif. La préhension, qui esl une faculté si irapor-
; lacté pour rhomme, et qui sera plus tard, daus la complication de
I mouvements qu'elle exige. L'instrument assoupli de la volonté et de
[ l'habitude, la préhension g'eierce d'abord spontauément, C'est à tort
t que Mme Necker de Saussure a écrit: o 11 s'écoole plus de cinq mois
' avant que l'enfant ait encore l'idée de tirer aucun parti de ses mains;
leur destination lui est longtemps inconnue; et l'extrême lenteur qu'il
I met à la deviner prouve que cette découverte est chez lui l'œuvre
tardive de l'expérience (1). « Bien avant cinq mois, dès les premiers
jours même, le nourrisson presse de ses mains le sein maternel,
comme pour le retenir. L'enfant observé par H. Espinas poussait le
biberon contre sa bouche " avec le dos de ses mains, quelquefois
. aussi avec les doigts «. Les tâtonnements maladroits de la préhon-
r sion commençanti; témoignent seulement de la faiblesse des organes,
I et ne prouvent pas qu'en elle-même la tendance à saisir les objets
r soit une acquisition de l'expérience. Si l'enfant qui a péniblement
i réussi à prendre dans ses mains un jouet, un hochet, le laisse échap-
' per presque aussitôt, le regardant ébahi rouler à terre, ce n'est pas
le désir de le retenir qui lui manque, c'est seuleiaeut la force ou
F l'adresse (2).
I M. Preyer a minaliensement étudié les phénomènes moteurs de
1 la préhension, et nous ne saurions mieux faire que de rapporter
r ici quelques-unes de ses observations (3). D'abord on peut consta-
I 1er que la préhension par les doigts, aussi bien que l'opposition du
ï pouce qui en est la condition indispensable, peut se produire sans
^intention, « d'une façon réflexe, comme conséquence de l'excitation
I cutanée que détermine le contact d'un corps étranger ». Ainsi, pen-
r dant que les mains de l'enfant s'agitent dans tous les sens, si elles
I rencontrent le doigt tendu de la nourrice, elles le serrent machinale-
I ment. De même pour le hochet, qu'on a eu d'ailleurs la précaution
de lui attacher au cou avec un cordon, parce qu'on sait qu'il est
incapable d'une tension assez prolongée de ses muscles pour
ne pas le laisser échapper. Mais, vers le quatrième mois, le désir
I commence à diriger les mouvements des bras. Si la main se porte
I [IJ Hmc Necksr de SAL*ssijne, rÊdiiealion progressive, I. Il, ch. ii.
I (!) « Qai n'a éti^ [ûDiuîn et Eurpris. dit M. Luj9, de In mobilité incessante, de l'ap-
I pétition soutenue des jeunes enranta, pour connaître le monde extérieur, l'em-
I brasser avec leurs petites mains, toucher tout ce qui les environne, et prendre
I connaissance de tout ce qui les entoure? p (M. Luts, le Cerveau, p. lâS.)
V ^S) M. PnKïKn, op. cit., p. 301-313.
Éâ
i NOtVEHIEKTS.
sur le visage, on ne peut plus dire qu'elle y arrive, comme par hasard, au cours de ses innombrables mouvements en tout sens : elle y est conduite. Les bras s'étendent en avant vers l'objet désiré, et un communcement d'effort se manifeste pour l'atteindre. » C'est pendant la dix-sepLiëme semaine.dltM.Preyer, que j'ai constata pour la première fois des efforts sérieux pour prendre un objet avec la main. Cet objet ôtaiL une petite balle en caoutchouc, qui se trouvait A portée; mais l'enfant passa à côté, Quand on la lui eut mise dans les doigts, il la Uni longtemps serrée, la dirigea vere sa bouche et ses yeux: le tout avec une expression de physionomie nouvelle et plus intelligente. Le jour d'aprôs, les efforts malhabiles, mais énergiques, de- l'enfant, pour saisir toute sorted'objets placés devant lui, devinrent plus fréquents... Quelques jours plus tard, l'enfant me tendit pour la première fois les deux bras, quand j'allais le voir le matin, et son visage présenta une expression indescriptible de désir. » Ce n'est pas seulement le désir, c'est aussi l'attention, exprimée par le mouvement bien signiRcatif de la protrusion des lèvres, qui animait le fils de M. Preyer dans ces premiers efTorts conscients et intentionnels de préhension. En quelques semaines, on le voit, la transition s'est opérée ; et ce qui était d'abord exclusivement machinal est CD train de devenir volODtaire.
L'histoire de tous les mouvements de l'enfant est donc h pnu près la même : impulsions irrésistibles, aveugles et fatales, au commencement; puis, peu h. peu désirs conscients, irréfléchis, mais éclairés par une représentation intellectuelle, par l'idée d'un but à atteindre; enfin, volontâ et efforts : telles sont les causes successives qui les déterminent. L'enfant qui ne sait rien d'abord, ni de ses organes, ni de ses pouvoirs moteurs, ni de la relation qui existe entre ses mouvements et la satisfaction de ses besoins, apprend tout cela peu à peu; il se rend compte de ses mouvements et deleurs résultais; il parvient k les conduire, quoique condamné & ignorer comment ils s'exécutent. Nous retrouverons des exemples cjiractËrisés de cette évolution complexe dans les mouvements dont nous remettons <V plus tard l'examen, parce qu'ils correspondent il un développement ultérieur, à une période plus avancée de la vie de l'enfant : dans les mouvements expressifs (1), dans les mouvements imitalirs (3), et même dans le mouvement par excellence, la marche»
[IJ Sot les mouvemenls eipreasifa. voyez chipitre v. (i) Sur tes mouveiucnts imîtalirs, voyez clinpili'e n:.
L'ÉVOLUTION intellelti;elle. hérédilaîres ou les tendances innées de la nature humaine. Bien avant que la volonté personnelle apparaisse et se saisisse des muscles pour les soumettre à une direction intentionnelle, l'inslinct a déjà établi une certaine régulante dans les mouvemunls de l'enrant. C"esl que l'instinct, quelque involontaire et irréflécbi qu'il soit en luimême, est déjà une puissance coordînatrice, un agent régulateur. soit qu'on le considère comme le résidu de toutes les volontés accumulées des générations passées, soiL qu'on y voie l'etTet direct de la volonté prévoyante de la nature.
Dans l'étude des instincts de renfance, il faut se tenir à égale distance, et de ceux qui en voient partout, et de ceux qui n'en voient presque nulle part. M. Ferez, par exemple, prétend que n l'éternuement no peut guère être séparé de l'instinct (1) » : il y aurait donc, sinon uu dieu, comme cliez les anciens, au moins un instinct de l'éternuement. D'un autre cûté, M. Rabier déclare que chez l'homme « l'instinct n'existe pas ou existe à peine (2) ». Le dissentiment provient surtout d'une délinition équivoque de l'instinct. Aux yeux de M. Rabier, en effet, l'instinct supposerait toujours, comme conditions et antécédents, des représentations intellectuelles^ u uoe série d'images qui se déroule dans la conscience ». Nous pensons, tout au contraire, que, dans sa forme primitive, l'instinct est absolument aveugle, nou seulement parce qu'il ignore sa un, mais parce qu'il s'ignore lui-môme. Dès que des représentations intellectuelles sont possibles et que la conscience est apparue, l'aclicm instinctive chez l'homme fait place au désir, et le désir s'acheminn peu à peu jusqu'à la volonté (3), M. Rabier n'est dans le vrai qms'il entend parler seulement de l'adulte, chez qui la raison •'' l'habitude ont fait disparaître presque complètement les impulsion? de la nature animale ; mais chez l'enfant, qui par tant de côléf n'est encore qu'un petit animal, l'instinct est incontestablement le principe d'un très grand nombre d'actions (4,
(I) » Une dea premiÈres notions rÉflexes à noter chei l'enfant et qui parait au premier abord ns pouvoir guère être sâparêe de t'iastînct, c'est l'iitei'Dueui^nl- * H.Perë/, op. cit., p. 48,)
(ï) M. Rabieb, Psychologie, p. 6n6.
(3) H S'il s'interpose eotre une sensation ou une idâe et le mouvement qa'^H'' peut évoquer un sentiment d'ua ordre émotioDoet connu sous le nom de diair, ce mouvement a droit au titre de mouvemeat volontaire, m [Chahlton Bastmh. ep. cU.,\,. II, p. 171.)
(i) Ciinrârez ce que dit Mnine de Blran. dons l'Introduction de son ÂntkeofOlogie, sur les coractËrca de la vie. à ses débuta : i Cette existence purement sco-
LES MOUVEMEMS. 35
ARn lie nous rendre bien compte de la nature des mouvements instinctifs, prenons un exemple : l'action de téter et da sucer (1), M. Bain afiirme bien que l'acte de téler est un acte réflexe qui se transforme en acte volontaire (2). Mais la première partie de son srfîrmalion est inexacte, et on ne saurait douter que dans cette opération essentielle de la vie de nutrition, de laquelle dépend ''existence de l'enfant, il n'y ait plus qu'un mouvement consécutif A une excitation extérieure. La meilleure preuve qu'on en puisse donner, c'est qu'autant l'enfant, s'il a faim, est prompt k rechercher, soit le sein maternel, soit le biberon, autant, s'il est rassasié, il se montre disposé £1 le repousser. La présentation de l'objet est sans Joute nécessaire pour que, au premier jour, le nouveau-né soit d'Hermine à satisfaire son instinct; mais elle ne suffit plus pour provoquer le mouvement, si le besoin intérieur, qui en est la vraie cause, a disparu. L'instinct préexiste donc à l'excitation extérieure, ^luisqu'il n'agit plus, quoique cette excitation persiste. Faut-il aller plus loin encore, et accepter le lémoîgnafçe de certains observateurs qui prétendent que l'enfanl, par certains signes, manifeste de luimême l'instinct de téter, en dehors de toute sollicitation qui l'y excite? H. Ëspinas est de cet avis, et il croit avoir observé que le nouveau-né. sujet de ses expériences, dès le premier jour de sa vie, " tendait la léte en bâillant vers la poitrine de la personne qui le tenait dans ses bras, cherchant sans doute le sein »; chez le même enfant, nourri pourtant au biberon, on aurait encore constaté au quatorzième jour « le même mouvement de la tète vers le sein (3) ». Sans compter que les mouvements cités peuvent avoir été provoqués par l'odorat, il nous parait que les observations de
siliv(>, ces appétits en traînants, ces pencbants aveugles aoténeurs à toute expé n>'ace, enfin taul cet ensemble de dé teruil nattons et de mouvements automatiques jui se mnnifestent i l'origine de l'exislence et antérieurement mîme à lu noiaiiice de l'individu, peuvent Hre compris sous le nom d'iaslincl ou de prindpe ' usMt : titre vague sans douta comme exprimant ta Force qui .i^te l'organisiiie .:i JcdAns. Force aveugle qui s'ignore elle-même dans son exercice le plus éner ■ ,ue. > [M*i«E DE BiK«N, Œuvres inidiles. t-dit. Naville, t. 111, p. 33!.)
I ) ' CfsC sans raisonner qu'un enfant qui tête ajuste ses lèvres et sa langue de . iiinniùre la plus propre & tirer le lait qui est dans la mamelle. " (Bossubt, Coh- :i iissance de Dieu et de «oi-Biftne, V, 3.)
'^1 U. Bms, çp. cit., p. 317. — Bien entendu nous n'employons toujours le mot • ■ (7-r* que comme synonyme d'unt action provoqui^e par une excitsillon exté-
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