T^ L'ÉVOLUTION INTELLECTUELLE
M. Kspinas auTaient besoin d'être contrôlées et renouyelées : îl se peut que des mouvenienls fortuits aient été conFondus avec des mouvements instinctifs. 11 n'est pas nécessaire, en toulcas, qu'elles soient démontrées vraies, pour que le caractère instinctif de l'acte de téter ressorte et éclate. Chez les animaux eux aussi, l'instinct le plus déterminé réclame pour agir des impressions qui l'excitent, u Le poussin, dit M. Marion, n'exécute pas sur un tapis le mouvement de gratter avec ses pattes; il l'esécute aussitôt posé sur le gravier, comme si la sensation des grains de sable était nécessaire et suffisante pour mettre le mécanisme en mouvement, n
Dès le premier moment, les actes assez compliqués que suppose la succion s'accomplissent avec une précision remarquable t't, comme dit Bossuet, « de la manière la plus propre à tirer le lait qui est dans la mamelle ». M. Preyer, qui n'attend même pas que l'enfant soit tout à fait venu au monde pour commencer sur lui ses observations et ses expériences, M. Preyer nous raconte le fait suivant : « En décembre 1670, trois minutes après le dégagement de la tôle, qui cria faiblement dès que la bouche se trouva libre, je touchai la langue de l'enfant; je promenai !e bout de mon doi^t sur la face supérieure de cet organe : l'enfant cessa aussitôt de crier et se mit k sucer activement (1). u Objectera- t-on, pour contester le caractère instinctif de la succion, que l'enfant, ce qui est vrai, ne réussit pas toujours du premier coup à saisir le sein de sa nourrice. qu'il faut parfois l'y aider? Mais ces hésitations de la première heure se rencontrent aussi chez les aniuiaux. D'ailleurs elles proviennent, nous l'avons déjà dit, soit de l'insuffisance des organes de l'enfant, soit des difUcultès d'adaptation avec d'autres organes. Les défauts d'un organisme anormal, chez des enfants particulièrement chétifs et malingres, ne sauraient rien prouver contre la réalité de l'iiistincl. dont cet organisme n'est que Imslrument. En quelques jours d'ailleurs tout est réglé, toute trace d'hésitation a disparu, et le mouvement s'exécute avec une régularité mécanique parfaite. Il en est du moins ainsi chez les enfants normaux. En un sens, l'intelligence future se révèle déjà, qui le croirait? dans la façon dont l'enfant tète. Chez les idiots de naissance, en effet, on remarque une véritable difficulté à téter : o 11 semble, chaque l'ois que la nourrice leur présente le sein, que la chose aoit nouvelle pour eux, et chaque miu-
(l)M. P«BïER, op. cil.. I). SU
IBS MOUVEMENTS. 37
vollo oxpcrii^nce ne s'ajoute pas à la précédente pour déterminer chei eux une idée, si peu consciente qu'elle soit (I). »
La force de l'inslinct. dans ce qu'elle a d'aveugle et de mécanique, ■■claie encore dans ce fait que l'enfant suce tout ce qui lui est offert, le doigt, une poupée de linge, un objet quelconque, dés que cet objet e«t placé au contact de sa langue et de seslùTres. M. Preyer rapporte, i-n le blâmant d'ailleurs, l'usage des habitants de la Thurînge, qui. pour apaiser les enfants, leur laissent sucer pendant des heures une bouteille de caoutchouc vide. Bien que la suecinn. dans ce cas, ne produise pas l'eiTel attendu par la nature, qui veut se nourrir, le mouvement se prolonge quand même. On peut rapprocher de ce fait robBen.alion d'un médecin parisien, qui aflirnio que n le nouveauné mesure son degré de satiété, non à la quantité do lait qu'il a absorbée, mais à la sensation de fatigue que lui procure la succion ; quand il a fait le mouvement des lèvres pendant quelques minutes, il se croit satisfait, même s'il est venu peu de lait. Beaucoup de mauvaises nourrices se trompent ainsi elles-mêmes (2). »
Après avoir insisté pour établir le caractère machinal et aveugle des mouvements de l'enfant qui tète, il faut se hâter de reconnaître que les choses changent rapidement de caractère, que la conscience se montre, et que le nourrisson se suspend bientôt au sein de sa mère, non plus sous l'empire d'un iiistincl obscur, mars avec le souvenir du plaisir qu'il a déjJi éprouvé, le désir de retrouver ce plaisir et la it-présentation vague des mouvements qu'iU-o de nouveau accomplir, ^fin de satisfaire les besoins de la nuti'ition. l'-he?. l'enfant, les phénomènes se modi lient sans cesse dans leur caractère. On n'a pas plutôt 'iéllni un état passager de sa nature mobile el toujours en voie de Icvcloppement, qu'il faut se h&ler, pour rester exact, de dëhnir un tal différent, sinon opposé. L'enfant est comme un livre dont on iMiiilletle les pages successives, sans pouvoir jamais s'arrêter dans sa lecture. Il n'est plus aujourd'hui ce qu'il élaît hier. Ses uctious, qui au premier abord paraissent uniformes, toujours les nic'ïmes, se ^usformentsans cesse dans In i-éulitc de leur manière d'être, et elles langent de physionomie, si on les observe avec soin. Tout se mêle kz le petit enfant : des vestiges de vie animale et des commence- Buts de vie intelligente. Aussi, quelque disposé que nous soyons
} D' SoLUEn, op. dï., p. H.
') 0' llonAïai DiiNcnoM, Caiiserir tnédiiule, dm
Krier 1891
e joiirnnl le Tcm/is,
L KVOLITIOS INTELLECTUELLE, à voir dans Tactioii île téter l'etTet de rinstinct, Torce nous est de constater que les opérations réHoxes y ont aussi leur part : le fait de fermer et de serrer les lèvres autour du mamolou est un pur réQexe que stimule le simple contact. Et de même, quoiqu'il nous paraisse certain qu'aucun antécédent, ni sensation de faim, ni idée quelconque, n'a précède le premier élan de l'enfant vers le sein maternel, il n'est pas douteux que, peu de temps après la naissance, l'enfant, ayant désormais conscience de ce qu'il fait quand il tète, n'est déjà plus sous la domination exclusive de l'instinct. Il n'agit pas encore volontairement, mais le désir, l'enfle d'obtenir de nouveau ce qui lui a été tant de fois donné, dirige, anime ses mouvements. 11 connail déjà cette demi-volonté qui implique, sinon le choix entre plusieurs actions, du moins la poursuite consciente d'un but connu. Et la preuve, c'est que ta présence de la nourrice surexcite son désir l'enfant, qui tout k l'heure ne songeait nullement à téter, réclame avec impatience le sein, dés qu'il voit apparaître la personne qui l'allaite.
Les psychologues contemporains ont mis en lumière celte loi que tout état de conscience tend à se traduire an dehors par des mouvements, Chez l'enfant, et dans l'évolution originelle de nos facultiSs, e'est, au contraire, le mouvement qui précède la conscience [I la répétition du phénomène moteur inconscient qui semble appelée à produire l'état conscient, émotion, désir et plus tard volonté. Ce n'est certainement qu'après avoir plusieurs fois pris le sein machinalement, que l'enfant qui tète devient conscient du ■■ qu'il exécute. La vie mécanique devance et prépare la ' sciente (2). Les enfants se comportent d'abord comme s'ils désiraient, comme s'ils voulaient ; et ce n'est qu'après avoir traverse ces lations de l'instinct qu'ils parviennent à la réalité du désir et de volonté- 11 ne suffit pas de dire que parmi les mouvements învoloD' . laires de l'enfant les uns sont conscients, les autres inconscients: vérité est qu'il y a des degrés dans la conscience ; il y a des étal subconscients, demi- conscients, qui llottent, pour ainsi dire, eal l'obscurité et la lumière.
(1) Nous entendons par [â, aoit la connaissance de l'acte au moment où il ^ produit, soit la faculté de se le repreacnter avant qu'il se produise.
(i) ContÉreî M, MAaiLUf-R, article de la Revue tcienlifique (1800, p. 398) sur te$ ' Fhinomènei moleai-s et ta volonté : • L'évolution des pliénomcncs moteurs pri'uède
Ile des représeotalions. ■
us MOUVEMENTS,
L'iMude des aiilrcis instincts de l'enfant rÉvêle la même complexité <■[ l'intervention des divers principes d'activité propres à l'homme. I/liabitude elle-même, quelque inattendue qu'elle soit cheï un être ijiii commence EL vivre, ne tarde pas à jouer un rôle dans la direction diî lamotilité. Nous avons déjà vu(l) que, dans l'attitude générale de son corps, dans la position que ses jambes et ses pieds recherchent de préférence, et aussi dans les mouvements par lesquels il porte les mains à son visage, l'enfant obéissait aux souvenirs musculaires de la vie intra-utérine. De même, les actions nouvelles qu'il accomplit, une fois né, sous l'empire de l'instinct ou de l'activité automatique. peuvent devenir, elles aussi, des habitudes. Il n'est nullement nécessaire, pour qu'un mouvement s'accomplisse par habitude, que la volonté ait présidé à sa première manifestation. Toute action volontaire ou involontaire, une première fois produite par une cause ou par une antre, tend à se répéter, h se renouveler inconsciemment. 11 n'est pas rare d'observer, cher, les b^bés aussi bien que chez les vieillards, (!•• véritables tics, de petites manies musculaires, qu'il est difficile de ciirriger, si on laisse prendre pied à l'habitude. Les observations faites sur les idiots, — les tics, les grimaces sans Gn qu'on rencontre chez eux, — nous montrent, comme dans un miroir grossissant, le caractère de ces mouvements d'habitude qui, chez l'enfant normal, peuvent être assez, promplement réprimés par l'action de l'intelliï^ence etde la volonté naissante, mais qui persistent et se perpétuent, .quand la nature laisse dominer » la partie de l'homme par laquelle ■l^omme est muchine ».
Les analyses qui précèdent permettent de se reconnaître au milieu des mouvements si variés qui, dans les premiers mois, constituent presque exclusivement l'aclivité do l'enfant. Plus tard, chez l'adulte, la vie intérieure se suflira jusqu'il un certain point à elle-même. Nous vivrons au dedans de nous-mêmes. Nos réflexions, nos soucis absorberont notre activité, et ils ne se traduiront pas toujours au dehors. Le langage, d'ailleurs, sera l'instrument régulier du besoin que nous avons de communiquer avec autrui, le canal par oii s'écouleront les sentiments et les pensées. Mais l'enfani qui ne pense
r CJ Vojrei chnpitre
40 L'EVOLUTION INTELLECTliELLE.
pas. qui ne parle pas, qao ferait-il, p'induDt les heures insensible ment plus longues qu'il dérobe au sommeil, s'il ne se mouvait pas',' La perception extf^rieure sans doutt', la sensation tout au moins, vu de plus en plus occuper une partie de sa vie éveillée. Mais cette activité des sens elle-même est accompagnée de mouvements. Chei Kenranl, il y a beaucoup de mouvements sans idée, mais il n'y a gtiôre d'idée, c'est-à-dire de perception ou de sensation, sans mouvements.
Examinons donc, sans avoir la prétention de les analyser toutes, dans quelle calégorie pourraient être rangées les manifestations de lï motilité dont nous n'avons pas encore parlé. Peut-être de notre examen résultera- l-il la conclusion qu'elles participent toutes plus ou moins des différents types que nous avons esquissés.
Les cris, par lesquels l'enfant di^bute dans la vie, et dont il aura tant de peine à se déshabituer, nous sont représentés par M. Pieyer comme de purs ri^flexes, Il n'est plus question, assurément, de leur attribuer une signification morale, d'y voir, avec des littérateurs trop poétiques, ou même avec des philosophes trop symbolistes, la plainte de la créature jetée dans le monde pour y souffrir. Kanl luimâme n'avait pas échappé à cette illusion. Le cri, d'après lui, serait chez le nouveau-né le signe de l'irritation et de la colère : « Ce n'est pas qu'il souffre, disait-il, mais quelque chose lui déplaît; sans doud'. il voudrait mouvoir ses jambes, et il sent son impuissance, comme il sentirait une chaîne qui entraverait sa liberté (1). Quel a pu ôtre le but de la nature, en le disposant à pousser des cris qui, pour la mérp et pour lui, k l'état de nature, seraient des plus dangereux? » FA it ajoute ailleurs : « Si un animal, en venant au monde, criait comme font les enfants, il deviendrait infailliblement la proie des loups et des autres bétes sauvages qui seraient allirës par ses cris. » Nous accorderons volontiers à Kant que le but de la nature est ici assez obscur, et qu'il est difficile de découvrir l'utilité des premiers cris. Mais nous ne saurions les interpréter avec lui comme tes signes expressifs du mécontentement d'un être faible, qui s'emporte contre sa
(I) Kant a varié dans son interpré talion des cris. Parfois il semble n'y voir qu'un phénomène mécanique ; <i Pur leurs rris les enfants facilitent le dôjiloiement des parties intérieures de leur corps. On leur rend par suite un trôa mnu-
' vila service, en cherctiuntà les apaiser auasitût qu'ils crient. • [Traité dt pédagoffiV, Ê'iucalion p/iyaigae.) Ailieurs il dira : n Lorsque l'enfant est capable de riro
, et de pleurer, il crie avec rêQexion, si obncure que soit encore cotte réUe^tiuLi.
■ 11 pense toujoui's qu'on veut lui rairc du mal. ■
LES MOUVEMENTS
faibiesse. FauUl, d'autre part, avec M. Preyer. les considérer simplenienl commi' des réflexes respiratoires, causés par le re frai disse me ot de la peau ou par toute autre impression désagri^able? Nous pensons qu'il y a quelque chose de plus dans ces cris qui se prolongent, qui ne cessent que pour recommencer aussitôt, et qui sont assurément hors de proportion avec les impressions de souffrance que peut ressentir l'enfant. Ils sont spontanés et automatiques en grande partie. Us dérirent, chez le nouveau-né, du besoin général d'action, et peol-^tre aussi d'un besoin particulier d'affirmer son existence, bien qu'ils soient dépourvus, non seulement de toute signification intentionnelle, mais, à l'origine, de toute conscience. Et quand, par la répétition fréquente, grâce au progrès général du système nerveux, îb ont pris conscience d'eux-mêmes, ils sont si loin d'exprimer un sentiment de faiblesse, comme le pensait Kant, qu'ils deviennent ptuUM la manifestation naïve d'un sentiment de force. L'enfant qui cric a souvent plaisir à crier. Désagréables pour tout le monde, excepté pourlui, qui s'y complaît, les cris fontpartie de cet ensemble de signes naturels, sons de voix variés, petits grognements, murmures et gazouillements, qui sont les préludes du langage : simple gesticulation vocale, au début, en attendant qu'ils deviennent dL>s signes d'appel, lorsque rintelligence aura compris du quelle utiliti- ils peuvent être.
Le sourire, le rire, nous le verrons ailleurs, ne sont que des moavemenls automatiques, avant de devenir l'expression définie d'un sentiment de plaisir ou d'affection. Les pleurs de même. Les =ang)ots et les soupirs, qui se produisent d'assez bonne heure, n'ont d'abord aucune portée expressive (1). On ne saurait trop y insister : c'est une loi générale que l'activité de l'enfant, jusqu'à l'âge de quatre ou cinq mois, n'offre rien qui ait véritablement un sens moral, '•ncore moins rien d'intentionnel et de voulu. Le mécanisme réflexe, ntomalique ou instinctif, s'organise d'abord : la pensée et la volonté ■en emparent ensuite.
Prendre ta mamelle avec les lèvres, c'est affaire d'instinct ;ppendre tte objet quelconque avec les mains, pour le saisir et le palper, c'est
^ (I) Nous ne ni>U3 occupe l'ons pas de ccclajna Liiouvemeats qui se produisent mmeDt cbei l'eufiuit, pui's rcfieies, qui n'out pas de vsJeur psycliolo- B ronflement, le bâtUement, le hoquet, etc. ; pas plus que des mouvcmenla s qui dérivent d'une fonction purement physiologique. Quant aux tveuicnls qui &ccanip,-igueiit l'exercice des sens, vojei plus loin, chapitres m
A l'origine, et dans leur simplicité primitive, les actions réfles n'ont point d'aDliïct^dent psychique, ù, moins qu'on ne veuille pre m pour LeI l'excitation obscure et inconsciente des nerfs sensiti qui n'est encore qu'une impression, et non une sensation, encc moins une perception. Mais quand la sensibilité a grandi, quand 1 organes exercés donnent naissance à des sensations agréables désagré8bles,racterÉflexe,quoique toujours involontaire etmachiE et bien qu'il s'accomplisse fatalement, peut être consécutif au pif sir ou à la peine ressentie, à la conscience vague d'un dangerredoc ou d'uQ avantage rectiercbé. L'enfant assis sur son banc et pion dans sa lecture, si un rayon de soleil trop chaud vient lui frapper tête, se détournera pour se mettre à l'ombre; de même si \i gagne ses jambes, il les resserrera l'une contre l'autre pour . réchauffer.
Il y a donc des degrés à distinguer dans les opérations rétlexes, il est certain que les parties du système nerveux engagées dans : mouvements de cette espèce ne sont pas toujours les mëm< H. Bain estime que les uns, les plus rudimcntaires, sont entre ten par le système des nerfs et des ganglions sympathiques ; d'autres seraient par la moelle épinière ou la moelle allongée ; d'autres e par des centres encore plus élevés du système cérébro-spinal, comi le mésocépliale et les tubercules quadrijumeaux (1). Dans l'état actl des recherches physiologiques, il n'est guère possible d'arriver â ce .point à une précision absolue. Mais bien que nous soyons d^ cord avec Virchow (2) pour admettre que, dans les premiers t ments de son existence, n le nouveau-né est un i^trc pnreiDl
rapidement l'eitension des doigta. Cette petite expérience réussissait dw» cooptions les plus diverses, que l'enfant [ùt rëreillâ ou endormi, qu'il filt attcg k ce qui se passait dons sa main au que son attention fût occupCe ailieuri. ■eeond exemple d'automatisme est la facilita avec laquelle on peut provo^ cbez un petit enlant, pendant qu'il est distrait, des mouvements coordonnes dl il n'a pas conscience. C'est ce que je voyais maintes fois chez plusieurs pel' flllea. En voici un exemple pris entre plusieurs. Une petite ClIe de huit a regarde attentivement une dame qui lui fait des sourires : sa main est oavertA'i| en pronation. On glisse dans la paume de la main un petit objet, une clef^ dfl règle, etc. L'enfant occupé ailleurs ne parait s'apercevoir de rien, mais ses V^^Ê doigts se replient autour de l'objet ; ils se serrent et tiennent l'objet suspa^H pendant un certain temps, quelquefois pendant plusieurs minutes ; puis ta 1^1 s'ouvre lentement ou brusquement, et l'objet tombe par terre, ssns que l'en^f le soit douté de rien, o S
(I] M. Bain, op. cit., p. Ï40. I
{t] Cest aussi l'opinion de M. Eibot, lei Maladies de la nalonlé, p. S, H
LES MOUVRMENTS.
s|itniii " >-X que son aclivilé est placée sous la dépendancfi de la moelle épiniére, il n'en est pas moins vraisemblable que le cerveau jDUii très promptemeul un nMe dans la production des réflexes (1),
Ce (]ui est cerlaio, en tout cas, c'est que malgré des analogies appari')il(!S, il ne saurait être question de confondre l'acte réflexe, môme II' plus simple, avec les mouvements purement mécaniques qui se |irfliiuisenl parfois dans certaines espèces du règne végétal. Sans li'iiile il y a quelque ressemblance entre l'action du nouveau-né 'liii-'lernue ou qui cligne les yeux, elle frémissement delasensilive, 'lui au moindre contact replie ses feuilles. L'enfant, qui serre les <i<%ls autour des objets placés dans sa main, peut être comparé à la dioiiée attrape-mouches, qui ferme ses fleurs dès qu'un insecte s'y «Iposé. Mais il n'y a là que matière h comparaison, et le mouvenuDt réQexo le plus élémentaire suppose toute autre chose que la simple contractililé des tissus : il dérive d'une harmonie préétalilie.d'un consemus de diverses parties du système nerveux; il met I tajeunn véritable organisme, et ce qui suffirait à le prouver, c'est le jhéuomèae, décrit par M. Preyer, de I' « irradiation des réflexes •>,
M-il-dire des mouvements concomitants, qui, par exemple, acl l'éternuement, le chatouillement (2).
en disent certains physiologistes— Vulpian parexempte (3), lui se demande, sans dissimuler son embarras : « Où finissent les ■l'iions réflexes sensitivo-molrices? Où commencent les phéno- '«'■nes instinctifs? » — les mouvements imputables à l'instinct se •■w lin naissent à des caractères très nets. Ils se distinguent des '»(*iiirements automatiques, en ce qu'ils sont coordonnés et tendent "i^inifestcment à un but défini; et des mouvements rétlexes. en ce 'l'i'ils ont leur principe, non dans une excitation superficielle, venue 1^11 ilehors, mais au plus profond de notre Être, dans les habitudes
(1) " L'automatUoie a dté considéré pendant lang[em|is comme appartcDout ficluiireiaent à la moelle épiniére et aux centres nerveux secondaires. Mais les Imiaindu Df Carpenler et du D' Laycok ont^abli que le ferveau possède aussi une scU«té automatique qui lui est propre, el qu'ils ont désignée suus le noui de • cârÉbration inconsciente ■ ou s activité précouaciente de l'àuie ». i^M, Rihdt, niérAlUif, p. 313.)
(!) M. PriRYKH, np, eit., p. 183.
(3) VuLPUS. Physiologie riii /yalimt nervau. [>. '9-1.
bërédUaires ou les tendances innée» de la nature humaine. Bien avant que la Tolonlé personnelle apparaisse et se saisisse des muscles pour les soumettre à une direction inlenlionnelle, l'instinct a déjà établi une certaine régularité dans les mouvements de l'enfanl. C'est que l'instinct, quelque involontaire et irréfléchi qu'il soit en luimême, est déjà une puiïîsance coordinatrice, un agent régulateur, soit qu'on le considère comme le résidu de toutes les volontés accumulées des générations passées, soit qu'où y voie l'effet direct de h volonté prévoyante de la nature.
Dans l'élude des instincts de l'enrance, il faut se tenir à égale distance, et de ceux qui en voient partout, et de ceux qui n'en voient, presque nulle part. M. Pereï, pur exemple, prétend que n l'êternuement ne peut guère être séparé de l'instinct (1) » : il y aurait donc, sinon un dieu, comme cher, les anciens, au moins un instinct de l'étemuemcnt. D'un autre cûté, M. Rabier déclare que chez rhomme B l'instinct n'existe pas ou existe à peine (2) ». Le dissentiment provient surtout d'une définition équivoque de l'instinct. Aux yem. de M. Rabier, en effet, l'instinct supposerait toujours, comui" conditions et anlécédeuts, des représentations intellectuelles, » un<' série d'images qui se déroule dans la conscience ». Nous pensou^. tout au contraire, que, dans sa forme primitive, l'instinct est absulument aveugle, non seulement p^irce qu'il ignore sa lin, maiparce qu'il s'ignore lui-même. Dès que des représentations intellpi tuelles sont possibles et que la conscience est apparue, racli^m inslinctive chez l'homme fait place au désir, et le désir s'achemimpeu a peu jusqu'à la volonté (3). H. Rabier n'est dans le vrai qiiL' s'il entend parler seulement de l'adulte, chez qui la raison '-l l'habitude ont fait disparaître presque complètement les impulsionde la nature animale ; mais chez l'enfant, qui par tant de ci)lé> n'est encore qu'un petit animal, l'instinct est incontestablement !'.■ principe d'un très grand nombre d'actions (4,
(1) " Une des premières actions réilesos à noter chez l'enrant et qui pn.raJt nu premiar abord ne pouvoir guÈre être sâparée de l'instinct, c'est l'ëternueinenl. " M.Pehez, op. cil., p. 4B.] (î) M. R*BiEii, Payehologie, p. 6(16.
(3) ■< S'il s'interpose entre uoe sensation, ou une idâe et le mouvement qn'olli' peut évoquer un sentiment d'un ordre émotionnel ooniiu sous le nain de dêtir, ce uouTement a droit au titre de mouvement volontaire. ■ (C[i«ri.ton Basiu^, op. ci;., t. U. p. ni.)
(4) Ciijiférei ce que dit Mnine de Biran, dana l'Introdoclion de son Anthropologie, sur les caractères de la vie i ses débuts : n Cette existence purement scij'
LES MOUVEMENTS
Afin de Dons tvndro bien cornple de la natui-e des mouvfiinenls instinctifs, prenons un exemple : l'action de téter et de sucer (1), M. Bain affirme bien que l'acte de téler est un acte réDexe qui se transforme en acte volontaire (2). Hais la première partie de son affirmation est inexacte, et on ne saurait douter que dans cette opération essentielle de la vie de nutrition, de laquelle dépend ''existence de l'enfant, il n'y ait plus qu'un mouvement consécutif A une excitation estérieure. La meilleure preuve qu'on en puisse donner, c'est qu'autant l'enfant, s'il a faim, est prompt fe rechercher, soit le sein maternel, soit la biberon, autant, s'il est rassasié, il se montre disposé à le repousser. La présentation de l'objet est sans doute nécessaire pour que, au premier jour, le nouveau-né soit déterminé à satisfaire son instinct; mais elle ne suffit plus pour provoquer le mouvement, si le besoin intérieur, qui en est la vraie cause, a disparu. L'instinct préexiste donc à l'excitation extérieure, puisqu'il n'agit plus, quoique cette excilalion persiste. Faut-il aller plus loin encore, et accepter le témoignage de certains observateurs qui prétendent que l'enfant, par certains signes, manifeste de luimême l'instinct de téler, en dehors de toute sollicitation qui l'y excite? M, Espinas est de cet avis, et il croit avoir observé que le Douveau-né. sujet de ses expërieuces, des le premier jour do su vie, o tendait la Léte en bfkillant vers la poitrine de la persoime qui le tenait dans ses bras, cherchant sans doute le sein <>; chez le même enfant, nourri pourtant au biberon, on aurait encore constaté au quatorzième jour « le même mouvement de la tète vers le sein (3j ". Sans compter que les mouvements cités peuveul avoir été provoqués par l'odorat, il nous parait que les observations de
appéUt! I
s penchants aïeiigles anliirieurs à. toute eipé de détcrmiiiftEions ot de mouvements autoinntiiiues >i<ji se mnoirestent i l'origine de l'exiaience et ant<!ricurement laéme i la nitis- ■ iiice de l'individu, peuvent dtre compiis bous le nom d'inslinct ou de principe ' iisïUf : titre va^ue sans doute comme exprimant la force qui a^te l'organisme iiii dedans, force aveugle qui s'ignore elle-même dans son exercice le plus éner giqae. » (M*iM DE BiKAN, Œuvres inédites, t-dit. Noville, t. III, p. Ï3Ï.)
Il) • Ceat SUIS raisonner qu'un enfant qui tête ajuste ses lËvies et sa langue de Iii iQOiiii're In plus propre a Urer le lait qui est dans ta mamelle. * (Bossuti, Connaîitance de Dieu el de aoî-méme, V, 3.)
{3) H. Baim, op. lit., p. 211.— Bien entendu nous n'employons toujours le mot réflexe que comme synonyme d'une action provoqui^e par une excitation exlé-
>a-nf. dans les Annales dt- la Facullé (/«» lellit
M- Eapinas auraient besoin d'èlre contrôlées et renouvelées : il se peut que des mouvements fortuits aient été conrondus avec des mouvements insUnctirs. II n'est pas nécessaire, en tout cas, qu'elles soient démontrées vraies, pour que le caractère instinctif de l'acte de téler ressorte et éclate. Chez les animaux eux aussi, l'instinct le plus déterminé réclame pour agit- des impressions qui l'excitent. « Le poussin, dit M. Marion, n'exécute pas sur un tapia le mouvement dp gratter avec ses pattes; il l'esécute aussitôt posé sur le gravier. comme si la sensation des grains de sable était nécessaire et suffisante pour mettre le mécanisme en mouvement. »
Dès le premier moment, les actes assez compliqués que supposi' la succion s'accomplissent avec une précision remarquable et, comme dit Bossuet, » de la manière la plus propre à tirer le lait qui est dans la mamelle ». M, Preyer, qui n'attend même pas que l'enfant soit tout à fait venu au monde pour commencer sur lui ses observations et ses expériences, M. Preyer nous raconte le fait suivant ; « En décembre 1870, trois minutes après le dégagement de la tète, qui cria faiblement dès que la bouche se trouva libre, je touchai la langue de l'enfant; je promenai le bout de mon doi);l sur la face supérieure de cet organe : l'enfant cessa aussitôt de crier et ae mit à sucer activement (1). » Objectera- t-on, pour contester le caractère instinctif de la succion, que l'enfant, ce qui est vrai, ne réussit pas toujours du premier coup à saisir le sein de sa nourrice, qu'il faut parfois l'y aider? Mais ces hésitations de la première heure serencoutrent aussi chez les animaux. D'ailleurs elles provienneul. nous l'avons déjà dît, soit de l'insuffisance des organes de IVnfanl, soit des difScultés d'adaptation avec d'autres organes. Les défauts d'un organisme anormal, chez des enfants particulièrement chétifs et malingres, ne sauraient rien prouver contre la réalité de l'iustincl. dont cet organisme n'est que l'instrument. En quelques jours d'ailleurs tout est réglé, toute trace d"hésitation a dispara, et le mouvement s'exécute avec une régularité mécanique parfaite. Il en est du moins ainsi chez les enfants normaux. Kn un sens, l'iutelligenCK future se révèle déjà, qui le croirait? dans la façon dont l'enfant tète. Chez les idiots de naissance, en effet, on remarque une véritable difficulté à téter : « H semble, chaque fois que la nourrice leur présente le sein, que la chose soit nouvelle pour eux, et chaque nou-
(1) fil. PllETEfl, op. ci/., p. îlt.
Pta
LES HOITVKKBNTS. 37
Wip expérience ne s'ajoute pas à la précédenle pnur détertnincp thcï. eux une idée, si peu consciente qu'elle soit (1). «
La force de l'instinct, dans ce qu'elle a d'aveugle et de mécanique, ('date encore dans ce fait que l'enfant suce tout ce qui lui est offert, le doigt, une poupée de linge, un objet quelconque, dès que cet objet eslplac^ au conlacl de sa langue et de ses lèvres. M. Preyer rapporte, en le blâmant d'ailleurs, l'usagedes habitants de la Thuringe, qui. pour apaiser les enfants, leur laissent sucer pendant des heures une bouteille de caoutchouc vide. Bien que la succion, dans ce cas, ne produise pas l'elVet attendu par la nature, qui veut se nourrir, le mouvement se prolonge quand même. On peut rapprocher de ce fait l'observation d'un médecin parisien, qui affirme que <• le nouveauné mesure son degré de satiété, non à la quantité de lait qu'il a absorbée, mais à la sensation de fatigue que lui procure la succion : quand il a fait le mouvement des lèvres pendant quelques minutes, il se croit satisfait, même s'il est venu peu de lait. Beaucoup de mauvaises nourrices se trompent ainsi elles-mêmes (2). »
Après avoir insisté pour établir le caractère machinal et aveugle lies mouvements de l'enfant qui tète, il faut se hftter de reconnaître •jne les choses changent rapidement de caractère, que la conscience jf/ montre, et que le nourrisson se suspend bientôt au sein de sa mère, non plus sous l'empire d'un instinct obscur, mais avec le souvenir du plaisir qu'il a déjiï éprouvé, le désir de retrouver ce plaisir et la représentation vague des mouvements qu'il va de nouveau accomplir, afin de satisfaire les besoins de la nutrition. Chez l'enfant, les phénomènes se modifient sans cesse dans leur caractère. On n"a pas plutrtt défini un étal passager de sa nature mobile et toujours en voie do développement, qu'il faut se hftter, pour rester exact, de définir un état différent, sinon opposé. L'enfanl, est comme un livre dont on fiïuillette les pages successives, sans pouvoir jamais s"arrèt<T dans ■■a lecture. Il n'est plus aujourd'hui ce qu'il élail hier. Ses actions, qui au premier abord paraissent uniformes, toujours les mi^mes, se
IJlusformentsans cesse dans la réalité de leur manière d'être, et elles
mgentde physionomie, si on les observe avec soin. Tout se mêle
z le petit enfant : des vestiges de vie animale et des commence-
i de vie intelligente. Aussi, quelque disposé que nous soyons
B) b' SotuKn, op. cil., p. a.
pi D' 1101111» BusciioH, CaiatTie midicalf,
i le journal le Temps, i