L-KVOLL'TION INTELLECTl'ELLE
& voir dans l'acUon de téter l'effet de l'instinct, force nous est de constater que les opérations réflexes y ont aussi leur part : le fait de fermer et de serrer les lèvres autour du mamelon est un pur réflexe que stimule le simple contact. Et de même, quoiqu'il nous paraisse certain qu'aucun antécédent, ni sensation de faim, ni idée quelconque, n'a précède le premier élan de l'enfant vers le sein maternel, il n'est pas douleuïL que, peu de temps après la naissance, l'enfant, ayant désormais conscience de ce qu'il fait quand il tête, n'est dëj& plus sous !a domination exclusive de l'instinct. Il n'agit pas encore volontairement, mais le désir, l'envie d'obtenir de nouveau ce qui lui a été tant de fois donné, dirige, anime ses mouvements. Il connaît déjà cette demi-volonté qui implique, sinon le choix entre plusieurs actions, du moins la poursuite consciente d'un but connu. Et la preuve, c'est que la présence de la nourrice surexcite son désir : l'enfant, qui tout à l'heure ne songeait nullement à téter, réclame avec impatience le sein, dès qu'il voit apparaître la personne qui l'allaite.
Les psychologues contemporains ont mis en lumière cette loi que tout état de conscience tend à se traduire au dehors par des mouvements. Chez l'enfant, et dans l'évolution originelle de nos facultés, c'est, au contraire, le mouvement qui précède la conscience [1); c'est la répétition du phénomène moteur inconscient qui semble appelée A produire l'état conscient, émotion, désir et plus tard volonté. Ce n'est certainement qu'après avoir plusieurs fois pris le sein machinalement, que l'enfant qui tète devient conscient du mouvement qu'il exécute. La vie mécanique devance et prépare la vie consciente (2). Les enfants se comportent d'abord comme s'ils désiraient, comme s'ils voulaient ; et ce n'est qu'après avoir traversé ces simulations de l'instinct qu'ils parviennent a la réalité du désir et de la volonté. Il ne suffit pas de dire que parmi les mouvements învnlon- ■ taires de l'enfant les uns sont conscients, les autres inconscients: la vérité est qu'il y a des degrés dans la conscience ; il y a des états subconscients, demi-conscients, qui flottent, pour ainsi dire, entre l'obscurité et la lumière.
(1) Noua entendons par là, soit la coud nia sauce <le l'acte au mumint ou it se produit, soit la [acuité île se le représenter avaut qu'il se pruduise
(3) Conférez M. ttAnii.uiiiri, article de la Revue tcieniifigue (1800, p 398) sur let Pliénominet niolrurs et la volonté ; • L'iivolulion desphÉnomines moteurs précède . telle des représentations. »
LES MOU^'EMENTS. 39
L'étude des autres instinuls de l'enfant révole la même comploxilé et l'intervention des divers principes d'activité propres h l'homme. L habitude elle-même, quelque ioatlendue qu'elle soit chez un êln; qui commence à vivre, ne tarde pas à jouer un rôle dans la direction de la motilité. Nous avons déjà vu (1) que, dans l'attitude générale de son corps, dans la position que ses jambes el ses pieds recherchent de préférence, et aussi dans les mouvements par lesquels il porte les mains d son visage, l'enfant obéissait aux souvenirs musculaires de la vie intra-utérine. De même, les actions nouvelles qu'il accomplit, une fois né, sous l'empire de l'instinct ou de l'activité automatique, pi'uvent devenir, elles aussi, des habitudes. Il n'est nullement nécessaire, pour qu'un mouvement s'accomplisse par habitude, que la volonté ait présidé â sa première manirestalion. Toute action volontaire on involontaire, une première fois produite par une cause ou par une autre, tend & se répéter, à se renouveler inconsciemment. 11 n'est pas rare d'observer, chez les bébés aussi bien que chez les vieillards, iii> véritables tics, de petites manies musculaires, qu'il est difficile de ci'rriger. si on laisse prendre pied & l'habitude. Les observations faites sur les idiots, — les tics, les grimaces sans fin qu'on rencontre chei «us, — nous montrent, comme dans un miroir grossissant, le L-aractère de ces mouvements d'habitude qui, chez l'enfant normal, peuvent être asseï-. promptement réprimés par l'action de l'intelligence etde la volonté naissante, mais qui persislenl et se perpétuent, quand la nature laisse dominer i> la partie de l'homme par laquelle rhomme est machine ».
Les analyses qui précèdent permettent de se reconnaître au milieu des mouvements si variés qui, dans les premiers mois, constituent presque exclusivement l'activité de l'enfant. Plus tard, chez l'adulte, la vie intérieure se suffira jusqu'à un certain point à elle-même. Nous vivrons an dedans de nous-mêmes. Nos réfiexions, nos soucis absorberont notre activité, et ils ne se traduiront pas toujours au dehors. Le langage, d'ailleurs, sera l'instrument régulier du besoin que nous avons de communiquer avec autrui, le canal par oii s'écouleront les sentiments et les pensées. Hais l'enfani qui ne pensf
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