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I les couleurs qui le parent aujourd'hui, pour nos sens p(!rfectiooi [ par l'hérédité. L'humanitâ. il y a deux mille ans, n'aurait été capabl [ de percevoir que lextrémité du spectre solaire, le rouge, l'orange, I jaune, sans pouvoir distinguer le vert, le bleu, le violet. El H. Iluf Magnus pousse le paradoxe jusqu'à soutenir que l'auteur des poèmi I homériques, aussi bien que ceux de la Bible et des Livres sacrés ( [. J'Inde, eu était encore à n'apercevoir dans l'univers que du rouge i I du jaune. On a fait justicede ces fantaisies (1); on a montré que, dai I la prétendue insensibilité des peuples primitifs à l'égard de cerLain< I couleurs, il ne Tallait voir qu'une impuissance du langage k exprima I des sensations pourtant distinctes. Mais sans songer à reprendre ( [ elle-même l'hypothèsedeM. Hugo Magnus, comme une formule gén [ raie, applicable h l'évolution du sens des couleurs dans rhumaoUé, I semble qu'elle exprime du moins assez exactement l'histoire den. t perception des couleurs chez le petit enfant.
I Si les yeux du nouveau-né paraissent d'abord indifférents aux cw
[ leurs, les choses changent au bout de quelques semaines. Il doit 1
I produire chez lui, la première fois qu'on lui montre des objets richi
I ment colorée, ce qui, au témoignage de Wardrop, se produisit chi
I un aveugle-né, opéré avec succès de la cataracte : le monde visih
[ l'émouvait beaucoup. « Un jour, dit Wardrop, je lui donnai des babil
I neufs aux couleurs éclatantes ; cela le réjouit au delà de toute exprsi
sion; c'est la plus intéressante scène de plaisir sensible à laqaell
[ j'ai jamais assisté (2). » L'enfant nous offre ce que Haecke! a appa
I « un étal brut du sens des couleurs » ; il est peu sensible encore ail
[ nuances délicates, aux teintes douces, aubleuouaugris.etrecherci]
de préférence les coloris violents qui choqueront plus tard les yen
de l'adulte (3). Un petit garçon, cité par H. Preyer, commença, di
l'âge de quatre mois, à préférer le rouge vif aux autres couleurs.
De ces faits il résulte, à vrai dire, non que l'enfant est incapable de
L percevoir les couleurs douces, mais surtout qu'il les aime moins. Il
I est cependant probable que la perception et le goût marchent de
Y pair, que les couleurs les plus aimées soûl en même temps les pre-
l.miéres perçues; d'autant que la disposition nalurelle à distinguer
I (l) Vojez notaminent l'ouîrage de M. Gnint Allen.
I (!) Voye/ Dooald Stewart, Éltmenls de laphilosop/iie de ieipnl humain, trsdur
[ lion Peissa, ls4i. Tome l, p. 38Î.
I (3) • Selon toute vraisemblance, l'enfant d'un an perçoit encore le verl et le
I bleu presque comme étant du gri»; en tout cas il ne les distingue pas aussi nct-
I temenf l'un de l'autre qu'a le Tera plus tard. ■ (M- Pbryer, i^. cit., p. lie.)
DÉVELOPPEMENT RE U VISION. tU '
'(j'abord Ifl rougu et le jaunu paraîL s'expliquer par ce fait, que ces deux couleurs correspondent aux ondes d'élhcf les plus longues et les plus puissantes. N'oublions pas que, dans le spectre, le rouge est le premier rayon visible. En tout cas, comme il a été démontré, par ■ les expériences de Th. Youii); et de Helmhollz, que les éléments nerveux impressionnés parles couleurs élémentaires ne sont pas également distribués dans la rétine, comme d'autre part la sensibilité de ta rélino se développe peu à peu du centre à la périphérie, on a quelque droit d'arfirmer qu'il y a chez l'enfant une évolution progressive du sens des couleurs.
Mais ce qui est indiscutable, ce qui serait a priori certain, à supposer que l'expiJrience ne nous en apportât pas la confirmation, c'est que l'enfant, dans un ordre ou dans un autre, perçoit assez vile les principales couleurs. Et c'est par les couleurs que le monde extérieur ■ se révèle à lui et devient l'objet des perceptions visuelles. L'univers n'est pas tout d'abord, pour l'enfant, un ensemble de choses solides et profondes, indépendantes les unes des, autres, placées à des distances variables: il ne se montre k lui que comme une étendue de surface, diversement colorée, comme un tableau où tous les corps seraient peints. D'abord des sensations de lumière, puis des sensations de couleur: voil& les deux étapes que traverse la vision, avant de parvenirà des perceptions vraiment objectives. Il y a une période, qui dure plus ou moins de lemps, pondant laquelle les choses ne sont pour l'enfant que des morceaux , des lambeaux de couleurs, qui forment à ses yeux comme une mosaïque aux teintes variées. Ce qui se passe à ce moment, dans le cerveau de l'enfant, doit ressembler de très prés aux impressions que Gaspard Hauser déclarait avoir ressenties, un jour que peu après son arrivée b. Nuremberg on lui lîl regarder par la fenêtre, du hauld'une tour, un vaste paysage: « J'eus, dit-il, l'impression analogue à celle que m'aurait donnée un contrevent très rapproché de mes yeux, sur lequel un barbouilleur aurait étalé, les uns à ciMé des autres, des pfttés blancs, bleus, verts, jaunes et rouges. Je ne pouvais alors distinguer et reconnaître les objets isolés, comme je les vois aujourd'hui. »
C'est du monde des couleurs que la vue de l'enfant passe dans le monde des formes. La couleur coïncide en effet avec la surface, avec retendue à deux dimensions, et par le sens de la vue seul, sans avoir besoin de racourir à l'intermédiaire du toucher, sans qu'il soit nécessaire que l'enfant palpe avec les doigts les angles et suive les con-
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lonrsdes objets, il reconnaît très certainement la figure des choses. . Jusqu'à préseoL U n'avait reçu de la vision que des sensations près- I que exclusivement snbjecLîvea : il va mainteDant lui devoir des connaissauces, des perceptions tout & Tait objectives. Les images ne se dessinent plus seulement dans la rétine et dans les couches optiques; elles se dressent dans le cerveau et dans l'esprit. £t ces images acquièrent vite assez de précision pour que l'enfant en vienne aies distinguer les unes des autres; comme il le fait évidemment, dès qu'il est en état de reconnaitre les personnes, et qu'il ménage nn accueil dilîérenl à sa mère, à sa nourrice, dont l'arrivée éveille son sourire et sa joie, et à un étranger, qui l'étonne et lui fait peur, M. Preyer constate que soa HIs, à deux ans, reconnaissait les photographies des personnes qui lui étaient familières. Mais, bien longtemps avant, l'enfant salue d'uB air signiflcatlf, qui prouve qu'il se rappelle leur physionomie, et qu'il les a par conséquent distinguées dans ses perceptions, les personnes elles-mêmes. Ce l'ait n'est explicable qu'à une condition, c'est que le visage, la stature, le corps , tout entier de ces personnes aient laissé à l'enfant une impression I distincte de leur forme. « A quatre mois, dit Darwin, le baby a montré par des signes certains qu'il reconnaissait et distinguait les personnes... A quatre mois et demi, il lui arrivait souvent de sourire. en voyant dans un miroir mon image et la sienne. » De même, à sit mois, l'enfant observé par M. Preyer, ayant aperçu dans une glace \v visage de son père, le considéra avec attention, puis se retourna ver; son père, comme s'il avait eu l'intention de comparer l'image avec l'original. Au cinquième mois. Tiedemann constate que son lits se détournait des personnes habillées de noir, avec des marques visibles de répugnance : ici c'est la sensation de couleur qui domine dans l'impression visuelle. Mais ce même enfant, trois mois après, donnait des signes manifestes d'affection aux personnes qu'il connaissait, et, dans ce cas, c'est la perception distincte et nette qui guidait la sensibilité affectueuse. L'enfant observé par M. Cuignet reconnaissait sa mère à deux mois; il la regardait attentivement et lui souriait, tandis qu'il ne souriait pas aux autres personnes et que déjà il hésitait à se laisser prendre par des inconnus. On pourrait multiplier les exemples du même genre. Tous nous avons vu de très bonne heure nos enfant» faire la distinction des personnes : ce qui n'est possible, répétons-le. qu'à la faveur d'images visuelles, retraçant exactement le por- I trait de ces personnes.
BÉvEtOPPfiMBHT DR LA VISION. G3
pli est même permis de croire que, dans ce travail de représen- &tion des lignes et des figures, la perception do l'enfant est d'une exacULude remarquable. On pourrait en trouver la preuve dans les observations que M. Binel a entreprises, au point de vue de l'appriïilion des longueurs (1) : il en résulte, en etTet, qu'une fillette de i el demi, appelée à considérer tour à tour des lignes inépement longues, se rendait compte de toutes petites différences, ■ témoignait presque d'autant de précision dans le coup d'œil ine grande personne. « Rien n'était plus curieux, dit M. Binel, 1 de voir cette enfant placer avec assurance son index sur wune des deux lignes, en disant chaque fois, sans jamais se nper: « Ça, c'est la plus petite; ça, c'est la plus grande! n Je ^disconviens pas que, à deux ans et demi, la perception visuelle a déjà fait des progrès considérables, et qu'on ne peut, de ce qui se passe à cet fige, inférer que les choses sont toutes pareilles à dix ou i quinze mois. Il est pourtant & supposer que, de bonne heure, le coup d'œil de l'enfant est déjà assez exact el assez précis. C'est une loi de l'évolution dos facultés que les fonctions inférieures, celles qui ne supposent pas encore le raisonnement, atteignent très vite un degré élevé de perfection. L'enfant, qui, comme force de Jugement, comme puissance d'abstraction, est si visiblement inférieur à l'adulte, so montre presque son égal, quand il s'agit de voir, de mesurer d'un coup d'œil les surfaces et les lignes, et surtout de se représenter avec netteté les formes des réalités matérielles.
Pour que l'enfant d'ailleurs, comme un petit géomètre, apprécie les longueurs, et aussi pour qu'il puisse, par un dessin mental, se représenter, soit les personnes, soit les objets qu'il connaît, il a besoin, bien entendu, d'autre chose que du développement normal de l'appareil nerveux et de l'appareil musculaire, qui constituent les organes matériels de la vision: l'attention doit intervenir. C'est précisément le défaut d'attention qui, au dire de M. Binet, a plus d'une fois faussé le résultat des expériences auxquelles il soumettait ses enfants. Et non seulement l'attention, mais la curiosité, la sympathie, l'élonnement, les instincts intellectuels et moraux, qui germent et commencent à poindre, jouent un râle important dans ■.développement progressif de la vision. Les yeux qui, dans les niera mois, ne s'ouvrent grandement que sous l'empire d'un
) llemie plyilûsophlq
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plaisir matériel (par exemple cher l'enfanl qui tète), s'ouvriront huit ou dix mois, sous l'influence de la surprise. Il y a une premiêi période durant laquelle l'enfant, pour ainsi dire, voit automi tiquement; plus tard il voit avec intelligence, il ro};arde. Dansl premier cas, il est plongé dans une sorte de contemplation vaga hébétée; dans le second cas, il montre une physionomie satisiïil qui révèle l'intelligence, et c'est alors seulement que son regs devient beau.
Celte influence des causes morales ressort avec force de la contr) épreuve que l'on peut Taire, en examinant les enfants idiots ou il béciles, et en constatant chez eux les lenteurs, les défaillances A sens de la vue. La perception ne suppose pas seulement une aclioi produite par les phénomènes extérieurs sur des organes appw priés; elle comporte aussi une réaction du cerveau ou, en d'autic termes, de l'intelligence et du sentiment. Avec des organes sensibli parfaitement sains, l'idiot et l'imbécile n'ont, dans leur enfancA qu'une vision très imparfaite. Ils voient, mais ils ne regardent p Leurs yeux, toujours mobiles, ne peuvent se fixer ; ou au contrajrtj plongés dans une immobilité morne et obstinée, ils ne savent pas a déplacer et suivre les objets, a Et cependant, remarque M. SolliU outre que, à la lumière, les modifications pupîllaircs montrent q l'œil lui-mÉme n'est pas atteint, on les voit, sous l'influence d'u excitant approprié, changer la direction de leur regard (i) ». Il fl donc établi que les imperfections de leur vision proviennent dfii que le ressort intérieur manque, l'intelligence et le sentiraeu n'étant pas assez développés chez eux pour mettre en branle mécanisme de la vue.
11 nous reste une dernière question à traiter, celle de la perceptif visuelle de la distance ou de l'espace; question des plus controvEl sées, on le sait. D'une part, les natioisleSf Mlîlter, liering, Girau
' Teulon, pour ne citer que ceux-là, de l'autre, l'école empiristigt comme l'a appelée Helmhoitz, un de ses chefs, sont aux prises :
' uns soutenant que la perception de la troisième dimension des cor etdela distance est innée pour l'homme, comme elle l'est certain
I (1) D' P. SoLUBB, op. cit., Paris, 1B91, p. te.