CHAPITRE IV L'OUIE, LE GOOT. L'ODORAT ET LE TOUCHER
ïe, — Surdité temporaire du nouveau-né : «es causes. — Premifrea sens.i- < auditives. — Progression insensible et états interuir-diriires. — Les sons, 1 l'enlaDce, sont de loutPs le» impressions celU'S qui l'brnnlciit Ib iilna vivi^- "iftit les nerfs. — Les son» ont aussi, dans certaines conditions, un pouvoir """l^ralcw. — Rudiments du sentiment musicnl. — Le bruit pour la bruit. — Nupresaion produite sur l'enfant par la voix humaine.— Sensations et percep- 'iins. — La direction et lu distance du son. ^— 11. Le goût et l'odorat. — Les nu 1^ rossions du goilt, les premières par la date. — La sensibilité tactile associée ° 'i sensibiliti! gustative. — Distinction des saveurs différentes. — Le goût des ^ivc L«rs douces et sucrées, première habitude de l'enraut. — Répn^once pour IfB ïiluiients nouveau*. — Goût» et dégojlls naturels. — Rapports du goût et ^'^ I-cjduraL — L'inutilitt générale des sensations d'udeur en retarde le dével''l'I.»<iiiienl. — Les sensations d'odeur sont les plus îniblea de toutes. — Elles "•■ >.- lïlent i|ue surajoutées aux sensations de saveur. — L'enfant est plutôt inatipiitif- aui odeurs qu'incapnhle de les senllr. — III. Le toucher. — Caraclàre |iriï-ti,uligp jgj impressions tactiles. — Le toucher passif et le toucher actif. — iiiit>i~e9aion8, sensations et perceptions. — Impressions thermiques. — Le plaisir "ff «L>»3ipague t-i| les premières impressions tactiles? — Plaisirs du toucher ''^'''"- — Le sens musculaire. — La notion de l'extiiriiirité. — Comment l'enfiml I Fi"v-ient a reconnaître son corps comme lui appartenant à lui-mènie. — La I dnL» I eur aide à distinguer le sujet de l'objet.
" sen faut que le développement du sens de l'ouïe comporte les '-""^plications, les lenteurs d'adaptation et d'agencement musculaire ''"'^ nous a pn-sentées le sens do la vue. Sans doute tout nouveau-né ''""i tiience par être sourd. Mais cette surdité passagûre ne durera 'l'*e quelques heures, quelques jours au plus, et d'ailleurs elle tient " ^**s causes toutes matérielles; de sorte que, ces obstacles physiques ."^ fois écarl^s, et ils le sont rapidement, l'enrant entre en posses- '"'*' immédiate du sens de l'ouïe, un ce qu'il a d'essentiel. ^^^nrmdD^^aison de cet état de surdité temporaire, c'est en
effet l'abBencG d'air dans la chambre tympanique. Pour que rcnrad puisse enteodre, i! fauL que les liquides qui, pendant la vie iotrw
utérine, obstruaient celte cavité, s'écoulent et fassent place à l'aij almosplii^riquc ; et c'est grftce aux mouvements respiratoires que cd échange a lieu. 11 n'est plus question de soutenir, comme le faisaieni aus. beaux jours de l'Innéilé, certains physiologistes d'autrcrois, qua existe i< UD air héréditaire, un air inné », qui remplirait l'oreille tu nouveau' né (1). Plusieurs heures de respiration, tout au moins, pu
, raissent nécessaires pour que les voies auditives soient complètemeu dégagées. Une autre cause contribue d'ailleurs à empêcher loin d'abord le jeu des opérations de l'ouSe : c'est l'occlusion du canU audilir externe, dont les parois sont, & l'origine, tellement accoléq Tune à l'autre que les ondes sonores ne peuvent pénétrer Jusqu'à
I tympan [2]. I
Mais ces empêchements matériels disparaissent vite; un peu pld
I tôt, un peu plus tard, suivant les cas, sans que les différences inili| viduelles soient bien considérables. M. Preyer, qui a étudié avec sîr conscience habiluello les progrès de l'audition chez l'enfant, déclare que ce fut seulement au malin du quatrième jour qu'il reconnut, à des signes cerlains, la disparition de la surdité chez son fils : " Tandis que, repu et bien au chaud, il restait conrortablement allongé, je n'avais qu'à battre des mains ou à siffler pour que ses yeux à deuil clos se fermassent complètement. Comme ce fait se reproduisitaii cours du qualriÈme jour, alors que rien de pareil n'avail eu lieu cours du troisième, il me parait certain que, au quatrième jour seule; meut, le tympan avait commencé de fonctionner, et quo jusque-ii étailrestéinacttr(3]. » Mais, chez d'autres enfanls, les choses marchi plus vite ; et dès le deuxième jour, parfois dès le premier, vements caractéristiques, tels que clignement des yeux, plisscrntiDl du front, agitation des bras, nous apprennent que les vibrations des ondessonoresont pénétré dans les canaux du labyrinthe, jusqu'aux libres du nerf auditif, et que le nouveau-né est sensible au son.
Dans quelle mesure il l'est déjà, par quels degrés passe l'ouïe, comment l'acuité auditive se développe insensiblement par l'exi
(I) M. Phetbb, op. cit., p. GO.
(1) II est vraiseoiLloble aussi que lea oBselels, qui transmettent jusqu' contenu dnns lo labyrintlte les vibrations coiniiiuniquËes par la membrane tympan, ne sont pas tout de suite en État de fouctionner, et qu'il faut queli teinpa pour que leurs mouvemenls s'exéi^utent régulièrement.
(3) M. Pbbvbb, op. cit., p. GG.
1 au ulej
ouïe, fiOÛT, ODOUATRT TOUCIlEn.
fcp. dans quel ordre l'oreUleparvientà percevoir les diverses qualilés son, c'est ce qu'il Pst â. peu près impnsfîible de savoir ; les seola es qui trahissent pour l'observateur les sensations auditives n'épas de nature à nous renseigner sur les nuances, sur les proportions de ces sensations, et ne nous révélant qu'en bloc ce fait que l'onfanl entend. Ce qui est probable, c'est qu'à la surdité totale des premiers jours doivent succéder, jusqu'au moment ofi la faculté UTOUstique est parfaite, des états intermédiaires; l'organe se développant et se fortifiant peu à peu, de manière à accueillir sans il^mmage, sans en être blessé, des impressions sonores de plus en plus intenses. Qu'adviendrait-il, si, dès les premiers jours, un cri strident, un sifllement aigu, un grondement retentissant pouvaient iitfecler la sensibilité, autant qu'ils le feront plus tard ? Pour avoir ''ilendu trop tôt, l'enfant risquerait fort de ne plus entendre de toute '3 vie. Si le bruit du canon peut déterminer parfois la surdité chez Ips adultes, à combien plus forte raison des sons trop intenses nemenacre raient-ils pas, s'ils étaient perçus, de froisser, de léser un organe nussî délicat et encore inexercé; de même qu'une vibration trop forte l'i'ise.eules secouant, les cordes d'une harpe ou d'un violon? En tout ''i^ï une sensibilité auditive trop précoce présenterait d'autres daop'i-s ; elle pourrait provoquer une surexcitation nerveuse violente, pcixl-^lre des convulsions. La nature a sagement protégé l'enfant COQ lyp ]g choc de sensations immédiatement trop vives ou trop nom- ■"■euses, en le laissant dur d'oreille pendant quelques semaines. '•''l-tG surdité relative du nouveau-né, comme sa demi-cécité, donne à ' ''•'Nanisme le temps de se consolider, afin qu'il puisse résister plus •^■"«i & toute la force et à toute la multiplicité des sensations. C'est -uctcul à l'enfant que peuvent s'appliquer ces paroles de Hartmann : "Que deviendraient nos pauvres âmes, si elles devaient répondre ^t^s discontinuer à lamuUitude infinie des excitations qui sa jouent ^**s cesse autour de nous ? »
t>ès les premiers jours de l'enfance, l'ouïe apparaît pourtant avec 'P^ caractères que ce sens gardera toute la vie; c'est celui dont les ""ï*ressions ébranlent le plus vivement les nerfs et excitent le plus r^'Ofondément les émotions intimes de l'cime. A tout âge, nous le ^'^ Vons, le son l'emporte sur la forme et même sur la couleur, comme "Stî m d'excitation. H y a, je ne dis pas seulement dans la voix bu- ""^ine, mais dans toute espèce de son, je ne sais quoi de pénétrant et '\'if, qui nous fait tressaillir avec autrement de force que les
> ^t, L'ÉVOLUTION INTELLECTliELLE. ■
images les pins colories et les plus saisissantes. Et en même tempi
par un priviU^ge singulier, les sons, s'ils savent être caressants et doux, s'ils ont quelque chose d'harmonieux, ont la vertu decalmer, d'asBoupir les passions, et d'étaJïtir dans i'ame une sorte de quiétude heureuse.
Les faits démontrent que TenTant ressent, à ces denx points il« vue, l'acliOD particulièrement forte des impressions auditives. D^ très bonne heure, le moindre bruit fait sursauter le nouves a Pendant la première semaine, dit Darwin, mon petit enfant tres^ saillait souvent et clignait les yeux, en entendant du bruit... Il était &y;é de soixante-six jours, lorsqu'il m'arriva d'éternuer près de lui, il s'agita vivement, fronça le sourcil, eut l'air effrayé et pleura assez fort. Pendant une heure entière, il resta dans un état qui, ch«
î une personne plus âgée, serait appelé nerveux, » Assurément les
I objets nouveaux qui frappent la vue ont aussi pour effet de provo* quer, chez l'enfant, des mouvements de surprise et des soubresaut»
. de peur; néanmoins, comme l'a observé encore Darwin, les font tressaillir l'enfant bien plus fréquemment, et nous ajouteroDS} bien plus violemment, que les sensations de la vue.
D'un autre côté, nous avons tous constaté le pouvoir modérateu que les impressions auditives, dans certains cas et dans certainH conditions, exercent sur la sensibilité de l'enfant. Ses cris cèdent î l'appel de la voix de sa mère ; ses pleurs s'apaisent aux chansons di la nourrice (1). Et il semble que le sentiment esthétique — st forme d'un goût rudimentaire pour la musique — s'éveille plus vite pour l'ouïe que pour les autres sens. A l'Age d'un mois et quelque jours, le fils de Tiedemann entendit pour la première fois jouer i piano, et un parut tout égayé, M. Preyer a noté les progrès de celtS sensibilité musicale : " A la sixième semaine, dit-il, l'enfant reslail calme, les yeux tout grands ouverts, quand il entendait chanter sa mère... A la huitième semaine, il témoignait son contentement, ^ l'audition d'un morceau de piano, par une attention toute partitO" lière du regard, par de rapides mouvements des bras et des jambe* par ses rires et ses sourires... A la treizième semaine, il devînt facib de captiver l'attention de l'enfant avec des notes isolées, des gamioea des accords' àpeine les entendait-il, qu'il se calmait, au milieu da
A D u deux jours, l'enfaiit observé par M. Espinas, « quand II vU
p (I m par une personne qui cbaotnit, ue tardait pas à se calmer;
mm nçal s cris, dèi qu'allé le taiiait <•.
OXftS, GOÛT, ODORAT ET TOUCHER. 75
crises les plus violentes, et qu'il prenait un air des plus attentifs (1). •>
Il ne faudrait pourtant pas exagérer, on ce qui concerne la délicatesse musicale de l'enTant. Sans doute ce qui convient le mieux pour lo calmer, ce sont les douces inlonalions, les chants murmurés A mi-voix. Sans doute, il préférera tout ce qui est rythme, cadence, harmonie ; mais le son par lui-même lui plaît, quelle qu'en soit la qualité; il aime le bruit pour le bruit. Dès que ses or^nes sont en état de la supporter, l'intensiti! du son est pour lui un élément de plaisir. Ce qui nous assourdit, ce qui nous parait bruyant et criard, fait sa joie, peut-être parce qu'il s'est habitué lui-même, par ses cris perçants et aigus, aux sons les plus discordants, mais surtout parce que toute excitation est agréable pour la sensibilité naissante et l'est même d'autant plus qu'elle est plus forte. Pour les enfants, comme pour les sauvages, il ne saurait être question de goût; le goût supposant un travail de sélection, un discernement réttéchi que ne comporte pas la nature primitive.
Il n'en est pas moins >Tai que s'il est amusé par tous les bruits, le petit enfant est charmé par les sons harmonieux et musicaux. C'est l'ouïe qui la première éveille che?. l'enfant le sens confus de l'ordre, de In rcgularité, et par conséquent de la beauté. C'est elle aussi qui la première semble émanciper son inteUigeace. Nous avons dit que l'eQfant, au bout de quelques mois, reconnaissait les personnes familières, à leur visage, à leur physionomie; mais les impressions auditives, devancent, je crois, sur ce point, les impressions visuelles. .\ un mois, l'enfant observé par M. Cuignct ne reconnaissait encore pi;rsonne avec les yeux ; peu lui importait qui le promenait, qui le prenait dans ses bras; mais déjà il distin|^uait sa mère à la voix, \i faudrait modifier le vers du poêle et dire :
i Incipe, pirTft puer, lingua coguosr.eve matreiii I
^^L La voix humaine, la voix maternelle surtout, qui est comme l'ap- ^V|U1 de rintelligcnce en acte à l'intelligence en puissance, est peut- ^^ ^Ire, de toutes les impressions sensibles, colle qui trouve le plus vite ^chemin de l'attention de l'enfant. Des affinités naturelles expliquent cette puissance particulière, mais il convient de remarquer ''" outre que, la parole humaine étant le son que l'enfant a le plus ^"avcnl l'occasion d'entendre, il se familiarise plus vite avec elle.
I 3M. pnE
I 76 L'ÉV0I.l'TION INTELLECTUELLE.
■ Enfin, c'est la parole de la mère qui riîsonne dn plus près à l'oreill V du nouveau-né, qui s'y insinue le plus doue0ment, dans les longue • heures passées ensemble.
■ Il faudra d'ailleurs beaucoup de temps pour que l'impression d! W la voix humainu clle-méine devienne autre chose qu'une sensatioi r confuse, pour qu'elle soit une perception distincte. L'enfant appren y drait A parler bien plus rapidement qu'il ne le fait, s'il était apte i I discerner tout de suite les diverses articulations. La difticuité qu'i 1 éprouve au dûbul, pour reproduire les sons, no provient pas seule;
■ ment de l'inexpérience de l'organe vocal : elfe est due en partie ft I ce qu'il y a de vague, de peu précis dans les premières perceptioni »do l'ouïe, qui est surtout sensible dans les commencements à rîn I tensité, à la hauteur ou à la tonalité des sons, mais qui ne pÊirviea
■ ■que peu à peu A distinguer le timbre et l'arliculafion. I L'ouïe n'arrive pas non plus tout de suite à percevoir la distant^
■ «t la direction du son. M. Espinas dit bien avoir vu un enfant,
■ jours, lever déjà et diriger les yeux vers une personne qui, tout prâ i'de lui, parlait à voix haute. Mais, dans ce cas, il était facile de recoo ■naître la direction de la voix, puisque la personne qui parlait s f trouvait à quelques pas et» bien en face derenranl{l) n. Si le son es I éloigné, la difficulté est tout autre, et l'enfant ne la surmonte j L aisément, bien qu'il soit aidé, comme nous le sommes nous-mémi
■ par ce fait que l'organe de l'ouïe est double, et que les ondes so Pnores, selon leur origine et leur provenance, impressionnent pli^ I. ou moins l'oreille droite ou l'oreille gauche. Le fils de Darwîif I malgré sa sensibilité aux sons en général, même à l'âge de quatre n I « ne savait pas encore reconnaître facilement la direction d'un SOB
■ de manière à tourner les yeux vers sa source ». Pour arriver k troo Pver la direction du son, ne l'oublions pas, il faut commencer j Ravoir senti le besoin de la chercher; et le petit enfant n'est poa
■ encore assez dominé par l'instinct de la causalité pour avoir Viiée, I un bruit quelconque étant entendu, d'en rechercher la cause. I 11 en est de même de la perception de la distance, qui ne peufc I résulter que de l'expérience et du raisonnement. Nous jugeons quTUl leon, que d'ailleurs nous connaissons, que nous avons déjûi entendu I plusieurs fois, est rapproché, s'il est fort ; éloigné, s'il est faible. Or
1 (1) A (Irux nioia et demi la potite fille observée par M. Taine reconnnistoïl I Diutii restem en t la. direction de certains sons; par exemple, entendant la voix de M Igrand'niëre, etle tournait la ta le vers elle.
^^^^^^ OViE, GOÛT, ODORAT ET TOUCHER.
il est impossible de demander k l'enfaDt celle appréciation, d'ailleurs loule approximative, tant que son ouïe, d'une part, n'aura pas du sensibilité pour discerner facilement l'intensité relative des sons, laal que son jugement, d'autre pari, n'aura pas assez de l'orce pour i.-OQclure du degré d'intensité à la différence d'éloignemenl, De même Liue l'aveugle de Cheaeldoii voyait les objets très près de ses yeux, pt-ut-Ôtro dans ses yeux, de même un sourd, qui entendrait tout &
t coup, s'imaginerail sans doute que les sons qu'il entend touchent
^Hj|es oreilles.
Mde
f Si nous avions suivi, dans l'étude des sensations et des perceptions W-^e l'enfant, l'ordre chronologique, c'est par le sens du goût que "oiis aurions dû commencer (1). A part quelques vagues impressions '■ii; liles qui les ont précédées, et cela dés la vie intra-utérine, les aensatî<z»iis du goût sonl certainement les premières à se produire. ''(^ sens du goût, dès la naissance-, est tout constitué et en état de foncî-lJoDuer. Il n'y a pas de développement ultérieur d. attendre d' oi'S^nisme qui est très peu compliqué, puisqu'il ne comprend que ta laa^^e^ la muqueuse qui la recouvre, et les nerfs dont les rami- Bca tîons s'y répandent. Au premier contact avec une substance sa^- |ii4 ti 13 SQ0S pourra donc s'exercer immédiatement. Et tandis que le liesç^in de nourriture et les mouvements instinctifs de succion suspRta, «iront le nourrisson au sein de sa mère, d'agréaliles impressions '^'^ buveur viendront encourager cet effort et contribuer, par uno ''^t=î lation sensible, h l'accomplissement d'une fonction essentielle, S'i'^ S3 vouloir abuser des causes finales, il est diflicilc donc pas roeocm3aJLi.g^ dans cette coordination de moyens divers eu vue d'une ■"^ttoe fin, les intentions d'une nature bienveillante et prévoyante, '---'est donc du sein de la mère que viendra k l'enfant, non seule- '*'^»^l la substance qui le nourrit, mais aussi, ou peu s'en faut, lepre- '"'*^* plaisir, la première sensation. Cette sensation d'ailleurs n'est V^^ exclusivement une sensation de saveur : le toucher y a sa part;
^.* ^ « Les fonctions du goût et de l'odorat tiennent le premier rang dans la, ^"' ^Xlsie; le nou<eau-nË en fait usage dès la prKiniire (ois, sons tâtoniiciiiint et "^ ^ ïipi?rienoe; il sent d'abord l'odeur du lait, l'appête, en savoure lu ^i>ùl. Ca ' * *^ les premiÈrea de termina lions qu'il porta avec lui en venant au monde. '' '*'-*-ai DB BiB&H, Foiideminta da la paychùlùgie, part, II, lect. 11.)
E la langue et les lùvrea possèdent on effet une vive sensibiliLù lantile. I Et c'est peut-être en pressant dans sa bouche le sein maternel que f l'enfant acquiert aussi la première notion confuse de l'eslériorilé.
Nous n'oserions soutenir pourtant que, du premier coup, l'actioa le téter et les impressions gustatives qui en résultent soient ttoI- I ment acrampagnées de conscience. C'est par une impulsion tonte ■ 1 instinctive que le nourrisson avance la tète ou les lèvres, pour se | I vapprochcr de la source de sa vie, et le renouveJlcmeut répété d'un Eacte tout machinal à l'origine est probablement nécessaire poor I que la conscience apparaisse. Mais ce qui n'est pas contestable, c*est L que, de très bonne heure, l'enfant sait faire la différence entre la. 1 saveur particulière du lait dont il est nourri et les autres aavuura -
On voit fréquemment des nourrissons qui ne peuvent s'accouliï — [mer à une nouvelle nourrice; et quoique les impressions de l'odordl-* I sans parler des habitudes de la sensubilité générale, puissent espil- I quer en partie cette répulsion, il est certain que le sens du goûl 2 f intervient pour la plus grande part. De même que nous reconnais^ ^■in qu'on nous sert aujourd'hui est ou n'est pas le mômŒ [•qu'on nous servait hier, de mémo l'enfant s'aperçoit tout de suile 1 y a changement dans le lait dont il est abreuvé. J'ai vu allnilo" lïnfant au biberon, et je me rappelle avec quelle énergie désoléd I il repoussait le breuvage qu'on lui oflfrait, s'il était un peu moins I sucré que d'habitude. L'allaitement étant l'acte essentiel oii s I concentre presque tout entière la vie du nouveau-né, c'est dans c I cercle d'impressions que se développe d'abord la faculté de compas raison entre (leî sensations différentes, elc'esl là aussique serétèlq [■ la force de l'habitude. Ea effet, si l'enfant, pendant l'allaitement el I après le sevrage, témoigne d'une préférence marquée pour Ii I veurs douces et les substances sucrées, ce n'est pas seulemeni ^affaire d'instinct et de goût inné (1), ni parce que l'oi^anismi
(I] Noua n'IlGsUoDS pas à reconnaltl'i: ce qu'il y a <j l goût de l'enfanl pour les saveurs aui'rêea, et par con e sujet une vieille eipérieiice de (iatien i|ui, ei feimsiix, parait ;lécialve. Gulien cboisit un chevreau . c pria la mamelle; il le plaça devant une rangrâ ■ramptis chacun d'un produit diffûrtnt : lail, vin, huili^, ■'flaira chaque vase, mais ubuisil celui qui contcnuil le la B expiîrieiicB {Èvoluiion menlate, etc., p. Inli), en t'i tre en doute le Tait (le la mi-'inoire liériSdilnJre i
inatinctit et d'inné dans 1 ifquent pour le lait. Il 1
les a
-nÉ (!t n'ayruit [o 1 vases seintil ailles, oiaS"^ ii.'l et farine. Lo rlievre*»-" M. Romanes, quirapu»*^ :Iut que • l'ou ne sniint» * inatinct ohM lu ch*5-
<i. Il ajoute : > 11 doit eu être probablement ds m6me, m parUe^ jjçhei l'eafant. » Et U cile, à l'appui do cettu Ij '" "
OUÏE. GOÛT. ODORAT ET TOliCHEH.
I^pelle, pour ainsi dire, le sucre par une sorte d'appi^tit naturel : [t'est en parlii' l'Iiabilude qui détermine cette pi'éfêrence — l'habiide d'une alimentation toujours la même, uniforinéaienl douce et Isucrée — et qui rendra difficile et pénible la transition & une aulro I Bimrriture.
Il est h. remarquer en effet que l'enfant, une fois sevré, manifestera I presque toujours une sorte d'appréhension et une répugnance, au I moins passagère, quand on lui présentera des aliments nouveaux, X qu'il aimera le plus, quand il y aura goûté plusiLmrs fois, n'est rare qu'il ne les repousse pas au premier abord. Toute sens pou inaccoutumée de saveur déconcerte l'enfant, à un bien plus '"iiit degré que les impressions nouvelles de la vue ou de i'ouîe. I- Preyer a constaté le fait chez son fils, à un an et demi, et en *1\iatre ans : " A chaque nouveau mets qu'on lui présentait, i coiia.il la t^te, fermait les yeux ; sa physionomie prenait une exprèslioi» d'élonnement; etccpendanl l'aliment lui était agréable, puisque aussitôt après il en redemandait souvent, avec une expression de «l'ï s faclion. " L'habitude exerce un empire tyrannique sur les goûts lI Icïs dégoûts de l'enfant; et la preuve en est dans la diversité si '''"«mante qu'offre, A ce point de vue, la sensibilité des adultes euxiiii''r»»es. le mémo aliment, qui provoque des nausées cliu '■'31:» I. au contraire le mets favori des autres.
'-Cïci dit, et tout en accordant qu'il peut y avoir des saveurs à peu pfi"' s indifférentes en elles-mêmes, et que les habitudes de l'alimcnlalîfrki, font seules aimer ou délester, nous n'en croyons pas moins I"**, naturellement et instinctivement, le goût du tout petit enfant disLîujifue des impressions agréables et des impressions désagréables. !-•' «iourrice. dans Roméo el Juliette, raconte comment, le jour où '"'^ sevra Julielto. elle avait enduit d'alisinthe le bout de son sein : ■ '-**-< and elle eut senti que c'était amer, lu petite folle! il fallait voir H»tsl|e (grimace elle fit, et comme elle quitta le seinl (1) a Mais, sans *tlern)r(3 Jg sevrage, c'est dès les premiers jours que les savoura amèï-es. acides, salées, etc., provoquent chez; le nouveau-né
r Kns9Dimil, l^npl'î^a lesquelles, jiil'Uig tivtint d'nroir pris le sein, les
[lés inanift'sti'raiciil une prl^f." rente pour les BnvewB sacrées. " Si I
iir Inngui.' .ivec îles solulioiis suiTL^es, ou avec des sululiuiis salues,
^BK, de la [|uintiii> , les eaftiilU ilnns le iireoiier cns témoignent de la sa
Uon.mûa d.in» le second cas Tuiit toutes surtcs de grimaces. >^ Toutou Taisant
l'ide l'instinct, il y a, croyons -n uns i à tenir compte aussi de l'habitude.
' 'aindo et Julielle, acte 1, sciioc iv.
L'^VOLUTlUN INTELLECTUELLE.
mouvements de répulsion, des grimaces de di^plaisir, Tandis qi suce avidement un morceau de sucre, il rejette avec violence nr" médecine. Plus tard les prédilections marquées, les répugnanceil vincibies s'accentueront encore. Nous avons vu un enfant de quai ans, généralement très docile, ne céder à. aucune prière, à. aucni menace, quand on voulait le fbrcer à manger d'un plat de petits pt Et cet instinct de répulsion violente csl si puissant que la vue M des mets détestés déterminera parfois une véritable scènt! de colèt tout au moins l'enfant mettra la main devant les yeii\, pour ne f voir l'aliment qui lui déplaît. Nous n'avons jamais observé, quanï nous, les effets de cette heureuse et facile suggeatioD verbale q M. Preyer prétend avoir employée avec succès, lorsque, pour décid son fils A prendre un aliment, il se cotiteulailde lui dire avecéoi gie : " C'est bon! » et que l'enfant convaincu le trouvait bon aua Bienqu'ily ait, dans les impressions du goût, une part considérabli faire à la fantaisie, aux délicatesses qui peuvent être corrigées, i habitudes qu'il eflt été possible d'enrayer, nous y trouvons aussi fonds résistant, dérivé de l'innéilé ou de l'hérédité, de dégoûts d'appêlita iuâtinctifs. Et M. l'reyer est mieux inspiré quand, se ni tant un peu en contradiction avec lui-même, il déclare qu'il 8* imposé comme règle pratique de n'obliger jamais un petit e prendre des aliments dont la saveur lui déplaît (l).
L'odorat collabore avec le goût, et ces deux sens, dont les orgai sont localement si voisins, ont entre eux. une grande similitude j L'appareil oll'aclif se réduit lui aussi à peu de chose : une n qui tapisse l'intérieur du nez, el un nerf spécial qui s'y ramifia semblerait donc naturel que le développement des sensations' l'odorat diU être aussi rapide, aussi précoce, que l'est celui des si sations du goût; et il eu serait probablement ainsi, si elles étaii aussi utiles. L'utilité, c'est-à-dire l'appropriation à une fin que réd ment les besoins de la nature, c'est, dans l'évolution des fonclù comme dans le développement des organes, le grand agent de 1" célération. EL voilà pourquoi les sensations de l'odorat, dont l'inl litë générale n'est guère contestable dans la vie humaine, :
(1)M. Prkïer, op. cit., p. loa.
(î) Il n'eat paa cerlaia qu'il y ail, dès le d.îbiit, différenciation entre 1m i sens. Il n'y n. peut-être pas tout d'abord di:9 odeurs et des a saveurs-odeurs : l'odeur du lait par exemple Joiute à la saveur du lait. Lorsi]ii présente uaelleui'à l'euriat pour qLi'il la sente, U ouvre la bouûbe.VojuzU. Ptd op. cit., p. 18.
outB. goOt, odorat et toucher. 81
quelles soDt au contraire si importantes dans la vie des animaux. SI' développent si peu chez l'houime et si tardivement chez l'enfant. L imiifTérence pour les odeurs, chez le nouveau-né. provient du mSme principe que la puissance merveilleuse du flair chez le chien. Condilltc De s'inquiélait Dullement de l'ordre nalurel d'évolution des tMuItte sensibles, ou en tout cas il ne le respectait pas, lorsque, animant sa statue, il lui faisait eu premier lieu sentir une rose. Roses il Qeuis ne parlent d'abord qu'aux yeux de renfant, par leurs coniinirs et leurs formes : leurs parfums le laissent insensible. Rousseau Ijiibservé avec raison : « Il est certain, dit-il. que le sens de l'odorat '-1 encore obtus et presque héhétê chez la plaparL des enfants (1), » U première raison à eu donner, nous l'avons dit, c'est que les li'urssonl les plus inutiles de toutes les sensations. Les couleurs :■ iiml bien aussi en elles-mêmes : mais les couleurs coexistent avec ^ndue; elles sont perçues en même temps que les formes, et I Jiilrihuent par conséquent à la connaissance du monde exlérieup. ^UKontraire lus émanations odorantes des choses ne nous apprenwal rien ou presque rien de la nature des objets. Elles flottent dans I lt; elles manquent de hase pour ainsi dire. Sauf en ce qui con- "fne les aliments {et nous verrons tout à l'heure que, sur ce point i'''ns(iment. la règle que nous établissons comporte une exception), 'l'i ne peuvent servir en rien aux satisfactions de la vie malé- ■'■■'10(2), pas plus quelles ne sauraient contribuer au développe- ■■■'^ul de l'intelligence et satisfaire la curiosité. Elles sont d'ailleurs, '"£ l'enfant, ce qu'elles seront toujours, les plus faibles de toutes ^ impressions sensihles. Elles n'ébranleront jamais fortement la ' iLMl)i]ité, qu'elles peuvent lout au plus caresser, pour ainsi dire, : '^U(I elK's sont agréables, et lé)^<^rcment olTusquer, dans le cas contre. Enfin elles n'ont guère de prix par elles-mêmes, et ne valent I "' pnrue qu'elles s'ajoutent & d'autres impressions, parce qu'elles
I Smiie. livre U. Rousseau en donne d'ailleurs cette raison bUarre qae l'odurut ' II' itoi de l'imagination.
Vi Ceci pnrw qu'elles sont nii contmire de la plus gronde utiiitâ dans la, via lii.ile qtie les seiixattons d'udorat sont si dëvuiu]ipccs chei les carnassiers et ' iLiiilièreineni chez le cbien. M. Itouiunes cite l'eieuiple d'uu chien qu'il s'était '~r' ■ perdre dans une (iromeitade publique, un jour de Tète. Pour le dépister, ' >lans l'ailée où ii se promeutit un tria grand nouiLre de loura et de détours; ~ il «'&Bait sur un banc et alUndit. Lorsque ie cliien s'aperçut i{u'il n'avait .- :iuii inallre 4 cOl# do lui, il revint n l'endroit où il l'avait vu pour la deraière it lft> retrouvant sa piste, il la suivit <i:n\s lou'j les xigz;igs qu'il avait décrits, k ce qu'il arrivât ï lui.
parrumenl la fleur que nous avons plaisir à vnir. Ip fruit que n aimons à snvouror.
C'est précisément sous cette dornière forme, comme éléB Hurajouttï à l'impression de saveur, que l'odeur aflfccle surtout 1 fant. Nul doute que ce qu'on appelle une odeur appétissante n'eJ la sensibilité du nourrisson quand il n'a plus faim. Le sens de l'od étant si intimement uni au sens du goàt que nous ne pouvons goûter que nous ne le sentions et flaii'ions en même temps, les ( flérios de sensations se mêlent, se confondent et se surexcitent tuellement. Il est probable que l'odeur, plus que le souvenii impressions antérieures, guide et attire le nouveau-né, lorsqui près du sein de sa mère, il se retourne vivement pour le saisii M. Perez cite des enfants de quelques semaines qui repouss! une nourrice nouvelle venue, uniquement parce que la niau^ odeur de son baleine ou de son corps les impressionnait d'une fj désagréable (2). L'odeur enlin est assurément pour une bonne dans les répugnances ou les préférences que les enfants témoig pour tel ou tel aliment.
Ce qu'il importe de remarquer enfin, c'est quéj clier, le petit eoj il y a plulât manque d'attention aux odeurs qu'incapacité de les Ur. Les expériences rappelées par M. Preyer le prouvent aura damntent. n Kllssmaul a vu, dit-il, que les nouveau-nés, mëm| dormis, si l'on fait arriver sous leur nez des vapeurs d'assa fiÉ^ par exemple, resserrent vivement les paupières, grimacent, de' nent agités, remuent les bras et ta tête, se réveillent, puis se. dorment, quand l'émanation odorante s'est évanouie. » QeDzq fait des constatations analogues. Pour compléter ces observsli M. Preyer demande que les nourrices viennent à son aide, et qii veuillent bien enduire dune substance d'odeur forte, soit l'exlé du biberon, soit même le bout de leur sein; « De pareilles recheri ajoute-t-il, sont très désirables, u Et il semble qu'il ait déjà r aies susciter autour de lui, puisqu'il parle d'une petite fille dc, jours " qui refusait obstinément le aein, lorsqu'on l'avait présJi ment enduit d'un peu de pétrole». M. Preyer n'en conclut pas mi
(l) ConférazM. PnsïKa.op. cil., p. 100:» Le rerus de prendre du lait de ' qu'on a uhservé chex/pluaieurs enfants C|ui avnient d^;à pris du la.it de U doit être altiibué plutât à l'odeur qu'au goût, puisqu'ils Ëcartent le l&it ds' ■uis y avoir goùtë. i
(J) M. Pebkï, op. cit., p. 3S.
OUÏE. GOIJT, ODOIIAT ET TOUCnEH. 83
[»mo nous, que les impressions olfactives tanlont'ô sfi manifûsUr iiplLemonl. A. riis-sepL mois, son fils éLait encore hors d'ôlat de disliiiguer les odeurs et les saveurs, et c'est vers sa bouche, non vers son nut, qu'il portail les fleurs de jacinthe qu'on voulait lui faire sentir. C'est seulement au quinzième mois que l'eau de Cologne lui nroeura manifeste meut du plaisir (1), Et enfin pour finir sur une
irvalion plus importante : c'est seulement quand il y est provoqaand on lui mot sous le net les substances odorantes, que int les sent et les flaire; de lui-même, il ne semble nullement )sé A. rechercher ce genre de sensations, et il n'y a, pour ainsi aucunB spontanéité active de l'odorat, loucher se pri^sente dans les conditions les plus favorables à un loppcuient large et immédiat, et les impressions tactiles sont font de suite il. la disposition de l'enfant. D'abord l'appareil est encore "i"insïi)inpliqué que celui de l'odorat ou celui du ROût, puisqu'il '^l' compose uniquement de nerl's aboutissant à la peau. En même i™ps. la sensibilité lactiie estnipiindue sur toute la surface du corps, quoique â dos degrés Irès diflupenls : la langue, les lÈvres, les mains ''' Surtout les doigts en étant particulièrement douilis. En outre, '"piîration qui met enjeu le sens du toucher est des plus simples; ""contact mécanique, une pression. Enfin il n'est pas douteux que '^'' sens, par un privilège exclusif, ne se soit exercé, dans une certaine "l'îsure, dès la vie utérine. Sur ce point, M. de Frarière et les parli- ■^ins de l'éducation antérieure ont raison. L'enfant, dans le sein de "■' mire, a déjà ressenti des frôlements, de vagues contacts ; et c'est ■'"'! sensations confuses, aux réactions qui sont provoquées, soit par '''S membres mêmes de l'enfant, ae heurtant les unscontre les autres, ^"it par des poussées extérieures, qu'il faut attribuer en partie les l'i'iQvements qui trahissent la vie du foetus.
f*o peut donc affirmer que, des la naissance, l'enfant est en posses- ''Ofi du sens du loucher, au moins sous sa forme élémentaire et dans ■"'* iipéralions purement passives. Le toucher s'exerce en eitet de '''^"t façons très difTérenles : d'abord, comme une simple ausceptibi- '''■' qui s'émeut aux contacts extérieurs; ensuite, et c'est alors sur-
f *' Pbïyer,
L'ÉVOLimOS INTELLECTUELLE.
images les plus colorées et les plus eaisissautes. Et en même temps. par un privilège singulier, les sous, s'ils savent être caressants et doux, s'ils ont quelque chose d'harmonieux, ont la vertu de calmar, d'assoupir les passions, et d'établir dans l'âme une sorte de quiétude heureuse.
Les faits démontrent que l'enfant ressent, à ces deux points île vue, l'action particulièrement forte des impressions auditives. De très bonne heure, le moindre bruit fait sursauter le nouveau-nf. « Pendant la première semaine, dit Darwin, mon petit enfant tressaillait souvent et clignait les yeux, en entendant du bruit... Il était ftpé de soixante-six jours, lorsqu'il m'arriva d'éternuer près de lui. Il s'agita vivement, fronça le sourcil, eut l'air effrayé et pleura assez fort. Pendant une heure entière, il resta dans un état qui, chez. une personne plus âgée, serait appelé nerveux. » Assurément les objets nouveaux qui frappent la vue ont aussi pour effet de provoquer, chez l'enfant, des mouvements de surprise et des soubresauts de peur; néanmoins, comme l'a observé encote Darwin, les sons font tressaillir l'enfant bien plus fréquemment, et nous ajouterons, bien plus violemment, que les sensations de la vue.
D'un autre côté, nous avons tous constaté le pouvoir modérateur que les impressions auditives, dans certains cas et dans certaines conditions, exercent sur la sensibilité de l'enfant. Ses cris cèdent à l'appel de la voix de sa mère ; ses pleurs s'apaisent aux chansons de la nourrice (1). Et il semble que le sentiment esthétiîjue — sous la forme d'un goût rudimentaire pour la musique — s'éveille plus vile pour l'ouïe que pour les autres sens. A l'ftge d'un mois et quelques jours, le rUs de Tiedemaun entendit pour la première fois jouer du piano, et en parut tout égayé. M. Preyer a noté les progrès de cette sensibilité musicale : « A la sixième semaine, dit-il, l'enfant restait calme, les yeux tout grands ouverts, quand il entendait chanter sa mère... A la huitiëme semaine, il témoignait son contentement, a l'audition d'un morceau de piano, par une attention toute particulière du regard, par de rapides mouvements des bras et des jambes, par ses rires et ses sourires, .. A la Irei/.ième semaine, il devint facile de captiver l'attention de l'enfant avec des notes isolées, des gammes, des accords; à peine tes entendait-il, qu'il se calmait, au milieu des
(1) A un inins et deux jours, l'enfant obacvvù par M. Eapinas, o quand il éliiil porté vt promène par une personne qui chantait, ne tordoit pua é. se calmer; il recommençuil ses cria, dèi qu'elle te taia&it ••
oniK, GOÛT, ODORAT ET TOUCMEn.
îses les plus violentes, et qu'il prenait un uir des plus altentifs (1). » B faudrait pourtant pas exagérer, en ce qui concerne la déli- ^ù«se musicale de l'enfant. Sans doute ce qui convient le mieux r le Ciilmcr, ce sont les douces intonations, les chants murmurés à mi-voix. Sans doute, il préférera tout ce qui est rythme, cadence, harmonie ; mais le son par lui-même lui plaît, quelle qu'en soit la
Iualilé ; il aime le bruit pour le bruit. Dés que ses organes sont en [fit de la supporter, l'ioteDsité du son est pour lut un élément de tBÀsiv, Ce qui nous assourdit, ce qui nous parait bruyant et criard, it sa joie, peut-être parce qu'il s'est habitué lui-même, par ses cris Brçants et ai;;us, aux sons les plus discordants, mais surtout parce B6 toute excitation est agréable pour la sensibilité naissante et l'est lême d'autant plus qu'elle est plus forte. Pour les enfants, comme pour les sauvages, il ne sauj'ait être question de goût; ie goût supposant un travail de sélection, un discernement réfléchi que ne comporte pas la nature primitive.
11 n'en est pas moins vrai que s'il est amusé par tous les bruits, le petit enfant est charmé par It'S sons harmonieux et musicaux. C'est l'ouïe qui la première éveille chez l'enl'antle sens confus de l'ordre, de la régularité, et par conséquent de la beauté. C'est elle aussi qui la prcmiëre semble émanciper son intelligence. Nous avoas dit quQ renfant, au bout de quelques mois, reconnaissait les personnes familières, à leur visage, à leur physionomie; mais les impressions auditives, devancent,, je crois, sur ce point, les impressions visuelles. A un mois, l'enfant observé par M. Cuigriel ne reconnaissait encore personne avec les yeux; peu lui importait qui le promenait, qui le ait dans ses bras; mais déjà il distinguait sa mère à la voix. faudrait modifier le vers du poète et dire :
Incipe, parre puer, lin'jwi cognoBcere matrem I
voix humaine, la voix maternelle surtout, qui est comme l'apil de l'intelligence en acte à TinteUigenee en puissance, est peute, de toutes les impressions sensibles, celle qui trouve le plus vile EpbemiD de l'attention de l'enfant. Des aftinités naturelles explilent cette puissance particulière, mais il convient de remarquer b outre que, la parole humaine étant le son que l'enfant a le plus jnvenl l'occasion d'entendre, il se familiarise plus vite avec elle.
TU) M. PHEYÏB, op. cil; p. I
, 16 L'ÉVOLL'TION INTELLKRTUELLE. 1
I Enfin, c'est la parole de la mère qui résonne du plus près à Vnreill
k du nouveau-né, qui s'y insinue le plus doucement, dans les longue
■ heures passées ensemble.
■ Il faudra d'ailleurs beaucoup de temps pour que l'impression ■!< lia vois humaJDO elIc-mËnie devienne autre chose qu'une sensatioi F confuse, pour qu'elle soit une perception distincte. L'enfant appreu [ drait à parler bien plus rapidement qu'il ne le fait, s'il êlail apte
I discerner tout de suite les diverses articulations. La difficulté qu' I éprouve au début, pour reproduire les sons, ne provient pas seult I ment de l'inoxpCTionce do l'orgnne vocal : elle est due en partie 1 ce qu'il y a de vague, de peu précis dans les premiÈres perceptioc ■'de l'ouïe, qui est surtout sensihle dans les commencements ft l'iii
■ tensité, â. la hauteur ou h la tonalité des soas, mais qui ne parvienl Pque peu à peu fl. distinguer le timbre et l'orliculation.
I L'ouïe n'arrive pas non plus tout de suite ù. percevoir la dïstani L et la direction du son. M. Espinas dit bien avoir vu un enfant, à sepj IjouPB, lever déjà et diriger les yeux vers une personne qui, tout prèi w6e lui, partait à voix haute. Mais, dans ce cas, il était facile de reco] Pnattre la direction de la voix, puisque la personne qui parlait ! f trouvait ii quelques pas et a bien en face de renFant(l) ». Si le son eaj I éloigné, la difficulté est tout autre, et l'enfant ne la surmonte ps I aisément, bien qu'il soit aidé, comme nous le sommes nous-mâme: I par ce fait que l'organe de Touie est double, et que les ondes se I nores, selon leur origine et leur provenance, impressionnent plo I ou moins l'oreille droite ou l'oreille gauche. Le fils de Darwîiij I malgré sa sensibilité aux sons en général, même à l'&ge de quatre moi la ne savait pas encore reconnaître facilement la direction d'un so. f de manière A tourner les yeux vers sa source ». Pour arriver à trou- [ ver la direction du son, ne l'oublions pas, il faut commencer par 1 avoir senti le besoin de la chercher; et le petit enfant n'est pas [ encore assez dominé par l'instinct de la causalité pour avoir l'idée, I un bruit quelconque étant entendu, d'en rechercher la cause. I II en est de même de la perception de la distance, qui ne peut I tôsulter que de l'expérience et du raisonnement. Nous jugeons qu'un I son, que d'ailleurs nous connaissons, que nous avons déjà entendu I plusieurs fois, est rapproché, s'il est fort ; éloigné, s'il est faible. Or
I (1) A deui mois et demi la petite Bile observée par M. Taine reconnaïsgnjd I niiuiirestenient la direction de certnins aona; par e!(emple, entcndunt la voix de ■■ i grand'inère, elle tournait la tCte vers elle. 1
OOIe, goût, odorat et toucher. T7
il osl impossible di' demander à l'enfant celte apprécialion, d'ailleurs l'iu Le approximative, tant que non ouïe, d'une parL, u'aura pus ussoz lit' seusibililé pour discerner facilement l'inlensilé relative des sons, l^iu t que son jugement, d'autre part, n'aura pas assez de force pour l'inclure du degré d'intensité à la différence d'éloignement. De même ijae l'aveugle de Cheselden voyait les objets très près de ses yeux, l'i'U-l-élre dans ses yeux, de mémo un sourd, qui entendrait tout à luuj), s'imagiuerail sans doute que les sons qu'il entend touclicnt sL's «reilles.
Si nous avions suivi, dans l'étude des sensations et des perceptions ili> l'eiifant, l'ordre chronologique, c'est par le sens du goût que lift us aurions dû commencer [1). A part quelques vagues impressions l;i<:;liles qui les ont précédées, et cela dés la vie intra-utérine, les senjatioDs du goût sont certainement les premières i se produire. Le sens du goût, dès la naissance; est tout constitué et en état de roT>.ctionner, Il n'y a pas de développement ultérieur à attendre d'un organisme qui est très peu compliqué, puisqu'il ne comprend que la tîLngiie, la muqueuse qui la recouvre, el les uerfs dont les ramifica. lions s'y répandent. Au premier contact avec une substance sapi<le, le sens pourra donc s'exercer immédiatement. Et tandis que le besoin de nourriture et ies mouvements instinelirs de succion suspendront le nourrisson au sein de sa mère, d'agréables impressions •It* saveur viendront encourager cet effort et contribuer, par une excitation sensible, à l'accomplissement d'une fonction essentielle. saos vouloir abuser des causes finales, il est difficile de ne pas recoQnaîlre, dans cette coordination de moyens divers en vue d'une Dï^tne fin, les intentions d'une nature bienveillante et prévoyante. *^'esl donc du sein de ta mère que viendra k l'enfant, non seule- "^^nt )a substance qui le nourrit, mais aussi, ou peu s'en faut, le pre- "•ler plaisir, la première sensation. Cette sensation d'adleurs n'est P^s exclusivement une sensation de saveur : le toucher y a sa part;
y) " Les ftractiona du goût et de l'odorat tiennent le premier rang dans lu vie intmgjg. Ie Douveau-né en fait usage dès la prumiiTe foia, sans litoniiciiicnt et ^*na expérience; ii sent d'abord l'odeur du lait, rappt''Ie, en savoure le goilt, Ce *""' les prcmii^res d>: terrai nations qu'il porte avec lui en veuBiit au uioude. • ' ***As 08 BiBAN, Fondements de ta psj/c/iotoijU, part. !1, aect. u.)
la langue eL les lôvres possètlfiot en effet une vive acnsJbililé tactil
Et c'est peut-Ètro en pressant dans sa bouche le sein maternel qu
L l'enfant acquiert aussi la première notion confuse de rextériorité
Noos n'oserions soutenir pourtant que, du premier coup, l'actio
f de téter et les impressions gustalives qui en résultent soient v
I ment accompaj^nées de conscience. C'est par une impulsion loulj
instinctive que le nourrisson avance latrie ou les lèvres, pour g
l'approcher de la source de sa vie, et le renouvellement répété d'm