‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 22 sur 76 · acte tout machinal ii l'origine est probablement nécessaire pou · texte numérisé non relu

acte tout machinal ii l'origine est probablement nécessaire pou

que ta conscience apparaisse. Mais ce qui n'est pas contestable, c'ca

I que, de très bonne heure, l'enl'ant sait faire la différence entre I

l saveur particulière du lail docl il est nourri et les autres saveun

I On voit fréquemment des nourrissons qui ne peuvent s'accoulii

I mer à une nouvelle nourrice; et quoique les impressions de l'odorat

sans parler des habitudes de la sensibilité générale, puissent explt*

[ quer en partie celle répulsion, il est certain que le sens du goùl J

I intervient pour la plus grande part. De même que nous reconnaii

I sons si le vin qu'on nous sert aujourd'hui est ou n'est pas le mËnt

I qu'on nous servait hier, de m^me l'enfant s'apRrçoil tout de suit

I qu'il y a changement dans le lait dont il est abreuvé. J'ai vu allaite

un enfant au biberon, et je me rappelle avec quelle énergie désolô

L il repoussait le breuvage qu'on lui offrait, s'il était un peu n

I sucré que d'habitude. L'allaitement étant l'acte essentiel où s

I concentre presque toul entière la vie du nouveau-né, c'est dans o

[ cercle d'impressions que se développe d'abord la faculté de compa^

raison entre des sensations diETérentes, et c'est là aussi que se révâll

la force de l'habitude. En elTet, si l'enfant, pendant l'allaitement e

I après le sevrage, témoigne d'une préférence marquée pour lésa

I veurs douces et les substances sucrées, ce n'est pas seulemen

I affaire d'instinct et de goût inné (1), ni parce que l'organism

I (1) Nous n'hÉaltons pus à reconnaître ce qu'il y a d'instinctit et d'iimC I goût de l'fnfant pour les saveurs suertcs, et par conaÉqucnt pour le l«it.ll f I sur ce sujet une vieille expérience de Gatien qui, en ce qui concerne les u' [.maux, poraU décisive. Galian choisit un chevreau noiivnmi-nÉ et n'aynnt p. I encore pris la mamelle; il la plaça devant une rangi^e de vases Beralilobles. iiiai^^ ■l^eulplis cbiuun d'un produit dilTérent : loil, vin, huile, miel et farine. Le ctievrcnu*-^ ■Haïra rjinque vnso, mais cboiait celui qui con tenait le luiti M. Kohanes, qui ru.|ipiilli^^' L celle expérience (Èsaluiion mentale, etc., p. \'M), en conclut que • l'on ne ajiurai^ * I mettre un doute le fait de la mémoire hùrirlilnire ou de l'instinct ohé» le tlw^-' I vreau ». Il ajoute : » Il doit eu être probiibloujeitl d« niênie, en partit d» "^ f mùini, chez l'enfant. ■ £t U cite, d l'appui de cette hypothèse, les \iXfèciiiacet^^£

TBOÏB, go6t, odorat et touctieh.

l'ifp que la comparaisun des perceptions tactiles et des perceptions wueiles, qui lui apprendra à distinguer le sujet de l'objet. Celle iocalîsation de la douleur ne se produit pas d'ailleurs tout de suite. ' « Les animaux nouveau-nés, dit Ilouzoau, sont en étal de localiser lîurs douleurs. Il n'en est pas de même de l'enfanl. A quatorze mois, I^rnile, ajoute M. E. Egger, s>st fait au doigt une écorchure ; il pleure sans montrer son doigl, sans y porter l'autre main. Quelques j'-iurs auparavant, il a t'ait une chute sur le nez, et lë sang en a jailli, sans qu'il ail mieux compris, en apparence du nioins,où était le siège tlumBl(l). »

En promenant sa main sur son corps, en se livrant à toutes les pplites expériences qu'il tente sur sa léte et sur ses membres, il acquiert peu à peu l'idée de la forme et des limites de son propre corps, mais sans savoir encore peut-élre que ce corps est à lui. On a beau parler d'une sorte de sens vital,» qui nous donnerait conscience lie la dilTusion de notre être matériel, qui nous soggêrerait. dans une certaine mesure, l'idée d'une région où bat notre cœur, d'une ault-e où pense et réfléchît notre cerveau (2) ". Nous ne savons où est noire cœur que depuis que t'anatomie nous l'a appris; elle petit ftiFa-nt serait Tort embarrassé sans doute, si on lui demandait où rési«i<. |p siège de sa pensée. Mais ce qu'il peut apprendre de lui-mL'me, aidé par la vue et le toucher, c'est que c'est son corps, c'est sa chair T" soufCre, qui dans la maladie est tiraillée par la douleur, qui se '"■ùIcE* ou qui frissonne de froid; ou bien, inversement, qui se délecte '''-' F»1 aisir au contact d'une main douce et caressante. C'est ainsi que "'™"* Tuence le sentiment général du moi, bien entendu d'un moi indi- ' '■■' t>k' fit indistinct, et pour lequel il n'est pas encore question de '"* Sidérer le corps comme extérieur à notre Ame. El ce sentiment -'■léra! une fois formé, grâce aux localisations de la sensibilité, pluïs encore que par la perception, visuelle ou tactile, de la forme ''' ii«î la résistance des diverses parties matérielles de son être, Tentiin l (,si désormais en élat, en regardant, en touchant, en maniant 'objets, de reconnaître ce qui est distinct de lui et extérieur à sa petite personne.

!') tonKR, op. est.,}). 2C,

Pï W. Maillkt, op. cil., p. 1110,

L'aVOLUTioN INTELLECTUELLE.

mouvements de répulsion, des grimaces de déplaisir. Tandis qu suce avidement un morceau de sucre, il vejelte avec violence a médecine. Plus tard les prédilections marquées, les répugoances i xTDCibles s'accentueront encore. Nous avons vu un enfant de quai uns, généralement très docile, ne céder à aucune prière, & aucuE menace, quand on voulait le fbrcer à manger d'un plat de petits poil Et cet instinct de répulsion violente est si puissant que la vue seul des mets détestés déterminera parfois une véritable scène de colèM tout au moins l'enfant mellru la main devant les yeux, pour ne pi voir l'aliment qui lui déplaît. Nous n'avons jamais observé, quant nous, lea effets de cette heureuse et facile suggestion verbale qo M. Preyer prétend avoir employée avec succès, lorsque, pour décidf son fils à prendre un aliment, il se contentait de lui dire avec gje : Il C'est bon! •> et que l'enfant convaincu le trouvait bon t Bien qu'il y ait, dans les impressions du goilt, une part considérable faire â. la fantaisie, aux délicatesses qui peuvent être corrigées, aiH habitudes qu'il eût été possible d'enrayer, nous y trouvons fonds résistant, dérivé de l'innéité ou de l'hérédité, de d'appétits iustinctifg. Et M. l'reycr est mieux inspiré quaad, se me tant un peu en contradiction avec lui-même, il déclare qu'il imposé comme règle pratique de n'obliger jamais un petit enfant prendre des aliments dont la saveur lui déplaît (1).

L'odorat collabore avec le goût, et ces deux sens, dont les organe sont localement si voisins, ont entre eux une grande similitude [^ L'appareil olfactif se réduit lui aussi à peu decliose : une membrani qui tapisse l'intérieur du nez, et un nerf spécial qui s'y ramUle. semblerait donc naturel que le développement des sensations é l'odoral dût être aussi rapide, aussi précoce, que Test celui des sei sations du goôt; et il eu serait probablement ainsi, si elles élaien aussi utiles. L'utilité, c'est-à-dire l'appropriation à une fin que réel ment les besoins de la nature, c'est, dans l'évolution des fonction comme dans le développement des organes, le grand agent de l'a célération. Et voilà pourquoi les sensations de l'odorat, dont l'inul lité générale n'est guère contestable dans la vie humaine, alo

(1) M. Pkever, r.

(!) Il n'est paa

in qu'il y ail, d^s le diibut, âiirOi'endaticin entre les dl seni. Il n'y a peut-être pas tout d'oiioi'd dt-a odeurs et des suveara, d gafeurs-odeiirs : l'odeur du lait poc cceniple jointe à, la saveur du tait. Lorsqu'' priJseiite une Daur à l'enlant pour qu'il la sente, il ouvre la bouche. VoyuiM. Pi op. cil,, p. 18.

fneMiKHEs Emotions et leur ëxphessiox. 9I

nsUml insuisisaable, l'apparilion de la douleur (1). Nous ne croyons ]i;isijue cet ordre de prééminence elde succession soit la loi nécessaire ]'■ la sensibilité, la douleur, quoi qu'on en dise, étant aussi positive (ue le plaisir. Quoi qu'il en soit, la question, d'une manière ou il une autre, est réglée dans la vie intra-utérine et l'enfant n'a pas ;iltenilu de naître pour souiïrir et pour jouir, pour ressentir un vague hien-étre ou d'infiniment petites peines.

Commençons par tes peines. Nous ne reviendrons pas sur celles ([UL dérivent de l'exercice des cinq sens (2). Remarquons seulement i[ue, A l'origine, toutes les impressions sensitives, i l'exception de ta ?avpur du lait ou de la chaleur, sont désagréables à l'enfant. Ce qui sfratouL il l'heure source de plaisir, la vision, l'audition, n'est au il que source de souifrance. Les nerfs, dans leur dêlicalcsse, ne Iftenl supporter encore ni la lumière ni le bruit. Et ce qui n'est b moins remarquable, c'est que, dans une seconde période, lorsque fBensations auront pris quelque consistance, toutes les impres- 3 visuelles et auditives, ou peu s'en faut, plairont à l'enfant, »que toutes elles exciterontses organes désormais fortifiés et congés. 11 faudra du temps pour qu'une sélection naturelle établisse, î9 formes, dans les couleurs et dans les sons, les deux catégories B'agréabie et du désagréable; pour que l'enfant, tout d'abord séduit Vtout ce qui brille, par tout ce qui résonne, fasse une différence Ureux policfiinelie aux couleurs criardes et une poupée kislique aux nuances savamment combinées, entre le bruit de la celle et la mélodie du piano.

io gËaéral, d'ailleurs, les impressions des cinq sens, et il en sera si loule la vie, sont plutôt désagréables, quand elles le sont, que blleinenl douloureuses. Localisées dans une partie du corps, elles Bnl pas un retentissement assez profond dans l'organisme pour Kulir à la douleur. 11 convient de faire exception pour les sens&-

Wl • Toute douleur ayant pour cause un orrél de noti-a activité, une entrayo divers princities d'action de notre fire, il faut conclure, conil & teibniï et à Kant, que le fait primitif de notre nature n'est pas la I le plaisir, > (F. Uocn.LiEn, du Piaisir el de la liouleui; p. 101.] ,U contraire considérait que des doulcius imperceptibles, ou demi-doul^Stolenl la condition nécessiire du plaisir : " Sans ces demi-douleurs, disait ■ S n'y ouruit pis de plaisir, et il n'y aurait pus moyen de s'apercevoir que "' le ebosc nous aide et nous Boulage, ca 6tant quelques obstacles qui nous ■fcbvut de nous mettre à notre aise, u (Œuvres philoaojihiqaeB, i:d. Ej'duuuiu,

% Voyei plus haut cliapiti-e m et iv.

l'ÉVOLUTlON INTELLECTUELLE.

lions du toucher, tout au moins pour les sensations thermicini L'enfant est très sensible au froid (i). Gkié par la chaude tempér ture de l'uléms, ilaile la peine â s'acclimater à l'air libre; s'ilfaildi scènes, quand on veut le laver, c'est moins l'eau quo la froideur l'eau qu'il redoute (2). Nul doute qu'un froid intense, s'il y esti posé, ne lui cause de v^'rilables souffrances; car il peut en raourii

Une seconde série de peines et do douleurs, ce sont celles quidé' vivent des fonctions organiques, nutritives, respiratoires, et d? besoins qui correspondent à ces fonctions. De toutes les petites sères de l'enfance, il n'y en a pas qui éprouve la sensibilité du no risson plus qu'une alimentation insuffisante, ou mal réglée, ou vil par une cause quelconque. J'ai vu couler les premières larmes d'i de mes fils, à quatre mois et demi; la cause en était toute pi eaïque : sa nourrice avait mangf- trop de haricots verts 1 On racoE le cas d'un enfant de trois mois que sa mi^re mit au seîn, après avoir éprouvé un violent accès de colère: l'enfant, après qi eut télé, devint pâle comme la mort, et le résultat fut une crise convulsions dans le cAté droit du corps, la paralysie dans le d gauche. La faim est le premier besoin de l'enfanl; si elle n'est po satisfaite régulièrement, le malaise qui en résulte provoque uhei nourrisson des cris, des pleurs, et si ces souffrances se renouvelle trop souvent, elles prépareront peut-être pour la vie un tempéi irritable et nerveux. Que l'on compare, au point de vue du tère, les enfants abondamment nourris et ceux qui ne le sont

pTcment : les uns tranquilles, sages, satisfaits, les autres ot inquiets. On n'exagérera rien, en disant que quelques-uns t défauts du caractère définitif de l'homme ont germé sur le * d'une nourrice irréguiière ou mal portante. Un bon allaitement n' pas seulement condition de santé : il est aussi principe de bo» humeur. Notons d'ailleurs que, pendant les premiers mois, la fajin la soif, dans leurs retours périodiques, reparaissent plus fréquemilK et réclament satisfaction à des intervalles plus rapprochés. Cotni le fait observer M. Preyer, plus l'estomac est petit, plus souvïni est vide; plus sa contenance est grande, plus long est l'inlcrw

(I) Le sens de 11 tem[)ériifure n'eiiste peut-i'tre pas tnul de suite, i*tailt if que l'unCnot a, été aouiois k uoe tempëralure uDltorme penda-Dt la vie U utérine. Moi» les varialioiia auxquelles il est exposi;, cii'S an naisBBnne, diivelop vite ia aensation du troid et du chaud.

(ï) ■ L'usage de l'eau froide, si préconise de nos jours, na convient trèi tendre. ■ (D' d'Ahuon, op.

PREMIÈBBS ÉMOTIONS ET LEUH EXPRESSION.

entre les inomenls oii la nourriture est nécessaire, et plus rare la rdim (I). Au début, une lélée toutes les deux heures parait exigée par lesbesoins de la nature ; à trois mois, l'intervalle entre les repas pourra ^Imde trois ou (quatre heures; il ira en grandissant eneore, et l'enfant s'affranchira peu à peu de la se'rvitude qui, pendant les preniiiTes semaines, le suspendait à chaque instant au sein de sa mère.

Les sensations causées par l'insuffisance ou l'impureté de l'air, 1 iippression, la suffocation, celles qui dérivent des trouhles de la cirl'uktion du sanf;, ne mérilent pas une attention particulière chez l'enfant. Il en est autrement des sensations, particulièrement vives if^ns le premier (lgp,quiproviennent du sens musculaire etdu besoin iti' mouvement. Lorsque l'enfant crie dans son berceau, ce n'est pas l'Hijours la faim qui l'obsède: ce sont ses vêlements qui le gênent, son maillot qui le serre trop fort. Sans doute, la sensibilité propre de lï'pideruie a sa part dans ces impressions de malaise (2). Ce qui ne s«ait qu'un friilement léger pour l'adulte, peut être un contact Jouloureus pour l'enfant. Quand nous pensons le caresser doucement avec la main, nous froissons, nous blessons, sans nous en diiuler, sa peau délicate. Mais c'est surtout des entraves apportées ■* la lilwrté de ses mouvements que souffre l'enfant. Ligollé dans ses liintMs comme une momie, il ne peut étendre ses membres, il ne peut '\ercer ses muscles, et à la gêne d'une compression pénible s'ajoute " ils'plaisir de ne pouvoir agir.

Il est vrai que si la privation de mouvement est pour l'enfant une lause de chagrin, l'action à son tour, pour peu qu'elle se prolonge, "uvre une nouvelle source de malaises. Je veux parler de la sensa- Iwn de fatigue, qui accompagne presque tout de suite les excitations "erveuses des sens ou l'exercice des muscles. Pour y échapper, l'en- '^"t Se plonge et se replonge sans cesse dans le sommeil. Avec le peu ■'■ forces dont it dispose, la mesure de l'effort possible est aisément "''iiiteet vite dépassée. Rien que pour avoir crié ou tété, l'enfuBt -i fatigué et s'endort. Mais, quand il est trop surexcité pour trouver ''■ sommeil, il est visible qu'il souffre. Rien de plus malheureux que '''iifant qui a besoin de dormir et qui ne peut dormir. Le traducteur friiûçais de M. Preyer. M. de Varigny, écrit dans une note de sa Ira- ''m.'liou.qu'ilaétê souventfrappé de la sottise des enfants qui veulent

ill.M. PnnBH, op. cit., p. 137.

'!l llifn eiilfndu rslte sensibilité ne se mnnlrp |i.is toot ilc siiile, el il est ner- 'Ji» que. liun» les preiuiera jours, Ii aeasïltilili; au cuiilm:! est ù peine dJvcloppâO'

L'ÉVOU'TION INTfiLLECTIlELLB.

3'endormir: " Soavcnt. dil-il, ils grognenl, ils pleurent pendanl un quart d'heure; il serait pourtant l)ii?ii plus simple, semble-t-il, d^ s'endormir sans tant de façons (1). » Cela serait plus simple assurémont; mais l'enfant, pas plus que l'adulte, n'a le pouvoir de cainmander au sommeil, et noas savons tous combien est pénible cet état d'insomnie où, plus nous recherchons le repos, plus il semblo nous fuir.

La faiblesse de l'eufant se trahit sans cesse daos la fatigue qu'il ressent et dont il donne à chaque instant des preuves, soit pur son état de somnolence, soit par des cris suivis d'nn sommeil soudain. L"l il n'est pas douteux qu'il cette sensation de faLi(îue et d'épuiseme»t ne corresponde une impression désagréable. Le pouvoir d'action de l'enfant est encore si limité que le plaisir mt'me le fatigue vile. Asel • â l'&ge de deux mois, après avoir écoulé pendant quelques minutes les sons du piano, s'endormit pendant six heures sans se réveilbr = ce qui ne lui était jamais arrivé (2). La mobilité, rinconslaoci!, s»souvent reprochée à l'enfant, dérive souvent de sa faiblesse; chatons de ses fonctions ne pouvant disposer que d'une provision très res — treinle de forces, qui sont vite épuisées, il est obligii de passer vil» d'une occupation à une autre, d'exercer l'une après l'aulrù ses divcrae»facultés.

Pour achever d'esquisser ce tableau des peines qui sont le lot J^^JL l'enfant, peines toutes physiques d'ailleurs, et où r)nteliig;eiice.li^^| sensibilité morale n'ont rien à voir, il resterait à décrire les crise8<d^^| la dentition et du sevrage. Mais ce sont là questions médicales plulfl^^ que psychologiques. Nous empmnlerons pourtant à unobservalour" de l'enfance quelques traita qui montrent combien le travail délais dentition trouble profondément la sensihiliLé: «L'enfant devient inquiet... Quelquefois il pousse subitement des cris et se calme aussi- — tût... Son sommeil est souvent interrompu par des tressaillemeot^^'^ d'effroi. On voit que les gencives lui font mal, car il porte & la houch^^* tout ce qui lui tombe sous la main, et mâche avidement le preiflie^^-^ objet venu. Dans une seconde période, au contraire, il évite il^^*' prendre des objets dans sa bouche, et pousse des cris, s'il lui Hprfï ^ de mordre quelque chose par mégarde.,. Le teint de son visage f^^" soumis il des variations soudaines. Il est agité; s'il est sur les bras* * la personne qui le soigne, il manifeste le désir d'être couché >iar»

(1) M. pHnïEii, nj). ei(., p. 154, en note. J

PREMIËHES ÉMOTIONS BT UDH EXPRESSION. ^^M

son Ht; à peine l'y a-t-on déposé qu'il demande de nouveau h retourner dans les bras de sa mère ou de sa bonne. Iliou ne lui plaît... Il paraît tourmenté par un sentiment confus qui ressemble à de la peur dlqui ne lui laisse pas uu moment de repos (1). »

Nous n'aurions rien dit du sevrage, qui intéresse surtout les hy- (;it'niBtes, si cet événement considérable de la vie de l'enfant n'avait pnur effet de faire apparaître parfois une émotion d'un genre tout nouveau, je veux dire la tristesse. Si le sevrage est prématuré, s'il liai lirusque, s'il n'est pas secondé par le progrés naturel de l'orgunisnae. aspirant de lui-même il une alimentation nouvelle, it peut non seulement déterminer le dépérissement de l'enfant, mais le jeter 'itms une sorte d'abattement moral, qui a déjËi tous les caractères de If tristesse et du regret, la tristesse et le regret de la première li^biiude rompue.

Ce que nous venons de dire des malaises et des souffrances de l'enfant Dous dispense presque d'établir la contre-partie, c'est-il-dire 'I l'n umérer les plaisirsquiviennentlescontre-balaucer. Plaisir et peine '"'1 1 en effet corrélatifs. Ils émanent d'un même principe ; et il ne 'Uirait y avoir de sensibilité pour le mal, sans qu'il y ait en même Icuips sensibilité pour le bien. C'est doue de l'exercice progressif et mesuré des organes des sens, c'est de la satisfaction des besoins orga- "•lues, que dériveront les premiers plaisirs de l'enfant. Dans les premières semaines, ils résulteront presque uniquement de l'apaisement ^6 la. faim, des douceurs de l'allaitement. Balzac a mis ces paroles dans "Oonche d'une jeune femme : « Ce petit être ne connaît absolument 'lue notre sein. Il l'aime de toutes ses forces ; il ne pense qu'à celle '"tttaine de vie; il y vient, et s'en va pour dormir; il ne se réveille 4"^ pour y retourner. » Le plaisir pour l'enfant résultera encore du Ole ïi, être que procure au corps tout entier le bain o(i on le plonge, *■' a-Ussi des sensations agi'éablos que lui cause un& lumière douce '■^ ïnodérée. Les plaisirs de l'ouïe s'y joindront plus lard, et aussi ''-lix du toucher. Il ne faut pas l'oublier : il y a pour l'enfant, dans le 1'"' ïïiier exercice de ses muselés et de ses nerfs, des sources de plai- """i que l'adulte ne soupçonne pas, parce qu'elles se sont pour ainsi "ire taries pour lui, sous l'inlluence de la répétition et de l'habitude. ™Jn(-eong à tout ce que doivent représenter de petites sensations '^8>^ables, soit les impressions ressenties dans les premières prome- "a Jes, la clarlé du jour, l'azur do eîel, dont un aveugle-né, quelques

•') H' u'Aiiiioii, (p. ef(., p. laS.

L'ÉVOLUTION LNTELLKCTUEr.I.E.

jours après l'opératioD, disait qae- celail ce qu'il y avait de plusbeai au monde, soit la sensation de l'air pur et frais qui vient pour 11 première fois battre la jeune tête de l'enfant. El de même, quand l'enfant s'est familiarisé avec lus objets estêrieura, quand il a s moulé ce premier effet de surprise et de pflur que détermine l'appa ritiOD de toute chose nouvelle, n' est-il pas certain que les percepl.ioni les plus simples elles-mêmes, celles qui plus tard nous laisseranl indifférents, ne le trouvent pas insensible, et que, dans ce monds , des choses réelles, où chaque regard qu'il jette est une découverl^ laissant, comme dit 1g poêle, » laissant errer sa vue étonnée i ravie n, il éprouve, sinon des plaisirs très nets et très distincts, d moins un vague contentement? On ne comprend pas pourqoi M, Preyer prétend que, pour les enfants du premier âge, « le plsiS provient plutitt de l'absence de causes de déplaisir, que de la pré SPnce de causes réelles de plaisir (1) ». Des la première joiimft l'enfant qui a réussi à prendre te sein de sa mère, fait rexpèrieni d'un plaisir positif, qui se renouvelle plusieurs fois par jour. EU bout de quelque temps, lorsque l'activilé musculaire pourra s'ei^ eer, lorsque l'eufant saura étendre et mouvoir ses membres, loraqu émettra quelques sons, lorsqu'il maniera les objets, tous ces a vements l'égaieront et le réjouiront : plaisirs déjà très vifs, en atlfli dant ceux que lui réserve la joie des premiers pas, le jour ub marchera.

Ou peut donc conclure que, les premières semaines exceptée il y a dans le premier âge de la vie, comme â tout âge, une6 lance, un mélange équitable de biens et de maux. Seulement, Dt> l'avons déjà dit, l'expression est plus prompte, plus énergique, dî le malaise, que dans le bien-être. « Quand leurs sensations s agréables, disait déjà Rousseau, les enfants en jouissent on i lenca{2) ; » assertion trop absolue, car l'enfant qui éprouve da ptaî sait le dire dans son langage : il gazouille, il gesticule, il sourit. 1^ à tort qu'on a soutenu que l'explication des premiers mouveiofl et des premiers symptômes de la vilalité doit être cherchée ^1 quelque malaise, que les premières émissions vocales, par exenij dépendent uniquement d'une souffrance (3). Non, l'enfant s des mouvements de plaisir, et, à un âge un peu plus a

(1) M. PlIEÏtK, 0/1.

(!) UntssEAu, Emile, livn (3J W. SoimiAU, EstMliii,

PREMrftBES ÉMOTIONS ET I.El'R EXPUESSIOV. 97

pisnpnipntfi (le joie, de petîta cris aussi, comme un ramage <ie cont<^nlemenl et de satisfaclion. Si les états pi^iiibles de sa sensibilité ont Itiut de m^me une tendance plus inarqu«fe A se manifester, c'est i^u'ils réclament soulagement et secours; et ils donneni ainsi au tout petit enfant l'apparence d'ûlrr» plus malheureux qu'il ne l'est en rlTel.

Les plaisirs et les peines que nous venons d'énumérer sont liés,

■ liiaox oi^anes des sens, soit à des fonctions organiques, et localisés l:inB différentes parties du corps. Us correspondent d'ailleurs, est-il ''soin de le dire, ^ autant de désirs et d'aversions, de goûts et de

l'iignances: le plaisir et la peine n'étant que les phénomènes constils qui révèlent des inclinations, des besoins innés. Ils consti-

I ni ce qu'on pourrait appeler les .- éléments de la sensibilité ». de .' tue que les perceptions particulières, isolées, successives, sont les

iiiunls de l'intnlligence- Est-il donc impossilile de signaler chez

"Tant des phénomènes sensibles d'un ordre plus complexe, dêri-

■■ inl, non immédiatement el directement de l'organisme musculaire

II nerveux, mais d'un groupement, d'une association d'éléments dî- > '^s, c'est-à-dire de sensations déjà éprouvées, d'images et de sou-

■ ^irs; et même d'y noter de véritables sentiments qui, tout en s'api> jQt sur des plaisirs matériels déjà ressentis, n'en témoignent pas

I. lins de leur virtualité et de leur énergie propre? La réponse ne saurait être douteuse; les états affectifs de l'enfance ■us présentent la série complète des phénomènes de la sensibilité: 1 - sensations, nous l'avons vu, et aussi, comme nous allons le mon- -'T. des émotions, même de petites passions.

On ne s'avancera pas trop, en effet, en affirmant que le besoin de ' . nnnrritupe cesse vite d'être simplement un besoin inslinctif, el que, -:irexcité par le souvenir des salisfaclions déjà éprouvées, il devient III" passion, avec son caractère d'idée fixe, de domination tyrannique ! l'xclusivo. Au bout de quelques mois sans doute, les facultés nais- ".nlas s'équilibreront et se feront contre-poids. Mais, à l'origine, l'enfant n'est qu'un petit monomaniaiiue de gourmandi se, a» ' rapporte tout à l'unique action de téter et qui s'endort dèà c est satisfait. « Ses premières amourgj^^f le (1). n Plus tard, il se laissera dislraîr»! IVPirtBDt d'iinenfunt de deux mois, un cortf

% L'ÉVOUmON INTELLECTUELLE.

jours après l'opératioD, disait que e'élaîlce qu'il y avait de plus beat' au monde, soit la sensation du l'air pur et frais qui vient pour Ii' première fois battre la jeune tête de l'enfant. El de même, quand l'enfant s'est familiarisé uvec les objets extérieurs, quand il a si monté ce premier effet de surprise et de peur que détermine l'appirition de toute chose nouvelle, n'esl-il pas certain que les perceplinni les plus simples elles-mêmes, celles qui plus tard nous laisseront inditîërenls, ne le trouvent pas insensible, et que, dans ce monde des choses réelles, où chaque regard qu'il jette est une découverte, laissant, comme dit le poiMe, " laissant errer sa vue étonn(?e i ravie ", il éprouve, sinon des plaisirs trfis nets et très distincts, itl moins un va^ue contentement? On ne comprend pas pourqao M. Preyer prétend que, pour les enfants du premier Age, " le pW provient pluttU de l'absence de causes de déplaisir, que de la prf sence de causes réelles de plaisir {!) n. Dès la première joumés l'enfant qui a réussi à prendre le sein de sa mère, fait l'expé-Meac d'un plaisir positif, qui se renouvelle plusieurs fois par jour, Elï bout de quelque temps, loi-sque l'activité musculaire pourra b eer, lorsque l'enfant saura étendre et mouvoir ses membres, lorsqu' émettra quelques sons, lorsqu'il maniera les objets, tous ces n vemenis l'égaieront et le réjouiront : plaisirs déjà très vifs, on alla danl ceux que lui réserve la joie des premiers pas. le jour oti marchera.

On peut donc conclure que, les premières semaines exceplfe il y a dans le premier âge de la vie, comme à tout Âge, une lance, un mélange équitable de biens et de maux. Seulement, n l'avons déjil dit, l'expression est plus prompte, plus énergique, d le malaise, que dans le bien-être, « Quand leurs sensations s agréables, disait déjà Rousseau, les enfants en jouissent en i lenee(2) ;» assertion trop absolue, car l'enfant qui éprouve dnplnîl sait le dire dans son langage : il ga/.ouîlle, il gesticule, il sourit ( à tort qu'on a soutenu que l'explication des premiers mouvemai et des premiers symptômes de la vitalité doit être cherchée i quelque malaise, que les premières émissions vocales, parexetnj dépendent uniquement d'une souffrance (3). Non, l'enfant i des mouvements de plaisir, et, il un âge un peu plus avancé, des I

(1)M. PllBïEB, op. cil., p. lis.

(îlllwiasB*u, SmiU. Uvre L

[3) M. Soimuu, EMMlique du mouvement.

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