‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 24 sur 76 · PREMIÈRES ÉMOTIONS ET LEUB EXPRESSION · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ÉMOTIONS ET LEUB EXPRESSION

pisnements de joie, de petits cris aussi, comme un ramage de coti- Icnti'meDt el de satisraclion. Si les étals pc^nibles do sa sensibilité ont tout de même une tendance plus marquée à se manifester, c'est (|u'ils réclament soulagement ni secours; Ptils dnnncntainsi au lout pi! lit eu faut l'apparence d'flrp plus malheureux qu'il ne l'est en flTol,

» plaisirs et les peines que nous venons d'énnmérer sont liés. lux organes des sens, soit à des fonctions organiques, el local isùs ■idifférentes parties du corps. Ils correspondent d'ailleurs, est-il b de le dire, ^ autant de di^sirs et d'aversions, de goAts et de [nsDces: le plaisir et la peine n'étant que les phénomènes consi qui révèlent des inclinations, des besoins innés. Ils consU- Uce qu'on pourrait appeler les « éléments de la sensibilité u, de h que les perceptions particulières, isolées, successives, sont les de l'inlfiUigence. Est-il donc impossible de signaler chez es phénomènes sensibles d'un ordre plus complexe, déri- I immédiatement et directement do l'organisme musculaire IX, mais d'un groupement, d'une association d'éléments di- Ec'est-à-dire de sensations déjà éprouvées, d'images et de sou- '°nirs; et même d'y noter de véritables sentiments qui, tout en s'api>.inl sur des plaisirs matériels déjà ressentis, n'en témoignent pas ' iiiDs de leur vîrlualité et de leur énergie propre?

La réponse ne saurait être douteuse; les états affectifs de l'enfance ""lis présentent la série complète des phénomènes de la sensibililé : ■'"S sensations, nous l'avons vu, et aussi, comme nous allons le mon- ''"'^r, des émotions, même de petites passions.

On ne s'avancera pas trop, en effet, en affirmant; que le besoin de " nourriture cesse vite d'être simplement un besoin ïnalinctif, et que, Irexcité par le souvenir des satisfactions déjà éprouvées, il devient 'Oo passion, avec son caractère d'idée fixe, de domination tyranntque l exclusive. Au bout de quelques mois sans doute, les facultés naisantes s'équilibreront et se feront conlre-poids. Mais, à l'origine, Biifant n'est qu'un petit monomaniaque de gourmandise, qui rap- Brte tout A l'unique action de téter et qui s'endort dès que son esimac est satisfait. « Ses premières amours sont celles d'un gastro-

t[l). •> Plus tard, il se laissera distraire de sa pensée dominan te : riant d'un enfaot de deus tlwis, un corrrspiiiiildTil dr M, Perez ■■•-rit :

fc'Svuunôit iVtmxB/u»vi6t'

aff^l

Il n'est pas à contester d'ailleurs que, dans les émotions affel tueuses lie l'enl'ant, l'iSgoïsme ne se mêle àl'alTectjun di-sintércsseï Mais n'en sera-t-il pas toujours ainsi î N'cst-il pas bien rare de r&*: contrer un senliment d'afl'ecliou absolument dégagé de toute préo*-

[ cupation personnelle? C'est ainsi que l'enfant aime sa mère po

I lui-même, beaucoup plus que pour elle-même ; il l'aime dans l'inti-i de son propre bien-être que la mère assure par ses caresses et pi ses soins (1). Le fils de Tiodemana, vers l'âge d'uu an, s'éla attaché insensiblement & sa sœur et à un petit chien, qui jus que-là lui avaient été parfaitement indifférents: « Il ne voulait pa qu'on fit mal à l'un ou & l'autre; car tous deux commençaient àh servir de passe-temps dans ses jeux. » De la même i'a<;on, plv

I tard, l'amitié ne sera, dans ses débuts, que le plaisir de jouer avi des camarades. L'impression égoïste reste toujours le point de di part, de même que, à la racine de toute idée abstraite et géoérali il y a toujours une perception sensible ou une image pariiculièrf Remarquons d'ailleurs que les affections de l'enfant sont guidéi par ce sentiment particulier qu'on appelle la sympatliie, propre du mot, c'est-à-dire la tendance à reproduire, à reflète pour ainsi dire, los sentiments d'autrui. C'est pour celte raison s doute que tes animaux sont les meilleurs amis de l'enfant. 11 syng pathise naturellement avec des êtres qui lui ressemblent par tant i eûtes, chez lesquels il retrouve des besoins analogues aux siens, môme appétit de lu nourriture, la même tendance au mouvemen

I le même désir de caresses. Se ressembler, c'est déjà, s'aimer. '.

I mal qui souffre, qui crie, qui a faim, qui désobéit, qui est grand rappelle à chaque instant à l'enfant les aventures de sa proj vie. C'est pour celle raison qu'il recherche sa compagnie, qi trouve un charme particulier aux histoires qui lui parlent des bêle^ La sympathie n'est pas un instinct aveugle ; elle est déjà un sent ment, je veux dire que les représentations intellectuelles y ont loi

(I) » L'allaitement, avec les cai-essea qui l'ace Doipngnent, constitue fngent plus impiirtajit dana le «lùveloppeiuent da sentiment. C'est de " i^ette suni'cc pt Hîologiqae de la connexion de In mcre avec aon enfant », Btlon l'tïpi-cssion I M. FoNSBAGHivEs (Leçoits d'h'jgâne infaatils. Paris, 1S83). que Joilli'jseiit les sen t mcnts \ venir de la solidarilé humaine et de l'alti'uisme, Comme l'a dit M. Mobi [■(Ualatfieï mentales, 18G(I, p. oUl) : L'éducation maternelle preiiiiiTe, grioe û uj I joule de soins allentils, de caresses instiiiclivement ingânifusts, gv&ao h le ■iongiio incubation morale, si l'on peut s'e^itHmer ainsi, nous enfants k la H Ipipirituelle, coinaie nous avons iti cnfanti-s à la vit physique, et nous rend dei rfoi» le lils de nos mires. ■> {W Sikokski, lier, phii., t. XIX, p. SSÎ).

PHEHIÈRBS ÉMOTIONS ET LEUR ESPHESSION.

(riijpurs de l'enfant correspondenl à des souffrances déjà rcssenlies. Ils, fail de bonne heure l'expérience du mal; il en redoule l'approche et le retour. Et il est à remarquer que, dans certains cas, L'\posê û un danger réel, ït ne s'émeut pas, par ignorance et par inconscience. L'intrépidité de l'enfant n'est le plus souvent que l'iml'révnyance du péril. Un enfant qui n'a jamais été battu, par escinple, ne comprend pas le sens des menaces et ne s'en effraie pas, Vous vous avancez vers lui, la main ouverte pour le frapper: il vous répondra par un joli sourire. H ne connaît que vos caresses; il ne devine pas la signification de votre geste de colère: comme un jeune chien qui accueille par des gambades et des sauts joyeux la badine dont vous allez le frapper pour la première fois.

Hais si l'enfant a parfois des sourires pour les dangers réels, il a dps pleurs aussi pour les périls imaginaires. En d'autres termes, le souvenir d'un ma! déjà éprouvé n'eslpas toujours nécessaire pour que é'enfant ait peur (1), Et la preuve, c'est qu'il témoignera d'une vive ù>U,âroccasion de choses absolument inottensives. Soitinllueucc plliérédité, soitsentiment de faiblesse, sans expérience préalable, le Rtit enlant manifeste des appréhensions naturelles, spontanées, et ^ sous deux formes : la peur du nouveau et de l'inconnu, la peur J l'obscurité (2).

l-ll faudrait, pour l'usage de l'enfance, retourner le vieux dicton, pdire:« Tout nouveau, tout laid. « Tout ce qui est chose nouvelle, S*o familière, fait tressaillir et pleurer l'enfant. A la vue d'un visage Wonnu, il se rejette en criant sur le sein de sa nourrice. El c'est Ken h nouveauté de l'impression seule qui l'elTraie; car l'étranger, "^Qel il refuse aujourd'hui de tendre la main, dans quelques jours, ftïe familiarisera assez avec lui pour se jeter à son cou. De même F ftoimaux domestiques, le chien, le chat, qui deviendront bienli^it • objets favoris de la tendresse de l'enfant, lui causent tout d'ad d'indicibles terreurs. Un simple changement dans le costume do P'njre on de son père le fait crier et pleurer, Et voilà pourquoi une piile fiile de quatre mois, cilée par M. Preyer, se mettait à pleurer, •fiod sa maman s'approchait d'elle avec un grand chapeau sur la

Bj • Il eal tout à fnit erroné da croire que l'enfant, â qui l'on n'a \ms appris la ff ne la connaît pas. ■ (M. Pbbïbr, op. dl., p. 1.17,) ■ La peur, dit le D' Sikorski, est un sentimont mof ; elle parait tris Uil, fet que l'eufaDt oit eu des raisons d'éprouver la crcùnte. Les petits enranta Rivent une terreur panique, à la vue d'un chat ou d'un chien qui s'appiocba r le plus débonnaire. •

i 110 L'ÉVOLUTION INTELLECTUELLE. ■

' associe un signe cxlérieur. C'est des yeux de l'enfant surtout qu'ofl ' peut dire qu'ils sont les miroirs de l'âme. Plus tard, l'hooimo apfl j prendra à dissimuler ses sentiments, à. ensevelir au plus profond dM son èlre tout ce qu'il voudra cacher. Des passions ardentes se dérobai I ront souvent derrière un masque impassible, ou ne se trahiront q^H par des signes imperceptibles. L'enfant, lui, ne veut rien retenir de Cfl I qu'Usent, et il le voudrait qu'il ne le pourrait pas, les organes de I l'expression n'étant pas encore maîtrisés par la volonté. Le dualisme I qui s'établit chexl'homme fait, pour mettre d'un crtté la volonté autonome et lus facultés morales, de l'autre un corps discipliné et docile, est à peine ébauché chez l'enfant. Sa petite kme rayonne dan: tous ses muscles. Elle se reprendra, se ressaisira chez l'adulte ; dans les premières années de la vie, elle s'abandonne, avec une pro^ I gieuse exubérance; et aucun contre-ordre de la volonté, aucun! inhibition des facultés de réflexion ne vient arrêter dans son élai dans sa prodigalité excessive, le besoin d'expression d'une àroM naissante qui, pour ainsi dire, ne fait encore qu'un avec le corps. II j a presque toujours disproportion entre les facultés expressives et 1(9 impressions ressenties; mais tandis que dans l'âpe mûrrexpressidi reste au-dessous de la réajité, dans l'enfance elle la dépasse, faut embrasse plus qu'il n'aime ; il crie, il pleure plus qu'il ne souj fpe; il rit, il sourit plus qu'il ne s'amuse; et quand il saura parlei il parlera plus qu'il ne pense.

Ce n'est pas du premier jour d'ailleurs que les cris, le sourire, lel

larmes, les gestes acquièrent une signification. Avant de devenir d(a

mouvements expressifs, ils ne sont que des mouvements impulsifa

Nous l'avons déjà établi pour les cris (1), nous allons le montre

pour le sourire, le rire et les larmes. Le même mouvement peut élut

tour à tour un pur réflexe, une action automatique, un signe involon"

taire, enfin l'expression volontaire de tel ou telétatd'àme. Sans doute,

un observateur attentif pourrait noter dans le mouvement lui-même,

suivant qu'il parcourt l'une ou l'autre de ces diverses phases de son

évolulion,dosdifférencesassez sensibles; il constaterait, par exemple,

que les cris de l'enfant ne se ressemblent pas, quand ils n'expri-

I ment rien, ou quand au contraire ils expriment une aensatio

l émotion, la faim, la colère; que le sourire n'est plus le même, qu'il a

I transfigure, même matériellement, quand il correspond à un send

I (I) Voyez plus haut, chap. u, p. 40.

PREMieBES KMffflBNS BT LEDB EXPRESSION. !01

1 les ramoneiirsl « Et cet excinplfi prouve bien que l'enfant n'a besoin qu'on lui ait farci la tûle de sottes histoires, pour s'êpoulor dans les ténèbres. Ce ne sont pas seulement des élres sur- Urels que son imagination évoque: ce sont aussi des êtres réels, ivoleurs, des ramoneurs!... Où il ne voit rien, il imaf^ne tout. ^nons à cela cette répugnance naturel le pour le noir , qui est génétmeal constatée par les observateurs de l'enfance, M. Preyer cite enfant qui, h di\-sept mois, avait peur même de sa mère, quand I voyait habillée de deuil (1). Le fils de Tiedemanu, au cinquième îs.se détournait des personnes vêtues de noir, avec des marques îs de répugnance. «Le noir, couleur de l'obscurité, désigne par même quelque ciiose de désagréable. » Ajoutons enfin que c'est la tude qui effraie encore plus que les ténèbres. Mâme quand il n'est seul, l'enfant, plongé dans l'obscurité, croit qu'il est seul. Ses I ne peuvent plus se reposer sur les personnes ou sur les choses 'sont les soutiens familiers de sa faiblesse. Il se sent comme DdoDDé, délaissé. Tel est le sens do la réflexion de cet enfant qui itiun de ses camarades: » N'allons pas de ce c4té; il n'y a lonne; on pourrait nous faire du mail »

it-il nécessaire, pour expliquer les appréhensions instinctives du

nier âge, de faire appel i l'hérédité, comme le veut M. Preyer,

Œe le veut Darwin; et d'admettre que " les craintes de l'enfant,

ju'elles sont tout à fait indépendantes de l'expérience, sont les

B héréditaires des danfiiers réels et des superstitions grossières

datent de l'époque de la vie sauvage ? », Ce serait tout à fait

Bir les choses, et aller chercher, bien inutilement, dans un passé

islorique, une explication qu'on a, pour ainsi dire, sous la main,

I les deux catégories de frayeurs que nous avons examinées,

K que détermine l'imprévu d'une impression nouvelle, ou bien

snce de la lumiÈre , il s'agit précisément de craintes chimé-

i, dont l'expérience démontre l'inanité. L'expérience de nos

fi n'a donc rien k y voir. Darwin semble s'appuyer, il est vrai,

'autres faits, et en particulier sur l'exemple suivant : i< Lorsque

mon fils n'avait encore que deux ans et trois mois, je le menai au

Jsi'din zoologique, et il eut grand plaisir à regarder les animaux

'1"' ressemblaient à ceux qu'il connaissait — chevreuils, antilopes.

'' Mme Nbckrh de SAiissonB prétend cependant nue la peur du noir est un ^"pl" effet de l'habiliide. ■ En Afrique, dil-elle, les petits nègres ont peur lie» ' {Éducation iirogresiiBe, I. Il, chsp. iv.)

L'ÉVOI.UTiON INTEUECTI'EIXE.

[ tous les oiseaux et mAine les autruches — ; mais ïl eut grrftnd' pew I dos unîmatiK de grande taille qu'il vit enfermés dans des cages; I dans la suite, il disait souvient qu'il aimerait â retourner au Jardin |] ïoologiquB, mais non à voir tes Mes dans des maisons. » Et Darwin conclut que cette frayeur serait inexplicable, si on ne la cunsiilmil I pas comme le souvenir des luttes sanglantes que nos ancêtres oqUu [ t soutenir contre les fauves, dans la vie primitive. Le phénomÈne csl Lpourtanl. ce semble, beaucoup plus simple. Darwin remarque luimême que l'enfant ne s'effrayait nullement à la vue dns animaui dont les formes lui étaient familières, et qui vivent en liberté. Si les } fauves, emprisonnés dans leurs cages, lui causaient une autre impression, c'était un simple effet de surprise. Par leurs formes, pnf , leurs dimensions, peut-être par leurs mouvements, s'ils bondissaient I derrière les barreaux, surtout par le l'ait qu'ils ctulent enfermés ndansd()s maisons», selon le mot même del'onfant.le lionet leVgre étonnaient et par suite épouvantaient son imagination. Non, ce n'est pas dans une remémoralina inconsciente de la vil L des ancêtres, c'est dans la nature même de l'enfant qu'il faut che^- [ cher l'origine de ses frayeurs. Ce sont les dangers réels, ne l'oublions pas, qui l'émeuvent le moins; et même, quand il n'a pas été mal' traité dès les premiers jours, il semble traverser une période initiall que caractérise l'absence de la peur (i). Mais, au bout de quelque! mois, il a éprouvé !a souffrance, il a vaguement entrevu sa faiblesse Etdans sa petite expérience du mal. par une généralisation naturelle il soupçonne le danger partout; comme un malade, dont le corps ei dolori s'effraie d'avance de tout mouvement et de tout contact. î pressent un danger surtout derrière les choses qu'il ne panin'on pas à comprendre, parce qu'elles ne cadrent pas avec son expériente Sur ce point les observations recueillies par M, Romanes{2), datt' ses études si intéressantes sur l'intelligence des animaux, éclmrci sent singulièrement la question; elles prouvent que les chiens, p»^ exemple, ne s'épouvantent de ceci ou de cela que parce qu'ils bB ' ignorent la cause. Un chien, qui avait peur du tonnerre, fut pris d'iW" état d'angoisse, un jour qu'il entendit un grondement, imitant le W' re, et produit par un tas de pommes que l'on jetait sur le planel»*

(1) Ce!

; l'opinion de M. Prey l'tfnfanl a Opriniïù de s peur est reti^dûe at pire versa n.

(3) M. Roautn, £va/iitian mentale dss animaua.

■(., p. las. M, Preycr prise . douiourfuses, jilus l'ii[ipai'

n loi'l»'

PnSMltREG fiHOTIONS KT LEUR EXPRESSION.

\ii grenier; aussiLilt qu'on l'eùl ciinduU dans le grenier, il parut comprendre la cause du bruit, et redevint calme et gai, comme aupardïanL. Un autre chien avait l'habitude de jouer avec des os dessëc)Ki: M, Romanes attacha un jour un fil tenu et peu vitjihle â l'un de o-i OS, et tandis que le chien jouait avec lui, le tira lentement; en jUTâence de cet os, qui semblait se mouvoir spontanément, le chien iTtula de terreur... De la même façon les chevaux ombrageux m'iuifeslent de l'elTroi, tant que la cause du bruit qui les épouvante Ti'ik inconnue et invisible pour eux. Il en est de même de i'enfant. Devant loutea ces choses qui l'entourent et dont il n'a aucune idée, Jevantces objets sonores, ces Formes, ces mouvements, dont il ne devine pas les causes, il est naturellement en proie à de vagues alarmes. Il ^st comme nous serions nous-mêmes, si le hasurd nous jetait tout '1 un coup, sans transition, dans un pays inexploré, devant des êtres ' : Jfls objets étranges ; nous serions soup^ionneux, toujours sur le ijiii-vive, disposés à voir des ennemis imaginaires derrière chaque buisson, pressentant un péril nouveau à chaque tournant du chemin. Le chapitre de la peur serait long, si l'on voulait entrer dans le oienii détail, elexaminei' toutes les formes que revèl cette émotion, ilfpuis la terreur, pleine d'angoisses, que pendant quelques instants éprouve le petit enfant, en présence d'un incendie, par exemple, jusqu'à la limidité, celle crainte dift'use, qui paralyse tous les mouviiinents de l'enfant de trois à quatre ans et qui est comme le résidu ili'i frayeurs du premier âge. 11 y aurait bien des espèces k distin- S^''': pur exemple, la peur de tomber, qui ne se manifestera pas seiil(,i[ueulcheï l'enl'ant qui marche d'uu pas cliancelanl encore, mais lui apparaît déjà chez i'enfant à la mamelle, quand il se serre do liiulïs ses forces contre le sein de sa nourrice, pour ne pas glisser l'Hi' terre, une sorte d' « agoraphobie » puérile, une peur du vide 'rés caractérisée (1). Aen croire M. l'royer, l'enfant aurait aussi une pi'Hi'iastinctivG de l'immensité de la mer. u Au vingt et unième mois, ""^n Ijls manifesta tous les symptômes de la peur, quand sa bonne '''porta lout près de la mer, 11 commença à se plaindre; il se cram-

il)Cmriireî! Tiedeuahs, 'ip. «(.;» L'enf.int et '" vil qu'il TOuIftit se servir de ses mains poi "•- 5ur ses braa, oo lahiisiiit nvec mpiditL', '^ Oiiûns, pour ne pas Lombcr. Il lui iJLait dusi

''e pouvait uvoir uucimc idée de cbute. Ai

lit ilous son cinquième mois. Alors ir Ec retenir. Qunnd, après i'BVDÏP il s'clTorgait de se tenir ferme avec igvËable aussi d être levé triïs haut.

e hiiuteur g:

luple iiiipi-ession machinale, du genre de celles que l'on ressent U'pùe, à peu près anulugue au verlijL;e. n

L'ÉVOLUTION INTELLECTUELLE, jours après Topération, disait quo c*élail ce qu'il gavait de plusbe au monde, soit la Hensation de l'air pur et Trais qui vient pour I première fois battre la jeune tète de l'enfant, El de même, qnB» l'enfant s'est familiarisé avec les objets extérieurs, quand il a sm monté ce premier effet de surprise et de peur que détermine l'appi rition de toute chose nouvelle, n'est-il pas certain que les perceptioâ les plus simples elles-mêmes, celles qui plus tard nous laisseroii indiflérenls, ne le trouvent pas insensible, et que, dans ce muai des choses réelles, où chaque regard qu'il jette est une découverb laissant, comme dit le poi>te, '> laissant errer sa vue élonni!e ' ravie », il éprouve, sinon des plaisirs très nets et très distincts,! moins un vague contentement? On ne comprend pas pourqn M. Preyor prétend que, pour les enfants du premier Age, n le pl^i provient plulAt de l'absence de causes de déplaisir, que de la p sence de causes réelles de plaisir (1) u. Dés la première journi l'enfant qui a réussi à prendre le sein de sa mère, fait l'expépieî d'un plaisir positif, qui se renouvelle plusieurs fois par jour. Et bout de quelque temps, lorsque l'aclivil^ musculaire pourra s'ei cer, loraque Tenfant saui'a étendre et mouvoir ses membres, lorsqi émettra quelques sons, lorsqu'il maniera les objets, tous ces mo vements l'égaieront et le réjouiront : plaisirs déjà très vifs, en atK dant ceux que lui réserve la joie des premiers pas, le jour oll marchera,

On peut donc conclure qui', les premières semaines excepté il y a dans le premier âge de la vie, comme h tout âge, unel lance, un mélange équitable de biens et de maux. Seulement, m l'avons déjà, dit, l'expression est plus prompte, plus énergique, d le malaise, que dans le bien-être. « Quand leurs sensations S agréables, disait déjA Rousseau, les enfants en jouissent en lence(2) ; » assertion trop absolue, car l'enfant qui éprouve duplfi sait le dire dans son langage : il gazouille, il gesticule, il sourit. C ik tort qu'on a soutenu que l'explication des premiers mouvemi et des premiers symptûmes de la vitalité doit être cherchée t quelque malaise, que les premières émissions vocales, par exem dépendent uniquement d'une souffrance (3). Non, l'enfant t des mouvements de plaisir, et, <\ un âge un peu plus avancé, deGr

(I) M. Phsïeh, op. cil., p. 118.

(î) HniissKAu, Emile, livre 1.

(3) M. S'JCilui), EstMUque du inautement.

PREMIÈRES ÉMOTIONS ET LEUB EXPHESSlOîf. piSnemer ts de jnie. de petits cris aussi, comme un ramage de cm- Icnlemenl el de satisfaction. Si les états pénibles de sa sensibilité not tout de même une tendance plus marquée à se manifester, c'est i|u'ilsfÉclamentsou1a(;ement et secours; ptils donnent ainsi au tout pptil enfant l'apparence d'être plus malheureux qu'il ne l'est en cHeL

^KS plaisirs et les peines que nous venons d'énumérer sont lii/s, ^Imx organes des sens, soit il des fonctions organiques, etlocaliséa (1ms différentes parties du corps. Ils correspondent d'ailleurs, est-il Vsnin de le dire, ^ autant de désirs et d'aversions, de goûts et de ivpnjjnaQces : le plaisir et la peine n'étant que les phénomènes cons- 'l'iils qui révèlent des inclinations, des besoins innés. Ils consti- I l'iil ee qu'on pourrait appeler les >' éléments de la sensibilité >i, de I raf! que les perceptions particulières, isolées, successives, sont les luonls de l'intelligence. Est-il donc impossible de signaler chez i :ifaQt des phénomènes sensibles d'un ordre plus complexe, déri- ' ;il, non immédiatement et directement de l'organisme musculaire ■' norveux, mais d'un groupement, d'une association d'éléments di- 'TS. c'est-à-dire de sensations déjà éprouvées, d'images et de sou- ^'■nirs; et même d'y noter de véritables sentiments qui, tout en s'appiiyant sur des plaisirs matériels déjà ressentis, n'en témoignent pas muios de leur virtualité et de leur énergie propre?

U réponse ne saurait être douteuse; les états affectifs de l'enfance

n"us présentent la série complète des phénomènes de la sensibilité;

■If s sensations, nous l'avons vu, et aussi, comme nous allons le mon-

l'er, des émotions, même de petites passions.

On ne s'avancera pas trop, en effet, en affirmant que le besoin do

"■ n-iiirriture cesse vite d'être simplement un besoin instinctif, et que,

i!'\eitôpar le souvenir des satisfactions déjà éprouvées, il devient

"■ passion, avec son caractère d'idée fixe, de domination tyrannique

I ^clusive. Au bout de quelques mois sans doute, les facultés nais-

iii's s'équilibreront et se feront contre-poids. Mais, à l'origine,

■filant n'est qu'un petit nionomaniaque de gourmandise, qui rap-

Kirte tout à l'unique action do téter et qui s'endort dés que son es-

iffiac est satisfait, u Ses premières amours sont celles d'un gastro-

pe (1). » Plus tard, il se laissera distraire de sa pensée dominante :

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