PREUIËRES ÉMOTIONS ET LEUR EXPRESSION
iruyeurs de l'onfanl correspondenL à des souffrancps (léjii ressenlics. lia rail de bonne heure l'expérience du mal; il en redoult: i'upprwhe et le retour. El il est à remarquer que, dans certains cas, exposS A un danger réel, il ne s'émeut pas, par ignorance et par inconscience. L'inlrépidité de l'enfant n'est le plus souvent que TimimojaDce du péril. Un enfant qui n'a jamais été battu, par exemple, ne comprend pas le sons des menaces et ne s'en effraie pas. Vous vous avancez vers lui, la main ouverte pour le frapper: il vous répondra par un joli sourire. 11 ne connaît que vos caresses; une devine pas la signification de votre geste de colère: comme un jeune chien qui accueille par des gambades et des sauts joyeux la hadioe dont vous allez le frapper pour la première fois.
Mais si l'enfant a parfois des sourires pour les dangers réels, il a
des pleurs aussi pour les périls imaginaires. En d'autres termes, le
I SDUvenird'un mal déjà éprouvé n'csl pas toujours néce.ssaire pour que
infant ail peur ((). Et la preuve, c'est qu'il témoignera d'une vivo linte.àroccasionde choses absolument inoffensives. Soitinfluencc
felliérëdité, soilsentiment de faiblesse, sans expérience préalable, le B^t enfant manifeste des appréhensions naturelles, spontanées, et
^sous deux formes : la peur du nouveau et de l'inconnu, la pour
I l'obscurité (2).
Bil faudrait, pour l'usage de l'enfance, retourner le vieux dicton, ^dire : « Tout nouveau, tout laid. » ïout ce qui est chose nouvelle,
w familière, fait tressaillir et pleurer l'enfant. A la vue d'un visage
Konau, il se rejette en criant sur le sein de sa nourrice. El c'est a nouveauté de l'impression seule qui l'effraie; car l'Étranger,
KWl il refuse aujourd'hui de tendre la main, dans quelques jours, lae familiarisera assez avec lui pour se jeter à son cou. Do même ^ animaux domestiques, le chien, le chat, qui deviendront bieati'it
P objets favoris de la tendresse de l'enfant, lui causent tout d'a- 'd d'indicibles terreurs. Un simple changement dans le costume de Bnicre ou de son père le fait crier et pleurer. Et voilà pourquoi une
^'le fille de quatre mois, citée par H, Preyer, se mettait k pleurer,
ilnd sa maman s'approchait d'elle avec un grand chapeau sur la
■ Il eat tout à Tait erronâ de croire que l'enfant, à qut l'on d'il [uis appris k
[jtlË laoon.nn.lt pas. » (SI. Pnaran, op. cil., p. m.)
( La peur, dît le D' Sikorski, est un aenliiucnt inné ; elle parati tr6i tCt,
( que l'enfant lât eu des raiaona d't'proiiver la cralnle. Les petits enfantii
faTont une terreur panique, à la vud d'un chat ou d'un chien qui s'appi'ao JliM
e l'sir le plus dëbonnaire, ■ i^M
tête, et se reprenait & sourire, dès que le chapeau était enlevt.
sont là des cas de ce misonéisme, de cf lie m'ophobic que li moderne étudie (1), qu'on retrouve encore chez l'adulte el ( l'homme fait, mais qui est surtout la caractê lis tique dupremier Tout ce qui est inattendu, imprévu, est insupportable à l'enfant provoque soit la peur, soit plus tard la colère. J'ai vu un de mesO quatre ans et demi, entrer dans de vérilables rages, toutes le que je lui parlais dans le patois démon pays; l'inusité du mon) gage avait le don de l'impatienliT et de l'irriter ii un dcuré exfrj dinaire.
L'étonnement, chez le petit enfant, est synonyme dp peur, de m qu'il sera plus tard synonyme d'admiration. Surprenant ielefTwi; sont pour lui même chose, « A quatre mois, dit Darwin, mon flli cueillait, comme d'excellentes plaisanteries, tous les bruits étru et assez forts que j'avais pris l'habitude de lui l'aire entendre;i un jour je me mis à ronfler bruyamment, ce que je n'avais jee fait jusque-là: il prit aussitôt l'air grave et fondit en larmes. V« même temps je m'approchai de lui â reculons, et je m'arréUi 't à coup : l'enrant parul furl, surpris, ci il allait se mcllre à pluiutl je ne m'étais retourné; tout aussitôt son visage s'éclaira d sourire. »
Une autre forme très caractérisée des craintes puériles, e'i peur de l'obscurité. D'ofi vient cette terreur des ténèbres, qui point d'ailleurs particulière â l'enfant?" La nuit, dit Roussena,e nalurellement les hommes et quelquefois les animaux (^j, n EUéV* d'abord, comme le fait observer encore Rousseau, a de rigawK des chos'es qui nous environnent et de ce qui se passe auW nous (3)». L'enfant, ne pouvant plus exercer le sens de la vnsr^ peuple l'obscurité de fantùmes, de vision.'* fantastiques. TotitW^ sa petite imagination, trop souvent surexcitée par les cnnB*nourrice, peut concevoir de choses effrayantes, tout Ci.'la'Sl dans l'ombre (4). Un enfant, à qui l'on demandait pourquoi tlW mai t pas se trouver dans un lieu sombre, répondait: « Je alii
(1) Voycî Revuf «cienlifii/iie, du l" novembre 1884.
(S) Locke est d'uD avis contraire : « Si les enfants f'Ialent lajssis i IsbKl près inspiralionB, ils ne seraient ]iHa plus offi'ayfa dans les ti'nèbres q ' " sont en pleinjour. " {Qaelquei prisées sur i'édiicaliuA, g 130.)
(8) Rousseau. Emile, livre 11.
(4) Le D' Sikoraki affirme que ses enfnnts n'ont jainitia eu iiuur dan« I' parce qu'ils n'ont jamais entendu « de contca .'i hlve peui' >>.
PREHiSRES MOTIONS ET LEUR EXPRESSION.
i les ramoneurs! « Et cet oxemple prouve bien que l'enfant n'a liesoiD qu'on lui ait farci la lé\.e dcsolles histoires, pour s'épouler dans les ténèbres. Ce ne sont pas seulement des êtres suris que son imagination évoque : ce sont aussi des êtres réels, voleurs, des ramoneursl... Où il ne voit rien, il imasîno tout. manâàcela celte répugnance naturelle pour le noir, quieat génénent constatée par les observateurs de l'enfance. M. Prejer cite nfantqui, à dix-sept mois, avait peur même de sa mère, quand ^ voyait habillée de deuil (1), Le fils de Tiedemann, au cinquième s.se détournait des pereonnes vêtues de noir, avec des marques Jes de répugnance. «Le noir, couleur de l'obscurité, désigne par Dème quelque chose de désagréable. » Ajoutons enfin que c'est la ide qui effraie encore plus que les ténèbres. Même quand i! n'est eeul, l'enfant, plongé dans l'obscurité, croit qu'il est seul. Ses ; ne peuvent plus se reposer sur les personnes ou sur les choses «ont les soutiens familiers de sa faiblesse. Il se sent comme nionné, délaissé. Te! est le sens de la réflexion de cet enfant qui ti un de ses camarades: » N'allons pas de ce côté; il n'y a me; on pourrait nous faire du mal! »
t-il nécessaire, pour expliquer les appréhensions instinctives du lier 4ge, de faire appel à l'hérédité, comme le veut M. Preyer, ne le veut Darwin; et d'admettre que " les craintes de l'enfant, n'elles sont tout à fait indépendantes de l'expérience, sont les 1 héréditaii'cs des dangers réels et des superstitions grossières latent de l'époque de la vie sauvage ? ». Ce serait tout à fait r les choses, et aller chercher, bien inutilement, dans un passé storique, une explication qu'on a, pour ainsi dire, sous la main, les deux catégories de frayeurs que nous avons examinées, 1 que détermine l'imprévu d'une impression nouvelle, ou bien mce de la lumière, il s'agit précisément de craintes chiméi, dont l'expérience démontre l'inanité. L'expérience de nos es n'a donc rien à y voir. Darwin semble s'appuyer, il est vrai, 'autres feits, et en particulier sur l'exemple suivant : h Lorsque inon lils n'avait encore que deux ans et trois mois, je le menai au JariJin loologique, et il eut grand plaisir à regarder les animaux ^ui ressemblaient à ceux qu'il connaissait — chevreuils, antilopes.
fl) Mma N'iCKEH db Sai'ssuhe prétend cependant que la peur Ju ndir est un effet de l'habitude. « Eq Afrique, rfit-eHe, les petits nÈjfrea ont peur de^ ■ {Éducation progressive, I. li, cliap. iv.)
i03 L'ËVOIL'TION INTELLECTUELLE.
tous les oiseanx et mSme les autruches — ; mais il eut grand' peur des uniiiiausL de gratido taille qu'il vit enfermés dans des cages; dans la suite, il dii^ail snuvnnt qu'il aimerait à retourner au Jatdlit' zoologique, mais non à, voir (es bâles dans des maisons. >> Et Dairil^ conclut que cette frayeur serait inexplicable, si on ne la considérait pas comme le souvenir des luttes sanglantes que nos ancêti-esonlflul A soutenir contre les fauves, dans la vie primitive. Le phénomône mI pourtant, co semble, beaucoup plus simple. Darwin remarque lu même que reniant ne s'effrayait nullement à la vue des animaui" dont les formes lui étaient familières, et qui vivent en liberté. Sileî' fauves, emprisonnés dans leurs cages, lui causaient une autro impression, c'était un simple effet de surprise. Par leurs formes, pW leurs dimensions, peut-être par leurs mouvements, s'ils bondissaiwl derrière les barreaux, surtout par le fait qu'ils étaient enremÈ «dans des maisons », selon le mot même de l'enfant, le Hun et le tigi étonnaient et par suite épouvantaient son imagination.
Non, ce n'est pas dans une remÉmoration incnnsciente de la tîS des ancêtres, c'est dans la nature même de l'enfant qu'il faut chorclier l'origine de ses frajeurs. Ce sont les dangers réels, ne l'oublioui pas, qui l'émeuvent le moins; et même, quand il n'a ] traité dès les premiers jours, il semble traverser une période Initial que caractérise l'absence de la peur (1). Mais, au bout de queiqaS mois, il a éprouvé la souffrance, il a vaguement entrevu sa faiblesi Eldans sa petite expérience du mal, par une généralisation nalurtllf il soupçonne le danger partout: comme un malade, dont le corps et dolori s'elTraie d'avance de tout mouvement et de tout contact. 1 pressent un danger surtout derrière les choses qu'il ne parvici pas à comprendre, parce qu'elles ne cadrent pas avec son expérieis Sur ce point les observations recueillies par M. Romanes (2], dal S03 études si intéressantes sur l'intelligence des animaux, éclôîrei' sent singulièrement la question; elles prouvent que les chiens, p exemple, ne s'épouvantent de ceci ou de cela que parce qu'ils i ignorent la cause. Un chien, qui avait peur du tonnerre, fui pris d'il État d'angoisse, un jour qu'il entendit un grondement, imitant le loa ncrre, et produit par un las de pommes que l'on jetait sur le planch
(I) C'est l'opinion de H. Preyer, cp. cit., p. 135, M. Preyer pose en lot 4 (c ntOina l'enrant a Éprouvé de aeiisutions douloureuses, plus rapparilion it peur est retndcie et vice ueraa ••.
(!) M. SoamtA, Éiiolutioit mentale dea
U MRMOmE.
Ht qui surnage do l'abime obscur oii sont onfouis mes premior^ ans, dste if. ma siwéme anniSe : c'eaL la prociamatioD de la Rt^publique de 1848. J'enteads encore, comme dans un songe, la voix grave d'un ami de mon père, venant lui annoncer, pendant que noua étions assis à la table de famille, la nouvelle de la chute de Louis-Pbilippo : je vois, le soir, sur la promenade de la petite ville que j'habitais, les Inoupes inquiets, les attroupements prolongés. Hpl doute que des causes diverses ne lassent varier pour chaque ^ndu la date à laquelle commence son passé : d'abord les dis- Imions particulières, une précocité plus ou moins marquée ; mais surtout les circonstances, le caractère de certains incidents dont l'enfanU été témoin de bonne heure, qui l'ont surpris et frappé par luur nouveautC', par leur importance, faisant saillie pour ainsi dire sur le cours habituel de la vie. On se rappellera une catastrophe, un grand malheur, moins que cela, une chute douloureuse qu'on aura tails lors des premiers pas, tandis qu'on aura oublié les événements nnlinaires d'une vie régulière et monotone.
Mais, avec ces variantes aisément explicables, le fait général n'en ï!ibsiâte pas moins : il y a une limite, au dcift de laquelle nous ne uuiis rappelons plus rien (1). Un voile d'obnubilation nous cache D"s premières années. U serait naturel que les souvenirs relatifs aus commencements de notre vie fussent confus ; mais la vérité est qu'ils sunt nuls. Il esl vrai que nous éprouverons toujours quelque difficulté, alors même qu'il s'agira de notre jeunesse ou de notre TOlurilé, à recomposer, àreconslituer le passé par le souvenir. Dans '•i mcmoire adulte, même la plus tidèle, il y a toujours des lacunes, '''■s (lubhs partiels. Mais quand il s'agit de nos années de début dans ■ > le, c'est une amnésie totale, analogue â celle qui suit l'ivresse, on '"Ile qui se produit dans certaines maladies, une amnésie d'ail- ''irs naturelle et normale. Do ce que nous avons vu et senti, de ""Spreuiiéres joies, de nos premières souffrances, il ne reste rien ™ls notre conscience. Pas une lueur de réminiscence n'éclaire ces "nées perdues pour nous, poi-dues du moins pour notre souvenir, ' pendant lesquelles rien ne nous rappelle que nous ayons vécu. C'est là lu petit problème initial qu'il importe de résoudre d'abord "Us l'histoire de révolution de la mémoire. Il ne faut pas songera 'Pondre, pour l'expliquer, que si nous ne nous souvenons de rien.
■ On est généralcinpiil d'n 1 aa'nère que jusqu'à
c do l'Hilulle .ril.,p.':-jy,.
122 L-evOLUTlOH INTBl-LliCTUELLK.
c'eslqu'il Bïs'eslrien passé, et que partout oti ta conscience maoi la mémoire perd fes droits. Il u'est pas douteux que la conseil s'éveille de très bonne heure, que l'enfant ressent des émotini émotions de peur, d'étoiinement, de joie, qui, pour dériver de lites causes, n'eu ont pas moins leur force et leur vivacité. Et pour prendre qu'un exemple, counnenl se fait-il que noua ne gardl pas souvenir d'un acte auquel semblent s'intéresser toutes les toi vives de l'âme enfantine, je veux dire les premiers pas, les prctnii marches? Les conditions essentielles auxquelles on rattache en néral la puissance du souvenir, la sensation vive, l'attention, pourtant réalisées dans ce cas. L'enfant qui apprend à marcher visiblement attentif; et quand pour la première fois il prend session de l'espace, il est manifestement joyeux. Comment se fa que cet événement considérable du premier âge ne lais^ moindre empreinte durable dans la mémoire de chacun de nom
La meilleure manière d'expliquer les faits est de commi les bien définir. Commençons donc par établir que la mémoirt petit enfant s'exerce à sa manière, et considérons dans quelles! ditiong elle s'exerce. Di^s les premiers mois, le nourrisson apprei recounattre le visaf^e de sa mère, les figures des personnes qi soignent ou te caressent. Dans cette reconnaissance, qui parfois rés aune absence de plusieurs semaines, la puissance du souvenir êo tout entière. M. Ferez cite l'exemple d'un enfant ^un enfant f an. il est vrai) qui, après un mois d'absence, fut ramené dans lai son paternelle : u A peine vit-il une bonne vieille servante venii son càté, avant même qu'elle l'eAt appelé par son nom, il souri lui tendit les bras en faisant de joyeux soubresauts (1). » U. PM cite une petite fille de dix-sept mois, qui reconnut sa bonne une absence de six jours (2). Sous ce rapport, d'ailleurs, les aplilU du nouveau-né ne dépassent pas celtes des animaux, dea pe chiens, par exemple, qui savent fort vitt- reconnaître la main qid caresse, la main qui les bat. D'un autre cùtê tout ce que l'enfi par l'intermédiaire de ses sens, recueille de connaissances sur, choses, sur ce qu'il voit, sur ce qu'il entend, sur les objets qu'il m» toute cette petite science usuelle, si rapidement acquise en quel^
(Il M. Pbuez, les Ti-ois premièi-es années de t'enfnnl, p. 8T.
(i)ï\ BstTrttiqueM. Preyer conatite aussi que » son Glane reconnut pasMl a sept mois, après quatre Bemaiiies d'absence ■. C'est vers un an que U M de ia mémoire, k ce point de vue, s'établit nettement.
moi^, suppose déjà un exercice consitlÉrahlc de le mémoire. EL il en e;sit de même de l'acquisition du langage : chaque mol nouvoa4i
qui! l 'enrant apprend représente un effort, ou tout au moins un acte de lEi mémoire.
Mqlîs ce qui parait résulter d'un assez fçrand nombre d'observations, c'cstque ces acquisitions, si faciles et si promptes, de la ménU.'ii-^ enfantine, sont on revanche fragiles, peu solides; qu'elles sV'vsiriouissent, qu'elles s'oblitèrent, si un accident quelconque interrom j3 L le COUTS des perceptions qui les ont produites et dont la continu it^ est nécessaire pour les entretenir dans l'esprit [1). Leibniz tilo \M.n enfant qui, devenu aveugle vers deu\ ou trois ans, ne se rappela.! t plus rien de ses perceptions visuelles (2), LauraRridgman avait iriui , pendant quelques mois, de l'usage de ses sens, jusqu'au jour où un accès de fièvre scarlatine abolit son ouïe, sa vue et sa parole ; dès •■'• tricment elle ne se ressouvint plus de ce qu'elle avait appris pen- Lkint la durée de sa vie normale. Une petite fille, citée pnrM.Preyer, i^iail devenue totalement aveugle à sept ans, pour avoir été exposée il une lumière solaire trop vive ; à dix-sept ans elle recouvra la vue ; elle dut apprendre entièrement à. nouveau, comme un enfant, & inJTnimer les couleurs; elle avait oublié, faute d'exercice, tout ce que, (ictulant sept ans, elle avait appris sur les distances, sur les dimensiuns des objets (3).
La conclusion qui résulte de ces faits et de quelques autres qu'on pourrait citer, c'est que la répétition, le renouvellement fréquent et inÈnie continu âm impressions est indispensable pour lixer les souvenirs du premier kf/^e. L'enfant n'apprend si aisément la langue ^*tepnellc que parce qu'il entend résonner sans cesse à son oreille ^ ZQ6ine3 mots, 11 ne reconnail les objets et les personnes que «Q qu'il les revoit tous les jours. Transportez-le dans un autre piftu, dépaysez-le vers deux ou trois ans : et tout co qu'il y avait P Particulier, de local, dans les impressions de son premier séjour,
1(1) La inËmoire, au début, n'est en réalitû que In cuntinuotion d'uoe uii'tne ïui-
■ La premitire phase de la mémoire véritable nu consciente, dit Rouaneb,
li ttre causidérêe connue consistant dans ['eUct secondaire pi'oduit sur tm
prf wnaitif par une excitation, effet qui, tant qu'il dure, est continuellement
u sensoriuui. Comme exemple je cltei'ai [a, persistance des impressions
tris rétine, la douleur qui suit un coup, etc. » {!' Évolution mentale chei les anî-
^^Leibnie, Souveaux rfiait sui- l'eatendement, Uv. I, ch. tn. ^^
F {$) u. Prbïeh, op. cit., p. àh3. ^^H
12t L'ÉVOLUTION INTELLECTriiLLE.
s'effacera pour jamais. La mémoire de l'enfant est comme une peii ture dÉlicate, où le pinceau doit repasser plusieurs fois, pour maii tenir les couleurs fugitives et toujours prêtes à disparaître.
On comprend dès lors que toute impression qui n'aura été dan la conscience de l'enfant qu'une apparition fugitive, une émotiu d'un instant, un fait accidentel, ne parvienne pas à se graver, a s
. fixer dans l'esprit. La mémoire de l'enfant est comme le sable moi vanl au bord de la mer. Vous avez beau y marquer, pendant que 1 \asue fuit, l'empreinte de vos pas : la vague qui revient ni
. efface tout. Si la répétition est une condition utile, A tout ùi^e, poii assurer la durée des souvenirs, elle est une condition absoluincn nécessaire, quand il s'agit des impressions peu profondes qui n font qu'effleurer encore la conscience de l'enfant (1).
Ajoutons que la multiplicité des impressions nouvelles de tout espèce, qui assaillent le cerveau du nouveau-né, est assurément un
' des causes de la caducité, de la défaillance de la mémoire. Trop d choses se pressent à la fois et accablent la perception de l'enfanl Sous la masse des sensations, sa petite mémoire plie. Il en est d l'enfant comme de l'aveugle de Cheselden, lequel ayant trop d'ol jets à reconnaître en une fois en oubliait beaucoup- Et d'ailleurs ! mobilité de son attention qui, selon la jolie comparaison de Féneloi ressemble « à une bougie allumée dans un lieu exposé au vent, i dont la lumière vacille toujours », ne laisse pas aux sensations is( lées le temps de se consolider. La perception de l'enfant ne s'arrê' pas sur les choses; elle marche, elle court sans cesse; et dans celt course rapide, voltigeant de sujet en sujet, elle ne saurait saisir < retenir les objets qu'elle ne fait que toucher à peine en passant. Nous n'avons pourtant pas indiqué encore la -^Taie cause essej
1 lielle, qui rend si précaire la durée des souvenirs du premiei" âge c'est l'absence de coordination entre les perceptions successives. L mémoire véritable, la mémoire de l'adulte est un ensemble, un
i (l)ContûreaM,pRBïm(p.206):.. Oc ne BeaDUvIciit nalleiiient, dans lavie plu [• BTBncée, de l'ancieniie impuiasnnce où l'on était de tenir la tf'te en équilibre, ( I s'aaseoir, de se tenir debout, de luarcher, etc... Mais il n'en est pa.s do même pot I ce qui s'acquiert pliia tard. Mon fils, avant d'avoir atteint truis nus, se rappela] L en ae moquant de lui-même, l'âge où il ne pouvnit paa encore parler, où il art ^^dAit imparfaitement, où il exécutnit les petits tours enseignas par sa bonnet ^BjîùmtxÉpitÉB... L'eufanl de trois tt de qmilre ans se l'appelle des cipOi-ienci ^^^^HUtea pendant la deuxième nnnËe; ù condition, njoute M. l'reyer, qu'on : ^^^^^H^ine de les rappeler souvent i.
U M&MOinE.
a eerrée d'impressions reliées les unes aux antres, enfermées
des cadres fixes, autour d'un noyau central, l'idée du moi. Ce
istpiis ici le lieu d'examiner si l'idée du moi elle-même ne dérive
précisément delà liaison rigoureuse des étals de conscience qui
'déroulent en nous. Mais ce qui est cei-laiu, c'est que, durant les
premièrea aant'es, ie moi, ou du moins la conscience du moi,
.isie pas. Il n'y a pas alors ce que M. Luys appelle, » un eudialnc-
une fédération mystérieuse de souvenirs (1) ".Éparpillée et
feltanlc dansuno succession de sensulions qui ne se lient pas, nû
pBff'fifiut pas les unes avec les autres, qui, étrangères pour ainsi
moi, n'ont pas de caractère personnel, la couseience do
ifant ne se concentre pas ; elle ne s'appartient pas, La vie inl6-
n'est pas encore organisée, et c'est précisément celte vie in-
ieure qui permet aux aduUes de conserver le souvenir exact et
des événements auxquels ils ont participé. Par la réflexion,
retour sur nous-méme, nous pensons de nouveau à ce, que nous
is fait la veille, il y a une semaine, il y a un mois. L'événement
plequei se fixe noire pensée ne se reproduira peut-être plus devant
mais si la répétition réelle manque, nous y substituons une
'ttlion idéale et mentale. En un mot l'Iiommc mûr rumine ses
ivenirs; il les digère; il se les assimile. De plus, une fois que le
iliment du moi est né, chaque acquisition nouvelle de la mémoire
!nd dans la conscience une place définie h cûté d'aulres imprcs-
s, avant ou après d'autres souvenirs; elle fait partie d'un tout;
est, pour ainsi dire, incrustée, cimentée dans la conslruclion
pnlale de noire for intérieur, comme le seraient des pierres dans
sans pouvoir désormais s'en détacher. Au contraire, clici
f&nl, séparées et indépendantes les unes des autres, grains do
cohésion, les impressions fugitives ne trouvent point
fixer. Le courant de la vie intérieure n'est pas suffisamment
et, comme des eaux qu'on n'a pas canalisées, les souvenirs sa
|lj>enletse perdent de côté et d'autre.
mêmes raisons qui expliquenl comment disparaissent, pour ■e, les souvenirs relatifs à la première période de l'existence, permettent de comprendre aussi quelques autres particulnrilés "Mémoire de l'enfant : par exemple, son impuissance à localiser temps et dans l'espace les impressions même les pUi3
-»JT», U Cerve
I, p. II!, Gtniae et tiiolvUon de la mtmoiiv.
L'ÉVOLUTION INTELLECTLELLE.
Irécenles. Le tabloau s'est gravi? dans son imagination, mais ie cadre | Ke'est évanoui (I). Il se rappelle dislinclement les choses qn'il a yiiH, ' Tmais il Dt! saui'ail diro oii ot quand. La mëmoiFe complète 3<ip|>nse 1 lune appréciation de la dtirOe, dont l'enfant est incapable, parce (lufi 1 I cette appréciation suppose la coordination dus souvenirs. Qui n'a*! lentendu un baby raconter, comme un événement d'hier, un fait dani'l ril a élu témoin plusieurs mois auparavant? L'enfant qui a dëjeimé, iVl Ij a deux ou trois heures k peine, demande déjà à dtner, parce I qu'il n"a aucune notion du temps écoulé (i). La mémoire de l'enfati t lest surtout îmat;inative, représentative; elle n'a pas encore Irourô Idai» l'idée du moi, dans l'idée de la durée, les principes solidessiii* Klequels repose la mémoire réfléchie et raisonnôe de l'adulte.
Du mémeqiic, au dehors.Ies perceptions de l'enfant lui apparaisse» * fcd'abord presque sur un même plan, sans qu'il sache les projeté** favec exactitude dans l'espace ; de même, au dL-dans, ses souvenirs s ' ■ ses impressions coexistent en lui, pour ainsi dire, sans qu'il puis*^ I encore les échelonner selon une série linéaire et les rapporter au ;?" I différents moments du temps. Pour la nouveau-né, il n'y a pa^d- ■■"' Iprofondeur dans l'espace: pour l'enfant de quelques mois, i! n'y *^' e perspective du passé ; il n'y a pas de passé. Les images qu'il *^ i successivement acquises s'entremêlent encore dans un chaos toi» " \ fus. Pour avoir la conscience du temps, et avant d'en arriver il i^kreprésenter la durée, il lui faut vraincre des illusions analogues ^e^' I colles qui troublaient les perceptions visuelles de l'aveugle de Clie- " L selden. Il faut que peu à peu les images, se groupant, s'associantdan:^^ I un ordre régulier, déterminent l'idée du moi, liée â celle de la durée I de même que les représentations du monde extérieur constitueito- I peu à peu la conception de l'espace et par suite celle du non mot
Un autre caractère de la mémoire enfantine, c'est qu'elle estpa^*- V sive ; elle a besoin d'être soutenue sans cesse par les excitalion "=^ I extérieures, d'être provoquée par la présence des choses. Les souv^"
) ■ Lft dernière phase du développement de la mémoire, dit Rohiines {FÈimli , etc., p. lit], se rencontre quand \a réflexion permet à. l'esprit du 1dm k^aiiB le passe l'f^poque il laquelle un évi^tiement dont In mijmaire est conurvlB
(5) " La confusion du [>n?5ent et du passé est visible diez l'enfonl; un gMçnB * \ deux uns et demi a raîlli pt^rdra l'autre jour son ballon duhiiut d'un balcon;)!-!^ rouvé et depuis i Joué cunt fois avec ce liollon ; malgré cela il me ramiiiB l< n coup vers 1b lialcon, puis d'un ton lamentable, avec une expreaaion ni I mulêe, me roconte qu'il l'a perdu là. ■ (Guyau, Èduealion et hirédiU,f.
LA MltMOtRE.
nirs de renfaot ne s'cWoqucnL pas d'eux-mêmes. Sa petite ÎDlelti- i gence est presque tout entière enrermée dans le prÉsent ; elle ne i songe pas be.aucoup à l'avenir, pas du lout au passé. Il ne faut pas lui demander de se complaire, comme le fera la mémoire de l'homme j mûr, à revivre les mois déjà écoulés. Sa mémoire ressemble il ' celle des animaux, sans activité propre, subordonnée aux sensations i réelles. Il est certain que te cheval à l'écurie ne songe pas, si toutefois il songe à quelque chose, au chemin qu'il a parcouru la veille ; I et cependant le lendemain, s'il recommence le même trajet, il re- i coonaitra avec un flair infaillible par où il doit passer.
Cette influence excitatrice de la présence des choses déjà vues 1 peut être démontrée par certains faits, que H. Ribot a déjà cités (1), L't qui prouvent que, sous l'action de circonstances particulières, I i-avivée, ressuscitée par la réapparition d'objets depuis -longtemps * oubliés et éloignés de notre vue, la mémoire des premières années, j quoique abolie en apparence, peut renaître tout d'un coup. Abcr- j crombiB rapporte l'exemple d'une dame qui revenant, vers l'âge de quarante ans, dans la chambre où, tout enfant et ne parlant pas encore, elle avait vu pour la dernière fois sa mère mourante, sentit ' remonter du fond de sa mémoire le ressouvenir de ces lointaines émotions. « J'eus, dit-elle, le sentiment distinct d'être venue autrefois 1 dans cette chambre. Il y avait dans le coin que voilà une dame couiliée, qui paraissait très malade, qui se pencha vers moi et pleura. » l^arpenter raconte qu'un homme, de vive imagination d'ailleurs, qui â l'âge de seize mois avait visité un château, où il avait été porté sur le dos d'unâne, retournant de longues années après au même cbô^ Icau. éprouva très nettement l'impression de l'avoir déjà vu. " Il lui j 'lemblait même apercevoir sous le porche l'àne qui l'avait porté (2)... » La présence retrouvée, même après un long intervalle, des pcrcep- I lions d'autrefois, suffit, dans des cas de ce genre, pour remuer jusque I dans leurs profondeurs les cellules nerveuses, pour renouveler dans I le cerveau des mouvements particuliers, et provoquer par suite la reviviscence des souvenirs corrélatifs qui y étaient comme enfouis, i
D'autres fois, c'est une cause morbide, un accès de fièvre, qui produira le même effet. Abercrombie cite un enfant qui, ù l'âge de quatre ans, par suite d'une fracture du crâne, avait dû être tré- 1 pané. Il ue gardait en apparence aucun souvenir de cet événement, !
(I) M. RtBOT, les Muinliîea de la mémoire, p. 143. (
<î> CAHPSntEH, Mental pliy^ialo'jij, p. ■131. I
L'BVOLUTION INTELLECTUELLE.
reparlé. A quinze ans, pris d'nn ii\m re avfic ime. exaclilude parfaite tous ks
dont on ne lui avait plus fébrile, il di^'Crivil à sa in< détails (le l'opérution.
Il y a dans la mémoire bien des plis fît des replis, bien des des^ou et des cactielles. Les événements successiTs do la vie y accumukn des couches superposées de souvenirs, et ce travail commence di l'enfance. L'oubli, un oubli définitif le plus souvent, recouvrftu grand nombre de ces impressions, que nous portons en nous iocoui ciemment, et qui ne renaîtront, si elles renaissent jamais, que sot l'action excitatrice de circonstances extraordinaires; de mêmQ qi les caractères des palimpsestes ne reparaissent, sous récriture q les cache, que grû,ce à, des réactions chimiques.
U résulte de tout ce qui précède que la mémoire, bien c|ue les ré sultals de. son action soient souvent oblitérés, n'est nulli étrangère îi l'âme du petit enfant. Comment te serait-elle, alpi qu'elle est si développée même chez lesanimaux(l)7Mais commel remarqué avant nous M. Egger : « La mémoire se produit dans le ft mier fige pour les faits qui se renouvellent fréquemment; elle e plus tardive pour les faits accidentels (2). » C'est seulement â. quio mois que M. Egger prétend l'avoir observée sous celte seconde formi « A cet Age, Emile s'est emparé d'un jouet, qu'il a laissé ou cacl sous un fauteuil ; un quart d'heure après, Je le lui redemande : li droite l'objet et me le rapporte. » Nous croyons que le souvenir d'u sensation, même isolée, même accidentelle, peut se produire heu coup plus tût; et M. Egger lui-mûme nous en fournit la preuve: ■ I six mois, Emile s'est légèrement brûlé en touchant de la maiiii I vase chaud : si on le lui représente, il retire sa main avec une inl$ lion évidente d'échapper à la douleur. Même observation pour objet rude au toucher et dont l'impression lui est désagréable (3). ! Dans ces inductions immédiates, et fondées sur une seule rionce, se montre évidemment la force des souvenirs particuliers,
(I) Sur le développeiaent de la mémoire cliez Itis ! RoîiAHEH : tlnfe/lifience desaaima I nationale, t.. I, fj. tlB, 141 ; t. Il, p. Î8, 1*. lOS. Ln mémoire
in n le plua le droit d'itttriLuer aux niilmaux; mais quelque crédit que qi I tont la plupart des faits rapportés par l'ûvolutionDiste anglnis, il faut piU I garde d'atCribuer à la nii}innirB personni^lls re qui est seulement l'i'lret de la I moire héréditaire, de l'instinL'l dpterminr par li's cxppi'iencL's oncestrales,
(3j SuflEH, op. cit., p. II.
(3) Ibid., p. 10.
, Tojeï notnnn dnna la Bibliothèque ircienlifiqut M
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LA MÉMOIHE.
La mémoire de l'onrant n'est nulloment un tonneau des Danat'des, se vidant en même temps qu'il se remplit. Si sans la mémoire aucune ■ pin-ralion ÎDlelIectuelle ne peut s'accomplir, ce qui n'est pas moins .\-ai. c'est qu'aucune action pratique n'est possible sans elle. Dans jllailement, dans les jeux, dans la marche, il y a une part k faire .ii\ souvenirs. Seulement ces souvenirs, utilisés immédiatement, I suffisants pour assurer au jour le jour le développemont régulier 1. rintelligence et de ractivitê, ne constituent pas des éléments iliirables de la mémoire personnelle. Ils font partie, pour ainsi dire, (le celte mémoire impersonnelle, quoique consciente, qui caractérise IVnfant de quelques mois, et qui a été précédée elle-même par une <ujrte de mémoire organique, inconsciente. Si, â. l'Age adulte, la méiTii'ire suppose la conscience, s'il est exact que nous nous rappelons -pulemenl ce qui a été à un moment donné présent k notre esprit et icnti ou perçu par lui, il n'est pas en revanche impossible de soutenir que, dans son évolution originelle, la conscience dérive en partie (le la mémoire, du moins de cette mémoire obscure qui n'est qu'une [ habitude contracttie par les nerfs et par les muscles. Nous avons dit »|ue dans l'action de téter, par exemple, l'enfant ne parvenait que peu â peu à prendre conscience, k avoir sentiment d'un acte purement l'iinmatique à l'origine (II. Cette transition de l'inconscient au cons- I- iitserait inexplicable, si l'on n'admettait pas que chaque renouveile- ■ nt de la même action laisse après lui comme un résidu, et imprime I i(is le système nerveux des traces do plus en plus profondes, qui is&ocient, s'accumulent et préparent ainsi les voies à la conscience. La mémoire a été souvent représentée comme une forme de t'babiiide. pt c'est en ce sens que l'instinct peut être défini une mémoire : rédi taire, une habitude impersonnelle. Mais ce qui distingue la iK'moire consciente et personnelle, dans son développement ul- :■ rieor. c'est ce fait que la sensation, qui de nouveau se présente L la conscience, ne lui apparail pas comme une étrangère, comme me inconnue : c'est, en un mot. le fait do la " reconnaissance ». i; ne nous appartient pas d'en chercher ici l'explication ; la - reconnaissance » est d'ailleurs, semble-t-il. un dn ces faits ultimes (lui résistent k l'analyse. Mais ce que nous avons h constater, c'est que.grAceà sonexpérience personnelle, l'enfant reconnaît très vite les ««nsatioDs. par exemple la saveur parliculièrc du lait dont il est
L'ÉVOLUTION INTELLECTUELLE, nourri (1), Xprts plusieurs acle? successifs de téter, le nourrbsoi Évidemment at^quis le souvenir du goùl du lail, de sorle qu'il s'ap çoit du changement, s'il y a changement. Si ua enTant n goûté au lail do sa mère ou d'une nourrice, il est beaucoup ptust de le nourrir au biberon, de l'allaiter arliticiellement (3).
Dans les premières phases de révoluLion de la mémoire, il n'j pas autre chose que des sensations qui se renouvetlunl et qui, para don mystérieux, se reconnaissent elles-mêmes, ou bien si elles îc dilTérentes, se distinguent et s'aperçoivent de leur diETéreace. ll| saurait être question de Taire appel encore à l'intervention d'un uspo dîstificldessensations, et qui appréi'icrail. comme un témoin indi^tiei dant, leur différence ou leur ressemblance. Cet esprit n'est poiDiroftnJ ni par conséquent encore la véritable mémoire, celle qui se réï8ill! dans l'intervalle des sensations ot en leur absence, celle qui aboulit grâce à l'association des idées, à unir et à faire revivre l'im iprt l'autre les souvenirs dont elle a saisi les rapports, n Alors, dit très «se tement M. Romanes, il n'y a plus seulement la mémoire d'uaese sation passée (qui dort jusqu'au moment où elle est réveillée par U autre sensation semblable ou dissemblable), mais ily a la mémoiitj deux choses au moins, et la mémoire dune relation aotéWeiuent) coiislatée entre elles, w Hais pour en arriver la, outre' les ftnS^ naturels de l'intelligence, de ce que les psychologues anglais»! lent r V idéation », une condition essentielle est requise : c'esl possession du langage. Les mots, en effet, s'ils sont nécessaires p4 la formation des idées générales un peu ueltes, sont indispenuËl aussi pour fixer avec précision et faire durer les souvenirs despecff
(1) Confères ItonAnes, l'Évolution mentale c/icï les animaux, p. J0& et ItomBiiËs distingue deux ptaies : celle oii vue seosetiou prfsente uV comme analogue n. une sensation déjà fprcmvte ; celle Oïi au contraire i inti on présente eat perçue coanne dissembliible d'urie aeusalion pasaîe. Uouuiste anglnia ajoute : ' 11 n'y a pas, dons ces cas, de comparaisoii ta entre les deux sensations; il n'y a mfuie pas d'acte d'idéaliou; mois tai passive a laissé sa trace dans le tissu [letveux, de tcllo façon que qusnd li'' pi'âsonte à nouveau, elte ressort dons la coaïcirnce oomiue ûliutt une ■'»>' qui. est non inconnue, mni s tamiliiVe; ou bien, si eils est reniplacce pU'on' Bation dJEseniLtohle, celle-ci ressort comme âtuiit une sensation iucoallDti
(ï) Même fnit se produit jusque eheï les animauit inférieurs ; llÉAMum I' rnalogîe, vol, 1", p. 391) dit qu» " les larves, ayant vécu quelque tempi* pUinle, oimsnt mieux mourir que de changer d'aliment, en se nourrisso»! ' outre plante que cependant elles auraient parfaiteuiont accaptôe, si •'' eussent étêaceoutuniées dûs le début m
LA MlÎMOinE.
liiiiis piirliciilifTOseUes-mémes, Klà toutes les raisons que nou^ avons ilonnt^cs pour expliquer la faiblesse, l'état précarro do la mOmoire ;"-nJanl les premiers mois, il faut joindre assurénieul, comme une ■ l'.Hi plus importantes, l'absence du langage.
Nous n'avons décrit jusqu'à présent que la période pri^paratoire
■lu développement mnémonique, période de tâtonnements, de dê-
iViiilances et, pour ainsi dire, d'évanouissements rapides, pendant
lii'tuelle la mémoire semble trébucher à chaque pas, ne Iravaillunt,
(ifiup ainsi dire, qu'au jour le jour, incapable do garder encore une"
jllure ferme et soutenue, et traversant ausai des moments de tor-
l'cur, par exemple, quand renl'anl, A qui il est arrivé de très bonne
Iioure de prononcer la syllabe si attendue do pa, ne la retrouve plus
[inndanl plusieurs mois el semble l'avoir oubliée.
Se regardons pas d'ailleurs comme indifférentes pour l'avenir de
K mémoire ces premières phases de son développement. C'est quel-
ke chose déjà que la faculté de reconnaître les personnes el les
i (l\. Le langafço lui-même, condition d'un progrès ultérieur
kâéfinilif de la mémoire, n'est acquis qu'à l'aide de la mémoire
inte de l'en fan t.
I n n'en est pas moins vrai que l'Age delà mémoire proprement dite |6 s'ouvre que lorsque l'enfant sait parler. Alors en effet, l'enfunt Elu^lert plus seulement un minimum de petites connaissances seni indispensables; il peut apprendre el retenir ce qu'on lui «nie, s'intéresser il des récils, acquérir eofln des idées étrangèrea a expérience.
I CmI presque un lieu commun de célébrer les mérites de la mémoire cnfanliae, et notamment sa merveilleusefacilité d'acquisition. « Ob- Knoi l'enfant avec attention, et vous découvrirez en lui une puissance d'absorption el d'assimilation, qui tient du prodige, et qu'on of ralrouve à aucun Age de la vie... L'esprit de l'enfant est comme une éponge qui a toujours soif (2). » Il est facile de comprendre pour- ()uoi il en est ainsi. Il y a d'abord à celte faculté d'absorption A
AvnnI deux nns, l'enfniil a le e vue : tautl, bonbon, i^iilbtite,
ehases uaiiellea n