L'IMAGINATION
L'cnTant, aa premier hiver de sa \ii; a vu la neige; il est certain iHi"il n'y pense plus, sitflt qu'elle a disparu. Maîsquand l'hiver revient, (;t avec lui la neige, il reconnaiL ces amonce!!cmenl9 blancs qui pour la. seconde fois frappent ses regards; la mémoire apparaît, et s'il sait d<>jii le sens du mot « neîf;e », taules les fois qu'on le prononcera devant lui, il se rappellera qu'il a vu la neige dans les jardins, dans la rue, dans les champs. Et de ces rappels rêp(!lt5s du même souvenir sortira peu JX peu l'iaiaj^e de la neige, de la masse hiancho et froide qui comme un tapis recouvTe la terre. L'enfant, d'autre part, a vu des montagnes; il en garde le souvenir et l'image; et lorsque j(lu& tard on racontera devant lui les aventures de tel ou tel maria JB'pôle Nord, quand on lui parlera do montagnes de neige, les repré- ^talioDs distinctes, les images différeules, déjà construites dans 1 esprit, se rejoindront, se combineront, pour former, par ua bmier effort d'imagination inventive, une conception, h peu près equatc, de ces entassements de neige glacée des régions polaires, fil n'a jamais vus el qu'il ne verra probablement jamais. Et si nous 1^ un peu plus loin encore, il viendra un moment vii l'enfant, |Baiil tout à fait acte d'imagination erÉatrice, non seulement se re- Bscntera ce qu'est une montaiîiie de neige, un glacier, mais eo nbintint avec celle représentation isolée d'autres représentations, nuises par sa propre expérience (le froid qu'il a éprouvé, les uul- R. faites dans ses glissades), se figurera dans ses rêveries f souffrances ressenties, les dangers courus par les marins égarés
s les solitudes polaires.
iEn d'autres termes, si du renouvellement des perceptions résulte I Souvenir, du renouvellement des souvenirs dérive à son tour POge, L'imagination ne se distingue pas seulement de la mémoire ■<çe que l'image est plus vive que le souvenir, plus représentaliva F Qualités sensibles de la réalité, plus pittoresque en un mol. Elle ftoul ce caractère qu'elle constitue dans l'esprit un fait purement r^l, indépendant des objets, un dessin idéal, une représentation Spï'ioure des choses vues ou senties, une conception enfin tendant p Reproduire par les forces seules do l'esprit. Cliej'. le petit enfant, P* l'avons vu, la mémoire ne s'exerce guère qu'en présence des * »iéjîi perçus et qui réapparaissent; le souvenir n'est pas, comme ^ Sera plus lard, une commémoration mentale dont l'esprit disoosn '''^ l'absence même des objets. Il faut donc un certain temps pour ""^ de ces phénomènes de mémoire, renouvelés à chaque fois que la
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iiO L'ÊVOLLTIOS hlTELLECTUELLE.
I métno objet ou la mi^me personne reviennent sous le reg;ard, se dégage el, pour ainsi dire, se détache la représentation absolument subjective, qui s'établit dans l'esprit et y devient l'image : rimait, c'est-à-dire un des éléments de ce musée intérieur qne tout homme d'imagination porte en lui, qu'il peut contempler, même enferaiMil les paupières, puisqu'uil le porte dans les yeux » in ocul'a ffrt,
r comme disaient les Latins pour exprimer qu'on pense à unn pe^
I sonne nimée.
I L'imagination représentative elle-même n'est donc pas unp mène absolument passif. Assimiler les images aux traces que leapas
. laissent sur le salile mouvant, ou encore au\ caractères que I
I chine à imprimer grave sur une feuille de papier, c'est simplement faire une comparaison entre des faits analogues : l'assimilatioD coisplôte serait absolument erronée. Jusque dans les phénomènes où elle parait recevoir passiviîment, à la favon d'une cire molle,
1 images venues du dehors, l'Ame active se montre déjà. Autre chose est une empreinte, autre chose une impresssion; et l'image à sOB tour résume et condense un grand nombre d'impressions. C'esti tort, par conséquent, qu'on représente l'imagination et l'abstractioi comme deux puissances ennemies et rivales. A vrai dire, dans l'iffiS' gination il y a un commencement d'abstraction; ce n'est pasl'oiijrt tout entier en effet qui passe dans l'image, laquelle n'est qu' raccourci, une abstraction, en un sens, puisque l'esprit n'y relientii* diverses perceptions successives qu'un certain nombre de qualilÉ* communes à toutes ces perceptions (1). Il n'y a pas un seul failli' maginalion reproductive qui ne soit exactement qu'une reprodactioii' nous modifions toujours quelque chose, soit par omission, soit addition, dans les images des choses, et l'invention, la conslruclw" personnelle apparaît jusque dans les premiers essais d'imagioalif' représentative, sans que d'ailleurs notre volonté intervienne encoi* dans ces diverses modifications.
Ces considérations nons amènent à conclure que l'imaginationi s
CI) L'imagination est autre chose que la mémoire. J'ai clans l'esprit l'iJÉsi'"!! . montagne que j'aperçois chaque jour de ma fenfitre, quand je vois paj aux Pyrûnées : pur piiéoomène de mémoire; tous les dâtaila sont remémoré» W ma conscience; tes grands arbres verta, les prairies éclairées par le soieil Iw*! [ la forme et les contours des cimes... Imaginer une montagne, c'est ciios» tt [ rente ; c'est par une fusion de souvenira se ropréflenter une montagne U* I non pas idéale en ce sens qu'elle serait plus lielle que Ift rêalitô.niais parce qU'll [ est une ' idâe <>, distincte des perceptions qui l'ont préparée.