L'IMAGINATION. U
ptlp ci^r«^monio : cVst pour lui un jeu, une fiplion. Tous les cofants nlriînl du ti-ès bonne heure ccllo Inriillé de se pluîre à des liens, comme en témoignent les èlernclles plaisaïUcpîes des nourps, qui se carhenl ou cachent les onTiinls par à peu près pour Uiîcouvrir ou les d^'couvrir ensuit»? triomphalement au milieu des als de rire. Leur bonne volonté à entrer dans les conventions de genre éloime toujours. Nous avons vu deux enfants assis l'un en e de l'autre k table, k Vkj^e où ils commençaient ;\ parler, passer i ijuarts d'heure à se montrer des erofltes de pain, en le.s baptisast l>ms dû tous les animaux, mduie alors qu'il n'y avait aucune iblance, m^rae lointaine, entre la forme de l'objet et celle de l1 notnm^ : chaque partenaire considérait attentivement i'obsenté par l'autre et paraissait prendre le plus ^rand plaisir ù. vocation tout arbitraire d'images (1). »
B exemple : « Pour mon enfant qui a deux ans et demi, dit tout fruit est une pomme, toute couleur qui attire ses Bt rouge, parce que te rou(;e est essentiellement la couleur }. Couché dans son berceau, il me dit en me montrant le I lit, puis le rebord : « Ceci est la route, et ceci est le fossé. ■> [ine CCS choses de lui-même, sans qu'on lui ait lait l'aire UD tel jeu. C'est qu'il eat entraîné pur des analogies super- I, et avec une telle force que bientôt il ue voit plus les difs; je suis persuadé qu'en s'endorniant il se croit couché au lïlieu de la route blanche, avec des fossés i droite et à
sous la forme dramatique que l'instinct de poésie, propre i
iation de l'enfant, aime le plus à se manifester. M. Egger en
ine preuve caractéristique et précoce : « Un enfant de vinpl
mnalt, reconnaît et rappelle très bien de mémoire quelques
les qu'il voit hahiluellement au jardin du Luxembourg, une
pur ctemple, et l'enfant qu'elle conduil. Un jour, il noua
n prononçant tant bien que mal les trois noms du Lusem-
Bfg, de la bonne, de l'enfant. H va dans la pièce voisine, l'ait
iblanl de dire bonjour A ces deux personnages, puis revient ra-
[P avec la mi>me simplicité ce qu'il vient de faire, évidemment
la piôce voisine ne rappelle ie Luxembourg,' ni ses habi-
Es'tNAS, Obtervalions hiV, Èdacallon el l,é>:
FDIDTION fNTELLECTCEUE.
lues. C'est ilonc lâco que j'appellerai un acte d'imaginatiOTi 3i tique, c'est le drame dans son germe élémentaire (1).
En générai, c'est & tui-méme que, dans ees scânes imagiaaii l'enfant donne le principal nMe. Il se ligure, ou feint de se Sgn qu'il est une grande personne. Les petites Tilles Jouent à la muiiii les petits garçons au soldat, au cocher, et ils prolongent volonlairenient leur fiction. « Vers quatre ans, Ft^lix. raconte encore M. Egger. joue au cocher; pendant ce temps, Emile rentre â la maisf Pour m'annoncer son frère, Félix ne dit pas : « Emile est rentré il m'annonce « le frère du cocher (2), n
Pour exercer ainsi son imagination inventive l'enfant paraît ssûi bâsutn le plus souvent d'un petit machinisme extérieur. U prei son point de départ dans un objet quelconque, que « l'alchimie l'imagination » transforme et métamorphose aussitôt. PTioipû quoi lui sul'lit. Il chevauche sur un bâton. Un tabouret renvers* un bateau ou un cabriolet; placé sur ses pieds, c'est un cheval une table (3). Un carton devient une maison, une armoire, chariot, enfin tout ce qu'on veut, toutes quej selon la fanUiisieiiui moment, il plaira à l'enfant d'imaginer (4).
11 lui arrive parfois cependant de se passer de toute espto symbole matériel : témoin la petite fille, citée par M. Egger. quii musait avec une compagne absolument fantastique : " Quïwl'î joue avec ma petite Jeanne, disait-elle, ce n'est pas vrai du Ml témoin encore cet enfant qui, d'après Mme Necker, se diïertisswt; nourrir avec des graines imaginaires des oiseaux de basse-tour moins imaginaires; il demandait avec instance qu'on laissât ou*"''
(1) M. Eqoir, op. cil., p. u.
(3) Jbid., p. 55.
(3) I La bonne exécution des jouets repi'ùsentant des animaux impi'rlcT* gène m^me l'iniiiginiitiDD des enruiits, dont elle rcsli^int l'essor. I*eudull^ hiven, un enfant laissé, chaque matin, seul dans une chambre.a tïK iti ài un parti merveilleux pour s'amuser. Il les ratigeait en diverses dispoi'iUilM elles figuraient; pour lui soit un Iraln de linteaux, suit un train de w«(iia<i une voiture attelée, U fallait voir avec qupl sérieux il enfonçait du haut d» des «hûiscs sa perclie (figurée par une canne) dans l'eau profonde, ou fflinti' locomotive, ou fouettait ses chevaux Botifs, son gi'and fauteuil figurant Isi du cacher et deux chaises plus basses les cheraux Cb.ique matin il puMï heiirea a cet exercice. Une voiture réelle, attelée d'un beau cheval en cintini<l cerldinement beaucoup moins amusé que ce jeu de clioiaes, dont s-tu iiungîii'i^ faisait tous les frais... <i (M. Espinab, foc. cit., p. »B8,)
(i) Vo;ez sur ce point Mme Necker db Saubhurb, u/i. cit., I. III, cli, v;lit M. AnTUOUE, A travei-s nos ècoies, p. ISl et suivantes.
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Ne su ■ pays) be&u]
L'fHASlNATION.
orte de la chambre où il disait les tenir ; et si par hasard on lu. , il se prenait aussiliH à. pleurer eu criant : « On empi^clie de r mes pauvres canards et niea pauvres poules. "
; tous ces exemples, nous l'avons dit, l'enfant se fait vofirement complice de son imagination : il joue avec elle, ^t qu'il n'est joué par elle. La part de l'illusion sincère y existe tant. Et la preuve, c'esl que la sensibilité est réellement émue, ont de vraies larmes que l'enfant versera sur les malheurs sups de sa poupée, 11 aura le cieur gros, ou bien il se mettra en «, s'il vous arrive de le contrarier, de le troubler dans l'arranentde ses fictions favorites.
l'on entend par faculté esthétique le pouvoir de combiner sim- 'M des images, de créer dans un certaine mesure, on ne saurait user à l'enfant. Mais si le sens esthétique est le sens du beau, M et le discernement de la beauté, il est oiseux de poser e la question. L'enfant aime sans doute les couleurs, les sons, leront plus tard pour l'artiste les éléments du beau visuel et Bau musical. Mais toutes les couleurs lui plaisent; tous les le réjouissent. Le sentiment de l'harmonie, de la mesure, de
, de la progression, est chose délicate qui lui échappe. 11 indifférent aux beautés de la nature. Les tableaux ne l'inté- Dt que lorsqu'ils lui réprésentent des scènes réelles, des 9 connus : des chiens, par exemple, des animaux, ou bien loldats et des batailles. Comment s'en étonner, si l'on réfléchit conditions de développement qu'exige la culture des facultés ti(pies, facultés raffinées, si rares même chez les hommes faits I lien d'adultes, en effet, restent sur ce point enfants toute leur le suffît-il pas de considérer les toilettes criardes et sans goût de laysannes, de constater l'indifférence de nos paysans devant c décors que la nature renouvelle sans cesse devant leurs
pour comprendre que l'enfant est lui aussi incapable de Dents qui ne peuvent être que le résultat d'une longue évoi intellectuelle?
Ferez a consacré tout un chapitre, dans sa psychologie des iremièr es années de l'enfant, au sujelqui nous occupe(l}. Mais il
Pebbz, les Troi» premières années de l'enfanl, i' partie, rh. il. Voici quel- Its intéresBftnta rapporliia par M. Peroz. • Un enfant de trois ans, a,pril igardâum tableau italien, exprimaiE ainsi son aduiiratioii : 'C'est Ijien joli, Il y a beaucoup d'or, beaucoup de ron^e, beaucoup de bleu aunsi ; et puît
roUiTlO.N INTET.LECTL'ELLE.
est bien obU^té de reconnaître lui-même quo " l'éducalioti musicale «T commence pas ayanl cini) ou six ans >',(]ue lemot « joli », iiuirevieak si souvent sur les livres du baby, est syniinymu de tout ce ipiieil neuT. brillant, agréable ; que, dans le choix des jouets, u c'est la gn»seur, l'éclat, la nouveauté » qui le déterminent; que « les ini&^ d'Ëpinal le rendent fou, même k trois ans, et que les toiles d'ut maître ne lui disent rien »; en un mol que renTanl n'a pas etii& peut avoir le sentiment de la beauté. Il n'y a tout au plut exception à faire, en ce qui concerne le chant et la musique, qai de bonne heure paraissent exercer un certain attrait. Dès te «!nr quinine mois, le lils de Tiedemann accompagnait le chant de s mère de signes de joie, en remuant les bras et les jambes. El l'of pourrait noter en grand nombre des observations analogues.
D'autres points resteraient à éclaircîr dans les mystères de l'inii ginatif)n eufantine. C'est par exemple une question de savoirsiidani sa tendance ft ampliller les choses, â, les grossir, ce qui g leurs toujours le caractère de l'imagination, l'enfant n'est pasaba» par une erreur de ses sens. L'aveugle de Cheselden tenait les chnaBÏ qu'il commençait à voir pour exlraord in aire ment grandes. N'y a-l-il; pas dans les yeux de l'enfant une illusion d'optique analogue? Omnii nous revenons déjà adolescents dans une ville que nous avons ijuiilM vers l'âge de trois ou (|uatre ans, il nous semble que tout s'y eslrtpetissé, que les maisons, les monuments se sont abaissés. Bi-u simplement reffet de noire taille qui a grandi, pendant que la ïills restait la même? Il est difficile de l'admellre, et nous croirions pi que les choses apparaissent à l'enfant plus grandes qu'elles neli^ paraîtront plus lard, et cela, parce qu'il n'a pas encore parcQurai' grandes distances, comparé entre elles beaucoup d'altitudes; i* même que, comme l'a ingénieusement démonlré M. Paul Jaoet, li heures paraissent plus lon^çueti pour qui a peu vécu, plus cmirlw pour qui est déjà avancé dans le chemin de la vie.
Partie de la perception exacte et de l'intuition de la réalité, l'in nation en vient, dès le jeune âge, à se forger un petit monde de i*'
là-bas, il y a un papa et une maman ; il n'y a pas de bébé. « — De mf me, uiBî présence d'une montagne, un autre enfant de trois nns disait bien r~ OliII»W montagne 1 ■ mais ii justifiait son onthousiasme, en constatant qu'elii" était Iw ptus grande que sa maison, peut-être quatre fois plus grande..." M. Pehïî a w» sncré d'aitieura tout un gros livre, un peu gros peut-être, au un^uic sujet : W' el la puésic c/iei Venfimi. Pwis, MU,