L-niAfimATioN. 15J
mères, démentant, contredisant par là ses origines, el d'aulanl plus disposée â créor des fables qu'elle aura puisé dans la contemplation lies choses plus d'éléments d'actiim et plus de trésors d'images. L'évolulînn psychologique est pleine de ces contrastes. Dans leur développement naturel. Iesfacult(5s portent des tleurs et des fruits que n'annungaît nullement le caractère de la tige et des racines. Les efl'ets TH.0 seulement différent de leurs principes, mais sont en complète Mpposition avec les causes primitives qui en ont été le berceau. Esclave de la perception des choses réelles, dans ses débuts, l'imagina- ' tîon devient par la suite la plus libre des facultés, quand elle a pris lont son essor, celle qui nous éloigne le plus du vrai, quand elle s'émancipe avec foute sa hardiesse. N'est-ce pas par une contradiction analogue, que la sensibilité affectueuse et l'amour d'autrul dérivent, en un sens, chez l'enfant de régoï8me,de l'amour de soi: si du moins il est vrai, comme on ne saurait guÊre le contester, que plus l'enfant aime ses propres plaisirs, plus il sera porté â chérir <:«'us qui les lui procurent; la vivacité de ses sentiments d'amitié ■ iiint en proportion de son ardeur à rechercher les satisfactions .;iiïsles; et les natures sèches, sans tendresse, au cœur dur, Étant lirécisément celles qui, dans la jeunesse de la vie, ne se passionnaiont pas pour leurs plaisirs personnels 7
Nous retrouverons l'imagination dans les jeux de l'enfant, dans les petites inventions pratiques où se déploie son initiative. Mais, dés à présent, il est permis de conclure que l'imagination est véritablement active chez l'enfant, non seulement l'imagination sensilive ' l involontaire, mais aussi l'imagination intentionnelle; et cela, parce .;a'elle se trouve dans les conditions les plus favorables à son excr-
Les malériaus dont elle dispose ne sont pas des plus nombreux, i.i.iis ils se prêtent merveilleusement à un travail Imaginatif. ■■ L'excès 1 iinapination de l'enfant, comme des peuples primitifs, fait observer '.iijau, lient beaucoup à la moindre netteté des perceptions, qui, ! volonté, se transforment plus facilement Tune dans l'autre. On ■..lit ce qu'on veut dans ce qui est confus comme la forme des iiungcs... L'enl'ant ne dislingue nellement ni le temps, ni les lir?ux, ni les personnes. L'imagination des enfants a donc pour point de dé- Viirl la confusion des images, produite par leur jillrai-tion nVipr !u.- ; ils môlenl ce qui a été, ce qui est ou sciji -, ilï ntiiie nous dans le réel, dans le déterminé, il- njv
tout (i). » Ajoutons que rimagination a d'autant plus de liberté pour prendre son essor que Texpérience acquise est plus courte. Elle compense la pauvreté de ses ressources par Tindépendance permiseà son allure. Plus tard elle ira se briser, au premier coup d*aile, contre la connaissance exacte des lois de la nature. Les facultés de réflexion, les facultés scientifiques lui démontreront sur Theure Timpossibilité des fictions où elle serait tentée de s'égarer. Par suite, au lieu de grandir comme la plupart des autres facultés, au lieu de se développer avec Vèige, du moins chez le commun des hommes, chez tous ceux qui ne sont ni ar'.istes, ni poètes, Timagination tendra au contraire à diminuer et à décroître.
(1) GuYAU, Éducation et hérédité, p. 14T.