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CHAPITRE IX

lES INSTINCTS ÉDUCATIFS : LIMITATION, LA CURIOSITÉ.

1 L'imilation chez Tenfant. — Qu'elle suppose au moins la perception de ce qui est imité. — Les mouvements imitatifs ne commencent à se produire que vers ie quatrième mois. — Exemples divers. — L'imitation des sons est-elle plus précoce que rimitation des mouvements visibles? — Que les mouvements imitatUs ne sont pas tous volontaires. — Imitation inconsciente et automatique. — Le bâillement. — La conta«,non des cris et des pleurs. — Imitation et suggestion. — Imitation consciente, mais non volontaire. — L'enfant s'amuse de ce qu'il fait. — Le sens du comique. — Imitation volontaire. — L'amour-propre, le désir de montrer sa force. — La sympathie, Faireclion. — Imitation des choses morales. — Inégalités du pcmvoir d'imitation. — - IL La curiosité chez les animaux. — La curiosité chez l'enfant. — Observations de Tnine et de Cbampfleury. — La curiosité manifestée par les regards, par les mouvements des mains. — L'enfant a besoin de se familiariser avec les objets, avant de les étudier. — L*étonnement et la curiosité. — Évolution de la curiosité. — Les questions de l'enfant, — Sa crédulité. — Causes diverses des interrogations de l'enfant. — Sa curiosité n'est souvent que mobilité d'esprit. — Curiosité de mauvais aloi. — Importance de la curiosité dans l'éducation intellectuelle. — Observations du D^ Sikorski. — Rôle de la curiosité dans l'éducation de la volonté.

Dans leur développement, les diverses facultés de l'enfant obéissent à des tendances fçénérales qui sont comme les ressorts intérieurs de l'esprit naissant : l'imitation d'une part, dont on a pu dire, non sans exagération d'ailleurs, « qu'elle se rattachait étroitement au premier éveil de l'intelligence » (1) ; la curiosité d'autre part, qui est comme Tappétit intellectuel, le besoin de savoir, une connaissance commencée qui veut se compléter et s'accroître. Nous les appellerons, d'un seul nom, les instincts éducatifs, parce que seuls ils rendent l'éducation possible. « Ce qu'on nomme la docilité de l'enfant, a dit M. Marion, résulte en grande partie du don de Vimi-

(1) EoGBfl, op. cit., p. 11.

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o L'expérience prouve que si on laisse Tenfant sur le plancher, saol avec se» Joujoux, il reste longtemps silencieux, absorbe dans m diverlissemenls et inonlrant tous les signes d'un travail inteUecW inlense. » Oui, mais ce travail intellectuel est accompagné de mouvements physiques ; l'enfant tourne et relonrno ses Jouets pn cenlfaçûBs, et la pensée n'est active que parce que les muscles le sont a y a là une indication précieuse pour les éducateurs : dans les premières leçons qu'ils donnent, ils devront faire la part du feu, pniir ainsi dire, transiger avec le besoin que l'enfant a de se montoir, ne pas exiger que l'immobilité de son corps corresponde à l'allonlion de son esprit et qu'il soit comme une statue pensante, se li peler enfin que l'idéal de l'enfant, comme il ne cesse de le monti dans ses jeux, est l'alliance de l'activité physique avec l'exercice la* tellectuel.

L'attrait, l'intérêt, telle est la grande source de l'attentioa. Malt l'attrait n'est pas seulement dans les choses : c'est l'enfant qui le erêe en partie. La diversité de ses goOts en est la preuve, et sa mobilîU, ses caprices aussi. Ce qui plaît à l'un, déplaît à. l'autre. Ce qui touU l'heure passionnait un enfant, maintenant le rebute. C'est que fin' lérôt est chose subjective plus encore qu'objective; et la meille critique qu'on puisse l'aire de certaines méthodes d'instmcM attrayante, c'est qu'elles prétendent trouver dans la nature miiiiê dt'S choses, dans la facilité des méthodes, dans l'agrément i moyens, le talisman qui évoque l'attention, alors qu'il convient J'ei demander surtout le secret k la nature même de l'enfant, àsesgoftl individuels, à un exercice approprié et mesuré de ses ioclinatioBs,)! dans certains cas même, à ce que l'instruction attrayante préteD< avant tout éviter, A l'effort.

Mais de quelque manière qu'on l'excite, l'attrait n'en est pas mois la condition nécessaire d'une attention de quelque durée, Et le bU est atteint, si l'on peut obtenir, quand on soumet l'enfant h n exercice quelconque, qu'il dise : « Cela m'amuse I » C'est ce q constate un ingénieux observateur, M. Binet, dans les expérienCi qu'il a faites sur la perception des nombres et des longueurs : • risque de me répéter à satiété. Je dirai encore une fois que la pr mière condition de ces expériences est de bien fixer l'attention ( l'enfant. Je préfère être seul avec lui dans sa chambre, afin qu'a' cune personne étrangère ne le distraie. Je cherche surtout à Tint resser aux expériences, et Je veille & ce qu'il ne s'ennuie pas. Que

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Ircmoîs, quand il me sembla qu'il tAchait d'imiter les sons. » Mais Darwin craint de s'être trop avancé : et « c'est seultMnent à Tùge de dix mois, ajoute-t-il, que mon fils me parut s'y essayer d'une manière indubitable ».

La première observation de Darwin, si elle était confirmée, tendrait à établir que Timitation des sons est plus prompte que l'imilâlion des mouvements visibles. Et il serait naturel qu'il en ïdi ainsi.carlesonestplus aisément peroeptil»le pour l'ouïe que ne l'est, pour la vue de l'enfant, la repn'»sentalion des actions plus ou moins compliquées dont se compose un mouvement quelconque. Mais, d'autre part, l'organe phonétique n'est pas encore assez développé, vers l'âge de quatre ou cinq mois, pour que l'imitation vocale puisse aisément se produire : et nous pensons qu'on peut considérer comme une vérité générale l'observation de M. Egger, (juand il déclare n'avoir remarqué aucun effort sensîbli». pnur imiti»r les sons entendus, jusqu'à l'âge de neuf mois.

En revanche nous ne croyons pas qu'il faille i;énéraliser l'affirmalionde Darwin, quand il prétend n'avoir constaté qu'à onze mois et demi ladisposition à imiter facilement toute sorte d'actions; cette disposition se montre beaucoup plus tnt. Dès le quatrit'me mois, M . Preyer inolédes traces de mouvements imitatifs, notamment celui de la pro- Imsion des lèvres, mouvement que l'enfant s'e(Vnn;ait de reproduin», dès qu'il voyait son père faire la moue. A peu prrs à la même époqm», sison père s'amusait à tirer le bout de la lanjrue entre les lèvres, Ii» même enfant s'efforçait de singer ct»tte grimac»». Deux mois plus tard, il souriait, quand on lui souriait. En tin au dixième mois « il imitait certains mouvements du bras et de la main, très fiv(i nomment répètes devant lui, par exemple, l'acte de faire un si^iie pour dire adieu : l'enfant regardait fixement la personne qui les exécutait; piii<, il les exécutait lui-même, parfois très rapidement «, mais, il r>l ^'.M.Preyer le reconnaît, sans songer à donner à ees mouvemenis purement imitatifs la moindre valeur expressive 1 .

«Vers neuf mois, dit M. Egger. l'instinct d'imitation se développe ivue d'oeil : i® action de se cacher et de se montrer tour à tour par Dianièrede jeu; 2® action de jeter une balle, après l'avoir vu jeter ï*run autre ; 3® essai de souffler sur une bouj^'ie ; 4" essai d'éternuer en singeant celui qui vient d'éternuer; 5° essai de frapper les

(1) M. Preyer, qp, eU.f p. 286.

doigts sur le registre d'un piano (4). » Tout le monde a p observer, vers la fin de la première année et le commcdceninB de la seconde, une mullilude de laits du mi^me genre. Un enf& de sept mois, qui viiit son piirc tambouriner avec les doiglss ta table ou sur la vitre, esquissera avec les siens nn gratU ment mal ad roi tem ont imilatiT. Un petit garçon de doui-e aiiH imitera le claquement de^ doigts. Une petite lille de neuf âiiasi mois, ciLêe par M. Prêter, imitait de la façon la plus comi'[uc ; qu'elle voyait faire par sa honne : elle baignait sa poupCe, I geait, la berçait, l'embrassaît^â). Une autre se brossait et se peieniil après avoir vu sa mère se brosser et se peit^nc*. Toutes les ado de la vie pratique sont successivement copiées pnr renrant, i plus ou moins de gaucherie. C'est ainsi qu'il apprendra à se su de sa cuiller, de sa fourcbetle, qu'il Tera semblant de lire, d'icn en mouillant le bout de son ci-ayon, qu'il remuera les lèvi-es, copio s'il marmottait quelques mots ti voix basse : véritable petit (iB| qui voit loul et qui reproduit tout I

Mais ce qui importe plus que d'énumérer les faits, dont la lis pourrait aisément s'allonger, c'est de les inferpréler et de 'es P" prendre. Faut-il voir déjà dans les singeries de l'enfant des msiiifc tations de la volonté? M. Preyer est très affirmatir sur ce pwilt « Pourtant, dit-il, qu'un mouvement imitalif ait l'apparence d^ mouvement involontaire, quand il est exécuté pour la premièrubi il n'en est pas moins vrai qu'il a àCi tftre exécuté inlentionnellemen c'est-à-dire volontairement. L'enTanl qui imite a déjà sa volûaW- Si M. Preyer disait vrai, sa tbéoi'ic nous mènerait bien loin, et il"' drait, à ce compte, mettre le singe au plus haut rang parmi IdsilB doués de volonté, puisque le singe est le plus grimacier, lljrf imitateur des animaux (3).

Bien loin d'admettre que tous les mouvements imitatifs de'^ faut soient volontaires, nous pensons que ces mouvements coffiiM cent par ne pas être même conscients, Comme toutes les fuCulU l'imitation traverse pendant fenlance divers degrés. Il y a poorB

(1) E. EccER, op. cit., p. 10.

(2) M. PfiÉYEii, op. cit., p. !3.

(î) Aristotb s'est eontenti; de noler lu puissance de l'iuiitiition ssns rh«r(W

l'expliquer. Ti |ii|ieIbO«i cùfifutùv tiiî; ivif iùkoi; Èï r.i'iiut iiû, xii iouTi|i ÎHfi( Tûï Si.).u> ïip»ï Bïi iii(i.iniïÙTBTÔv iaii mi là: [Xilriin; irùiiîtji îii milfil»' nfÙTi;. {Poéligue, c. iv.] Ai'islate ue penaitit ilunc pas aux singes, qu'il*?! riionime ir le plui imitateur de tous Ici animaux n I

L'ASSOCIATION DES IDftES.

faraclére qui fail d'ailleurs la l'aililesse de l'allenliùii enfanlioe Bllenlinn courte, vite fatiguée, qui épuise en une heure mille sujets, ((u'oii ne peut maintenir en Iialeioe que par la variété et le chang» menl incessant. L'àuie de l'enfant est comme une maison ouvertei nù pénètre qui veut. Son attention n'a pas encore appris k se défen dre, à se réserver, et elle laisse droit d'entrée à toutes les impres- 'I fions successives (1).

laelque imparfaite que soil l'attention de l'enfant, et bien qu'elle «présente en général que comme une subordination de l'esprit ■impressions successives qui se disputent la pensée, elle n'en proppas moins ses effets, au point de vue du développement intetlec ^ Elle a beau ne pas avoir la volonté pour principe : elle aboutit à résultats qui ne différent pas sensiblement de ceux de l'attention ^hie. Elle isole les phénomènes perçus; elle en analyse les di- Rs qualités; elle rend possible ce travail de dissociation préalable, pépare, qui rend libres les éléments contenus dans les perceptions ilexes, et qui est nécessaire pour que, par des associations nou- Ik. la pensée eommençante fasse son œuvre (2), fis la loi d'association ne s'exerce pas seulement quand il s'agit bginer, ou de raisonner, c'est-à-dire d'assembler, dans des comblsons qui apparaissent pour la première fois, des éléments détaxés de la perception. Elle gouverne aussi la mémoire; elle tend à 'aire reparaître dans un certain ordre les perceptions qui se sont succiidé. Et, sous cette forme, elle est en quelque 80rte la part de 'automatisme dans l'esprit, une sorte d'attraction instinctive qui sppdle les idées les unes après les autres : tandis que l'attention, ■n^me sous ses formes rudimentaires, prépare les voies à l'activité ■^fléchie, il la raison. En d'autres termes, avant la haison raisonnée, '"teique, que le jugement, ou même l'imagination, établira entre les "ïéçs, il y a une association mécanique qui se contente de rapprocher

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pfll,t. XIX, p. 517.)

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nn^^^^ L'gVOU'TlON INTELLECTUELLE.

Bont contagieux. Si un cnTanl commence à crier, bientôt quelqMi autres se mettront ù. en l'aire autant, puis un (;rand nombre/f toute la bande. ■> ' Dira-l-oii que dans les fnits lie ce genre il y a suggestion pUUH qu'imitation? Mais c'est précisément notre pensée que les mou» ments imitalifs, A l'origine, sont suggérés, irrésistiblement sug^rfi par une sorte d'hypnotisme naturel. Il y a dans l'exemple une foMJ d'action qui se communique et se propage, qui attire et entr^ riiomine fait, à plus forte raison l'entant, dont la personnalité a' pas encore organisée. C'est plus tard seulement, snus l'empire d(l réflexion et de la volonté, que l'exemple pourra devenir un aUilâl librement choisi et à dessein imité. Alors l'impulsion viendra wii ment do nons-mémes, de notre spontanéité intelligente ; mais, it les premiers temps, c'est du dehors, c'est des choses t qu'émane l'incitation à agir.

Il est vrai que cotte incitation extérieure à agir ne peut avoir w effet que si elle rencontre, dans l'être qu'elle provoquée l'action, nï disposition naturelle â accepter, à subir l'influence de l'cxerapl». i c'est cette disposition qui constitue dans sa première forme l'insUi d'imitation, instinct passif, à vrai dire, qui n'est que la tendan» accueillir docilement les suggestions d'autrui. Chez lepetitenfen la faiblesse physique et morale, le défaut d'initiative persot l'absence d'individualité, sont des conditions particutiëremâiitftfil rabic's, qui augmentent la force de l'exemple. N'ayant encontl disposition qu'un très petit nombre de connaissances et UB V pauvre fonda d'idées, impuissant d'ailleurs à agir par lui-mi* l'enfant cède facilement aux impulsions étrangères; il est à laoKI des impressions qui le sollicitent de toutes parts. Comme le iii* Fénelon : « L'ignorance des enfants, dans le cerveau dusquelîfl* n'est encore imprimé et qui n'ont aucune habitude, les rend sonpk et enclins à imiter tout ce qu'ils voient (1). n

11 ne faudrait pas tirer objection, contre le caractère automllï? que nous attribuons aux premiers mouvements imitatlTs, de ctl qu'ils sont généralement gauches, maladroits, et ne présenteBlp cette précision, cette perfection immédiate et infaillible, quia térise la plupart des mouvements instinctifs ; par escmplo, lesm» vements de succion, dès les premiers jours de l'allailemenl. iJi'

(1) FêNKLDN, de l'Éducation des filles, ch. iv.

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