L'IMITATION
eat loul de même guidé par diflercnles inplinalions de sa utuiv : l'amour-priipre, le désir de montrer sa force, la syinpalhie.
Au dûbut des actions îmilalivea, il est évident que l'enfant reproduit de préférence les mouvements les plus simples, ceux qui lui demandent le moins d'effort, ceux iiui correspondent aux mouvelaenls qu'il a tout de suite accomplis automatiquement oti instincliïpinent. Mais il vient un moment où, au contraire, l'enfant se com- ^ilall dans les imitations les plus malaisées, où il recherche la iliflicuUé, où, pour faire montre de sa force, par une sorte de vanité el de (îloriole puérile, il choisit comme modèles ceux qui sont plus torts, plus âgés que lui. Il aime à hausser sa petite taille, pour ainsi dira, et à jouer au jeune homme. Il a toutes les ambitions, et prétend faire tout ce qu'on fait devant lui. Marcel a deux ans el deux mois; toutes les Tois qu'on dit devant lui : <• Je vais sortir. — Je vais niOQler à cheval I n — « Moi aussi ! moi aussi I n réplique immédialeiii''nl l'enfant. Il y a là visiblement un commencement d'émulation, 1 l'inulation qui veut égaler, sinon celle qui aspire à surpasser.
N'oublions pas d'un autre ciHé que, dans l'imitation volontaire i^Ufl-inéme, la force de la suggestion et de l'imitation instinctive joue toujours un rôle. Si l'enfant imite ceux qui sont plus habiles, plus Bipérimenlés que lui, ce n'est pas uniquement parce qu'il a la secrùlc imbilion de s'élever au-dessus de son état présent, d'anticiper sur l'avenir, parce qu'il veut faire plus et mieux qu'il ne peut faire nor- Utiiemonl et naturellement : c'est aussi parce qu'il est conquis, en- ■ "(lé, fasciné par l'exemple de ceux qui ont plus de force, plus ' mlorilé que lui, et dont les actions éclatent avec plus de reliol. ^ connu des familles de deux frères où, l'alné ayant un caractère ''us faible, plus mou, le cadet au contraire une nature très éner- ^lUu, c'était le plus âgé qui, dans ses jeux et dans sa conduite, se tiriformail le plus volontiers aux actions de son frère.
^uus nous garderons d'omettre la sympathie parmi les auxiliaires '■ l'imitation : la sympathie entendue dans ses deux sens, soit ^'Qme lu faculté qui nous fait participer aux peines et aux soufanoes d'autrui, soit comme le penchant qui attire deux personnes fPfl vers l'autre el leur inspire une mutuelle afl'ection. Sous sa prel forme, la sympathie, à vrai dire, n'est que l'imitation elle- I, une imitation morale, puisqu'elle n'est que le secret besoin bUre nos sentiments et nos pensées d'accord avec les pensées
pBenli[noal:i d'aulrui. L'enl'ant qui plcuic en voyant pleurer, qui
lU
L'EVOLUTION IWTKUECTUKLLfc.
devient triste quand su aière est triste, ne fait au fond qu'iiniln.El de mi'ine la symputliîe cunsidérâe comme une aiTecUon naturdletl inslint^tive est ud print^ipe d'imitalioD. Ce sont les camarailve qu'il aime, les frôres et ios so-urs qu'il chérit, que l'enfanl iuiilerapirticulièrement. Aimer quelqu'un, n'est-ce pas en partie vouloir luin*scmbler?
I.'imitatinn, qui ne se portait d'abord que sur les choses matëmll^ qui reproduisait simplemcnl à l'origine quelques luouvementeél^ inenlaires, comme d'avancer la main pour saluer, plus tarddw mouvements plus compliqués, comme de Jeter les bras autour du cnU d'une personne pour l'embrasser; l'imitation s'élôve peu il peusiii choses morales et devient un des ressorts essentiels de l'éducatiot Elle le sera surtout, quand elle saura se fonder sur l'estime on^ l'admiration. Mais il ne faut allendre de l'enfant rien encore n ressemble il cette imitation idéale, telle que la décrivent les M listes ou telle que la pratiquent les artistes. Ce sont des mobilesil'u autre ordre qui, dans le premier âge, inspirent limitation des Tsrii morales ou des beautés esthétiques; c'est, nous l'avons vu, la lîï dance à sympathiser avec les autres, h a^ir comme eux, ou eoci la prétention de faire aussi bien qu'eux; c'est parfois aussi \eM de se distinguer. Et la preuve, c'est que l'enfant, dans ses inii lions, se montre également disposé à reproduire le mal et Ifi bi^ le laid et lebeuu; ni le goût ni la conscience ne sont encore OËSM son finie.
Il n'y a pas à le contester, d'ailleurs, la puissance de l'imitiliï comme celle de toutes les facultés qui ne sont pas purement in*"" lives, varie avec le tempérament, avec la nature de chaquefli lît il est aisé de reconnaître quelques-unes des causes de celte* galilê. Ce sera d'abord la vigueur même ou la faiblesse des orga«S suivant qu'il sera plus fort ou plus chétif, l'enfant aura plus oumiHi de propension à imiter les mouvements, les actions dont il«rt témoin; de sorte que, jusque dans l'imitation même la plus i»*! tiïc, se manifeste déjà l'énergie propre à chaque individu. L'M paresseux le sera tout aussi bien pour imiter autrui que pour agifï lui-même. Une autre cause, c'est le degré de vivacité do l'intelligeM un gamin bien doué, dont l'attention s'éveille de bonne heurfl, * passera ses camarades par son ardeur imitative, soit parce qu'il 4i remarqué plus de choses, soit parce qu'il se sera mieux r« compte des mouvements et des opérations que comporte I'mI
1t. Ici rimitation lémoigoe surtout de la force du tempérampuL tctuol. Plus lard, il est vrai, les choses changeront, et ceux-là, l lesenfants, resteront les plus imitateurs, qui auront le moins psonnalité, de vertu individuelle, et qui, par conséquent, trout plus commode pour leur indolence de continuer à imiter itres, au lieu d'agir, do penser par eux-mêmes. Excellente dans mier ûge, parce qu'elle a pour rt^sultal d'apprendre à l'enfant t qu'il a besoin de savoir et de faire pour se mettre d'accord «s semblables, pour entrer dans le grand courant de l'huma- 'imitatioQ devient dans la suite dangereuse et mauvaise, comme lole de docilité servile oii l'originalité ne peut éclore.
est sage de se défier, en ce qui concerne l'éducation de la analïté, des elTets d'une imitation habituelle, il est impossible Scoanatlre que la bienfaisance de son action en égale la puis- «hezles petits enfants- Qui ne sait que l'cnfanl, qui a des sœurs ifrères, estplus facile & élever que celui qui n'en a pas? Isolé, ÏODge pas aussi vite à essayerses petites jambes, ni, à un tout point de vue, à exercer son jugement ou son imagination. Si Cation commune a toujours été en honneur, ce n'est pas sculoparce qu'elle est une nécessité sociale, c'est parce qu'on a bête l'exemple pour stimuler l'activité. Plus sera vaste le champ l& l'observation de l'enfant et, par suite, h son imitation, plus pn intelligence se développera. Accordons que l'imitation ins- « et inconsciente marque un degré inférieur du développement I. Darwin l'a dit: « La tendance à l'imitation est vivace surtout es sauvages. » Constatons aussi que, dans certains états mor- <dB cerveau, cette disposition s'exagère d'une façon singulière. témiplégiques et les autres malades atteints d'un ramollissedu cerveau imitent, sans en avoir conscience, chaque parole entendent, tims les faits et gestes de leur entourage. Hais si, celle forme première, l'imitation est la caractéristique d"un ûfôrieup ou d'une défaillance de l'évolution morale, il en est utrcmcnt de l'imitation intelligente et plus ou moins volontaire. lions pas ce que dit H. Romanes, dans son livre sur Vt'vnlulîon s des animaua: : « Comme la faculté d'imitation dépend de la é d'observation, elle se développera d'autant plus chez les aiiiqu'Us seront plus Intelligents (I). »
la, VÊnoliiUon
L'KVOLUTION INTfclLLKaUEi.l.R,
Il est inU-ressanl di> se demander si la curiosité n'ostpa^eicluEi vcmont i<! propre de l'enl'anl, et si elle se- manifeale a animaux. Les observateurs les plus récents des faits intelleclucis dans les espèces animales, M. Romanes, par exemple-, a'hi^sil«ntp & se prononcer pour l'artirmative. Mais il est dîriîcile de preodreai sérieux ses aflirmations, quand il dôclare que c'est par I ricux d'examiner un objet frappant et nouveau que certains oiscuji sont attiré!! vers la lumière, vers les phares, par exemple, que certains insocles volent vers un flambeau allumé et s'ybrh lent(l]. Fascination de la lumière, attrait exercé par un objet bii lant, cela suffit pour expliquer ces actions tout instinctives de l'sii mat. Il n'est pourtant pas impossible de découvrir, chez le chieo pi exemple, chez le singe aussi, des traces de curiosité vraie. Nous ai vu des chiens de six mois sauter sur une chaise, pour regarder, travers les vitres de ta fenêtre, ce qui se passait dans la cour t dans le jardin. De même Darwin a constaté que les singes d'i ménagerie, malgré la lerreur instinctive que leur inspirent les a pents, ne pouvaient résister au désir de satisfaire de temps en M leur curiosité, en soulevant le couvercle des boftcs à reptiles placi prés d'eux (2).
Si rintelligence de l'animal, intelligence bornée quiestcondwnni k ne point s'étendre et que l'instinct tient prisonnière, est capiH de curiosité, à combien plus forte raison l'intelligence del'enfeiJ que sa nature destine à une longue évolution, qui atout à a et qui est appelée k tout acquérir, doit-elle, dés son ppemior*' se montrer curieuse? La curiosité en effet, c'est l'esprit en quéleJ connaissances, qui, parti de rien, prétend arriver k tout. Lacurirf site est donc la camctéris tique de l'intelligeuce humaine, jmisp celle-ci est pour la plus grande partie l'œuvre de l'expérience etJ travail. Elle se manifestera dès les premiers mois, avec lepntri regard porté sur les choses, avec le premier mouvement daao*'' pour saisir un objet et le palper. Elle accompagnera l'exercire * tous les sens. Dans ses premières maniTestalions, d'ailleurs, elli'ii*
point encore le besoin de savoir et de connaître: savoir etconre ne sont pas choses de cet âge. Elle sera simplement une lié de sensations nouvelles, une recherche perpétuelle de perions différentes, une sorte de mobilité intellectuelle, Tesprit de Tant, pas plus que son corps, ne pouvant encore rester en ;e.
est dire que nous ne saurions voir dans la curiosité des premiers s une sorte d'instinct scientiflque, un besoin impérieux et exclud'observation expérimentale, comme Font fait M. Taine et ^Ihampfleury, dans deux passages d'ailleurs cliarmanls de leurs les sur l'enfance : « Chacun peut remarquer, dit M. Taine, qu'à Lir du cinquième ou sixième mois, pendant doux ans et davan- 3, les enfants emploient tout leur temps îi faire des expériences 3hysique. Aucun animal, pas même le chat, le chien, ne fait celte ic continuelle de tous les corps qui sont à sa portée. Toute la rnée, Tenfant dont je parle ^douze mois) tàto, palpe, retourne, tomber, goûte, expérimente ce qui tombe sous sa main; quelque l'objet, balle, poupée, hochet, jouet, une fois qu'il estsuffisamat connu, elle le laisse, il n'est plus nouveau, elle n'a plus rien à •rendre, il ne l'intéresse plus. Curiosité pure; le besoin physique, [ourmandise n'y est pour rien (1). » Non, assurément, les appétits iériels ne sont pas la seule cause de ces mouvements et de cette vite de l'enfant, de ces goûts subits que suivent des dégoûts aussi mpts, et où se découvrent déjà les besoins propres de Tintellice. Mais il ne serait pas moins inexact de les prendre pour les tes de je ne sais quelle tendance précoce à la spéculation pure, e considérer comme des expérimentateurs de profession des ens qui demandent simplement à se mouvoir, qui aspirent toujours hangement, et qui, après quelques minutes de repos ou de diver- , reprendront avec le même plaisir leurs jouets les plus connus »s plus explorés.
ans un joli chapitre de son livre, les Enfants^ Champfleury ne : pas prémuni, lui non plus, contre toute exagération, lorsqu'il Ire ce qu'il y a de spontané et de vif dans le besoin d'observachez l'enfant. « Ce n'est pas par pur caprice, dit-il, que l'enfant [ sans cesse la main vers les objets hors de sa portée et pleure id on les refuse à ses désirs. A l'àg:) où il a besoin d'amasser un
Revue philosophique, 187C, t. T, p. 7.
L'ÉVOLLTIÛS INTRLLECTLiELLE.
fonds de connaissances, les yPus ne suffisent guère encore poi rendre compte des angles ou des contours de ces objuts: l'ei voudrait les palper..,. Le bris desjouels di^peiid du memi^ sjsl6m d'observations. A l'aide de quels ressorts mystérieux la paupii d'une poupée ferme les yeux, comment bêle le mouton mécmiqi par quel moyen roule le cheval, lenfanl a soif de le savoir; c'i pourquoi, depuis le commencement de l'humanité, il a tonj'oi cassé ses jouets, enrichissant, sans s'en douter, nos vitrioesdetn: sées antiques de petites poupines d'argile sans bms ni j&iLbes (I). Ici encore, tout en admettant le rùle de la curiosité, il fantlure' parte Tinstinct du mouvement, qnt se traduit parfois parimbesi) de destruction.
Ce n'est pas tout de suite, d'ailleurs, que la cnriosité enfanti'a s'exerce librement, avec cette hardiesse qui la caractértaen ^ lard. Avant qu'il en vienne hdésiror connaître les choses, l'eDÛi commence par en avoir peur et s'en détourner. Tout ce qui est oOi veau l'elTraie. Et il est visible que, dans les premiers temjis, iiiï partagé entre le déair do se rendre compte dos objets et unsentj'iii» secret de crainte. On peut découvrir chcK lui quelques traces i)8< que des écrivains modernes appellent la «nt^nphobie », dece >ii sonéisme». que l'antbropologiste italien, M. Lomhroso.nouspi arbitrairement comme la loi absolue de l'espèce humaini prompte à s'elîrayer des choses uouvelles, et qui n'esj qu'un moment passager, un accident, soit dans la vie deJ soit dans la vie de l'enfance. Chez le nouveau-né, en effet, à l'inertie ne domine pas longtemps le besoin naturel d'aclioii> qu'il est familiarisé avec les choses, et le premier moment jefl prise passé, l'enfant les étudie avec une curiosité naïve qiji nitfel pas devant l'indiscrélion. El plus il aura été effrayé d'abord, il se rattrapera ensuite, en c»nsidérant sous toutes ses facos l'i qui a vivement frappé son imagination.
L'étonnement est, en un sens, le point de départ de la curft Tout ce qui surprend, tout ce qui est inaccoutumé, excite cheil'aâ* l'envie de comprendre et de se rendre compte. L'enfant, pour toutest nouveau, sera donc nécessairement curieux de toulesctii Au début pourtant sa curiosité se portera de préférence sur les sonnes ou sur les objets qui sont en rapport avec ses premiers besoiW.
(1) CsAWPi'i.MHT, les EnfanU, 1871, p. 226.
U Cl'BJOSlTÉ. 191
imiérps émotions, notammeDl sur tuut ce qui ioléresse sa citure. Elle suivra sans doute dans leur développement les perintellecluellcs qui a^j^randissent peu à peu Thorizon de rit, mais elle obéira surtout aus démarches et au progrès de la bsibilité. Elle s'attachera à tout ce que l'enfant aime et prérère, intérêt d'abord et par êgoïsme, par sympattiie ensuite. Peut-ëlre la première manifestalion évidente de la curiosité enfantine se produit-elle, lorsque l'enfant promène sa main sur les différentes parties dB son corps et fuit connaissance avec sa petite personne. Dans la suite, ce seront les jouets, les divers ustensiles de la vie domestique, et aussi les animaux, qui attireront particulièrement la curiosité de âwjeiix et celle de ses mains.
Héduite d'abord à la simple observation do ce que sont les choses iMiiliÈres, analogue au travail de reconnaissance que fait un nouuau locataire dans la maison où il s'installe, la curiosité ne larde l'as à dépasser les limites de l'intérêt personnel. L'enfant de deux ou trois ans regarde tout, écoule tout; ses yeux investigateurs furettal dans tous les coins. Et dès qu'il comprend le sens des mots, rifa ne lui échappe dans les conversations qu'il entend. Quaud il ■■ail parler, il se mêle de tout ; il devient le pelit indiscret qui veut lout savoir. Ce n'est pas seulement par ses questions perpétuelles qu'il l'-moigiiera de cette curiosité toujours en éveil (1). Un des résultats lie la curiosité scientifique chez l'homme mûr, ce sont les collections: '"nfutt en fait aussi à sa manière. Priez-le, quand il a trois ou '|uatre ans, (le vider ses poches devant vous : rien d'amusant comme 'étalage de ce capharnatlm où il a entassé pêle-mêle les objets les |)lusdivers; en partie sans doute parce qu'il a voulu se les approprier, les avoir à sa disposition, mais en partie aussi par curiosité, pour pouvoir les étudier A son aise, par une sorte de manie de colleclinaneur novice (2).
(1) Cest une questic
TOger. L'apparition de l'ioteirognli tniwraincda vint;t-buiti£me
niai^nic moi a.
> l* poche, c'est-à-dire u B: morceaux de bois, noyi e quoi. Cesl là que aa v a pensces et de ses leitâ'lntérAt. Chacun d'eux ■ [G. Dnoï, l'Bnfml, p. SU.
MdUté des goûts de l'enr^ul.
M. Pollokct
endroit bien à lui où it sccumule ses petits tré- X de pârhe, bouts de cramons, clous, boutono..., vie enliùre, murale et physique, laisse une trace a actes. Tous ces petits riens ont é\é une cause X !ui a pris un Inslant de sa vie et représente un Il faut ajouter que In n poche - est l'iaiaffe de
Connaître, «• nVsl pas seulement savoir quelles sonl les qnslil» des choses, c'esl aussi el surlniit cnmprendre leur origine et leii I bat. Sous celle seconde forme, la curiosité stf muniT^sle déjà Chn le loul petil curant, par exemple quand il relourne la lélii pour cher cher d'où vient le bruit, quand il suit du r<;gard jusqu'à son attachi au plaToad le cordon de souneltr qu'on lui a mis dans les maio^ Uais elle ne se montrera dans loute sa Torce que lorsque, capilil déparier, il multiplierai plaisir ses •> comment a et ses éterntl H pourquoi «
Par SOS questions incessantes l'onrant dnviendralt lernblerara gênant, il serait un véritable fâcheux, si !ta crédulité n'égalsils curiositi!. s'il n'était pas aussi disposé à accepter Ui premiûre explii cation venue que prompt il sollictlcr une réponse. L'inlolligencenaî sanle se contente de peu. Tout est pour elle protilùme, matîân question ; mais tout lui est boncouiniL< solution. Notons d'abord qa beaucoup des demandes de l'enfanl tendent seulemi^t à conD«l|t| les noms des choses. '• Qu'est-c* que cela? n veut dire soiiveal •(Comment cela se nomme-t-ll? i< Et une fois le nom de l'objet cnaav Tenfaut s'arrête, heureus de sa petite science, ayanl ajouté nouveau à son pauvre vocabulaire. Lorsque, un peu pins avance flge, il réclamera vraiment une explication, el que, dirigée (léjipi les grandes lois de la causalité et de la Knalité, sa petite raist voudra savoir à quoi sert un objet, ou comment un événementtl arrivé, il ne faudra souvent que lui présenter un mot h. la place dï autre pour qu'il se déclare satisfait. Le plus banal parc que sanil son povrijiioi le plus impérieux : les raisons les plus futiles lui f< raissent solides. De même qu'un appétit vorace ne s'inquiète pul la qualité des mets qu'on lui sert, de même la curiosité de l'ei dans son avidité crédule, s'accommode de toutes les j usUficatiiiB do tous les éclaircissements qu'on lui oifre. Et c'est prècisôŒOi parce qu'il est si facile d'abuser de la naïveté des intelligenceçfl fLinliDCs, de les égarer par des réponses pou sérieuses, de Ipsjïl par suite dans loute sorte do préjugés et de supcrMilions, que II parents doivent être très scrupuleux dans le choix des explicativl qu'ils leur fournissent. C'est commettre un crime de lèse-innocaK que s'amuser à tromper l'enfant. El quand il n'est pas possible J répondre sérieusement à ses questions déplacées et inopporluii(\l vaut mieux lui répondre simplement : " Je ne sais pas ", au Wm a Vous uo pouvez encore comprendre cela à votre flge n, iprt*!
LA CURIOSITg.
IjOBîrdesabonne foi, en lui racontant des Taussetés ou des choses Iwl'airet sans vateur (1),
Si la curiosité de l'enfant se montre peu exigeante, peu difficile en Ëtàl d'explications, ce n'est pas seulement parce qu'il est ignorant i*lpircoD8équent crédule, c'est aussi parce que sa pensée incons- I bille ne sait pas encore se fixer. « L'enfant n'insiste jamais sur les etsiit les quitte aussi aisément qu'il les prend; il a oublié sa propre question avant que vous ayez Uni de lui répondre (2). n 11 isest arrivé plus d'une fois, devant une question gênante Ji lar^nelle nous ne pouvions répondre, de sortir d'embarras en détour- 8 d'autres sujets l'imaginalion de nos enfants. M. Sully a iême remarque : « Le sentiment de l'ignorance n'est pas ^re complètement développé cher, l'enfant; le désir de connaître kt pas soutenu, n'est pas fixé sur chaque objet particulier par un Rrêt suffisamment défini ; de sorte que les parents constateront ÊHtvent que la pensée du petit questionneur est déjà loin de son et, et que sou imagination se promène ailleurs, avant même que , la réponse lui ait été donnée (3). n Dans ce cas, on le voit, il y a plulrtt mobilité d'esprit que véritable curiosité, si l'on entend par curiosité l'instinct scientifique qui ne se repose que quand il a trouvé l'explication cherchée.
Dans l'iularissable ramage de l'enfant questionneur, il y a aussi à faire la part du babil. L'enfant questionne simplement pour parler, i»nir faire montre de ses petits moyens oratoires, comme l'oiseau îi.mte et gazouille. Il y a entin, comme le fait observer M. Bain, 'n> curiosité de mauvais aloi, « qui n'est qu'un mouvement d'é-
- iisme, un désir de déranger, de se faire écouler et de se faire
- ivir [i) a. Les demandes de l'enfant proviennent parfois en effet du UL'.soin de ne pas se laisser oublier, de se faire une place parmi ceux qui l'entourent, parfois encore de je ne sais quelle pétulance et humeur taquine, où le désir désintéressé de savoir n'entre pour rien.
Ij II n'est pas sana intérêt de remnrquer que In, riicilitS accordée i l'enfant do ■ ■'cr dos questioiia et d'obtenir des réponses est pour beauoùup dans le déve- (ilieaient de sa curioailé. On a. constaté que oheî te sourd-muet !b curiosité ■se; Uôveloppe pas au même degré que chez l'enlaiit normal, précisément parce ]" le sourd muet ne peut pas poser de questions. Il y a corrélation antre k ton iiice intérieure et la possibilité d'exprimer extérieurement cette tendance.
3i Uietionaairt de pédagogie, article Cubiosiié. ,i) M. SuLLT, Bandôook of psijc/ialogy, p. 101. I a H. Baik, Educalian an a science, p. W.
Le désir ou le besoin de savoir n'en est pas moins le principe^l esseriliel do la curiûsitû GafatiUno, suit qu'elle se manifeste par dsi ■ recherches persinnellcs, soil qu'elle s'exprime par des quesliois. I L'unfant a plus ou moins le sentiment de son ignorauce; en tout cas I il ignore, el il aspire naturellement à combler tous les jours davan- I loge les lacunes de ses connaissances. Dans la société des hoomits I faits, le questionneur, qui est souvent un personnage insuppoHsbli:, I est sans doute avant tout un curieux, mais c'est aussi uu i^nranl I qui, ne pensant gui^re par lui-m^me, est obligé de faire appel ùb I réilexion fX aux conuaissances d'aulrui. L enfant, dans le dénûp^nl I où il se trouve, met de marne A contrihullou la science de sos parents 1 et de ses maîtres, M.
La curiosité est donc le grand instrument de l'éducation inteUat- m tuelle. C'est elle qui rend possibles et la transmission des conui^ M, sances et l'hérédité du savoir; c'est elle aussi qui suggère à. \'evM H, les recherches et les observations personnelles. Tout n'est pB9 ^ fkrivole, tout n'est pas sans valeur, dans les préoccupations curieuses B, des tout petits enfants. Précisément parce que leur esprit n'es! pi^H; encore enveloppé dans les habitudes routinières que leursuggMt'B l'éducation commune, leurs questions imprévues sont de naturetB faire travailler parfois la pensée des hommes réfléchis : « Je croirais fl volontiers, disait LocUe, qu'il y a plus à, apprendre dans les demand^H {nattendues des enfants que dans les discours des hommes laits, qùfl tournent toujours dans le même eercle d'idées, qui obéissent à dBiH croyances d'emprunt et aux préjugés de l'éducation (1). n ■
Hais ce n'est pas seulement au point de vue de l'instruction el4ll la culture de l'esprit que la curiosîlé joue un grand rûle ; un médeàifl psychologue, le D' Sikorskî, estime avec raison qu'elle est aussi uil élément important de l'éducation de la voîotilé. Le moment oîj l'en^ tant separlQge, pour ainsi dire, entre lus préoccupations de la MsM et le besoin d'observer, de connaître, ce moment, dit-il, u a uJ haute signification pédagogique ». Il y a comme une lullc qui s'enl gage alors entre les deux parties de notre nature, et Tinstinci iaUjm lecluel refoule peu à peu et parvient -A, retarder la manifestation dl l'appétit physique. (I Lorsqu'on a beaucoup occupé un enfant, loM qu'on lui a fourni beaucoup d'impressions qui ont accaparé sol attention, la faim peut se manifester plus tard qu'à l'ordînain;; il
(1) LocKB, l'ensées sW l'iducaiian, édition llncliotte, [i. lOi, I
est vrai qa*en revanche elle éclate alors brusquement, violemment, accompagnée de pleurs [\), Le D' Sikorski s autorise de cette observation pour recommander « les exercices systématiques », les procédés pratiques qu'il a employés lui-même, afin d'apprendre à MS enfants à dominer leur impatience de manger. « Tous les malins, dil-il,le lait était chauffé sur une lampe A. esprit-de-vin, en présence \ de l'enfant, et cela dans une pensée pédagogique. L'opération do Tébullitiondulait et de son refroidissement consécutif, qui exige de qoinzeàvingt minutes, offrait à Tenfant un divertissement instructif, etrhabiluait à. réprimer la sensation de la faim. Les enfants auxquels on apporte le lait tout préparé, ne savent pas comment se fait cette préparation, et demandent impérieusement qu'on leur serve leur déjeuner, dès qu'ils sont réveillés. » Il nous paraît que le D*" Sikorski abuse un peu, en tout cela, de la contrainte et de l'attention forcée. Je ne sais si tous les enfants possèdent, comme les siens, ce don particulier de patience qui leur permettait de supporter sans irritation l'attente qu'on leur imposait. Mais les observations du psychologue russe n'en sont pas moins intéressantes, et elles prouvent «lu'onpeut, dans une certaine mesure, en excitant la curiosité, soutenir l'attention, et par là exercer l'enfant i\ gouverner ses désirs, c'est-à-dire à faire déjà preuve de volonté.
[^)hvue philosophique^ 1885, t. XIX, p. 54.